History ofour Lord^ T. I, p
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sainte Trinité n'eût été révélé explicitement, sans avoir égard à la distinction des Personnes? Ces questions se sont déjà présentées à nous quand nous avons porté notre étude sur les représentations de Dieu, considérées en général, et sur celles de Dieu le Fils (T. II, p. 454, i67); mais nous sommes loin de les avoir épuisées. Leur opportunité est démontrée par la diversité des solutions qu'elles ont reçues, dans la pratique de l'art. Tous les interprètes ne sont pas d'accord, même quant à la manière de les apprécier. Le P. Garrucci avait pensé que, sur le grand sarcophage du musée de Latran, où les trois Personnes divines participent à la création de la femme (T. U, pi. vm), le principal rôle était attribué au Fils. M. de Rossi a soutenu que le personnage assis, mis en avant, représentait le Père. Son interprétation est la seule qui nous paraisse pleinement justifiée. Sur ce monument, les trois figures divines sont identiques, ou à peu près; mais, si on le compare au sarcophage du même musée que nous avons reproduit en grande partie (T. i,pl.v], on remarquera, dans la scène des offrandes de Gain et d'Abel, que le Fils et le Saint-Esprit étant représentés jeunes et imberbes, il est impossible de mettre en doute que le personnage assis, et portant seul, avec la barbe^ tous les indice^ d'un fige mûr, ue soit le Père ^. Il est vrai qu'il s'agit, non plus d'une création, mais de recevoir des adorations et des sacrifices; aussi notre argumentation ne repose pas sur la nature du fait, mais sur la similitude du trône divin, dans les deux monuments. D'ailleurs, si le Fils était assis sur un trône, tandis que le Père demeurerait debout, derrière lui ou à ses côtés, ne serait-ce pas une infraction à Tordre de procession entre les Personnes divines, plus grave encore que ne l'était celle que nous avons signalée dans la miniature du xv^ siècle, publiée parM'"^^ Jameson?
Il appartient au Père de présider, au Fils d'agir. C'est donc très-convenablement que, sur notre sarcophage, la scène des offrandes reçues par Dieu le Père, étant suivie de la condamnation d'Adam et d'Eve, c'est Dieu le Fils qui prononce l'arrêt. La convenance est d'autant plus grande, dans ce cas, qu'il y apparaît en même temps, —nous dirions même, qu'il y apparaît surtout — comme le réparateur. Sa figure imberbe, comparée à celle du Père, et la même qui lui est donnée dans les scènes suivantes, ne laisse aucun doute sur sa personnalité. Dans cette circonstance, il ne crée pas, mais les mêmes rapports peuvent être exprimés ou sous-entendus, du Père au Fils, soit qu'il s'agisse d\x fiât créateur, ou d'un arrêt» suprême.
1. L*état de venue de la photographie d*après laquelle a été faite notre planche, est cause que les deux, personnages placés derrière le trône divin, et qui représentent le Fils et Je Saint-Esprit, ne paraissent qu'imparfaitement. Quant à la composition complète de ce monument, on peut 8*en rapporter à la planche de Bosio {Roma toUeranea, p. 159).
H résulte des considérations qui précèdent, que, le Père et le Fils créant ensemble, on a pu, tour à tour^ leur attribuera l'un ou à l'autre le principal rôle dans l'acte créateur^ soit qu'on les ait représentés simultanément, soit qu'on n'ait mis en scène qu'une seule des Personnes divines. L'essentiel, c'est de maintenir l'ordre de leurs rapports : le Père agissant, le Fils et le Saint-Esprit, si on les représente avec lui, sont là pour l'assister; le Fils prenant le rôle actif, le Père, s'il est représenté, devra apparaître ou assis sur un siège d'honneur ou élevé dans une région supérieure. La première de ces dispositions s'observe sur le grand sarcophage du musée de Latran (T. YllI, pi. ii), où, en effet, le Fils n'est pas seulement passif, car, tandis que le Père commande, il impose la main sur la tète de la première femme. Un exemple delà seconde combinaison nous est donné bien des siècles après, dans la vignette de Thielman Kerver,qui représente la création de la femme. Le Saint-Esprit, sous figure de colombe, apparaît aussi. Le dessinateur s'est proposé de rendre de la sorte le faciamus de la Genèse. Il fait apercevoir par là même que le Créateur des jours précédents, celui qu'il met seul en action, est dans sa pensée, sans incertitude. Dieu le Père, car il lui a conservé, lorsque Dieu le Fils apparaît avec lui) la même figure, et, comme attribut, la même couronne qu'il avait auparavant.
Ici, d'ailleurs, quand même cette apparition du Fils ne serait pas venue trancher la question, on reconnaîtrait bien, au prolongement de la barbe, que l'artiste a voulu représenter l'Ancien des jours, sans parler de l'austérité des traits, qui tient à sa manière et se retrouve dans toutes ses figures d'homme. La distinction n'est pas aussi facile aux époques où les visions d'Ezéchiel et de Daniel n'avaient pas encore été adoptées dans l'art, comme devant fournir le type de Dieu le Père, ou, ce qui revient au même, du Père éternel. Le Dieu fait homme étant le type de toute représentation divine sous figure humaine, impossible même de distinguer, prises isolément, les Personnes divines les unes des autres, à moins qu'elles en soient désignées autrement, ou par leurs noms, ou par des attributs bien caractéristiques.
