Legends oflht Madtmno, pi. wii. \k loi
jointes et pressées contre sa poitrine, elle témoigne àlafoisqu*ellesesoumet et qu'elle se juge indigne ; elle est recueillie, pleine d'une grftce naïve. L'Ange lui-même gagne en grftce et en suavité ce qu'on lui retire de dignité. Pour la première fois, nous lui voyons fléchir le genou devant Marie; elle n'en est que plus humble. Un dejni-sourire semble s'échapper des lèvres de l'Archange, comme révélant le secret dont il est porteur, et répondant au pudique embarras de la douce Vierge ; pour elle, elle ne songe plus qu'à obéir , et toute son anxiété disparait dans son aimable abandon. Ce type de composition est devenu dominant dans les écoles mystiques de l'Italie, pendant le xiv^' et le xv^ siècle. Que la sainte Vierge soit assise ou debout, il importa- peu ; bientôt on la représentera à genoux elle-même, sans que la physionomie générale du tableau en soit sensiblement modifiée. Dans cet ordre d'idées, on suppose presque toujours qu'elle était en prière, en méditation , ou occupée d'une pieuse lecture, quand l'envoyé céleste vient la surprendre. L'usage s'introduit bientôt de placer un beau lis ^ dans la main de Gabriel, et c'est un trailqui^comparé au sceptre qu'il portait autrefois, indique la nouvelle direction donnée à l'esthétique chrétienne. Dans un petit tableau de la collection Campana, au Louvre (n'' 35), attribué à Agnolo Gaddi, Marie étant assise, l'Archange agenouillé et portant aussi un lis, on voit un autre Ange à sa suite, dans la même position, mais sans aucun attribut.
Il faut bien s'entendre, d'ailleurs : nous constatons à chaque époque un cours principal dans la direction de l'art; on interpréterait mal notre pensée si on ne faisait, en tous temps, la part des exceptions, soit qu elles proviennent d'une influence persistante dans certaines écoles.ou de Timiépendance personnelle des artistes.
Jusqu'au xiu« siècle, on avait tendu à la dignité ; depuis le xiv<^, on recherchait dans l'Annonciation la grâce et la piété; à partir de la Renaissance, les artistes s'eflbrcoront df^ la rendre pittoresque et de faire de l'eifet. Chacun suivait, d'ailleurs, ses propres impulsions, sans guère se soucier d'aucune tradition iconographique. Comme tous les âges, cependant, ont leurs tendances, on peut saisir un trait qui est commun au grand nombre, pendant les trois derniers siècles, et dont on ne trouve que de rares exemples auparavant : l'Archange apparaît fréquemment suspendu sur ses ailes, dans un éclat lumineux, sans reposer sur le sol. Cette disposition, quand on l'observe antérieurement, est presque toujours motivée par des conditions spéciales : conditions d'espace ordinairement, besoin de concentrer la représentation, dont nous parlerons un peu plus loin. Maintenant, au contraire, c'est en s'élendanl