NUMÉRATION DES GLOBULES DU SANG
L’étude de cette question a reçu depuis peu d’années, en France, une vive impulsion de deux savants, MM. Malassez et Hayem. C’est M. Malassez qui, le premier, a fait entrer la numération des globules du sang, dans une voie pratique, par la création d’un instrument dont nous donnons la description. Nous emprunterons à ces deux auteurs les renseignements qui vont suivre.
Depuis longtemps déjà on s’était préoccupé du dosage des globules à l’état sain et à l’état pathologique. Les travaux d’Andral et Gavarret et de Becquerel et Rodier sont le témoignage des nombreuses et fécondes recherches faites dans cette direction. La chimie ne pouvant donner qu’une appréciation pondérale, il appartenait au microscope de montrer que, outre la diminution des globules, il y avait des modifications morphologiques qui avaient un véritable intérêt. Longtemps on
et plus ou moins excentriquement situé. Tantôt enfin les globules sanguins sont simplement plus ou moins crénelés sur leurs bords et plus foncés de couleur.
Ce sont surtout les globules des reptiles qui expulsent leur nucléus, les globules des mammifères offrent des crénelures.
Le nombre des globules, ainsi altérés et rentrés dans la circulation, est proportionnel à l’étendue de la congélation. Si la congélation n’a envahi que les membres, ou ~h seulement est altéré. Si l’animal a été totalement envahi par la glace, presque tous les globules sont désorganisés ; il n'en reste pas d'inaltérés.
M. Pouchet a tiré de ces faits des déductions physiologiques très importantes ( loc . cit « , p. 14).
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a cherché un moyen pratique de réaliser ce desideratum. On comprend sans peine, combien il aurait été difficile, pour un observateur, de dénombrer l’immense quantité de globules contenus dans une goutte de sang. Tous les histologistes ont été d’accord, pour reconnaître la nécessité de diluer le sang, c’est-à-dire d’augmenter la quantité de sérum, pour diminuer ainsi le nombre des globules, dans un volume déterminé de sang.
Il est nécessaire que le mélange soit parfaitement fait, et que les globules soient uniformément répartis.
C’est Yierordt qui le premier ( Arch . far physiologische Heilkunde , Bd. XI, 1852, et Bd. XIII, 1854) donna le moyen de faire la numération des globules du sang. Yoici en quoi consiste son procédé. Le sang, étant recueilli à l’aide d’un tube capillaire bien calibré, est étendu dans une quantité de sérum artificiel toujours la même (679,9 fois celle du sang). Au mélange ainsi obtenu, on ajoute un dixième de solution gommeuse, et on le reprend avec une pipette, pour l’étendre sur un porte-objet, en lignes étroites et régulières. On le laisse sécher à l’air libre, puis on place la préparation sous le microscope, et l’on compte les globules, en s’aidant d’une lame micrométrique placée sur le sang desséché. Comme le fait observer M. Hayem (1), auquel nous empruntons ces détails, ce procédé, demandant cinq ou six heures, avait peu de chances pour entrer dans la pratique.
Welcker {Arch. der Vereins f. gemcin Arbeitcn zu Gôttingen , 1854, t. I, p. 161 et 195 ; Viertelj f. prakt. Heilkunde. Prag., 1854, t. XLIY, p. 11), apporta quelques modifications à cette méthode, mais sans la rendre plus prompte et plus pratique. En 1865, Mantegazza imagina un procédé différent, mais très imparfait; il était fondé également sur un calcul de surface.
Cramer ( Neder . Lancet) réalisa un très grand progrès, en mettant en pratique l’usage des dilutions sanguines en 1855. L’appareil de Cramer, très ingénieux, comme on va le voir, ne fut pas vulgarisé, lise compose d’une lame porte-objet, sur les bords de laquelle, sont collées deux bandes de verre très minces
(1) Voir : Thèse inaugurale de Malassez et Hayem, leçon faite à la Charité en 1875.
et partout d’égale épaisseur. Sur ces lamelles, est placée une autre lame, semblable à la première. On a ainsi un espace capillaire, de section rectangulaire, ayant pour hauteur, l’épaisseur des lamelles. Après avoir déterminé, par une mensuration faite au microscope, le volume de ce capillaire artificiel, Cramer faisait une dissolution de sang, à l’aide d’eau salée à 1/200, et en se servant de tubes très bien calibrés. Il faisait ensuite pénétrer par aspiration une partie du mélange dans le capillaire, et en s’aidant d’un oculaire, dans lequel était une glace quadrillée, il comptait les globules dans un espace d’une étendue déterminée et arrivait, à l’aide d’une formule calculée d’avance, à connaître le nombre des globules contenus dans un millimètre de sang (Hayem, loc. cit.).