^ Sur l'un de nos sarcophages, Dieu le Père, seul, porte la barbe, non pas comme un vieillard, mais avec les apparences de l'âge mûr ; le Fils et le Saint-Esprit, ensemble d'abord, puis le Fils isolément ensuite, sont im- "berbes ; mais sur l'autre monument que nous prenons pour terme de comparaison, les trois Personnes divines, portant toutes également le signe de la maturité, ne peuvent être distinguées par leurs traits. Dans les scènes qui suivent, à commencer par celle de la Condamnation et de la Promesse, il est vrai que l'on reconnaît aussitôt Dieu le Fils, à sa figure redeveuue imberbe. Mais nous avons vu que, sur d'autres monuments de
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même genre, le SauTeur, — lorsque surtout, place au milieu de la composition, il prend un caractère plus triomphant et plus personnel, — était souvent représenté avec son type proprement historique, c'est-à-dire avec de la barbe.
Le Créateur est quelquefois le Père, puisque nous venotis de le voir désigné comme tel; c'est quelquefois le Fils : nous en avons eu la preuve sur la plaque d'ivoire, publiée par Gori, que nous avons reproduite (T. II.pl. x) 4.
Plus nous examinons la question, plus nous demeurons en suspens ; un Créateur, de quelque manière qu'il porte la barbe, parût-il vieilli, ne peut, avec certitude, être pris pour le Père, avant le xiv* ou le x\^ siècle, où le type de l'Ancien des jours vint déterminer, entre les représentations du Père et du Fils, une distinction bien précise. 11 ne nous parait pas non plus qu'une figure imberbe puisse être considérée comme si exclusivement propre au Fils, qu'elle n'ait pu être appliquée au Père luimême, comme signe général d'immortalité. Elle n'est un moyen bien sûr de distinction que là où le Père et le Fils étant l'un et l'autre représentés, on leur attribue, comme procédé iconographique, des Ages différents. Cependant nous ne nions pas que, dans les monuments où le Créateur est imberbe, comme à Venise, il n'y ait des présomptions favorables àladésignationduYerbe éternel, spécialement. Dans les mosaïques de Saint-Marc, à Venise, toute incertitude est levée, à cet égard , par la croix que le Verbe créateur porte à la main. Mais considérant l'art comme une langue, nous croyons demeurer plus près de la vérité^dans la plupart des cas, en disant que la figure du Dieu créateur, quand il n'y a pas d'indice aussi précis d'une désignation de personne, est la traduction, dans sa généralité, de ce mot: Dieu, pris absolument.
Celte observation prend plus de poids, appliquée après la pleine adoption de la figure de l'Ancien des jours, dans l'art chrétien. Le Créateur de Michel-Ange, celui de Raphaël, si l'on veut qu'ils représentent une Personne divine en particulier, ne pourraient s'entendre que de Dieu le Père; mais ils répondent bien plutôt au nom de Jekovah^ et, si on leur donne le nom de Père éternel, c'est par rapport à la paternité de toute chose,' plutôt qu'en reportant actuellement la pensée vers la Paternité divine.
N'est-ce pas là une distinction très-légitime ? N'est-il pas permis de suivre Tordre des manifestations divines? Quand le texte sacré dit : Dieu^ l'artiste met en scène une seule image, celle qu'il juge la meilleure, selon
1. Thf9. vei, dypt, T. II, p. 160; Monum. sac. ebum., p. ni; d*Agincourt, Sculpture, pi. XII, fig. 1.
les idées de son temps et de son école. Quand il est parlé de l'Esprit qui était porté sur les eaux, il représente la colombe, avec les attributs divins, et le chrétien en sait toute la signification. Au moment de la création de rhorame, le faciamus invite à taire apparaître distinctement les trois Personnes delà sainte Trinité. On ne voit pas, cependant, qu'on ait jamais contesté aux artistes le droit de laisser, même alors, ce mystère dans Tombrc, et d'achever l'œuvre des six jours, avec une seule image de Dieu créateur.
DU SECOND AU SEPTIÈME JOUR DEv LA. CRÉATION.
Dieu, le second jour, créa le firmament, et il divisa les eaux au sein même du firmament. A Chartres, c'est à ce jour qu'est assignée la création des Anges (Fo<r notre T. lil, p. 201)^, et on les voit apparaître entre les eaux qui étaient au-dessus du firmament et celles qui étaient au-dessous : Divisitque aquas quœ erant sub firmamenio ab his quœ ercmt super firmamenlum ^. A Venise, également, on voit deux Anges assister à l'œuvre de cette journée; mais ce n'est point le moment de leur création, puisque l'artiste les a fait apparaître précédemment. Dans le Psalterium de la Bibliothèque nationale, il n'y a plus qu'une seule zone représentant le firmament dans sa pureté et son immensité, autour du cercle cent^ral, où Dieu bénit d'une, main le monde naissant, et tient de l'autre le livre de ses destinées.
L'apparition de la terre ferme et de la végétation, au troisième jour, ofire pour la représentation un thème plus précis. Sous l^maindu Créateur, on voit, dans toutes nos séries, germer une rich^H*é^^ation. Dans la miniature du Psalterium^ on s'est attaché plus spéciéHjHibift<% la séparation de la terre ferme et des eaux : celles-ci représentées pai* 'une zone azurée, celle-là ornée de sa riante parure.
La création du soleil et de la lune, au quatrième jour, va inspirer aux artistes un accent plus poétique. A Chartres, cet accent prend un tour de grâce et de naïveté, et dans la figure du Créateur qui pétrit et modèle, avec une douce complaisance, l'une des sphères célestes, et dans celle des
i. A Bourges, dans la verrière du Bon Samaritain {Vitraux de Bourges, pi. vi), la Créalion débute par la créalîon des Anges ; mais il n*y a ensuite que la création du soleil et de la lune avanl celle de rbomine, la série étant abrégée.