LA SALLE DE L’ ORNEMENT
L’arcade qui fait face à la porte d’entrée de la cour vitrée conduit, par un double escalier, dans la salle dite I’Hémicycle, dont nous nous occuperons tout à l’heure.
Des deux côtés de cette sorte de vestibule, et prenant jour en partie sur la galerie vitrée, s’étendent deux salles, consacrées, l’une, celle de gauche, à des moulages d’ornements classiques, d;ou son nom de salle de l’Ornement ; l’autre, celle de droite, a des moulages d’après les marbres
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récemment trouvés à Olympie, d’où son nom de salle d’Olympie.
La salle de l’ornement contient, outre de nombreux spécimens d’ornements antiques, chapiteaux, corniches, vases, trépieds, triglyphes, etc., les moulages des bas-reliefs incrustés sur l’Arc de Constantin, à Rome, bas-reliefs qui proviennent en réalité de Tare de triomphe élevé en l’honneur de Trajan. Le bas-relief de gauche représente Trajan vainqueur des Daces ^ couronné par la Victoire , celui de droite , Trajan combattant contre les Daces, Ces moulages, exécutés par les soins d’iNGRES, alors directeur de l'Académie de France à Rome, ont été envoyés par lui à l’Ecole en 1841.
L’HÉMICYCLE
La salle dite de l’Hémicycle (consacrée aux cours et aux distributions de prix) doit sa célébrité au chef-d’œuvre de Paul Delaroche (1797-1856), rendu si populaire par la gravure de M. Henriquel-Dupont E
Cette peinture — à la cire — a été terminée en 1 84 1 et li-
1. Nous devons à l’obligeance de MM. Boussod et Valadon, éditeurs de la gravure de M. Henriquel, de pouvoir joindre à notre description le croquis des têtes qui figurent dans la peinture de Delaroche. Ces croquis sont empruntés à une brochure intitulée : Notice explicative de Vhémicycle de
VÉcole des beaux-arts.
Consulter en outre sur la peinture de Delaroche les Études sur V histoire des Beaux-Arts de Vitet, t. III, p. 282 et suiv., et les Mélanges sur l’Art contemporain du vicomte Henri Delaborde (Paris, 1866, p. 334-358).
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vrée à l’admiration du public la même année. (On lit, à gauche, la signature : Paul Delaroche, 1841.) Endommagée par un incendie en 1855, elle a été très habilement restaurée par M. Claude Mercier (1803-1873), assisté de MM. Robert-Fleury et vicomte Henri Del aborde.
La première pensée de la peinture de Delaroche se trouve au Musée de Nantes; une étude à la plume, le Génie des Arts distribuant des couronnes } figure dans les collections de l’Ecole des beaux-arts (voy. plus loin, salle Gatteaux).
La composition de Paul Delaroche ne comprend pas moins de soixante-quatorze figures, toutes de grandeur nature : au centre, Ictinus Apelle et Phidias , transformés en juges; devant eux, quatre figures de femmes symbolisant les Quatre grandes périodes de l Art ; au milieu le Génie des Arts distribuant des couronnes ; enfin à gauche et à droite, soixante-sept artistes, les uns assis, les autres debout, paraissant converser entre eux (quarante peintres et graveurs, quatorze sculpteurs, treize architectes).
Dans ses Etudes sur l’histoire des Beaux-Arts ; M. Vite t a donné de la peinture de l’hémicycle une vivante et poétique analyse qui fera bien comprendre les beautés et le sens de cette grande composition décorative. Je ne saurais mieux faire que de la reproduire ici dans ses traits généraux.
d Un long portique à colonnes, d’une élégante simplicité, occupe tout le fond de la scène. Vers le milieu de cette colonnade, c’est-à-dire au centre de l’hémicycle, on voit dans une sorte d’enfoncement, auquel on monte par des degrés, un banc de marbre sur lequel sont assis deux vieillards, et entre eux un homme dans la force de Page.
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Tous trois ils portent pour vêtement un manteau blanc qui couvre à peine leurs épaules ; leur front est ceint d’une couronne d’or ; leur attitude est calme, majestueuse; il y a dans leur visage cette sérénité presque divine dont les anciens se servaient pour exprimer l’apothéose... Le plus jeune de ces trois hommes est A-pelle, les deux autres Phidias et Ictinus ; A pelle, le dernier des grands peintres de la Grèce ; Ictinus, l’architecte du Parthénon, le représentant du grand siècle de l’architecture ; Phidias, le créateur de la sculpture à la fois idéale et vivante, de la plus grande et de la plus vraie des sculptures...
« C’est sous leurs yeux, c’est en leur nom, que cette noble et belle fille au teint oriental, au regard bienveillant, ramasse une couronne et se dispose à la lancer au lauréat.
« A leurs pieds sont deux jeunes femmes assises de chaque côté des degrés : elles gardent un respectueux silence. L’une, par son profil, rappelle le type grandiose de certaines médailles grecques ; l’autre, le front ceint d’un diadème, a plutôt le caractère des figures impériales. C’est l’image et la personnification de l’art antique sous ses deux formes les plus saillantes : la forme grecque et la forme romaine...
« Mais voici deux autres femmes, qui, debout sur le devant des degrés, ont un aspect moins sévère et semblent se rattacher encore, par quelques liens secrets, au monde des vivants. L’une porte au ciel un regard rêveur : sur ses épaules, qu’enveloppe un étroit et chaste manteau, ses blonds cheveux retombent en nappes onduleuses ; une grâce virginale se mêle dans ses traits à une tendre et suave lan-
L’HEMICYCLE
gueur, et sur son front, où brille l’inspiration céleste, on aperçoit ce découragement mélancolique que nous inspire le sentiment de notre infirmité comparée à la grandeur de Dieu. Une palme à la main, ce serait une sainte ; mais ce modèle d’une église gothique nous trahit son secret. C’est le génie de l’art du moyen âge, de ce sublime novateur qui trouva le chemin du beau sans autre guide que la foi...
3±. L’Art gothique. — 35. L’Art grec. — 36. Ictinus.