En 1867, notre excellent maître, M. Potain, fit connaître un appareil qui porte dans la science le nom de mélangeur Potain ; cet appareil sera décrit avec celui de M. Malassez.
Ainsi que nous l’avons dit, l’opération préliminaire consiste à étendre le sang avec du sérum artificiel, et à obtenir un mélange parfaitement homogène. Voici quelle est la formule adoptée par MM. Potain et Malassez. On fait une solution de gomme arabique, ayanj, au pèse-urine, une densité de 1,020, et on en prend 1 volume ; on fait ensuite des solutions de sulfate de soude, de chlorure de sodium, ayant chacune, une densité de 1,020, et on prend partie égale, de chacune de ces solutions pour constituer 3 volumes. M. Malassez fait au sujet de ce sérum une remarque fort importante. Le sérum artificiel ne se comporte pas toujours de la même façon vis-àvis de tous les globules, et s’il en conserve un certain nombre, pendant le temps nécessaire à l’examen, il en ratatine et parfois, en gonfle rapidement d'autres, cela varie suivant le sang qu’on examine, de sorte qu’il est à peu près impossible d’avoir un sérum qui s’applique également bien à tous les cas (1).
Si l'on ne tient pas, dit M. Malassez, à conserver aux globules leur forme, il convient d’ajouter au sérum un peu de carbonate de potasse ou de soude ; une goutte de solution à 50 p. 100
(t) Du reste, M. Malassez se sert maintenant d’une solution du sulfate de soude marquant 1,020 au densimètre; la raison de ce choix est dans la facile altération du sérum dont nous avons donné plus haut la formule.
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dans 15 grammes de sérum environ. Avec cette modification
tous les globules deviennent sphériques, mais ils se répartissent plus régulièrement ; la numération devient alors plus facile.
Gomme généralement, dans les essais cliniques, on ne dispose que d’une faible quantité de liquide, il est nécessaire de faire usage du mélangeur Potain (fig. 214). Cet appareil se compose d’un tube capillaire effilé à l’une des extrémités et divisé en deux parties inégales, par une ampoule. Cette ampoule renferme une petite boule de verre. Le tube capillaire qui termine l’appareil, à sa partie supérieure, a une section un peu plus large, que le tube capillaire soudé à l’autre extrémité de l’ampoule. On adapte un tube en caoutchouc à l’extrémité de l’appareil.
La longue portion du tube capillaire est construite de telle façon, que sa capacité soittrès exactement égale au centième de celle de la dilatation ampullaire. La capacité de l’ampoule est fixée par deux traits situés, l’un à sa partie supérieure , l’autre à sa partie inférieure.
D’autre part, la longue portion du tube capillaire est divisée en deux parties d’égale capacité. Voici quelle marche on doit suivre, quand on veut obtenir un mélange de sang à 1/100.
On plonge la pointe effilée du tube Fig. 2i3. — Mélangeur Potain. dans le sang à examiner et l’on aspire
doucement parle tube en caoutchouc, adapté à la courte portion du tube capillaire, jusqu’à ce que
le sang arrive au trait, qui sépare la longue portion du tube capillaire, de la partie inférieure de l’ampoule. Si, par une aspiration trop énergique, le liquide sanguin a dépassé le trait, il suffit de refouler le liquide, en soufflant légèrement dans le tube en caoutchouc, en même temps que l’on essuie le sang qui sort par la pointe de l’instrument. Cette opération doit être faite assez rapidement, lorsque l’on a à examiner un sang se coagulant facilement, comme celui du chien par exemple.
Ceci fait, on essuie exactement la pointe de l’appareil, que l’on plonge dans le sérum artificiel, et l’on aspire doucement, à l’aide du tube en caoutchouc, en imprimant à l’appareil, avec les doigts; de petits mouvements de rotation, grâce auxquels, le mélange de sang et de sérum commence à s’opérer.
L’aspiration est maintenue, jusqu’à ce que le mélange de sang et de sérum arrive au trait qui forme le point de séparation, entre l’extrémité supérieure de l’ampoule et la courte portion du tube capillaire.
