CHAPITRE X
DU PUS
tine et de cristaux d’hématoïdine, provenant des globules rouges (Ch. Robin).
Vibrions , leptothrix , bactéries. — Quand on regarde du pus à. l’aide d’un fort grossissement, on voit qu’il renferme un très grand nombre de vibrions (voy. p. 379). On avait pensé que la présence de ces microzoaires dans le pus communiquait a celui-ci un plus ou moins grand degré de virulence, mais cette assertion est combattue par les faits. Du pus frais contient également des vibrions. Il est même difficile d’invoquer, pour expliquer leur présence, l’influence de l’air, car on a constaté l’existence de ces vibrions , même dans du pus provenant d’abcès développés hors du contact de l'atmosphère. On peut donc considérer la présence des microzoaires dans le pus, comme un fait normal. C’est surtout dans le pus des ulcères variqueux, ou non variqueux, des vieillards; des tumeurs épithéliales, des cancroïdes, des ulcères phagédéniques et des chancres, que se montrent surtout les vibrions. Ils trouvent là, en effet, toutes les conditions nécessaires à leur développement. En revanche, les globules blancs sont peu abondants.
Algues [pus bleu). — Nous n’avons pas à parler ici de la coloration verdâtre que le pus doit, dans certains cas, à la présence de la biliverdine. Nous nous occuperons seulement de ces organismes microscopiques, qui se développent dans certains hôpitaux, sur les linges à pansement. D’après M. Robin, ce seraient des algues, voisines des protococcus, section des Palmellées, qui donneraient au pus la coloration bleu verdâtre, dont l’origine a souvent préoccupé les auteurs. Ces algues unicellulaires, ditM. Robin, ont des spores de 0mm,005 à 0mm,006 de large et quelques granulations dans leur intérieur; elles sont colorées en bleu verdâtre et faciles à reconnaître au microscope. D’après Billroth, ce seraient, au contraire, des vibrions, qui donneraient au pus cette coloration spéciale. L’un de nous a fait, avec M. Broca, des expériences tendant à prouver que l’on peut facilement cultiver ces algues microscopiques et en obtenir de grandes quantités. Pour cela, il suffit de laver avec soin, avec de l’eau ammoniacale, puis avec de Peau distillée, soit de la charpie, soit de la toile à pan-
GUIDE DE MICROGRAPHIE,
GUIDE DE MICROGRAPHIE.
sement, et de placer le linge ou la charpie dans une étuve à température constante, chauffée entre 36° ou 37°, en ayant soin que le linge ou la charpie soient exposés, sous la plus grande surface possible, à l’action d’un courant d’air. Préalablement, la charpie a été imbibée d’une solution- d’eau albumineuse étendue. Il suffit de placer à la surface un fragment de charpie ou de linge coloré en bleu, pour voir cette coloration s’étendre à la surface du linge et de la charpie. L’accès de l’air est indispensable et les algues ne se développent pas dans l’intérieur de la charpie; aussi doit-on donner la préférence aux bandes de toile, employées pour les pansements. Ces algues, ne se trouvant plus en présence de matières étrangères pouvant altérer leur couleur, sont franchement bleues.
Ces faits permettent d’expliquer comment on a pu observer, dans des salles de chirurgie, de véritables épidémies de pus bleu. Il suffit, en effet, que la même pince ait été employée aux pansements de plusieurs malades, pour que les algues, trouvant des conditions favorables à leur développement, matière albuminoïde, température et air, apparaissent rapidement. Il n’est pas rare également de voir ces végétaux inférieurs se développer sur la peau saine, même à une certaine distance de la plaie, pourvu qu’ils trouvent des conditions favorables de température et d’humidité.
L’apparition de ces algues ne paraît, du reste, avoir aucune influence sur la marche de la cicatrisation.
Des cristaux contenus dans le pus. — Lorsque le pus a séjourné très longtemps dans des cavités closes, il n’est pas rare d’y trouver des cristaux d’acides gras et surtout de cholestérine. Ce dernier corps est surtout abondant dans le pus des abcès du bassin, de l’ovaire, du testicule; il en est de même dans les abcès profonds du pli de l’aine, et dans les abcès du psoas. (Robin.) Ces deux substances seront étudiées à part. Elles sont, du reste, faciles à reconnaître. Lorsque le pus est très altéré et que ses éléments sont pour ainsi dire presque complètement détruits, on y trouve des concrétions calcaires, de volume variable, qui font effervescence avec l’acide sulfurique et donnent des cristaux de sulfate de chaux. Dans le pus séreux, il n’est pas rare de trouver à la fois des cristaux irréguliers de phos-