Guide de l'École nationale des beaux-arts
L’École actuelle des beaux-arts dérive en droite ligne de l’École académique fondée en 1648, en même temps que l’Académie royale de peinture et de sculpture.
Lors de la suppression de cette Académie, l’École académique continua de subsister, ainsi qu’il sera dit plus loin, et conserva non seulement son matériel et son installation, mais encore son corps enseignant. Aussi l’Administration a-t-elle pu célébrer en 1848 l’anniversaire deux fois séculaire de la fondation de l’une des plus anciennes et à coup sûr de la plus glorieuse des institutions de ce genre qui soient en Europe.
L’ancienne École, académique dont les vicis-
situdes ont été racontées par M. Vitet1, et que je me propose de faire connaître, d’une façon plus complète, dans un travail spécial, comprenait avant tout ce que l’on appelait alors YEcole du modèle , c'est-à-dire un atelier où chaque professeur, à tour de rôle, faisait poser, devant les élèves, le modèle vivant.
Voici en quels termes les statuts de 1648 réglementent le fonctionnement de l’École du modèle :
« L’Académie sera ouverte tous les jours de la semaine, excepté les dimanches et festes quy sont dédiées à la dévotion, en hyver depuis trois heures après midy jusques à cinq, et en esté depuis six heures, aussy après midy, jusques à huict, dans laquelle la jeunesse et les estudiants seront receus, pour desseigner et profiter des leçons quy se feront, en payant toutes les semaines ce quy se donne ordinairement pour entretenir le modelle, qui sera mis en atitude par l’Ancien quy sera en mois; et, lorsqu’il plaira à Sa Majesté en faire les frais à l’instar de celle du Grand-Duc de Florence, chacun y poura dessigner sans rien payer. »
1. L’Académie royale de peinture et de sculpture , nouv. édit. 1880. Voyez en outre l’intéressant volume de M. Louis Courajod, l’École royale des élèves protégés . Paris, Rouam; les Mémoires pour servir à l’histoire de V Académie royale de peinture et de sculpture depuis 1648 jusqu’en 1664. Paris,
1 853, 2 vol. in-12, ainsi que les Procès-verbaux de V Académie royale de peinture et de sculpture , publiés par M. de Montaiglon. Paris, 1875 et suiv., et enfin, le Dictionnaire de V Académie des beaux-arts, au mot académie.
INTRODUCTION HISTORIQUE
La même année, des cours spéciaux de perspective et d’anatomie vinrent compléter cet enseignement, qui conserva toujours un caractère essentiellement général et théorique.
Grâce à l’initiative de Le Brun et à la protection de Colbert, des encouragements de plus en plus nombreux, et notamment la fondation des prix de Rome (1666), stimulèrent le zèle de la jeunesse artiste.
L’Académie d’architecture, fondée en 1671, entretenait de son côté une Ecole, qui ne fut réunie que sous la Révolution à l’Ecole des peintres et des sculpteurs.
Après d’assez nombreuses pérégrinations, l’Académie de peinture et de sculpture, ainsi que celle d’architecture, trouvèrent un asile au palais du Louvre (1692), qu’elles occupèrent soit par ellesmêmes, soit par leurs Ecoles, jusqu’en 1807. A ce moment, l’Ecole unique, formée par la réunion de l’École de peinture et de sculpture et de l’École d’architecture, l’École impériale et spéciale des beaux-arts, s’installa provisoirement au palais de l’Institut. Elle y demeura jusque vers i83o, quoique, dès 1816, une ordonnance royale lui eût accordé l’emplacement de l’ancien Musée des monuments français ou Musée des Petits-Augustins, c’est-à-dire les locaux que l’École occupe actuellement dans la rue Bonaparte, et que dès 1823 certains travaux scolaires eussent lieu dans ces locaux.
Cependant, depuis longtemps, la nécessité de
réorganiser l'ancienne École académique, de mettre l'enseignement en harmonie avec les besoins nouveaux, et en même temps de consacrer officiellement une institution appelée à jouer un rôle si considérable dans l'instruction publique, se faisait vivement sentir. %
Ce fut pour donner satisfaction au désir unanime du corps des professeurs que fut rédigée l'ordonnance royale du 4 août 1819.
Voici les dispositions principales de cette ordonnance :
L’École restait divisée en deux sections, celle de peinture et de sculpture d’une part, celle d’architecture de l'autre*
Les professeurs des deux sections se réunissaient en assemblée générale pour toutes les affaires intéressant l’École entière et pour les élections à toutes les places vacantes, tant de professeurs que d’employés.
L’administration proprement dite était confiée à un président-administrateur, nommé pour une année, à un vice-président, élu par l’assemblée des professeurs, et qui, au bout d'un an, passait président, au président sorti de fonctions, au secrétaire perpétuel, et à un des membres de la section d’architecture.
Dans la section de peinture et de sculpture, l’enseignement se composait : i° d’exercices journaliers, consistant dans l’étude de la figure humaine, d’après l'antique et d’après le modèle vivant; 20 de cours
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spéciaux d'anatomie, de perspective, d’histoire et antiquités; 3° de concours d'émulation; 40 de grands concours annuels aboutissant au prix de Rome.