On a alors, dans l’ampoule, un mélange de sérum et de sang à 1/100. Cette ampoule contient, ainsi que nous l’avons dit, une petite boule de verre. En agitant l’appareil dans des sens divers, on fait voyager la petite boule de verre qui, traversant dans toutes les directions la masse liquide, rend le mélange aussi homogène que possible.
Quand on veut faire une prise de ce mélange, on souffle par le tube en caoutchouc, de façon à expulser la partie du liquide sanguin qui est contenue dans la longue partie du tube capillaire.
11 y a des cas où l’on ne doit faire le mélange de sang et de sérum artificiel, qu’à ^ lorsque, par exemple, on a à examiner un sang normal ou très riche en globules. En se reportant à ce que nous avons dit plus haut, il suffira de n’aspirer le sang, que jusqu’au trait, marquant la moitié de la capacité de la longue portion de l’appareil. On finit par reconnaître à la couleur du sang, quand on doit recourir à cet artifice opératoire, suivant M. Malassez.
11 nous reste maintenant à décrire l’appareil proprement dit de M. Malassez, appareil auquel l’auteur a donné le nom
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de capillaire artificiel. On sait en effet que, si l’on examine an microscope, la membrane interdigitale d’une grenouille, on voit le sang circuler dans les capillaires, qui tapissent cette membrane. Le capillaire artificiel de M. Malassez, se présente sous la forme d’une petite bande de verre, ayant environ 2 à 3
centimètres de longueur sur 4 à 5 millimètres de largeur et 1 millimètre d’épaisseur ; elle est fixée sur une glace porte-objet. Dans cette petite bande de verre, très près de sa face supérieure, a été ménagé un canal, qu’on ne peut bien voir à l’œil nu, que sous un certain jour; ce canal est aplati de haut en bas; à la coupe, il a la forme d’une ellipse dont le grand axe aurait environ 250g et le petit 70g.. L’une de ses extrémités est libre, l’autre relevée en forme de crochet, communique avec un tube en caoutchouc très fin. La capacité de ce capillaire artificiel a été exactement mesurée (1). Les chiffres qui sont gravés sur la lame porte-objet, indiquent quelle est sa capacité pour un certain nombre de longueurs. Dans la première colonne sont inscrites les longueurs ; dans la seconde sont portées les capacités correspondantes. Les longueurs sont exprimées en millièmes de millimètre, et les capacités en millièmes de millimètre cube. Le capillaire représenté ici a par exemple pour une longueur de 500g une capacité égale h la 150e partie d’un millimètre cube.
(1) C est la, nous devons 1 avouer, ce qui rend la construction de l’appareil de M. Malassez si délicate.
Pour faire pénétrer le sang dans le capillaire artificiel, il suffit de déposer à son extrémité libre, sur la lamelle, une goutte du mélange sanguin. Ce dernier pénètre dans l’appareil par l’effet de la capillarité.
Toutefois, d’après M. Hayem, comme les liquides pénètrent plus facilement que les solides dans le tube capillaire, il pourrait arriver que, si l’ascension du liquide se faisait lentement, il y ait un certain nombre de globules éliminés. Pour éviter cet inconvénient, M. Malassez conseille d’agiter la goutte du mélange sanguin, afin de faciliter une égale répartition des globules et de s’opposer à ce qu’ils gagnent les parties inférieures, en vertu de leur densité. Pour plus d’exactitude, l’auteur conseille même de vider le capillaire en soufflant par le tube en caoutchouc, l’appareil ayant été mouillé une première fois, l’ascension du liquide sanguin se fera plus facilement (1). Quand celui-ci est arrivé à l’autre extrémité du tube, on étanche avec un peu de papier buvard, ou un linge quelconque, le liquide déposé sur la lamelle et désormais inutile, afin que, continuant à pénétrer dans le capillaire, il ne mette pas les globules en mouvement, ce qui rendrait leur numération impossible. On porte alors le capillaire sous le microscope, et à l’aide d’une lentille convenable et d’un oculaire quadrillé, on obtient une image analogue à celle figurée p. 354. -
Le tube rentrant du microscope doit au préalable avoir été placé dans une situation déterminée une fois pour toutes de façon que la partie quadrillée du champ microscopique recouvre une longueur voulue du capillaire dont la capacité a été mesurée à l’avance.
