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NOTICE HISTORIQUE

Le groupe de bâtiments qui compose l’École des beaux-arts, et qui a servi tour à tour de couvent et de musée, doit son origine à la reine Marguerite de Valois (i 5 53- 1 6 1 5) , l’épouse divorcée d’Henri IV.

En 1608, cette princesse, célèbre par son goût autant que par la licence de ses mœurs, entreprit d’établir dans le voisinage du magnifique palais qu’elle venait de faire construire, entre le quai et la rue de Seine, un couvent d’Augustins déchaussés, « qui chanteroient continuellement, jour et nuit, dans la chapelle, des louanges, des hymnes, des cantiques et actions de grâce, sur les airs qui en seroient faits par son ordre ».

Elle céda aux religieux une maison contiguë à son palais, six mille livres de rente perpétuelle et promit de bâtir un couvent qui devait prendre le nom de couvent de Jacob (d’où le nom donné à la rue qui s'étend au sud de l’École), ou de couvent de la Sainte-Trinité.

La première pierre posée dans les fondations de la chapelle reçut cette inscription que les historiens nous ont transmise : « Le vingt et un mars mil six cent huit, la Reine Marguerite, Duchesse de Valois, petite-fille du grand Roi François, sœur de trois Rois, et seule restée de la race des Valois, ayant été visitée et secourue de Dieu, comme Job et Jacob, et Dieu Payant exaucée, elle a bâti et fondé ce monastère, pour tenir lieu de PAutel de Jacob, où elle veut que perpétuellement soient rendues actions de grâces, en reconnaissance de celles qu'elle a reçues de sa divine bonté. Elle a nommé ce Monastère de la Sainte-Trinité, et cette chapelle, des Louanges, où elle a logé les Pères Augustins déchaussés 1 . »

La chapelle de la reine Marguerite, voûtée en coupe, comme on disait autrefois, c’est-à-dire surmontée d’une coupole, « parut d’un goût d’architecture nouveau », car jusqu’alors, affirment les historiens, on n’avait rien vu de semblable. Elle fut ornée des peintures et des ornements les plus brillants que les peintres de ce temps-là purent imaginer.

i. Sauvai, Histoire des Antiquités de la ville de Paris, t. Ier, p. 619 (1724); — Germain Brice, Description de la ville de Paris, t. IV, p. 65 et suiv. (1752); — Piganiol de la Force, Description historique de la ville de Paris, t. III (1765), p. 80- 82, t. VIII, p. 235 et suiv. Voy. également V Histoire générale de Paris; topographie historique du vieux Pans, par Berty; région du bourg Saint-Germain, p. 16-18, et le Monastère des Petits- Augustins de Paris, par M. Édouard Frémy. Paris, s. d. (extr. du Bulletin d'histoire et d'archéologie du diocèse de Paris).

i* GUIDE DE L’ÉCOLE DES BEAUX-ARTS.

Cette chapelle n’est autre que la petite chapelle hexagonale qui s’ouvre aujourd’hui sur la chapelle proprement dite de l’Ecole et qui a reçu dans les derniers temps les moulages de la seconde porte de Ghiberti et des différents bas-reliefs ou statues de Michel-Ange. J’ajouterai que, des peintures et ornements signalés par les auteurs anciens, aucun ne s’est conservé jusqu’à nos jours.

Cependant Marguerite avait autant d’instabilité dans ses entreprises que dans ses passions : dès l’année i6i3, elle renvoya les Augustins déchaussés pour les remplacer par des Augustins non déchaussés.

Après la mort de Marguerite, décédée le 27 mars 1 6 1 5 , à l’âge de soixante-deux ans, les religieux se trouvèrent dans de graves embarras, car leur bienfaitrice, qui avait fait don à Louis XIII de toute sa fortune, avait négligé d’assurer leur sort, se bornant à les recommander à la bienveillance du roi et de la reine. Des quêtes leur fournirent les moyens de continuer les travaux, et le i5 mai 1617, Anne d’Autriche vint solennellement poser la première pierre de l’église, qui fut bâtie dans l’espace de deux ans et consacrée sous le titre de Saint-Nicolas de Tolentino. La construction du cloître et des autres bâtiments fut commencée le 27 juillet 1619 et la première pierre posée par Henri d’Amboise, marquis de Bissi.

La seconde moitié du xvue siècle et le siècle suivant semblent avoir apporté peu de changements à

l’église et au couvent des Petits-Augustins, si ce n’est que ceux-ci donnèrent leur nom à la rue qui fut percée pour relier le quai à Saint-Germain des Prés, devenue depuis la rue Bonaparte.