Quinze professeurs avaient pour mission de pourvoir aux diverses parties de renseignement; sept peintres et cinq sculpteurs dirigeaient l'étude journalière et les concours, trois professaient les cours spéciaux d'anatomie, de perspective, d’histoire et d'antiquités.
La section d’architecture comprenait : i° des leçons données par quatre professeurs spéciaux sur la théorie et l'histoire de l'art, sur les principes de la construction, sur les mathématiques appliquées à l’architecture; 20 des concours d'émulation; 3° les concours pour le prix de Rome.
Les professeurs ayant atteint l’âge de soixantedix ans prenaient le titre de professeurs-recteurs et se trouvaient, par là, dispensés de quelques-unes des fonctions actives, qui devaient se répartir entre les autres, sans toutefois qu'il pût y avoir plus de quatre recteurs à la fois. Quant aux professeurs âgés de soixante ans, ils pouvaient, à raison de leurs services, passer à ce grade, sur la proposition de l'Ecole. A soixante-dix ans, les recteurs pouvaient, à raison des infirmités dont ils se trouvaient atteints, cesser leurs travaux habituels et prendre le rang de professeurs émérites. A quatre-vingts ans, toutprofesseur, jusque-là en activité, quittait nécessairement le service journalier et n'était plus tenu de remplir que les fonctions de l’éméritat.
De 1819 à 1 863, l’École subit peu de changements. En 1862, nous trouvons encore le corps enseignant constitué de la même manière, c’est-à-dire comptant, pour la section de peinture et de sculpture, sept professeurs peintres et cinq sculpteurs, tous membres de l’Institut, un professeur d’anatomie, un professeur de perspective et un professeur d'histoire et d’antiquités. La section d’architecture, de son côté, comprenait une chaire de théorie de l’architecture, une chaire d’histoire de l’architecture, une chaire de construction et une chaire de mathématiques.
En 1 863, un décret, en date du i3 novembre (complété par un règlement en date du 14 janvier 1864), enleva la direction de l’établissement à l’Assemblée des professeurs pour la confier à un directeur, nommé par l’administration centrale et assisté d’un Conseil supérieur d’enseignement. A côté des cours théoriques étaient institués des ateliers d’architecture, de sculpture, de peinture et de gravure. Etait supprimée, en même temps, la division de l’Ecole en section de peinture et sculpture, et en section d’architecture.
Nous n’avons pas à apprécier ici cette mesure qui donna lieu à d’ardentes discussions L Bornons-nous
1. Voy. notamment : Ingres, Réponse au rapport sur VÉcole impériale des beaux-arts adressé au maréchal Vaillant , 1 863. — Réclamations des élèves de VÉcole des beaux-arts au sujet de la réorganisation de leur école ; Paris, 1864. — Vitet, De renseignement du dessin en France ( Revue des Deux Mondes , ier novembre 1864). — Hippolyte Flandrin, Projet de réponse
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à dire qu’elle a fixé l'organisation de l’École, telle qu’elle s’est conservée depuis dans ses traits généraux.
Des travaux exécutés par les élèves dans les ateliers s'ajoutèrent aux exercices journaliers prescrits par les règlements de 1819. Ces ateliers, dirigés par des artistes qui prirent le titre de professeurs chefs d’ateliers, étaient au nombre de onze: trois pour la peinture, trois pour la sculpture, trois pour l’architecture, un pour la gravure en taille-douce, un pour la gravure en médailles et en pierres fines.
Les professeurs chefs d’ateliers déterminaient euxmêmes les épreuves à subir pour l’admission des élèves dans ces ateliers; seuls ils étaient juges de ces épreuves. Ils recevaientautant d’élèves que les locaux pouvaient en contenir, et avaient le droit de proposer l’exclusion de ceux qui ne leur paraissaient pas doués d’une aptitude suffisante.
Chaque année, une exposition des meilleurs travaux exécutés dans chaque atelier permettait de faire connaître les progrès des élèves.
Étaient obligatoires pour les élèves de l’École les cours d’histoire, d’esthétique, d’archéologie, de perspective et d’anatomie. Seuls les élèves architectes étaient dispensés de ce dernier.
au rapport de M. le surintendant des Beaux-Arts ( Lettres et pensées d'HippolyteFlandrin, p. 488 et suiv.).— Viollet-le-Duc, Intervention de VÉtat dans l'enseignement des Beaux-Arts ; Paris, 1864. — Chesneau, le Décret du i3 novembre et l'Académie des beaux-arts ; Paris, 1864.
A côté des Ateliers le règlement nouveau instituait les Études du soir. Il mettait tous les soirs deux salles d’étude à la disposition des élèves admis à la suite d’un concours de places. Des concours trimestriels, alternativement d'après l’antique et d’après nature, et des récompenses sanctionnaient les progrès.