Pour compter les globulês, il faut comprendre toute la partie du capillaire recouverte par le quadrillage, entre la dernière ligne de droite et la dernière ligne de gauche. Il est nécessaire de compter carré par carré. Il arrive quelquefois que des globules sont placés à cheval sur un trait, il est prudent,
(1) Le lavage préalable du capillaire avec le mélange sanguin, dont on veut apprécier la richesse, a encore pour avantage d’empêcher la dilution qui se produirait, s’il était resté un peu d’eau dans l’appareil, dans un lavage précédent.
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afin de ne pas commettre d’oubli, de les compter immédiatement. Afin d’obtenir un degré plus grand d’exactitude, M. Malassez conseille de faire deux ou trois numérations sur différents points du capillaire artificiel et de prendre une moyenne.
Le nombre ainsi obtenu sera multiplié : 1° par le chiffre qui
b'ig. 215. — Capillaire recouvert par le quadrillag e .
se trouve sur la lame porte-objet, en regard de la longueur suivant laquelle les globules auront été comptés ; 2° par le titre du mélange.
Le produit donnera le nombre des globules par millimètre cube du sang.
Supposons par exemple que le chiffre 118 soit le nombre des globules trouvés dans une longueur de 500 jj.; supposons que nous nous soyons servi du capillaire artificiel représenté (fig. 21 5), dans lequel le volume du canal est égal à la 150° partie d’un millimètre cube pour une longueur de 500jx; supposons enfin que le mélange sanguin soit à Le nombre
des globules par millimètre cube de sang sera évidemment égal à
Il reste maintenant à prendre un soin tout particulier des appareils ; ces soins sont de la plus haute importance, et c’est avec raison que M. Malassez insiste sur ces précautions.
Pour nettoyer le capillaire, on souflle d’abord par le petit tube en caoutchouc de façon à en chasser le liquide sanguin qui y est contenu. On recueille ce liquide avec du papier buvard, puis on place à l’extrémité libre du capillaire une goutte d’eau distillée qui y pénètre par l’effet de la capillarité; on chasse cette eau à l’aide du tube en caoutchouc, et l’on répète plusieurs fois cette manœuvre.
Le mélangeur doit être soumis au même traitement. On ajuste le tube en caoutchouc sur la longue portion du capillaire, et l’on chasse le liquide sanguin que l’appareil renferme ; ceci fait, on replace le tube en caoutchouc sur la courte portion du capillaire, et on y fait passer de l’eau distillée en ayant soin d’imprimer à l’appareil des mouvements de rotation, de façon à faire mouvoir rapidement la petite boule contenue dans l’ampoule. Puis on chasse l’eau.
Si, en dépit de ces précautions, l’appareil venait à s’encrasser, il faudrait, suivant le conseil de M. Malassez, faire passer dans le capillaire et dans le mélangeur une solution de potasse ou de soude à 25 p. 100, puis les laver à l’eau distillée.
La méthode de M. Malassez, telle que nous venons de l’exposer, est également applicable à la numération des globules blancs. Dans son travail, cet histologiste critique avec une grande compétence les méthodes employées antérieurement. Nous ne pouvons le suivre dans ces développements intéressants ; toutefois, il y a une observation de la plus haute importance et d’un intérêt pratique considérable, que nous devons consigner ici.
On fait une préparation de sang pur et l’on compte le nombre des globules blancs. On répète cette opération de nouveau avec le même sang étendu de trois ou quatre fois son volume
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de sérum artificiel, et l’on constate par la numération que dans ce second cas on trouve plus de globules blancs que dans la première opération. Gomme il n’est pas possible d’admettre que ce soit le sérum artificiel qui ait augmenté le nombre des globules, il est nécessaire de chercher une autre explication. Yoici celle qui est donnée par M. Malassez ' Les globules blancs vivants se fixent aux corps avec lesquels ils sont en contact et s’aplatissent contre eux ; on sait que ce phénomène se produit avec le verre dans des préparations fraîches de sang pur, ce qui rend les globules blancs moins visibles. N’est-il pas vraisemblable d’admettre, dit M. Malassez, que si le sang est riche en globules blancs, et que les espaces laissés entre les piles de globules rouges soient peu considérables, une partie des globules blancs sera masquée par les globules rouges ; tandis que, lorsque le sang est étendu de sérum, les globules blancs devenant sous l’influence de ce liquide à la fois sphériques et plus réfringents, ne peuvent plus échapper à l’observation, au milieu des globules rouges moins nombreux et plus régulièrement disséminés.