Un certain nombre de personnages distingués trouvèrent leur sépulture dans l’église des Petits- Augustins. Citons parmi eux deux peintres de talent, qui semblent avoir ainsi, par avance, pris possession de ces lieux en faveur des artistes : François Porbus (f 1622) et Nicolas Mignard, frère aîné de Pierre Mignard (•{* 1668) 1.

Grâce à sa situation au centre de Paris, à deux pas de Saint-Germain des Prés, du collège Mazarin et du Louvre; grâce à son église, à son cloître et à la facilité de s’étendre du côté du jardin, le couvent des Petits-Augustins offrait pour l’installation d’un musée des avantages qui n’échappèrent pas à Alexandre Lenoir, quand le vénéré fondateur du Musée des monuments français entreprit de réunir en une série chronologique les merveilles de notre art national, dispersées aux quatre coins de Paris et de la France 2.

Il fautlire dans le travail de M, Courajod3 les traits

1 . Sauvai. — Brice. — Piganiol de la Force. — Dulaure, Histoire de Paris , édit, de i83g, t. II, p. 480.

2. Brice, Description de Paris , t. III, p. 70-71, Paris (1752).

3. Alexandre Lenoir , son Journal et le Musée des monuments français, Paris, Champion, 1878 à 1887; 3 vol. in-8°, avec gravures. — Voyez également P Inventaire des richesses d'art de la France . Archives du Musée des monuments français : papiers de M. Albert Lenoir; Paris, Plon, 1 883 et suiv.

de dévouement, d’héroïsme, déployés par cet amateur si éclairé, ce bon citoyen, qui parvint, en peu d’années et au prix des plus grands efforts, presque au péril de sa vie, à fonder le plus étonnant musée de sculpture du moyen âge et de la Renaissance qui ait jamais existé. Nommé au mois de novembre 1790 garde du dépôt provisoire des objets de sculpture et d’architecture centralisés au couvent des Petits-Augustins, il put, dès 1793, ouvrir au public ce dépôt transformé en musée.

Le Musée des monuments français occupait la Chapelle actuelle (salle d’introduction), le cellier qui lui fait suite (salle du xme siècle), quatre salles s’étendant au nord et à l’ouest du cloître (la cour actuelle du Mûrier), à savoir les salles du xive et du xve siècle, du côté qui répond au quai, les salles du xvie et du xvne siècle, du côté qui répond au jardin ; enfin, les galeries qui entouraient le cloître.

L’église (ce que l’on appelle aujourd’hui la Chapelle) formait, on l’a vu, la salle d’introduction ; elle contenait les Trois Grâces de Germain Pilon, les tombeaux de François Ier, de Diane de Poitiers, de Richelieu, l’autel élevé à Jupiter par les habitants de Lutèce sous le règne de Tibère, et une foule d’autres monuments également précieux pour l’histoire de notre art national.

La Restauration supprima ce musée, qui n’avait cessé d’accroître pendant toute la durée de l’Empire.

Le 24 avril 1816, paraissait une ordonnance resti-

NOTICE SUR LES BATIMENTS i7

tuant aux églises ou aux familles les monuments qui

composaient la] magnifique collection réunie par Alexandre Lenoir. Quelques mois plus tard, le 18 dé-

Plan du Musée des monuments français ( 1 8 1 8) .

i8 GUIDE DE L’ECOLE DES BEAUX-ARTS.

cembre 1 8 1 6, une autre ordonnance affectait « à l’École royale et spéciale des beaux-arts » les bâtiments devenus disponibles.

Les travaux de reconstruction et d’appropriation furent confiés à l'architecte Debret (né à Paris le 27 juin 1777, mort le 19 février i85o), artiste qui s’est fait connaître en outre par la construction de TOpéra de la rue Le Peletier (1820-1821), par celle des galeries de l’Opéra (1823-1824), du théâtre des Nouveautés, place de la Bourse (1826), et enfin par la restauration de l’abbaye de Saint-Denis, à laquelle il fut attaché de 1 8 1 3 à 1846 1.

La première pierre de la nouvelle Ecole fut posée en grande pompe le 3 mai 1820.

