CHAPITRE II. — ÉLÉMENTS ANATOMIQUES
choisir une cellule mère munie d’un noyau dont le volume soit assez considérable, et qui soit plongé au milieu du protoplasma remplissant la cavité de la cellule. C’est alors seulement que l’on peut prendre une idée très-nette du procédé typique de la division binaire et se rendre un compte exact du rôle que joue le noyau dans cette division. Ce rôle en effet, qui apparaît très-nettement, comme nous le verrons, dans lescas typiques offerts par des cellules constituées comme nous venons de le dire, tend à s’effacer plus ou moins et même à disparaître complètement dans d’autres circonstances. Le Spirogyra orihospira par exemple, que nous citons plus haut, sera parfaitement propice à l’examen de la division du noyau de la cellule mère, mais ce noyau est petit relativement à la cavité de la cellule ; placé au centre de cette cavité il est donc assez éloigné des parois que tapisse le protoplasma; de là, une certaine indépendance entre le noyau et le reste de la cellule, aussi verrons-nous que son rôle dans la division de celle-ci est considérablement amoindri. Ailleurs, le noyau de la cellule mère est petit et pariétal ( Ædogonium tumidulum, Ulothrix zonata) son rôle paraît tout aussi rudimentaire que celui du noyau des Spirogyra. Enfin il peut arriver que la cellule mère soit dépourvue de noyau. C’est le cas des Cladophora. On ne devra donc pas choisir ces plantes comme point de départ pour la compréhension de la division binaire des cellules.
Pour ces diverses raisons nous conseillons d’examiner d’a-
bord le développement des stomates de Y Iris pumila, ou de Y Uyacinthus orientalis , dans lesquels le noyau très-gros est englobé de toutes parts dans le protoplasma qui remplit la cavité des cellules (1).
Mode opératoire. — Gomme pour l’examen de la formation libre des cellules, on peut étudier les procédés de division sur des sujets frais, mais les résultats sont souvent obscurs, et
(1) Nous laissons ici de côté tout ce qui a trait au développement de la paroi cellulosique : en effet, d’après ce que nous avons dit plus haut, la cellule existe à partir du moment où la division du protoplasma est complète. La formation de la paroi n’est pour ainsi dire qu’une phase secondaire de la vie de la cellule, aussi renvoyons-nous pour cette étude au chapitre qui traite spécialement du développement de la paroi cellulaire.
GUIDE DE MICROGRAPHIE.
l’on a tout avantage à employer l’alcool absolu pour fixer les cellules dans leurs divers états au moment de la division.
L’examen des pièces fraîches sera cependant nécessaire. On fera bien alors, pour ne laisser passer inaperçue aucune phase importante du développement, de dessiner de temps en temps ce que l’on observe, en ayant soin de noter l’époque précise où l’observation est faite. On comparera alors avec les résultats donnés par les sujets traités par l’alcool.
Lorsqu’on observe des algues vivantes, il faut avoir soin d’entretenir toujours sur le porte-objet une assez grande quantité d’eau si l’on veut suivre la division sur une seule cellule depuis le début jusqu’à la fin.
Pour réaliser autant que possible les conditions normales du développement des cellules, on pourra placer à côté du microscope, un peu plus haut que le porte-objet, un verre rempli d’eau, dont le contenu sera amené petit à petit jusqu’au bord du verre couvreur par un fil de coton, tandis que du côté opposé un autre fil débarrassera la préparation de l’excès de liquide.
Nous avons dit que la division du Spirogyra orthospira commençait à une heure assez avancée de la nuit, circonstance peu agréable si l’on songe que la durée du phénomène varie entre quatre et six heures. Pour obvier à cet inconvénient, divers procédés ont été mis en usage. Famintzin est arrivé à retarder le moment de la division jusqu’au jopr, en éclairant fortement pendant toute la nuit les algues en expérience. Mais, pour réussir, il faut avoir à sa disposition des sources de lumière assez intenses que l’on ne peut toujours se procurer : aussi recommandons-nous le moyen très-simple indiqué par M. Strasbürger. Il suffit de placer les bocaux qui renferment les algues dans un milieu dont la température soit inférieure à -\- 5°. La division alors ne s’opère pas. (Il en est ainsi du moins pour le Spirogyra orthospira.) Le lendemain matin, si l’on porte celles-ci dans une chambre chauffée, la division commence même sous la lumière directe du soleil.
Notons enfin que pour ces observations de la division des cellules il faut employer de forts grossissements (600 fois et plus).