Application de la méthode Malassez. — Les globules blancs étant infiniment moins nombreux que les globules rouges, il en résulte que, pour en faire la numération, il faut employer un liquide sanguin plus concentré, que lorsqu’il s’agit de compter les globules rouges, et, de plus, qu’il faut faire cette numération sur une plus large surface, c’est-à-dire sur une plus grande longueur du capillaire artificiel. M. Malassez fait un mélange au cinquantième de sang et de sérum artificiel à l’aide du mélangeur Potain, toutefois il enseigne l’artifice suivant. Le mélangeur ordinaire n’est qu’au centième ; il suffira donc de remplir deux fois la longue portion de l’appareil, et l’on aura ainsi un mélange à Pour faire cette opération, il faut, après avoir rempli une fois sa longue portion, aspirer un peu d’air dans la longue portion du mélangeur, de façon à produire un index, et à remplir de nouveau le tube capillaire en se guidant sur l’ascension de l’index. Ceci fait, on remplit l’ampoule comme il a été indiqué plus haut avec du sérum artificiel, puis on brasse le mélange que l’on peut introduire dansle capillaire artificiel parle mode opératoire exposé.
Il ne faut pas se contenter de compter les globules clans un ou plusieurs champs microscopiques, mais bien dans dix et vingt champs microscopiques contigus ; de telle sorte que, si le champ microscopique recouvre une longueur de tube de un demi-millimètre par exemple, on aura compté les globules dans une longueur de tube de un demi à i centimètre. Supposons, dit M . Malassez, que dans vingt champs microscopiques nous ayons trouvé 32 globules blancs ; le nombre de globules blancs par champ microscopique sera de fj = 1 , 6. Supposons encore que le champ microscopique recouvre une longueur de capillaire de un demi-millimètre, et que dans ce capillaire cette longueur corresponde, comme capacité, à la centième partie d’un millimètre cuhe, le nombre de globules blancs par millimètre cube du mélange, sera cent fois plus considérable. 1, 6, X 100 = 160. Or, le mélange étant au cinquantième, il en résulte que la quantité de globules blancs contenus dans le sang pur, sera cinquante fois plus fort, d’où 160 X 60 = 8,000.
Telle serait la richesse réelle du sang en globules blancs.
Si l’on voulait avoir la richesse du sang en globules blancs relativement au nombre des globules rouges, il faudrait calculer le nombre de globules rouges contenus dans un millimètre cube, et diviser le chiffre trouvé par la quantité de globules blancs contenus dans la même capacité. Supposons que, dans un millimètre cube de sang, on ait trouvé un nombre de globules rouges égal à 4,400,000 globules; la quantité de globules blancs contenus dans la même capacité étant égale à 8,000, la richesse relative sera donnée par l’équation suivante :
Ce qui revient à dire que pour 550 globules rouges, il y a \ globule blanc, ou encore que les globules rougea sont 550 fois plus nombreux que les globules blancs.
M. Ilayem, a fait à l’appareil de M. Malassez quelques critiques que nous devons signaler. Ces critiques portent toutes, sur le rôle important que joue la capillarité dans l’appareil que nous venons de décrire. Le mélange sanguin étant consth
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tué par une partie solide et par une partie liquide, il en résulte qu’il doit pénétrer inégalement dans le tube capillaire, le sérum ayant une ascension plus rapide que les globules, l’homogénéité du liquide est ainsi détruite. De plus, dit M. Hayem, les parois elles-mêmes de l’espace capillaire, repoussent les globules du sang, de sorte qu’il se forme une zone claire analogue à celle qui se produit dans les capillaires naturels. L’expérience a démontré que, en raison de la dilution du sérum et du petit nombre des globules , l’inconvénient signalé par M. Hayem n’existe pas ou du moins est plus théorique que pratique. Quant à la répulsion qu’exerceraient les parois du tube capillaire, elle tient tout simplement à la forme elliptique du canal, en vertu de laquelle les globules ont une tendance à gagner les parties déclives. Pour nous, ce que l’on peut reprocher à cet appareil, c’est sa perfection même ainsi que la délicatesse des manœuvres, qui nécessitent un certain temps d’apprentissage.
