CHAPITRE XVI. — DES PARASITES
viande qui contient des germes de ténia, c’est-à-dire des cysticerques, sont si peu apparents, surtout quand la viande a été salée, qu’il est impossible au consommateur vulgaire d’éviter le danger qu’elle offre. En effet, les faisceaux de fibres musculaires et les couches graisseuses interposées entre ces faisceaux ont tout à fait l’aspect, la consistance et la couleur qu’ils présentent dans la viande la plus saine ; le spécialiste seul saura reconnaître dans les interstices musculaires le cysticerque qui, dans la viande fraîche, se présente sous la forme d’un petit kyste demi-transparent, avec une petite tache
Fi". 386. — A. Morceau de 'viande fraîche de porc-farci de cysticerques ladriques. — B. Cysticerque ladrique frais isolé. — D. Morceau de viande salée et séchée (porc) farci de cysticerques ladriques. — C. Un de ces cysticerques isolé.
■opaque sur un de ses côtés. Quand la viande est salée et ■desséchée, le liquide du kyste a disparu et le cysticerque est réduit au volume d’un grain de millet, de consistance ferme et de couleur rosée, et sous cette forme, dans laquelle il est aussi dangereux que la première , il est facile de le confondre avec un granule graisseux (Mégnin) (1). »
11 a été démontré, par des expériences très nombreuses et très probantes, que le cysticerque du porc ladre donne à l’homme le ténia solium, ou armé, et que les cucurbitins, proglottis, ou anneaux mûrs de ce dernier, produisent la ladrerie du porc. La filiation du cysticerque ladrique et du ténia armé est évidente, dit M. Laboulbène ( loc . cit.). Le porc, en engloutissant les cucurbitins de ténia, au milieu de ma-
(!) Pour étudier complètement cette question, consultez : Delpech, De la ladrerie du porc au point de vue de V hygiène privée et publique, Paris, 1864; et Guardia, Ladrerie du porc dans l'antiquité {Ann. dhyg ., 1805, t. XXIII, p. 420).
GUIDE DE MICROGRAPHIE.
tières fécales déposées au dehors dans la campagne, arrive à être farci de cysticerques, et de plus, comme les porcs avalent les excréments les uns des autres, les œufs ingérés par un premier animal, et qui n’ont pas eu le temps de se développer dans son intestin, sont repris par un autre porc. C’est encore en buvant dans les mares, où les cucurbitins et surtout les œufs de ténia ont été entraînés par la pluie, que les porcs contractent la ladrerie ; la résistance des œufs, protégés par une coque épaisse, est considérable et leur développement peut avoir lieu au bout d’un temps fort long.
L’homme n’échappe pas à la ladrerie, et il n’est pas très rare de rencontrer des malades ladriques, présentant des phénomènes cérébraux ou des accidents épileptiformes, quand des cysticerques se sont développés dans le cerveau. Davaine, Kœberlé, Lancereaux, Boyron (thèse, 1876), ont réuni des exemples de ce fait. Nous avons pu observer à l’hôpital des Cliniques un homme ladrique. C’était un ancien cocher qui autrefois avait été atteint du lénia. Au moment où nous l’avons observé, ses muscles étaient pour ainsi dire criblés de petites tumeurs, siégeant principalement dans les muscles du bras et dans les grands pectoraux. Elles contenaient toutes des cysticerques. M. Broca détruisit toutes celles qu’il put atteindre, en y pratiquant des ponctions simples. Comme il est probable, certain même, en raison des accidents cérébraux, qu’il y en avait dans d’autres organes, l'avenir du malade n’en reste pas moins sombre.
Par quel mécanisme l’homme peut-il devenir ladrique? Il faut admettre, soit l’ingestion directe des œufs de taenia solium , ou ténia armé, en buvant l’eau d’une mare, ou d’un endroit infecté; soit la présence d’un anneau, ou cucurbitin remonté, puis digéré dans l’estomac; ou enfin, d’un ténia fenêtré, dont les œufs devenus libres dans l’intestin auront pu s’y développer, en donnant naissance à des embryons, qui auraient perforé les parois intestinales et de là, ayant pénétré dans un vaisseau, auraient pénétré, grâce à la circulation sanguine, dans différents organes.
M. Mégnin vient de faire récemment de nouvelles observations sur le développement et les métamorphoses des ténias.