NATIVITÉ DB LA TRÈS-SAINTE VIERGE
La miniature emblématique que nous venons de décrire est rapportée àla naissance deMarie, mais de telle sorte qu'elle se rapporteaussi à toutes ses principales prérogatives : à sa Conception immaculée , à sa Maternité divine. L'artiste, voulant cependant honorer plus spécialement la fête du jour, a consacré une seconde composition au fait même de celte bienheureuse Naissance : en cela nous le louons, mais nous ne saurions le louer en tout. Les usages du moyen âge, qu'il a suivis, les traditions auxquelles il s'est conformé, ont à nos yeux de l'autorité , mais non une autorité souveraine. Il Ifrre la sainte enfant à des sages-femmes, pour être lavée, et nous partageons complètement , à ce sujet, l'opinion d'Ayala, que nous allons rapporter. Dans un autre compartiment, ayant voulu en> toorer sainte Anne de ses enfants et petits-enfants présumés, à Jésus et Marie il associe Marie de Cléophas, avec ses quatre fils, et Marie Salonié, avec les deux siens, jugeant ces deux autres Marie propres sœurs de la trèssainte Vierge. Il nous répugne de penser que la mère de cette fille de bénédiction ait eu d^autres enfants ; si la chose était cependant, et qu'elle nous fût prouvée si clairement qu'il ne nous restât plus le droit d'en douter, alors nous présumons que, par le fait même de ces éclaircissements, nous entreverrions un peu mieux les motifs qu'aurait eus la sagesse divine pour vouloir qu'il en fût ainsi. Jusque-là nous ne saurions goûter^ nous ne saurions à plus forte raison conseiller aucune représentation de ce genre, et nous ne voyons pas quel sujet d'édification on peut en tirer.
Que sainte Aune, cette mère trois fois sainte et trois fois bénie de la Mère de Dieu, dit Ayala, soit représentée étendue sur un lit, entourée de
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femmes qui Tont assistée, au moment où elle vîeni de mettre au monde la Vierge immaculée ; que cette très-eainte enfant soit saisie par son vénérable père, et que celui-ci, tombant à genoux, les yeux levés vers le ciel , offre aussitôt à Dieu le don si précieux qni vient de lui être faiit; ou que, le vieillard étant assis, sa fille lui soit montrée, et qu'il la contemple avec ravissement, il n'y a rien en de semblables compositions qui ne mérite l'approbation du sévère théologien dont nous empruntons presque textuellement les paroles ^ Mais il se récrie fortement contre l'inconv^Yiance et la folie, c'est son expression (insantam), de laisser paraître la Vierge des vierges un seul instant, même lorsqu'elle vient de nattre, dans un état de nudité. Ne pouvant admettre que Jésus enfant soit jamais représenté nu, comment souffrir que, sous aucun de ces prétextes, qu'il appelle une vaine ostentation de l'art, on n'ait pas, relativement à Marie, ce surcroît de respect que l'honnêteté réclame plus particulièrement pour la femme?
Quel profit l'artiste trouverait-il à résii^ter à un arrêt aussi sage? Il est certain, comme l'affirme Ayala immédiatement après , que sainte Anne dans son enfantement, si grande que fût sa sainteté, ne fut pas affranchie des conditions communes : ce privilège devait être uniquement réservé à sa très-sainte fille. Mais qu'elle ait été en prière à ce moment solennel, comme Tadépeinlb Catherine Emmerich ; qu'elle ait été alors environnée d'une lumière céleste, qu^ aurait pris la forme du buisson ardent; qu'aussitôt après la naissance de la céleste enfant, et avant que l'éclat de la lumière qui l'enveloppait permit à aucun autre de l'apercevoir, elle l'ait
couverte de son manteau, l'ait pressée contre son sein, Tait placée è côté d'elle, et se soit remise à prier, il n'y a rien là encore qiÊ ne soit parfaitement conforme à ce que Ton peut imaginer dans une pareille naissance. Les artistes peuvent puiser, dans ces données, de bien belles inspirations; i 1 s peuven t aussi s'attacher aux circonstances qui suivirent, où Marîeest déjà enveloppée de langes, où elle fait l'admiration de tous ceux qui la voient. Sous le rapport de la composition, dans cette circonstance encore, ce n'est pas toujours dans les monuments les plus anciens que l'on trouvera les meilleurs modèles : nous n'en connaissons pas où la Naissance de Marie ait été représentée , antérieurement au Ménologe dé Basile ; or, la sainte enfant y est nue, et l'une des femmes venues |)Our assister sa mère s'apprête à la plonger dans un bassin. Cette pratique a été plus généralement suivie jusqu'aux temps modernes. Auxiu* siècle, dans les petits bas-reliefs qui font l'office de chapiteaux à la façade occidentale de la ca* thédrale de Chartres , la petite Marie est tenue sur une nappe par une