Les travaux commencèrent au fond de la cour, c’est dire que l’on évita pendant assez longtemps de toucher à la partie précédemment occupée par le Musée des monuments français. Debret éleva d’abord le bâtiment dit des Loges (qui renferme aujourd’hui les loges destinées aux concours, les ateliers de moulage, l’amphithéâtre de chimie, etc.). Puis il entreprit l’édification du palais, qui fait face à la rue Bonaparte. Le plan de ce palais, tel qu’il le conçut, comprenait une façade à la florentine, avec un rezde-chaussée, un premier étage et un attique, flanqués de deux ailes. Trois portes donnaient accès au rezde-chaussée, qui comprenait dix fenêtres, contre

1. Voy. Bauchal, Nouveau dictionnaire biographique et critique des Architectes français.

quinze pratiquées au premier étage et autant à rattique.

Au mois de septembre 1828, l’aile gauche du palais était terminée; et dès l’année suivante, on put s'occuper d’y installer la galerie d’architecture.

Quant à l’aile droite, les travaux ne faisaient guère que commencer en 1829.

Interrompus pendant quelque temps par la Révolution de juillet, les travaux reprirent avec une activité nouvelle lorsque Félix Duban (1797-1870) eut remplacé, en [832, son beau-frère Debret. De 1 832 à 1837, Duban acheva le palais proprement dit (comprenant la cour vitrée, l’hémicycle, la bibliothèque, etc.), en même temps qu’il donna aux deux cours principales le cachet si pittoresque qui les distingue.

En 1839, l’aménagement du palais des études était complet. Un des éditeurs de V Histoire de Paris de Dulaure en donne, sous cette date, la description suivante, qu’il y a intérêt à reproduire ici, car elle marque une étape importante dans les appropriations successives de l’édifice :

« Au centre du musée des études est une cour de la forme d’un parallélogramme rectangle, autour de laquelle s’étendent les quatre corps de bâtiments de ce musée. Cette cour est remarquable surtout par son dallage de marbres de différentes couleurs, symétriquement disposés. Des colonnes adossées aux murs, supportant des bustes, en ornent le contour. Les grandes portes situées au milieu de ces deux

principaux corps de bâtiment, qui correspondent avec Taxe de Parc de Gaillon, sont décorées de magnifiques colonnes de marbre rouge. Les portraits de Périclès , d 'Auguste, de Léon X et de François /er, images des quatre grandes époques de l’histoire des arts, sont placés, deux par deux, de chaque côté de ces portes.

« La galerie de face du palais contient trois expositions permanentes : i° des tableaux qui ont mérité à leurs auteurs les grands prix de Rome ; 2° une précieuse collection des empreintes des sceaux du royaume depuis Pharamond jusqu’à nos jours : cette collection vraiment nationale, constatant pendant plus de quatorze cents ans Pétat des arts en France, est due aux soins et aux recherches éclairées de M. de Paulis, graveur en médailles; 3° une nombreuse et curieuse suite de modèles, en talc et en liège, de monuments antiques, égyptiens, grecs, romains, syriens, mexicains, asiatiques, etc.

« Au centre de cette galerie est pratiqué un escalier à double rampe, conduisant à une galerie supérieure pratiquée dans la hauteur de Panique, et qui doit recevoir une bibliothèque spéciale des beaux-arts.

« Les galeries de droite sont assignées spécialement aux expositions et aux jugements des concours de la section de peinture et de sculpture; celles de gauche sont destinées à la section d’architecture pour Je même service h »

i. Dulaure, Histoire de Paris, éd. de 1 83g, t. IV, p. 326.

Cependant l’Ecole manquait de salles pour exposer, non seulement les travaux scolaires, mais encore les envois de Rome, et à plus forte raison tous ces concours, toutes ces expositions après décès, auxquels elle ne cesse, depuis de longues années, d’accorder une si large hospitalité. Dès i852-i853, l’administration s'occupait d’acquérir le terrain vague situé du côté du quai Malaquais. La construction fut enfin commencée en 1 858, sous la direction de Duban, qui la termina en 1862 ; elle comprit une façade sur le quai, avec un vaste vestibule et une salle d’exposition au premier, une autre salle d’exposition, dite salle Melpomène, et un certain nombre de salles plus petites, enfin quelques ateliers destinés à l’enseignement.

Ici, je demande au lecteur la permission de céder la parole à Beulé, qui, dans un éloge de Duban lu, en 1872, à l’Académie des beaux-arts, a tracé le tableau le plus attachant de l’activité féconde déployée par l’éminent architecte :

« Les fondations, écrit Beulé, étaient jetées, et il fallait se conformer au plan; mais pour l’élévation depuis le soubassement jusqu’à l’attique, Duban était libre : il avait les variantes, les additions, les étages, les ordres, le style, le jeu des proportions... Il a usé si largement de son droit qu’il a fait de l’Ecole son oeuvre propre; il a étendu son champ, englobé le couvent des Augustins, fait acquérir des terrains, groupé des édifices qui se complétaient les uns par les autres; il a voulu que dans une Ecole des beaux-

arts tout fût enseignement, que Parchitecture ellemême fût un professeur muet. lia tenté de communiquer ses émotions à la jeunesse; il s’est souvenu de tout ce qu’il avait admiré à cet âge heureux; il a rempli d’attrait chaque lieu d’étude et rendu aimable l’accomplissement de chaque devoir.

