CHAPITRE XI
DES SÉDIMENTS DE L’URINE
Le temps n’est pas éloigné où l’usage du microscope n’était familier qu’à certains savants privilégiés ; aussi, l’étude des sédiments de l’urine était-elle fort peu avancée; les médecins les plus habiles étaient impuissants à distinguer un dépôt de pus d’un dépôt de matière saline, et laissaient passer complètement inaperçus des éléments qui, par leur petit nombre et leur volume, n’étaient pas appréciables à l’œil nu. Aussi la pathologie générale, et la pathologie spéciale des organes génitaux, ont-elles pris un grand essor, depuis que le microscope peut rapidement mettre en évidence tel ou tel élément figurant anormalement dans t’urine. La chimie et la science du microscope, comme toutes les branches de nos connaissances, se prêtent mutuellement un appui fécond, mais il est des cas nombreux, où le secours de la chimie ne saurait être invoqué, en raison de la minime proportion de la matière à examiner ou de sa nature même, lorsqu’il s’agit, par exemple, de quelques globules sanguins, de rares globules de pus, ou de spermatozoïdes. Un simple examen microscopique permettra à un observateur exercé de différencier du phosphate ammoniaco-magnésien, par exemple, d’acide urique ou d’urates. N’oublions pas non plus que la chimie nous prêtera un puissant secours, par l’emploi de réactifs appropriés à chaque substance ; le microscope nous permet de suivre l’action chimique, au moment même où elle s’effectue, et d’en observer les effets ultérieurs, lorsqu’elle doit donner naissance à des corps nouveaux, ou simplement différents par la forme.
Nous avons divisé en deux grandes classes les sédiments de burine. Nous étudierons d’abord les sédiments formés par des éléments anatomiques organisés, et ensuite les sédiments
GUIDE DE MICROGRAPHIE.
formés par des éléments non organisés, et ayant une forme cristalline.
Sédiments formés par des éléments anatomiques
organisés.
§ 1 . — Les éléments organisés les plus simples, que l’on rencontre dans les dépôts abandonnés par burine, sont des cellules épithéliales. Ces cellules peuvent provenir soit des reins, soit des uretères, soit de la vessie, ou bien encore du canal de
l'ig. 236 (*). Fig. 238. — Épithé- Fig. 239. — Épithélium
lium de l’uretère. de l’urèthre.
l’urèthre ou du vagin. Elles ont une forme différente, quelquefois difficile à apprécier, mais il n’en est pas moins très utile, dans certains cas, de les caractériser.
D après Kôlliker (p. 659), l’épithélium de la muqueuse qui tapisse le bassinet (fig. 236), les calices et l’uretère (fig. 238), a
(*) Épithélium du bassinet de l’homme. Grossiss. 350 D. — A. Cellules épithéliales isolées.— B. Epithélium en place; a , petites cellules pavimenteuses ; b, grosses cellules pavimenteuses ; c, les mêmes avec corpuscules en forme de noyau dans leur intérieur; d, cellules cylindriques et coniques des couches profondes ; e, formes intermédiaires (Kdlliker