MM. Hayem et Nachet ont imaginé un appareil basé sur le même principe que celui de M. Malassez, mais reposant sur une méthode différente ;• sans repousser le mélangeur Potain, M. Hayem conseille de faire le mélange de sang et de sérum par la méthode suivante : il se sert de deux pipettes graduées, une pour le sang, une autre pour le sérum ; la pipette destinée au sérum porte des divisions permettant de prendre de 100 à 500 millimètres cubes. Le sérum dont on se sert ne doit pas avoir une composition quelconque pour conserver aux globules leur aspect physiologique et faciliter leur dissémination régulière. M. Hayem donne la préférence aux sérums naturels, physiologiques ou pathologiques. Cet auteur dit avoir retiré de grands avantages du liquide obtenu par une ponction chez un malade atteint d’hydropneumothorax. C’était un liquide très riche en albumine et ne contenant que des traces de fibrine; sa densité était égale à 1019. La sérosité de l’ascite, que tout médecin peut, dit M. Hayem, se procurer facilement, fournirait également un excellent véhicule. Nous ne pensons pas que l’usage des sérosités naturelles puisse se généraliser, attendu que ces liquides n’ont pas tous la même densité ni la même composition, et que de plus, en supposant que ces
liquides remplissent parfaitement les indications nécessaires, on n’en a pas toujours à sa disposition (1). Suivant M.Hayem, le sérum iodé de M. Schultz, préparé avec du liquide amniotique de vache, permet de faire un mélange très homogène; toutefois il rétracterait les globules, et par conséquent ne saurait servir à la mensuration de ces éléments. Ce dernier véhicule ne nous paraît pas non plus très pratique, et en attendant que l’on trouve un sérum artificiel qui ne déforme pas les globules, nous conseillons l’emploi de celui dont M. Grancher, professeur agrégé à la Faculté de médecine, a donné la formule, qui est la suivante :
Sulfate de soude cristallisé . 1 gramme.
Eau distillée . 40 —
Ce sérum gonfle les globules et les rend sphériques, mais il ne les décolore pas ; de plus, grâce au peu de densité du liquide, les globules gagnent rapidement le fond de la préparation.
Quelque sérum que l’on choisisse, voici comment il faut opérer. On prend par exemple 500 millimètres cubes de sérum à l’aide d’une pipette qui a élé graduée de façon à tenir compte du mouillage du verre ; ce sérum est déposé avec soin dans une petite éprouvette. C’est alors que l’on prend le sang par la méthode que nous avons indiquée précédemment. L’aspiration d’une quantité déterminée du sang se fait à l’aide d’une pipette parfaitement calibrée et graduée qui ressemble à celle de M. Potain. Les divisions que porte le tube permettent de prendre 2 millimètres cubes, 2n,m,5 ou 5 millimètres
Fig. 216. — Cellule de MM. Nachet et Hayem
cubes de sang. Supposons, dit M. Hayem, qu’on en prenne
(1) La présence fréquente des globules blancs et même des globules rouges dans ces liquides pathologiques peut encore modifier le résultat obtenu.
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Fig. 217.
2 millimètres cubes. En les portant dans la petite éprouvette, qui contient 500 millimètres cubes de sérum, on aura un mélange au 251e. On comprend qu’il est facile d’obtenir de même des mélanges au 201e ou au 102°, soit en faisant varier la quantité de sérum, soit en prenant une quantité plus grande de sang. Il suffit de souffler dans le tube en caoutchouc que porte la pipette pour faire tomber le sang au fond de l’éprouvette. En aspirant deux ou trois fois de suite un peu de sérum qu’on repousse aussitôt, on vide facilement tout le tube capillaire. On introduit alors dans la petite éprouvette contenant le sérum et le sang un agitateur terminé par une petite palette à l’aide duquel on fait un mélange aussi intime que possible.
L’appareil de MM. Nachet et Hayem se compose d’une petite cellule formée par une lamelle de verre mince perforée à son centre de manière à former une ouverture d’environ 1 centimètre de diamètre et fixée sur une lame de verre porte-objet parfaitement plane. L’épaisseur a été diminuée d’une quantité déterminée à l’aide du sphéromètre, et on a ainsi une cavité dont l’épaisseur est mathématiquement connue. En déposant au centre de la cellule une goutte du liquide sanguin, et en la recouvrant immédiatement par une lamelle de verre très plane qui vient reposer sur les bords de la cellule, on obtient ainsi une couche de liquide, à surfaces parallèles, dont l’épaisseur est égale à un cinquième de millimètre. Si l’on a soin, dit M. Hayem, de bien placer la goutte de liquide à examiner au milieu de la cellule, et de ne pas la prendre assez volumineuse pour qu’elle remplisse la cavité tout entière, on n’aura pas à craindre le soulèvement de la petite lamelle par le liquide, phénomène qui se produit facilement lorsque la cellule contient une quantité surabondante de liquide.