Conformément au règlement nouveau, un directeur, nommé pour cinq ans, prit la place de l’ancien Conseil d’administration. M. Robert Fleury fut appelé le i3 novembre 1 863 à occuper ce poste, qu’il garda jusqu’au 3i mars 1866.
La direction de M. Eugène Guillaume (ier avril 1866 — 3i mai 1878) est principalement marquée par l’institution d’une série de cours nouveaux (dessin ornemental, histoire générale, géométrie descriptive, stéorotomie, physique et chimie, composition ornementale, législation du bâtiment, littérature, sculpture sur pierre et sur marbre), par l’institution du diplôme d’architecte (décret et règlement du 27 novembre 1867, du 6 mai 1874), ainsi que par l’extension donnée aux collections de l’École.
Parmi les innovations les plus fécondes dues au successeur de M. Guillaume, M. PaulDubois, nommé directeur de l’École le ier juin 1878, il convient de citer rétablissement de Y Enseignement simultané des trois arts.
Le décret du 3o septembre 1 883 (complété par un règlement du 5 octobre de la même année), décret qui régit actuellement l’École, contient les dispositions suivantes:
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L’École comprend:
i° Des cours oraux se rapportant aux différentes branches de l’art.
2° L’École proprement dite, où l’on peut, à la suite d’épreuves d’admission, participer à des études pratiques, à des concours, obtenir des récompenses et des titres. Quatre professeurs peintres et quatre professeurs sculpteurs sont chargés de diriger à tour de rôle, pendant un mois, les cours de l’Ecole du soir et de donner les programmes des concours de peinture et de sculpture. Un professeur de dessin, un professeur de modelage, un professeur d’architecture, sont en outre chargés de l’enseignement simultané des trois arts.
3° Les ateliers, ouverts aux élèves de l’École proprement dite, qui choisissent, suivant l’ordre et la date de leurs récompenses, puis de leur rang sur la liste d'admission, celui des ateliers de leur section dans lequel ils désirent étudier.
Le règlement de 1 883 a, entre autres, pour objectif d'établir un lien plus étroit entre l’École proprement dite et les ateliers, en réservant aux seuls élèves de l’École, c’est-à-dire aux élèves qui ont satisfait aux différentes épreuves d’admission, l'entrée des ateliers, auparavant ouverts indistinctement à tous les élèves, qu’ils appartinssent à l’École ou non.
L’innovation la plus importante du règlement de 1 883 est l’institution d’études simultanées de des-
to GUIDE DE L’ÉCOLE DES BEAUX-ARTS.
sin, de modelage et d’architecture élémentaires, études consistant, pour les peintres, en figures modelées alternativement d’après la nature et d’après l’antique, ainsi qu’en exercices élémentaires d’architecture; pour les sculpteurs, en figures dessinées alternativement d’après la nature et d’après l’antique, ainsi qu’en exercices élémentaires d’architecture ; pour les architectes de 2e classe, en dessins d’ornement, en dessins de figure, d’après le plâtre, en modelage d’ornement, en bas-relief, d’après le plâtre, et pour les architectes de ir° classe, en concours de figures dessinées d’après la nature ou d’après le plâtre, et en modelage d’ornement d’après le plâtre.
Quelques chiffres pour terminer cette rapide esquisse :
La moyenne des élèves, tant Français qu’étrangers, qui fréquentent l’École est de 1,000 à 1,100.
En 1887-1888, le nombre total des premières, deuxièmes et troisièmes médailles a été de 197. Le diplôme d’architecte a été, en outre, concédé à 22 élèves L
1. Il n'existe aucun travail d’ensemble sur l’École des beauxarts, et l’auteur du présent essai a dû demander aux sources imprimées ou manuscrites les plus diverses (Archives de l’École, Archives de la Direction des Beaux-Arts, Archives nationales, etc.) les éléments d’un travail forcément très incomplet. Il a été secondé dans ses recherches par M. Dupuy, conservateur adjoint des collections de l’École, et par M. Marcheix, sous-bibliothécaire du même établissement, auxquels il exprime ici toute sa gratitude.
INTRODUCTION HISTORIQUE
Les concours et études, donnant lieu à des jugements et à des expositions avant et après les jugements, sont au nombre de 3oo environ par an, y compris les concours de P Académie des beaux-arts, dont Pexécution est confiée à l’Administration de l’École.
Parmi les ouvrages imprimés qui contiennent des détails plus ou moins circonstanciés sur l’École, il convient de mentionner, outre ceux qui seront cités dans le cours du texte, le Dictionnaire de Larousse (aux mots : Beaux-Arts... Palais des...); le Paris-Guide ; les Curiosités artistiques de Paris , de René Ménard, Paris, 1878 (p. 546-566); le Traité de V Administration des Beaux-Arts , de MM. Dupré et Ollendorff; Paris, 1 885 (t. Ier, p. 190-242); Nos grandes Écoles militaires et civiles , de M. Louis Rousselet; Paris, Hachette, 1888 (p. 323-408); l'École des beaux-arts , dessinée et racontée par un élève de M. A. Lemaistre; Paris, Didot, 1889 (avec de nombreux dessins).