‹ Guide de l'art chrétienChapitre 236 sur 238 · Apoc, xxj, 9; XXII · texte numérisé non relu

Apoc, xxj, 9; XXII

5i0 GUIDE hfi l'art CHBBTIBN.

lot pour la supposition contraire, par la raison que c est celui qui se trouve de l'autre côté qui renoplit plus spécialement le rôle d'introducteur, ou qui parait le remplir^ en présentant à 1 Ange un troisième personnage également nimbé; ce personnage diffère d*ailleurs des deux premiers, par son costume, et par la couronoe qui reparaît portée sur les pans de son manteau. Il est suivi de cette multitude dont nous avons parlé, et dont il semblerait être le chef, non-seulement parce qu*il l'a précédée, mais parce que, seul avec les élus déjà entrés, les Anges et les deux introducteurs, il porte le nimbe ; mais tous ceux qui le suivent portent comme lui leurs couronnes pour les offrir, et il y a entre eux tous une assez grande ressemblance de costume pour avoir donné lieu à Ciampini de penser que, tous ensemble, ils représentaient les clercs, ou, pour mieux dire, le clergé *. La même observation s'applique au groupe correspondant, à droite de la cité, où d'ailleurs on ne remarque que les deux Anges. Au-dessous, deux autres groupes analogues s'avancent également, mais avec cetle différence qu'outre leurs couronnes, tous portent des palmes : ce sont évidemment les Martyrs. Four aucun d'eux, rentrée de la demeure bienheureuse ne saurait être douteuse, et ils sont en marche pour aller y recevoir leur éternelle récompense.

Malgré des incertitudes que nous n'avons pu lever, ce monument nous a retenu assez longtemps, par la raison que, vu sa place, son développement et son antiquité, il est le plus important que nous puissions citer parmi les représentations de la cité bienheureuse. Quant à la circonstance du rôle de saint Pierre, elle n'est pas très-claire, et, dans tous les cas« ce rôle n'aurait pas le même caractère qu'en plein moyen âge. La garde des portes du ciel, qui était manifestement confiée aux Anges, le sera à saint Pierre : tel on le voyait dans les peintures murales du xui^' siècle, découveites, il y a quelques années, dans une église rurale de la Vendée, à Fontaines, près deFontenay-le-Comte, peintures grossières, mais qui n'étaient pas sans importance archéologique. Notre ami, M. de Rochebrune, en a pris des dessins avant qu'elles ne tombassent tout à fait en ruines, et nous lui devons le fragment que nous en publions. A l'inversé de ce qui pourrait avoir lieu dans la mosaïque romaine, c'est un Ange qui présente les âmes au bienheureux Apôtre, mais non pas tout à fait au même titre. Saint Pierre, présentantdes élusaux Anges, atteste qu'ils sont morts dans le sein de l'Église ; les Anges, en présentant des élus à saint Pierre, montrent qu'ils leur ont servi de conducteur et de guide. Nous disons que, dans cette peinture, l'Ange présente des âmes^ — quoiqu'il

1. Ciampini suppose que lou| ceux qui se trouvent à rintérieur de la cité, soûl des moines ; mais rien ne paraît le justifier.

s'agisse de figures d'adultes, — parce queces figures sont nues. On remarquera d'ailleurs qu'après avoir franchi la porle sacrée, elles devront être

Fragment de peinture murale, à Fontaines» Vendée, (xiii* siècle.)

revêtues et couronnées, comme cette autre ligure qui jouit de la béatitude au sein de la cité où elle est entrée; on remarquera aussi qu'un autre Ange se montre prêt à faire accueil aux nouveaux venus.

On se souviendra qu<% dans la chapelle des Espagnols attenant à réglise de Santa Maria Novella^ à Florence, Simon Memmi a aussi rt*présoiité saint Pierre accueillant, à la porte du Paradis^ les élus admis à y entrer. Là, le couronnement se fait préalablement, et c'est à ce ministère que sont employés les Anges. Par delà la porte, on aperçoit la cour céleste, représentée, dans la partie supérieure du tableau, par Notre-Seigneur entouré immédiatement des quatre animaux et des légions angéliques;1es Saints sont plus bas, avec des attributs qui les font reconnnltre pour la plupart; la sainte Vierge soulo s'élève à la hauteur du trône, près duquel elle-même est debout. Cette disposition n'est pas ordinaire, et l'on ne se contente pas d'une pareille distinction : la divine Mère a droit d'être assise. Elle Test, en effet, dans la miniature du psautier de la Bibliothèque nationale que nous avons publié (T. I, pi. ix), où le Paradis est si formellement représenté, eh tant que cour céleste et assemblée des Saints.

Ce mode de représentation convient spécialement à la décoration d'une coupole; le baptistère de Padoue en offre, dans ses dimensions réduites, un exemple du xiv*- siècle, que nous signalons comme nous ayant paru

Kl 2 fîuiDR nR l'aiit chkrtirn.

iiit-rller plus d'atteitlioi) i\ud nous n'avons pu lui en donner. St l'on veot une représi^ntation de ce genre, peinte avec beaucoup (te mouTement et d'éclat, on ira considérer les fiesif ues de Lanfranc dans l'église de Sainl- André detia Vol/e, à Borne. Elles eurent un tel succès, que cet artiste, classé aujourd'hui trùs en second ordre, put un instant éclipser la supériorité du Dominii{uiii,son rival. Mais le Duininiquin lui-même était trop porté à soutenir la concurrence par des procédés analogues, en rapport avec logoût de leur tt.mps. Et c'est dans les petits et modestes tableaux de Fra Angelico, que nous irions chercher la plus parfaite image.que l'art

Siintei J«n( U béatitude. ;Pr* AngelU-o.)

.toit capable de donner, sur la terre, des Joies du ciel. Le peintre Angéli- . que n'a pas pris à lâche, que nous sachions, de représenter pour ellemême celle patrie bienheureuse; mais il l'a mise en scène toutes les fois qu'il a représenté le Couronnement de la sainte Vierge. Et il n'est pas un des Saints qu'il a peints alors, qui, pris à part, ne puisse à lui seul résumer tout ce que la pensée d'un bonheur toujours pur, iieul' et sans fin, peut avoir de mieux fait pour éternellement nous ravir.

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