REPRODUCTION DES IMAGES A L’AIDE DE LA CHAMBRE CLAIRE
Lorsqu’on a obtenu une image nette d’un objet, il est bon d’en prendre le dessin. Cette opération peut s’exécuter au moyen d’instruments nommés chambres claires. Les modèles de ces appareils sont nombreux. La chambre claire d’Oberhauser ( fig. 6 ) s’applique aux microscopes verticaux et les
transforme en microscopes horizontaux. La chambre claire de Chevalier (fig. 17), celle de Nachet (fig. 18), s’appliquent également aux microscopes verticaux. Quelles que soient d’ailleurs les différences qui existent entre ces appareils, ils sont construits sur le même principe : faire pénétrer dans l’œil par une partie de la pupille l’image de l’objet et par une autre partie de la pupille, les rayons émanés du papier sur lequel on dessine et qui ont nécessairement subi une ou plusieurs réflexions. L’œil
aperçoit à la fois et superpose l’image de l’objet et celle du papier.
Chambre claire. — La chambre claire de Nachet, qui s’applique aux microscopes verticaux et reporte néanmoins l’image sur un plan horizontal, est aujourd’hui la plus employée. Cette chambre claire se compose essentiellement d’un prisme dont la section est un parallélogramme, qui est fixé de telle sorte que l’une de ses faces obliques soit placée devant l’oculaire. Sur cette face est collé un autre petit prisme qui, recevant normalement les rayons sortant de l'oculaire, les renvoie aussi normalement sur le premier prisme. De la sorte, les rayons émanés de l’oculaire ne subissent pas de déviation.
D'autre part, les rayons émanés du papier, arrivent à l’œil parallèlement à ceux qui viennent de l’objet, mais après avoir subi deux réflexions totales sur les faces parallèles obliques du premier prisme.
Ces prismes sont logés dans une garniture métallique soutenue par un collier destiné à s’adapter au tube de l’oculaire.
Emploi. — Voici comment on procède pour faire usage de cette chambre claire : l’appareil étant adapté au tube du microscope, on place à droite du microscope, sur la table, la feuille de papier où doit être fait le dessin, et l’on saisit de la main droite le crayon dont on approche la pointe de la surface du papier ; l’œil appliqué au-dessus de l’ouverture de la chambre claire reçoit par une des moitiés de la pupille, les rayons partis de l’objet, et par l’autre moitié ceux que le papier et la pointe du crayon lui envoient dans la même direction. On aperçoit donc à la fois et superposés le contour de l’image et la pointe du crayon ; on n’a plus qü’à faire glisser cette dernière en suivant toujours bien l’image pour la reporter sur le papier.
Lorsqu’on n’est pas encore habitué à se servir de la chambre claire, les contours que l’on trace sont toujours plus ou moins tremblés. On arrive toutefois assez rapidement à obtenir des tracés nets et bien définis. Ce qui rend difficile aux comment çants l’usage de la chambre claire, c’est qu’au moment où ils croient saisir les deux images du crayon et de l’objet superpo-’
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sées, l’une de ces images disparaît. Gela tient le plus souvent à ce que l’une d’elles est trop éclairée par rapport à l’autre.
Quand c’est le papier qui est trop éclairé, les nombreux rayons qu’il envoie à l’œil éblouissent la rétine et effacent l'impression produite par l’image plus sombre de l’objet. Le papier et le crayon apparaissent seuls alors. Si au contraire c’est l’objet qui est trop éclairé, l’image du papier et du crayon disparaissent. Le point capital est donc d’équilibrer les deux lumières en diminuant graduellement l’intensité de celle dont l’éclat prédomine.
La disparition de l’une des images peut encore tenir au peu de fixité de la tête de l’observateur alors qu’il n’est pas habitué à cet exercice. La tête se portant inconsciemment à droite ou à gauche, en avant ou en arrière, l’œil se déplace et il faut tâtonner pour retrouver la bonne positi on qu’on ne doit plus abandonner jusqu’à ce que le dessin soit achevé. C’est là une affaired’habitude.
Enfin, il ne faut pas oublier que la grandeur de l’image sur le papier augmente avec la hauteur de l’œil au-dessus de ce papier. Il faut s’arranger de manière à ce que cette hauteur soit invariable, si l’on veut avoir des observations comparables.
