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ANNORCUTION, DANS UN SENTIMENT PIEUX OU DRAMATIQUE

« Nous trouvons rAnuo:)ciation, dit Mme Jameson,de même que beaucoup d'autres laits de la sainte Écriture, traitée dedeux manières : « comme un mystëre,etcomnieunévénement. Prise dans le premier sens, « elle devient le symbole expressif d'un article fondamental de la foi, a riucarnaiion divine; prise dans le second sens, elle représente l'antf uonce du salut faite à l'humanité par Taction directe d'un pouvoir surc naturel ^ » Cette distinction est très-juste ; elle revient à la distinction plus générale, que nous maintenons constamment, .entre la représentation de l'idée et la représentation du fait. Il y a toutefois cette différence entre l'otiservalioii de Mme Jameson et la nôtre, que, même dans la

t. Mme Jameson, Legené$ of Uiê Madnnna, p. 166.

t06 GUIDK DE l'art chrétien.

seconda alternative <fu'elle posa, il y a eooore place pour l'idée, l'idée de salut distincte de celle de l'Incarnation, bien qu'elles soient corrélatives. Dans l'antiquité chrétiennej ou s'attachait & l'idée, préféra blemeiit HU fait : mais aussi à l'idée du salut ou de la Rédemption, préférablement à celle de l'iticarnation ; et en même temps l'on puisait dans le fait, mais dans le fait pris sommairement, le moyen de représeoler l'idée. Quant i rAononcialion,il est de l'essence du sujet que l'Incarnation y apparaisse comme moyen direct de la Rédemption ; et quant à son mode de représentation, la seule venue de l'Ange et la main levée de Marie en constituaient le fond habituel <. Ce geste exprimait son fiât, confirmé aassitdt

L'Aiinoni'ïalinn. (Fragment (Te cloche. Xlll* li^cle.)

par le (ial divin , de sorte qu'à l'instant même, elle devenait Hère de Dieu. De là ce caractère de dignité que l'on entendait donner k toute représenlation de ce genre. Dans les deui exemples du xiii' siècle que nous avons donnéspréc^emment, Marie ne fart pasie geste dont nonsparlons ; et quoiqu'on puisse trouver des exemples semblablesïtouteslesêpoques, nous y voyons un signe d'acheminement vers une période nouvelle. L'impression dorfnée dans lé sens de la dignité s'y maintient cependant, au milieu même des particularités qui accuse: t une autre tendance.

Les faits vont se circonstancier, la scène sera plus dramatique, les Impressions seront plus variées et plus senties. Dans la pralique , il est rar«>,

1. Nuus en iloonung pour exïmpls un (nflmtvy Hu clocha, 4>iii|>runlé aui Annattt areliéologiqiiet.

PRÉtroeS DU DIVIN AVÉNEMINT. i07

néanmoins, que les distinctions signalées puissent s'appliquer très-rigoureusement, parce que les différents sens dont la représentation est sus- Geptible se mêlent et se combinent avec une grande facilité. Mme Jameson parait, si on en juge par le choix et l'association de ses exemples, avoir considéré la position de la Vierge assise comme un trait caractéristique de son premier sens, celui du mystère ou de Vidée. Dans une certaine mesure, elle a raison. Nous-méme,nous nous croyons en droit de donner cette position comme propre i caractériser le sentiment de la dignité, qui avait anctennement prévalu ; mais il faut bien se garder d'en faire une règle générale. Mme Jameson nous en fournit la preuve en deux des Vierges assises au moment de TAnuonciation, qu'elle range,en conséquence, trop facilement dans sa première division. L'une est du xiv* siècle, et de Simon Meromi ; l'autre, du xv« siècle, et d'auteur inconnu. L'une et l'autre sont représentées dans un vif sentiment d'émotion, qui répond & ces mots : Quœ cum audisêet^ turbata est in sermone ejus^ a Marie fut troublée en entendant ces paroles *. d Nous ajouterons que l'auteur donne trois autres exemples de Vierges assises (dont aucun ne paraît antérieur au xiv* siècle), et les comprend dans la même série, sans qu'elles offrent rien dans leur expression qui ne se rencontrât aussi bien, sinon peut-être mieux, dans la série des faits. Il est vrai que ces trois Annonciations ont de plus pour trait commun de montrer le Père céleste, et le Saint-Esprit*qu*il envoie sous forme de colombe se reposer sur Marie. Mais bien que cette partie de la représentation se rapporté à des faits purement invisibles, on ne peut nier que l'art , en les rendant visibles dans le langage qui lui est propre, ne puisse les ranger sous couleur de fait dans une œuvre à laquelle il entend attribuer principalement ce caractère.

Pour nous, ce que nous rémarquons surtout dans ces compositions, comparativement à celles des époques précédentes, c'est qu'elles sont plus circonstanciées, ou plutôt qu'elles le sont avec des éléments nouveaux; — car le rôle des Anges multipliés et celui des suivantes tenaient autant de place dans quelques-unes de celles qui ont passé sous nos yeux; — c'est surtout qu'elles sont plus dramatiques. Le plus remarquable exemple d'une composition qui réunisse toutes ces conditions : — d'avoir un caractère dramatique modéré , de montrer la sainte Vierge assise, et de faire apparaître Dieu le Père envoyant le Saint-Esprit , — est donné par le tableau miraculeux honoré à VÀnnunciata de Florence, qui, d'ailleurs, porte tous 4es indices auxquels on reconnaît ordinairement le XIV" siècle. Marie prononce ces paroles : Ecce ancilia Domini, inscrites devant elle. Le cou un peu tendu, la tête inclinée, les mains

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