PRÉLUDES DU DIVIN AVÉNBHENT
et sur lequel étaient brodées rAnnonciation et l'histoire de saint Joachim et de sainte Anne ^. Mais ce serait encore comme un trait de cette histoire, i laquelle nous avons cru devoir faire une place dans une autre partie de DOS Études, tandis que, dans ce moment, il s'agit d'une question beaucoup plus délicate : a-t-on pu convenablement se servir de ce fait pour représenter l'Immaculée Conception de Marie? Nous abstenant d'émettre aucun avis sur la question plus délicate encore de savoir si, dans l'état actuel de nos mœurs, il serait à propos de recourir à un pareil mode de représentation, nous serons beaucoup plus à l'aise pour en goûter dans les temps passés toute la chasteté, toute la naïveté, toute la fraîcheur, nous dirons même toute la vérité, en nous expliquant sur la portée de cette expression.
Dans tous les cas, l'artiste chrétien ne saurait être embarrassé pour appliquer une image à la fête de l'Immaculée Conception, puisqu'il dispose de tous les moyens propres à représenter la Très-Sainte Vierge en tant qu'immaculée, moyens dont nous avons traité dans la partie de l'iconographie générale qui est consacrée à Marie. Nous envisagions alors la prérogative, maintenant nous nous occupons du fait; mais quand il s'agit d'un fait aussi mystérieux, la représentation plus générale de la prérogative répond parfaitement au but que l'on peut se proposer, en rappelant l'heure à jamais bénie où Marie reçut le premier souffle de vie. Aussitôt, par la puissance de Dieu et par les mérites anticipés de Jésus-Christ, elle fut constituée dans un état de sainteté et de justice, sans qu'aucune souillure résultant du péché d'Adam ait jamais pu l'atteindre un seul instant : cela est de foi. Nous croyons aussi, d'après les meilleures autorités et selon la pensée admirablement développée par saint Alphonse de Liguori, qu'elle fut, dès ce premier moment de son existence, comblée de tant de grâces et de perfections, que tous les Anges et les Saints ensemble n'en sauraient réunir qui puissent les égaler. Mais la définition de l'Église et ces pieuses pensées s'appliquent à la conception de Marie, selon l'esprit; il n'est pas besoin, pour les admettre, de considérer — nous nous servons des expressions employées par Mgr l'évéque de Poitiers ^ — « les auteurs de ses membres, mais le « créateur de son âme ». Nous allons plus loin cependant, et il nous parait certain que « la chair de Marie, issue de la chair d'Adam, n'a pas « contracté les souillures d'Adam, » par un autre privilège distinct de
1. Anastase le Bibliothécaire, Liber PonlificùHt, édit. de Paris, p. 121 ; édit. de Mayence, 1611, p. 185.
8. Discoure tt in^ructions poitorales, Poitiers, 1858, T. H, p. 260. Nous empruntons à Mgr Pie beaucoup d'autres de nos expressions.
celui qui a été l'objet d'une définition, mais que nous considérons, en nous appuyant surles meilleures auloritésS comme en étant le corollaire. Ce n*est pas de foi, disons-nous, mais les sentiments développés chez nous par la foi se réTolteraient contre l'opinion opposée, si elle était soutenue.
Or, pour se faire une idée de cette autre prérogative, il est difficile de ne pas remonter aux saints parents de Marie, et l'on entendra la chose dans ce sens qu'eux-mêmes, avant de donner la vie à cette fille à jamais bénie, ils auraient été ramenés, par un privilège inefi'able, à l'état de l'innocence primitive, et afi'ranchis de toute concupiscence. On ne saurait dire que sainte Anne ait conservé elle-même sa virginité dans son enfantement; c'e^t une erreur condamnée^. Molanus a pu blâmer avec raison — et de même, avant lui, Robert de Licio — cette inscription placée audessous d'une image de la rencontre de saint Joachim et de sainte Anne, à la Porte dorée : Taliter concepta est beaia Maria, dans ce sens qu'elle aurait pu favoriser cette erreur 3. Mais il va trop loin, quand il prétend par ce motif interdire le sujet même de la rencontre des saints parents de Marie, et tout ce qu'il peut légitimement signifier. Le baiser que sainte Anne reçoit de saint Joachim, — comme l'a très-bien dit M. l'abbé Bulteau, — est le signe et non pas la cause miraculeuse de la conception immaculée ^
Rapportons-nous-en plutôt, quant à ce que nous devons en penser, à ces paroles de saint Jean Damascène : a Parce que la Vierge Mère de i( Dieu devait naître d'Anne, la nature n'osa pas devancer l'ouvrage de <x la grâce, mais elle s'arrêta, tremblante^ et elle attendit respectueu- (( sèment que la grâce eût produit son fruit. En effet, c'est de cette façon 0 merveilleuse et jusqu'alors inouïe que devait entrer en ce monde ,1a a première-née d'entre les femmes, Celle qui était appelée à mettre au « jour le premier-né de la création s. » En veut-on un commentaire?