D’après ce que nous avons dit, le choix du papier à employer pour les dessins des images vues au microscope, doit être fait judicieusement. Le papier blanc donne souvent trop de lumière ; on emploiera donc avec avantage les papiers de couleur grise, ou si l’on emploie un papier blanc on aura soin d’en affaiblir l’éclat en plaçant au-devant de lui un écran, ou tout autre objet qui projette de l’ombre à sa surface. Le grain du papier doit être très fin et sa surface lisse, car les contours des objets que Ton reproduit sont d’une très grande délicatesse. C’est pour la même raison que le choix des crayons est fort important. Ces crayons doivent être assez durs pour permettre des traits excessivement fins ; s'ils étaient trop mous, ils s’écraseraient et l’on obtiendrait des contours épais et mal définis. La pointe du crayon doit être entretenue aussi fine que possible. On y arrive très bien en usant la mine sur des papiers à émeri.
Les reproductions des images observées au microscope ont
une très-grande importance. Pour l’étudiant c’est le meilleur moyen de se graver dans l’esprit les particularités qu’il étudie. En faisant le dessin il observe souvent bien des choses qui lui échappaient; il cherche, pour mieux voir ce qui lui paraît obscur et compléter son dessin, à faire de meilleures préparations et il acquiert ainsi bien vite une grande habileté. Plus tard, un dessin exact est indispensable pour corroborer une observation personnelle et faire saisir clairement une explication. Ces dessins, pour avoir une valeur réelle, exigent plusieurs qualités.
Tout d’abord le dessin doit être parfaitement exact, c’est-àdire, que ses contours doivent représenter sans aucune différence ceux de l’image vue au microscope.
Il doit être la reproduction fidèle de ce qui existe et de ce que l’on voit, et non pas, comme on le fait trop souvent, une sorte de schéma, c’est-à-dire la reproduction d’une idée. Des dessins artistiques ne sont pas à dédaigner, mais il faut se défier du trop grand désir de faire quelque chose qui plaise à l’œil ; on est alors souvent entraîné à s’écarter de l’exacte vérité ; sans vouloir insister trop longtemps sur ce sujet, nous croyons cependant nécessaire de donner ici quelques notions au sujet de la manière dont on doit opérer.
Il est bon, lorsqu’on représente l’image d’une préparation, d’en prendre deux dessins, l’un d’ensemble , l’autre des détails.
Le dessin d’ensemble présente de grandes difficultés, d’autant plus que l’objet tout entier offre souvent un trop grand diamètre pour être facilement représenté au moyen de la chambre claire. De plus il demande un peu de goût artistique. Outre les rapports de grandeur et de forme à observer, on doit tenir compte encore de la position de l’objet, de la perspective, des ombres, etc. ; la question des ombres est surtout importante quand il s’agit d’objets opaques; on a alors l’habitude d’éclairer l’objet du côté gauche, l’ombre doit donc être portée du côté droit. On pourrait croire que lorsqu’on examine des coupes très-fines, il n’y a pas d’ombres. C’est là une erreur ; l’ombre en effet est encore sensible au bord de Couverture des vaisseaux, ou des cellules dans les coupes des tissus. Plus la lumière tombe normalement sur la coupe, plus les ombres sont faibles il est vrai, mais il ne faut pas oublier
GUIDE DE MICROGRAPHIE.
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que pour apercevoir très-nettement des coupes excessivement fines, on éclaire un peu obliquement, et alors les ombres deviennent plus sensibles. Or, toutes ces ombres doivent être reproduitesdans le dessin, et si I on a soin de les bien appliquer comme on les voit, on obtient des représentations très fidèles des objets. Lorsque le dessin d’ensemble est terminé, on s’occupe de reproduire à un plus fort grossissement les particularités les plus intéressantes de la préparation.
Un bon dessin d’une image microscopique est donc la preuve d’une observation attentive ; et l’on peut dire qu’avec de la patience tout observateur peut devenir rapidement un bon dessinateur. Pour noire part,' nous avons vu dans les laboratoires de l’École de pharmacie des élèves sérieux acquérir trèsrapidement un véritable talent, et l’on pouvait suivre avec le plus grand intérêt, à la fin de l’année, sur l’ensemble de leurs dessins, les progrès qu’ils avaient faits uniquement par la patience et l’observation.
Il est bon d’accompagner les dessins de la valeur du grossissement avec lequel ils ont été exécutés.