I . SANG NORMAL
Le moyen le plus pratique de se procurer du sang, c’est de faire une légère piqûre avec une épingle et d’interrompre ensuite la circulation, dans l’extrémité d’un doigt. La petite quantité de sang qui s’échappe suffit amplement pour pratiquer l’examen au microscope (1).
(1) M. Hayem est d’avis que, par cette méthode, on n’obtient pas un sang véritablement physiologique, et que par des numérations successives faites chez la môme personne, on ne trouve pas de résultats concordants. On évite, d’après l’auteur, cette cause d’erreur, en faisant à l’aide de la pointe d’une lancette, sur le doigt libre, une petite plaie suffisante pour laisser échapper quelques gouttes de sang, dès qu’on exerce la plus légère pression sur la pulpe. Des recherches comparatives ont démontré à M. Hayem l’importance de cette manière d’opérer. L’exactitude des résultats dépend de la rapidité avec laquelle on agit et de la quantité de sang qui s’écoule ; celle-ci doit ôtre assez abondante. 11 faut également éviter l'évaporation, qui aurait pour effet
Il est très importaut de prendre quelques précautions dans cet examen. On ne doit mettre sur le porte-objet qu’une quantité très faible de sang, afin de ne pas avoir une superposition des globules. De plus, comme, sous l’influence de l’air, les globules s’altèrent rapidement, il faut immédiatement placer la lamelle sur la préparation. Par surcroît de précaution, on peut même fermer complètement la préparation, par l’un des moyens usités en pareil cas (baume de Judée, paraffine, etc.).
L’œil est tout d’abord maîtrisé, par un grand nombre de corpuscules d’un jaune pâle, qui sont les globules rouges du sang. Au milieu de l’énorme quantité de globules rouges, l’observateur ne tarde pas à distinguer d’autres corpuscules sphériques plus gros, bien moins nombreux que les globules rouges. Ce sont les globules blancs. Avec plus d’attention on découvrira encore des globules réfringents (granulations découvertes par Donné et connues sous le nom de corpuscules élémentaires de Zimmermann).
Quand une préparation de sang vient d’être faite, il y a généralement des courants qui s’établissent, et que le moindre mouvement communiqué à la préparation peut faire renaître, quand ils se sont éteints. Les globules de .sang sont entraînés par ces courants, et, grâce à la rapidité de leur course, ils se présentent à l’observateur sous des aspects différents. Les globules rouges sont biconcaves, de sorte que, vus de face, ils ont une forme circulaire ; leur couleur est plus accentuée sur les bords qu’au centre. En effet, si l’on examine un globule sanguin vu de champ, on constate qu’il est plus mince au centre, qu’aux extrémités. MM. Duval etLereboullet comparent le globule sanguin vu ainsi, à un biscuit rétréci dans sa partie médiane. C’est ce qui explique que, vu de face, le globule rouge paraisse décoloré au centre, puisque sous une épaisseur plus faible, il contient nécessairement moins de matière colorante et donne ainsi plus facilement passage à-la lumière.
d’augmenter le nombre des globules, par la concentration du plasma. La petite plaie faite par la lancette est, d’ailleurs, tout aussi inoffensive que la piqûre d'une aiguille.
GUIDE DE MICROGRAPHIE:.
D’après M.Hayemle sang normal contient constamment des globules de dimensions diverses. On peut distinguer, à ce point de vue, trois variétés de globules : les grands, les moyens et les petits. Les grands ont un diamètre moyen de 8 fx, 5 ; les plus grands atteignent 8jx, 8 (en chiffre rond 9^) ; les moyens ont 7p, S de diamètre ; les petits 6[/., 5, et les plus petits du sang normal 6g..
A l’état normal, les globules sanguins ne contiennent pas de noyaux. Les globules rouges, lorsqu’ils ne sont pas altérés dans leur forme, ont une tendance à s'empiler, comme des pièces de monnaie ; quelquefois, comme le contact ne s’effectue que par un point plus ou moins étendu de leur surface, la pile de globules paraît renversée. Quelques auteurs attachent une certaine importance, à la plus ou moins grande facilité avec laquelle les globules se mettent en pile, et en déduisent un état d’altération plus ou moins avancé, de ces éléments.
Dans la figure 211, on a représenté des globules crénelés
Fig. 211. — Globules sanguins. — a. Vus de face. — b. Vus de profil. — c. Globules empilés. — d. Globule devenu sphérique sous l’influence de l’eau. — e. Globules décolorés par l’eau. — f. Globules altérés par l’évaporation. (350 D.)
ou mûriformes. C’est une des altérations les plus fréquentes du globule sanguin. Elle est attribuée par certains auteurs à la suppression d’une partie de l’eau de constitution du globule.
Ce n’est pas la seule altération que puisse éprouver le globule sanguin; quand nous étudierons le sang pathologique, ainsi que l’influence des réactifs sur le sang, nous verrons de quelle façon se comportent les globules sous l’influence de ces différents agents.
Avant de passer à l’étude des globules blancs, il nous a paru utile de faire connaître, d’après les recherches de M.Hayem,
les caractères anatomiques du sang chez le nouveau-né pendant les premiers jours de la vie. (Comptes rendus 21 mai 1877.) Au point de vue de leurs dimensions, les globules rouges sont beaucoup plus inégaux que chez l’adulte ; il y en a qui dépassent en grandeur les plus gros globules de l’adulte, tandis qu’un certain nombre sont extrêmement petits. Voici les mensurations données par M. Hayem.
Diamètre du plus petit globule nain . 3p., 25
— moyen des globules nains . 5,5
— des petits globules . 6 , 5
— des globules moyens . 7 , 5
— des grands . 8,5
— des géants . 9 , 5
— du plus grand globule . 10 ,25
Ces globules de dimensions diverses sont mélangés dans des proportions irrégulières, qui, en se modifiant sensiblement d’un jour à l’autre, rendent impossible la détermination précise de la moyenne générale des dimensions globulaires.
M. Hayem a remarqué de plus, que les globules sanguins de l’enfant différaient de ceux de l’adulte, par leur constitution. Ils s’altèrent plus vite, résistent moins à l’action des réactifs ; ils s’endosmosent avec la plus grande facilité.
Les globules du sang du fœtus se distinguent de ceux de l’adulte, par l’existence d’un noyau. D’après Robin, ce serait vers le quatrième mois de la vie embryonnaire que le noyau disparaîtrait; d’après Kœlliker au contraire, cette disparition n’aurait lieu qu’au cinquième mois. Ces globules sont plus volumineux que ceux de l’adulte, ils sont plus altérables. Quand ils sont extravasés, ils présentent des prolongements sarcodiques (Robin).
D’après MM. Mathias Duval et Lereboullet, lorsque les globules sanguins du nouveau-né présentent un noyau, c’est l’indice d’un état pathologique.
GUIDE DE MICROGRAPHIE.