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Guida diRwna, 1^40, p. U

DE LA GBÉATION. 7

Raphaël, par là, a montré qu*il était apte à tout; mais, en vérité, il était là sorti du caractère de son propre génie 1 Revenant à Michel- Ange, nous portons nos observations sur son second tableau, avant le tour qui lui appartiendrait, si on considérait uniquement la création du soleil et de la lune, qu'on y voit représentée (F. notre T. II, p. 148). Mais ce tableau offre aussi une énigme, qui ramène au premier jour, si on lui donne une solution assez accréditée. En regard du Créateur lançant dans l'espace les deux astres du jour et de la nuit, on voit une seconde figure de vieillard, son analogue, qui s'en va dans une autre direction : elle s'enfuit, si c'est le Chaos personnifié; elle s'en va créer d'autres mondes, si c'est un dédoublement de la figure divine, imaginé pour exprimer deux actions successives. Ce qui donnerait quelque poids à cette dernière supposition, c'est qu'au-dessous de cetle figure, on voit s'élever un arbre; mais, d'un autre côté , on doit observer qu'elle est seule, sans le cortège des Anges, qui accompagnent, d'ailleurs, toujours le Créateur, dans ces peintures, saut dans le compartiment que nous appellerions de l'ébauche^ où il y a lieu de penser qu'ils ne sont pas créés eocore. Cette considération nous paraît à peu près décisive. Quoi qu'il en soit, il y a là quelque chose dont peuvent assurément tirer parti, pour se justifier, ceux qui voient dans le génie du rival de Raphaël, avec une grandeur incomparable, une tendance à l'indéterminé et même au bizarre. On conviendra, du moins, en reportant ses souvenirs vers les tombeaux des Médicis, à Florence, que cette manière de voir n*est pas sans fondement; et que les voies par lesquelles est passé quel iommo^ pour parier la langue de son pays natal , souvent inconnues avant lui, ne demeurent pas toujours frayées pour ceux qui voudraient le suivre, quand ce ne serait que par la pensée.

L'on reconnaîtra encore ihieux que Michel-Ange ne s'est pas attaché rigoureusement au texte sacré, en passant à l'examen de son troisième tableau de la Sixtine , et c'est encore une raison d'en parler immédiatement. Le Dieu qu'il y fait figurer est un Dieu créateur dans la généralité du terme, mais il ne crée rien en particulier, et Ton ne voit devant lui

aucune de ses œuvres.

C'est, dans un sens, l'inverse, mais aussi, dans un autre sens, l'équivalent de ces autres représentations où l'on a voulu réunir, sous la main du Créateur, tout l'ensemble du monde : de part et d'autre, on veut dire qu'il embrasse tout dans sa pensée, comme dans son action créatrice. La plus* remarquable et aussi la plus célèbre de ces représentations est celle de Campo Santo de Pise ( Voir notre T. III^ p. âi3), attribuée successivement à Buffelmaco, puis à Pierre d'Orvieto, et dont l'auteur, en définitive, n'est pas connu avec certitude, mais qui est certainement un produit du xiv« siècle. Trop vantée par Vasari , cette peinture n'a pas le degré

croriginalité qu'il lui attribue. On lui connaît des analogues, et Mme Jameson a publié, par exemple, une miniature, aussi du xiv siècle, et tirée d'un manuscrit du British Mitseum^ oii l'Univers entier, surgissant du néant, est représenté par des zones concentriques, parmi lesquelles il en est d'assignées au cours de chacune des planètes, en pareil nombre autour de la sphère terrestre'. Mais la ressemblance ne va pas plus loin. Tandis qu'à Pise le cercle central repréëente uniquement la terre, avec ses différentes régions, ainsi désignées : Europa^ Asia^ Affrica^ la miniature fait figurer, au centre de notre planète, la figure monstrueuse et enflammée de l'Enfer. Autour du cercle central qui le renferme, la terre prend ellemême la forme d'une zone, et se confond avec le premier des quatre éléments; les trois zones suivantes sont assignées aux autres éléments: l'eau, Tair et le feu. Une différence plus essentielle, c'est cette place relativement immense, par delà tous les mondes, assignée, à Pise, aux chœurs angéliques, tandis qu'ils ne sont pas représentés dans la miniature, la zone la plus extérieure étant occupée uniquement par des sphères célestes.

< Là encore n'est pas la plus grande différence ; elle est dans la figure divine. Dku^ à Londres, est assis au sommet de celte dernière zone, et, son geste l'annonce : Dixit^ et facta sunt c II dit, et tout a été fait >. On ne pouvait, quant à la valeur de l'expression, entrer plus au vif dans la beauté des paroles de Moïse. Le Créateur du Campo Santo^ avec ses quinze à vingt pieds de haut, soutenant sans efforts, dans ses bras modérément étendus, un immense univers, est plus saisissant, et il est empreint d'une plus vive originalité; et quoique, dans l'exécution, la tête, par sa physionomie et Télévation du type, ne réponde pas à la grandeur du sujet, il reste (Je cet ensemble l'impression d'une beauté vraiment grandiose.

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