RECUEILLIES DANS SON ESTOMAC
Nous soussigné, Georges Pennetier, docteur en médecine, demeurant à Rouen, etc., etc., chargé de déterminer la nature des aliments trouvés chez la veuve G. et des matières recueillies dans son estomac, en avons reçu deux flacons et nous sommes transporté dans notre laboratoire du Muséum d’histoire naturelle, où nous avons procédé aux recherches et aux observations microscopiques nécessaires.
Examen du contenu du flacon n° 2. — Les aliments trouvés chez la veuve G. et contenus, dans le flacon n° 2, consistent dans un mélange d’une notable quantité d’oseille avec une très faible proportion de viande et un fragment de salsifis, provenant de la partie du collet.
L’examen microscopique de ces matières dont il est d’ailleurs facile de constater la nature à l’œil nu, ne laisse aucun doute à cet égard.
Examen du contenu du flacon n° 1. — L’observation à l’œil nu des matières recueillies dans l’estomac et contenues dans le flacon n° 1, permet d’y soupçonner la présence d’une très grande quantité d’oseille, de quelques fragments de salsifis, provenant de la partie inférieure du collet et d’une notable quantité d’un fruit pulpeux, tel que la pomme ou la poire.
Une vingtaine de préparations microscopiques, faites dans le but de contrôler ce premier aperçu et de le compléter, s’il y avait lieu, a fourni les résultats suivants (ces préparations ont été conservées et mises à la disposition de la justice) :
L’examen d’un fragment d’épicarpe, attenant à la partie calicinale du fruit et que son aspect plus ou moins fortement coloré, indique manifestement avoir été cuit devant le feu, permet de reconnaître la présence de petites cellules rectangulaires, granuleuses, incolores ou plus ou moins colorées en jaune, jaune rouge et rouge brun,
accolées les unes aux autres sans solution de continuité et mesurant de 0nBm,019o à 0mm,022i dans leur grand diamètre et de 0mm,0096 à 0mm,0I92 dans leur petit diamètre (Voir les préparations 2, 5, 10 et 12 bis). (Collection du Muséum de Rouen.)
Les deux dernières ont été prises dans la partie calicinale et la préparation 12 bis contient plusieurs agglomérations de cellules pierreuses dont les parois épaisses sont creusées de canalicules dirigés de la cavité centrale vers la surface.
Les neuf préparations étiquetées n° I, proviennent de la partie pulpeuse située à la face inférieure du fragment d’épicarpe sus* décrit. Elles permettent de reconnaître :
1 0 La présence de cellules polyédriques accolées mais facilement isolables, à parois extrêmement minces et dont les arêtes plus ou moins accidentées et en rapport avec la compression réciproque des cellules, des espaces polygonaux. Ces cellules, dont le grand diamètre de 0mm,096 à omra, 1 76 et le petit diamètre de 0mm,08 à 0mm,144, présentent toutes, un certain nombre de replis et contiennent des granulations jaunes plus ou moins foncées, agglomérées par places.
2° Des faisceaux vasculaires ;
3° Des tubes cloisonnés provenant du mycélium de champignons microscopiques et dus probablement à un commencement de pourriture du fruit ;
4° De nombreux grains d’amidon de blé intacts, ou légèrement altérés ou gonflés, colorables en bleu par l’iode et reconnaissables à leur forme circulaire ou lenticulaire, ainsi qu’au diamètre des plus gros, mesurant de 0mra,04, à Ümill,05.
Un fragment végétal isolé, d’aspect charnu et du volume d’une petite noisette, a été trouvé composé de cellules, absolument semblables à celles des préparations précédentes, mais d’un diamètre plus considérable et à granulations non colorées ; provenant, par conséquent d’une partie du mésocarpe plus profondément située et n’ayant pas subi l’action directe du feu. Ces cellules dont les dimensions atteignent jusqu’à 0,ïim,368 sur 0mm,256, sont les unes arrondies, les autres plus ou moins allongées, d’autres enfin, rectangulaires et rétrécies en forme d’onglet, à l’une de leurs extrémités, suivant le mode de compression réciproque qu’elles ont éprouvé. Ces cellules parenchymateuses sont accompagnées de nombreux granules d’amidon de blé (Voir les deux préparations n° 3).
La préparation n° 8, faite avec un fragment de nature évidemment végétale, aplati et d’aspect corné, est composé de longues fibres à cloisons très rapprochées et d’un diamètre de 0mm,0096. Ces fibres, qui sont disposées en plusieurs couches superposées, sont parallèles entre elles dans la môme couche et s’entrecroisent avec celles des couches sous-jacentes.
Elles correspondent manifestement à l’endocarpe du fruit dont nous avons ainsi retrouvé les différentes parties constituantes, épicarpe, mésocarpe et endocarpe.