1 . Ditsertalion lue à ^Académie de Religion catholique, â Romej par M. Tabbé Raimondo CanalseToloKa, insérée dans rj&c^ de Aome, T. F, p. 270. — Citations données par Mgr révftqne de Poitiers, loe. dt,
% BenottXlV, De FesUs, Lib. II, cop.ix, no U.*
3. Uolanus, De Htsl. ianct, Imag., L. 111, c. lv. Robert de Licio, ëTÔque d*Aquino, Serm. IT, De Laudibus Sanctorum.
A. Bulteau, Description delà cathédrale de Chartres, p. 142.
5. « Quoniam futurum erat ut Dei Geniirix et virgo ex Âooa oriretur, natura gratisa fœtum t antevertere minime ausa est : yernm tantisper expecta^it donec gratia fraclum suum • produceret. Si quidem oportebat eain primogenitam in lucein edi , quœ rerum omnium f conditorem primogenitum paritura erat. « (Orat. iv, De Virg. Maria; Damasc., Op. omn.. Ed. Venet., T. Il, p. 842.) Ces paroles sont citées par Mgr Févêque de Poitiers; par Trombelli, VUa SS. Giochini et Anna, p. 11 ; par M. l'abbé Cirot de la Ville, Hiit, de Saint-Seurin,
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Nous ne saurions en trouver de meilleur que dans les Bévélatiùns de sainteBrigUte^etdansles^^dtto^toiu de Catherine Emmerich. La première dit expressément qu6 les saints parents de Marie étaient morts à toute concupiscence; et si ce n'avait été Tordre de Dieu, qui leur était transmis par un ange, ils auraient préféré mourir, plutôt que de cesser de vivre dans la continence la plus parfaite ; l'obéissance fut la règle de toutes leurs actions ^ a Je vis, reprend Catherine Emmerich, Joachim et Anne « sous la Porte dorée, entourés d'une multitude d'Anges, qui brillaient c d'une lumière céleste; eux-mêmes resplendissaient, et ils étaient purs et comme des esprits, se trouvant dans un état surnaturel où aucun « couple humain n'avait été avant eux 2. »
La rencontre de saint Joachim et de sainte Anne est devenue, dans l'art chrétien, le signe de la conception de Marie, et de l'accomplissement des promesses que, selon les traditions, ils avaient reçues eux-mêmes. Quelle pureté, quelle élévation ne doit donc pas demander la représentation d'un pareil sujet! N'avons-nous pas eu grandement raison de préférer aux plus anciennes compositions et à celle aii, à leur exemple, les saints époux, en se retrouvant, se livrent à des effusions trop naturelles de leur légitime tendresse, celles oit, avec plus de réserve, ils se joignent les bras sans même se donner ce chaste baiser dont nous avons dû combattre les fausses interprétations? On voit là une nouvelle preuve de l'élévation que l'art avait reçue du mysticisme, au xiv* siècle. L'artiste qui, en pareille rencontre, aurait, conformément à la description de CatherineEmmerich, semé le fond du tableau de ces figures angéliques, que Ton voit resplendir en d'autres monuments; celui qui aurait donné à ces Anges la plus exquise beauté, le plus haut degré de ravissement et d'admiration, n'aurait rien exagéré de ce que comporte un pareil sujet. 11 est mieux encore peut-être qu'au moment où les deux Saints s'abordent, un Ange intervienne, plane au-dessus d'eux, étende les mainssurchacunede leurs têtes, et témoigne du caractère d'une union presque angélique. Nous publions le tableau de l'école de Giotto, que nous avons cité précédemment. Il a été peint dans le clottre attenant au cimetière intérieur de Santa Maria Novella,k Florence. Nous trouvonsdans les Petn/r^s primtVi/iideH. Artaud, un autre exemple que l'auteur attribue à Paolo Ucello. Si cette attribution est fondée, et si cette œuvre toute mystique est due à l'un des coryphées
Bordeaux, p. 341 ; et surtout daos la liturgie de rEglise, où ce passage se trouve tout au long, à Toffice de saint Joachim, le dioiancbe après l'Assomption. On remarquera que traita fignîGe Grâ'-e.
1. Plus fecit obedientia quam voluntas. (S. Brigitte, Revelationes, L. VI, c. Lv.) . 2. Vie de la Sainte Vierge, d'après les Méditaiions d^ Anne-Catherine Emmerich^ traduction deM. deCazalès, p. 111.
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du naturalisme, ce Tait justifierait, une Tuis de plus, ce que oons avous dit de la pénétration des deux écoies<. Quoiqu'il en soit, nouaaimoDsà rap-
Reoconlra de «lint loichim «t de Minle Anne. (PeJuInre iUlienne du iiv*
procher celle scène de celle oîi l'ani^ de sainte Cécile étend aussi les mains sur sa tète et sur celle de saint Valérien, et Ips conronne, pour témoigner de leur union virginale. (T. I, p. 285-286.) Nous en avons assez dit pour écarter toute pensée qui tendrait à les confondre: l'une a son type dans l'union de Joseph et Marie, la seule qui ait jamais abrité uni; virginité féconde ; l'autre aussi est unique dans son genre, car, pour qu'elle ait pu se réaliser dans le paradis terrestre, il aurait fallu qu'Adam et Eve n'eussent jamais pédhé. Il suffit, pour marquer la différence selon le procédé de l'art, que l'ange des deux saints martyrs soit placé entre eux, et que l'ange des saints époux dont devait naître Marie, leur permette de joindre les bras, dans leur chaste embrassement. Ainsi on