Il ne reste plus maintenant qu’à recouvrir la cellule à l’aide de la petite lamelle. Pour empêcher celle-ci de glisser et pour s’opposer en même temps à l’évaporation du liquide san-
guin, M. Hayem conseille d’humecter les bords de la lamelle avec de la salive.
On n’a plus alors qu’à compter les globules. Cette numération se fait par un procédé analogue à celui de M. Malassez. Dans l’oculaire, on a placé une glace sur laquelle est disposé un carré, et le tube rentrant du microscope est enfoncé dans sa monture, jusqu’à un trait calculé de façon que, le côté du carré ait, avec l’objectif dont on se sert, (n° 2 Nachet), une valeur d’un cinquième de millimètre, soit celle de la hauteur de la cellule. On a ainsi sous les yeux la projection d’un cube d’un cinquième de millimètre de côté. De plus, ce carré de l’oculaire est divisé en seize carrés égaux, dans lesquels on a placé des lignes réciproquement perpendiculaires qui n’arrivent pas jusqu’aux bords des petits carrés et qui sont desti-
Fig. 218. — Appareil de MM. Nachet et Hayem.
nées à faciliter la numération, (fig.218). Au bout de quelques minutes, les globules sont tombés par leur propre poids au fond de la cellule. En comptant ceux qui sont compris dans les seize petits carrés, on a très exactement le chiffre des globules contenus dans un cube d’un cinquième de millimètre de côté. Il suffira donc, de multiplier ce chiffre par 125 pour savoir ce que
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renferme 1 millimètre cube de mélange, et, pour connaître la valeur d’un millimètre cube de sang, de multiplier le dernier chiffre trouvé par le titre de ce mélange (Hayem). Dans l’exemple choisi par l’auteur, c’est-à-dire, avec un mélange au 251°, soit x, le nombre de globules comptés dans les seize carrés, il faudra multiplier x par 125, puis par 251, soit 125 X 251 =31,375. Si le mélange avait été fait au 201e, on aurait à multiplier# par: 125 X 201 = 25,125 ; avec un mélange au 101e par 125 X 101 = 12,625.
Pour obtenir un résultat plus rapproché, M. Hayem, comme M. Malassez, conseille de faire la numération plusieurs fois de suite (1).
Quand on veut faire la numération des globules blancs, il faut faire usage d’un mélange sanguin au 1 01e. On comprend que dans ce cas les globules rouges sont si nombreux qu’il devient difficile de les compter, on fait alors un second mélange au 251e à l’aide duquel on compte les globules rouges.
Nous ne voulons pas donner ici les résultats qui ont été obtenus par les différents expérimentateurs qui se sont servi de ces deux méthodes. Les chiffres ne concordent pas toujours, il est sage d’attendre que des expériences plus nombreuses aient été faites. En général les chiffres donnés par la méthode de M. Hayem sont supérieurs à ceux obtenus par le procédé de M. Malassez. On a supposé que l’addition d’un peu de salive pour faire adhérer la lamelle de recouvrement, en soulevant la plaque, augmentait la hauteur du cylindre et la rendait supérieure à § de millimètre ; pour cette raison on aurait une augmentation dans le nombre des globules. Une objection plus sérieuse a été faite par M. le Dr Esbach, chef du laboratoire de clinique médicale à l’hôpital Necker. M. Esbach a bien voulu nous communiquer le résultat de ses recher-
(1) Nous trouvons dans un travail de M. le Dr Albin Meunier, intitulé : « Étude parallèle des globules rouges et blancs du sang et des principaux éléments de l'urine, dans quelques maladies aiguës », une observation touchant l'appareil d’Hayem. Elle nous a paru avoir un intérêt pratique. Pour rendre cet appareil plus parfait, dit l’auteur, il conviendrait d'ajouter au microscope un petit niveau d’eau qui permettrait d’avoir l’instrument toujours dans un plan horizontal; s'il dévie de ce plan, on a, par exemple, 150 globules dans un champ et 200 dans un autre. Il y a donc nécessité d’établir l’horizontalité.