« Là il voulait reproduire la chapelle Sixtine et plaçait dans la vieille église des Augustins le Jugement dernier de Michel-Ange, copié par Sigalon. Disposait-il d’un portique, il y présentait, restitué en véritable frise, avec sa continuité majestueuse, le moulage des Panathénées.

« Avait-il construit des arcades en plein cintre, qui rappelaient les loges du Vatican, il y faisait copier les peintures de Raphaël, donnant à mille étudiants de Paris les joies que peuvent seuls éprouver les successeurs de Léon X en traversant chaque jour une telle galerie.

« L’art français n’a pas été l’objet d’un moindre culte. La façade du château de Gaillon, le portail du château d’Anet, dressés par A. Lenoir, ont motivé une décoration particulière. Les fragments de l’hôtel de La Trémouille, d’une exécution admirable, aurore de notre seconde Renaissance, ont été si bien ajustés dans les constructions nouvelles qu’ils semblent en être les membres plutôt que l’ornement; enfin, ce qui restait des débris recueillis pendant la Révolution par le courageux fondateur du Musée des monuments français a été employé de la manière la plus pittoresque, encadré, ranimé, reconstruit comme au-

tant de motifs d’architecture : les ruines sont devenues des monuments.

« Tantôt il s’imagine être à Florence sur unepiazzetta inconnue, mais près de la place du Palais- Vieux; il lui semble même qu’en avançant de quelques pas, il va se retrouver devant la loge dei Lanzi ou le palais Strozzi, tant l’harmonie des dispositions, l’intérêt des détails, l’amour de la forme, ont un air de parenté.

« Dans le jardin, un ordre tout différent de sensations commence. Nous sommes transportés auprès de Rome, dans une ville non décrite, ou plutôt dans un coin de ville qui résume les habitudes et les goûts des princes romains. Des arcades en plein cintre laissent la vue jouir des ombrages de l’hôtel de Chimay, qui est voisin. Une fontaine répand la fraîcheur. Sa façade, haute comme celle d’un monument, est composée de fragments de sculpture de P. Ponce, d’Anguier, de Sarrasin.

« Enfin, l’ancien cloître des Augustins lui-même, Duban a réussi à le transformer en atrium pompéien. L’étage qui forme attique a le caractère intérieur des demeures de la Campanie. Le grand mûrier, le gazon, les fleurs, le jet d’eau, les mosaïques du sol, les tons vifs des enduits, les statues plus petites que nature, nous font deviner la maison gréco-romaine, ou plutôt nous y transportent. »

Je n’ai que peu de mots à ajouter à cette vivante et poétique analyse du chef-d’œuvre de Duban : on

sait que l’illustre architecte mourut à Bordeaux le 12 octobre 1870, âgé de soixante-treize ans.

M. Coquart, le successeur de M. Duban, a continué dignement l’œuvre de ce maître. Il a notamment transformé en musée de moulages antiques (1874), avec le goût le plus délicat, la cour intérieure du palais des études, recouverte d’un vitrage par Duban (1 863) ; en musée de moulages du moyen âge et de la Renaissance, la Chapelle (1876-1878), et donné les plans du monument d’Henri Régnault.

L’acquisition de l’hôtel de Chimay fournira sous peu à l’École les locaux supplémentaires dont elle a besoin. La construction de cet hôtel, qui occupe avec ses dépendances les numéros 1 5 et 17 du quai Malaquais, remonte au xvne siècle. « C’était, raconte Germain Brice, une grande maison élevée avec de très grandes dépenses par Macé Bertrand de la Basinière, trésorier de l’épargne : il l’avait décorée avec beaucoup de magnificence et Le Brun y avait peint un Apollon sur le Parnasse accompagné des Arts et des Sciences 1. Marianne Mancini, duchesse de Bouillon, posséda dans la suite cet hôtel et l’orna de tableaux ; elle y mourut en 1714. » En 1752, la nouvelle édition de l’ouvrage de Brice (la première édition avait paru en 1 685) rapporte que le duc de Bouillon avait fait détruire tous les bâti-

1. Description de la ville de Paris, t. IV, p. j3o-i3i (édition de 1752). ’ .

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