CHAPITRE XVI. — DES PARASITES
Il y a trente ans à peine que l’on sait que les vers vésiculaires sont des larves de ténias. Le fait a été établi par les expériences de Van Beneden, de Siehold, Leuckart, Kuchenmeister, etc., dans lesquelles ces expérimentateurs, faisant avaler à des carnassiers des vers vésiculaires, ont vu ces vers se transformer en ténias adultes dans les intestins de ces quadrupèdes. De ces expériences, ces auteurs ont conclu non seulement que les vers vésiculaires étaient des formes imparfaites de ténias, et non des vers égarés, hydropiques et malades, comme on le croyait avant eux, mais encore qu’il était indispensable que ces vers vésiculaires fussent ingérés par un carnassier, un omnivore, un animal étranger enfin, pour pouvoir arriver à l’état parfait, c’est-à-dire à la forme rubannaire.
Cette dernière hypothèse rendait compte de l’origine des ténias des carnassiers (ténias à crochets) ; mais elle était impuissante à expliquer l’origine des ténias des herbivores (ténias inermes). En effet, le cheval, le bœuf, le mouton, le lapin, présentent souvent des ténias adultes (sans crochets), et cependant ils n’ingèrent aucune chair et par suite aucun ver vésiculaire.
Plusieurs autopsies de chevaux et celles de nombreux lapins de * garenne viennent, dit M. Mégnin, de donner le mot de l’énigme. Chez ces animaux, les vers vésiculaires, quand ils se développent dans des cavités adventives en communication immédiate avec l’intérieur de l’intestin, cavités résultant de l’agrandissement de follicules ou de glandules, dans lesquels les embryons hexacanthes se sont introduits, ou môme quand ils se développent dans la cavité du péritoine (chez le lapin sauvage), continuent leurs métamorphoses et arrivent à l’état adulte, c’est-àdire rubannaire, sans quitter l’organisme dans lequel ils ont pénétré, à l’état d’œufs microscopiques, ayant 0mm,030 à 0mm,070 de diamètre, soit avec l’eau des boissons, soit avec des aliments herbacés; seulement, dans ce cas, ils donnent un ténia inerme, tandis que si le môme ver vésiculaire est ingurgité par un carnassier ou un omnivore, il devient, dans les intestins de ce dernier, ténia armé, c’est-à-dire qu’il conserve les crochets du scolex dont il provient. Les ténias inermes et les ténias armés sont donc deux formes adultes et parai-
GUIDE DE MICROGRAPHIE.
lèles du même ver, et les différences souvent très grandes qu’ils présentent sont dues exclusivement à la différence des terrains, des habitations dans lesquels ils se sont développés.
Il y a néanmoins plusieurs espèces de vers, mais chaque ténia inerme a son congénère parmi les ténias armés, et celuici est toujours un émigrant (malgré lui), au moins chez les mammifères, et le premier toujours un sédentaire (1).
On voit, par ce qui précède, combien l’inspection de la viande de porc est importante pour la santé publique. Nous examinerons plus loin si cette inspection est faite d’une façon très sérieuse et nous indiquerons les réformes à apporter aux règlements actuels. Il faut aussi se garder de boire de l’eau des mares où vont les animaux domestiques. Agir autrement, c’est s’exposer à des accidents redoutables contre lesquels la thérapeutique reste trop souvent impuissante.
2° État parfait. — On connaît maintenant quelles conditions doivent être remplies pour que le tænia solium atteigne cet état proglottidien, on sait qu’il se trouve alors dans l’intestin grêle de l’homme. Il faut recourir à l’observation microscopique pour le distinguer du tænia inermis , ou mediocanellata. Ce parasite, à l’état adulte, vit dans les mêmes conditions que le tænia solium et tend, comme nous le verrons ci-après, à devenir assez commun. La tête, les anneaux, les œufs, offrent des caractères distinctifs dont la connaissance permet de séparer aisément ces deux types.
La tête ou scolex du tænia solium , ou ténia armé, est caractéristique. On dirait un chapiteau irrégulier sur le haut d’une colonne : elle est avancée au milieu en forme de rostre, rostellum , ou proboscide fermé et entouré de crochets , formant une double couronne (Laboulbène). La tête est large de 0mm,5 à 0ram,6; elle porte quatre ventouses et deux couronnes de crochets (fig. 387). Les dimensions de ces derniers ont été représentées par des chiffres assez variables, suivant les auteurs ; ainsi Kuchenmeister indique comme longueur des grands crochets 0mm,18 et comme longueur des petits 0mm,12 ; Leuckart
(1) Journal des connaissances médicales pratiques et de pharmacologie. — Lire le Mémoire de M. Mégnin paru dans le journal l'Anatomie, n° de mai