elles encore inédites. Lorsqu’après avoir agité le mélange sanguin, avec la petite spatule, on transporte à l’extrémité de celle-ci une goutte de liquide dans la cellule, il arrive que les globules suivant la densité du sérum gagnent plus ou moins rapidement l’extrémité de la goutte du liquide sanguin. En effet, dit M. Esbach, prenez du sérum constitué par une solution de sulfate de soude d’une densité de 1008, les globules se déposent très rapidement, dès qu’on a cessé d’agiter le mélange, ils gagnent les parties inférieures du liquide. Un phénomène identique a lieu dans la goutte du sérum sanguin. Or, comme on dépose précisément dans la cellule la partie la plus inférieure de la goutelette, il se trouve qu’on y introduit en même temps, une quantité anormale de globules.
Si maintenant on prend un sérum de composition analogue, mais de densité plus élevée, et se rapprochant davantage de la densité du sérum du sang, le phénomène est bien moins accentué, et la numération subséquente donne un chiffre notablement moindre de globules. Enfin si l’on emploie un sérum visqueux, comme celui de M. Potain, par exemple, mais sans addition de carbonate de soude, les variations seront encore moindres, parce que la répartition des globules sera plus égale.
Ainsi donc, avec la méthode de M. Hayem, moins le sérum est dense, plus l’erreur est grande et plus on est exposé à compter un trop grand nombre de globules.
Voici par quel moyen le Dr Esbach propose de se mettre à l’abri de cette cause d’erreur. Le mélange étant opéré, on y plonge la pipette capillaire que l’on emploie pour le sang, on aspire et on repousse plusieurs fois le liquide.
Enfin on pratique l’aspiration une dernière fois, et l’on emporte l’instrument chargé du mélange. L’extrémité est essuyée avec soin, et on laisse écouler la première goutte hors de la cellule, puis, touchant le fond de la cellule avec la pointe de la pipette, on y laisse tomber une quantité suffisante de liquide que l’on recouvre immédiatement avec la lamelle. M. Esbach conseille l’emploi d’un sérum dont la densité varie entre 1020 et 1024.
GUIDE DE MICROGRAPHIE.
Avec cet esprit à la fois si ingénieux et si pratique qui le caractérise, M. Esbach a apporté un notable perfectionnement aux méthodes de MM. Malassez et Hayem. Nous devons également à l’obligeance de l’auteur, la communication de cette importante modification, à laquelle il a donné le nom de numération à la chambre claire. Au lieu d’un oculaire quadrillé on se sert d’une chambre claire, munie dans son intérieur d’une glace quadrillée. On règle le tirage du microscope comme d’habitude. Sur une surface plane, un morceau de marbre par exemple, on pose une feuille de papier, puis sur celle-ci le microscope qui, par son poids, en assurera la stabilité.
Si l’instrument, étant au point, on regarde dans la chambre claire, on aperçoit la préparation comme si elle était sur le papier lui-même ; de plus on voit très bien une plume ou un crayon à l’aide duquel on trace des lignes ou des points. A mesure que M. Esbach compte un globule, il le marque d’un trait à la plume. Arrivé au bas de chaque colonne de petits carrés, il inscrit le nombre des globules, et il fait de même pour chaque colonne. On voit que, grâce à cette méthode, on compte facilemeut les globules et qu’on ne risque pas de compter deux fois le même ni d’en oublier un seul qui, n’étant point marqué d’un point, s’offrirait de lui- même à la vue.
Pour rendre cette numération plus rapide encore, M. Esbach remplace la feuille de papier par une plaque de zinc ; celle-ci est mise en rapport par un fil avec une pile au bichromate, à laquelle est également reliée la plume de l’opérateur, par un fil souple. Sur le trajet de l’un des fils, est interposé un petit compteur électrique, dont la construction est des plus simples, puisqu’il consiste en un disque de bronze, portant 300 petites dents numérotées, de telle sorte qu’à chaque globule marqué, le compteur avance d’une unité. La seule préoccupation de l’opérateur consiste donc à faire des barres sur les globules, sans avoir à compter et sans erreur possible. 11 y a de plus, une grande économie de temps quand il s’agit de compter 300 ou 400 globules.