III. — DES MATIÈRES FÉCALES
La couleur des matières fécales est extrêmement variable, suivant le genre d’alimentation, et aussi suivant l’état des fonctions digestives; cette coloration varie également sous l’influence d’inflammations de voisinage, telles que les péritonites, d’abcès ou de tumeurs ; dans les affections générales, que la muqueuse intestinale soit saine ou ulcérée, la coloration et l’odeur sont également modifiées. La couleur des matières fécales est généralement d’un brun plus ou moins foncé, quelquefois verdâtre, ou vert foncé, avec des traînées de mucus concret, ou demi-concret, à la surface. Cette teinte brun verdâtre peut parfois s’accuser davantage et aller presque jusqu’au noir; d’autres fois, au contraire, cette couleur est jaune ou jaune roussâtre. D’une façon générale, les matières fécales, abandonnées à l’air libre, prennent une teinte très foncée, allant presque jusqu’au noir. La matière colorante verte des matières fécales est la biliverdine.
Quand on examine des déjections au microscope, on y rencontre des éléments de deux ordres : les uns provenant des aliments incomplètement digérés, les autres constitués par les résidus des humeurs versées dans le tube digestif (Ch. Robin, Traité des humeurs). C’est ainsi que l’on peut trouver des graines entières, ayant échappé, grâce à leur enveloppe, à l’action' des sucs digestifs ; d’après M. Robin, ces graines n’auraient pas perdu toujours la faculté de germer. Nous en avons de nombreux exemples dans les observations qui ont été recueillies, de plantes issues de graines apportées dans certains pays par des oiseaux parcourant rapidement de grands espaces. Si les graines ont été écrasées, leur enveloppe échappe généralement à la digestion, parfois même une partie de leur contenu est retrouvé intact, au milieu des excréments ; on voit encore des cellules contenant de l’amidon, des débris de cellules, des trachées à moitié déroulées, des grains d’amidon, des frag-
ments de carotte, facilement reconnaissables à leur coloration. De tous les aliments, ce sont les légumes que l’on retrouve le plus souvent intacts, au milieu des matières fécales. Il est de la plus haute importance de se familiariser avec l’aspect de ces débris végétaux, ayant subi plus ou moins complètement 1 action de la digestion. Dans les expertises médico-légales, il y a souvent un grand intérêt à savoir quelles substances ont figuré dans le dernier repas d’une personne morte dans des conditions anormales.
Il est très fréquent de trouver des fibres musculaires striées, au milieu des matières fécales ; il y a même des cas, où la digestion ne se faisant pour ainsi dire pas, on retrouve dans les excréments la viande à peine altérée. Certains tissus, tels que les ligaments jaunes (Robin), les tuniques des artérioles, résistent souvent à l’action des sucs digestifs et sont rendus à peine modifiés. Dans les matières fécales du chien, il est fréquent de rencontrer de petits fragments d’os. Si au contraire on examine des matières fécales d’herbivores, on y trouvera une foule de résidus cellulaires ou ligneux.
Lorsque les matières grasses entrent pour une très forte pioportion dans 1 alimentation, il y en a presque toujours un excès qui passe inaltéré et que l'on retrouve avec leurs caractères bien connus.
Il est très commun également de rencontrer des grains d amidon, tantôt intacts, tantôt altérés par la digestion, gonflés ou éclatés.
Une autre partie des excréments est formée par le reliquat dos humeurs versées dans le tube digestif; c’est pour cette raison que les personnes qui ne prennent pas du tout d aliments peuvent néanmoins rejeter des excréments; c’est également en vertu de la même loi, que des matières s’amoncellent peu à peu dans le côlon et dans le rectum des animaux soumis à la torpeur hibernale.
Lorsque nous avons étudié le méconium, nous avons vu qu il était presque constant d’y rencontrer des cristaux lamellaires de cholestérine. Dans les matières fécales, on ne retrouve pas ce corps, qui suivant les auteurs (Flint) s’est transformé par le travail digestif en sterconne.