CHAPITRE XXI
ce liquide, de toutes les cellules végétales, dès qu’elles ont leur paroi cellulosique, qui pourtant arrête leurs mouvements propres quand elles en ont, donnent à cet égard des caractères différentiels très nets. 11 faut toutefois noter que, lorsqu’il s’agit de spores ayant un diamètre de 0m,00t ou environ, comme celles des Leptothrix, ce moyen ne permet plus de les distinguer des granulations dites moléculaires de ce volume, qui seraient de nature cellulosique et amylacée ; l’existence de celles-ci au milieu des spores est possible, mais n’est pas déterminée jusqu’à présent. »
Contrairement à l’opinion formulée par M. Pasteur et par plusieurs autres auteurs, il est possible, d’après M. Ch. Robin, de distinguer facilement dans les poussières, sous le microscope, ce qui est œuf de ce qui est spore. Toute spore résiste à l’action de l’ammoniaque caustique et même à l’action de l’acide sulfurique monohydraté. Tout ovule (ou œuf) d’infusoire, dont il vient d’être parlé, se dissout rapidement, au contraire, dans l’ammoniaque, ou dans l’acide sulfurique. Toutefois, fait observer M. Robin, il est des parties de certains Infusoires et de quelques embryons qu’elle ne dissout pas; tels sont tous leurs organes chitineux. Mais lorsque ces derniers existent, la nature animale des êtres est déjà tellement reconnaissable, d’après leurs mouvements, leur configuration, leur structure propre et leur volume, qu’il n’v a déjà plus obligation de se servir d’un réactif pour déterminer cette nature ; d’autre part, si alors on l’emploie, la disposition de la masse fondamentale de l’organisme, avec conservation de ses parties squelettiques seulement, est du reste un fait très caractéristique, prouvant qu’il s’agit bien là d’un être animal, puisque rien de pareil ne se montre dans les plantes (/oc. cit., p. 235).
M. Robin, considérant d’autre part que les seuls germes connus dans les microzoaires sont des ovules, regarde comme une hypothèse gratuite, d’admettre d’autres germes, qu’on n’aurait, d’après lui et d’autres observateurs, jamais vus. Il n’admet pas non plus, sauf dans le cas où l’on dessèche ces ovules sur le porte-objet du microscope, qu’on en ait vu revenir de l’état sec à l’état frais dans la poussière atmosphérique. En résumé, d’après M. Ch Robin, on ne connaît ces ovules qu’à l’état frais, et rien, scientifiquement parlant, n’autorise à déclarer que les corpuscules de la poussière atmosphérique, dissous par l’acide sulfurique, ressemblent en tout point aux germes des organismes les plus inférieurs et qu’ils appartiennent sans conteste à des espèces fort nombreuses. Cela, ajoute même M. Robin, n’est certainementpaspourles microzoaires ( loc . d/.,p. 874).
Ces considérations nous ont paru utiles à faire connaître, parce que les questions auxquelles elles s’appliquent ont divisé et divisent encore des esprits éminents. F. -A. Pouchet a
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examiné au microscope les corpuscules contenus dans l’atmosphère, de lieux très différents et très éloignés les uns des autres. Ces observations sont extrêmement instructives, et nous n’hésitons pas à les rapporter. Ce naturaliste ayant fait fonctionner son aéroscope dans un bas quartier de Constantinople, il recueillit une quantité énorme de corpuscules. Yoici l'énumération des substances qui y dominaient :
De nombreux fragments de silice et d’autres parcelles minérales rouges, vertes et jaunes, de nombreux débris de costume des passants, consistant en filaments de laine, de coton, de chanvre et de soie de toutes les couleurs, blancs, bleus, jaunes, marron ou d’un beau rose; une quantité considérable de fécule de blé normale ou panifiée; enfin une énorme quantité de fragments de tissu cellulaire et vasculaire végétal provenant, la plupart, des melons d’eau, si fréquemment employés pour l’alimentation chez les Turcs et dont ils jettent les débris sur la voie publique. L’instrument ne recueillit jamais aucun œuf, aucune spore.
A mesure que l’on s’éloigne des grandes villes, dit F. -A. Pouchet, et que l’on gagne les solitudes de la mer ou des montagnes, on voit successivement disparaître la fécule, la fumée et les vestiges de nos vêtements et de nos aliments.
C’est ainsi que sur le sommet de l’Etna, l’aéroscope de Pouchet ne retenait plus que des parcelles de cendres, de lave, de soufre, lancées par les cratères du volcan.
« Au milieu de la Méditerranée, entre Marseille et les Bouches de Bonifacio, l’instrument accusait encore une plus grande pureté de l’air. Celui-ci ne contenait plus que des corpuscules de silice extrêmement rares, et d’une si extraordinaire ténuité, qu’ils se rapprochaient tous de la forme sphéroïdale ; aucun grain de fécule et rien qu’on puisse confondre avec un œuf ou une spore. De semblables expériences, exécutées au milieu de la mer Ionienne, donnèrent absolument les mêmes résultats. »
« Les corpuscules atmosphériques que le temps amasse dans tous les monuments nous donnent les plus exactes notions sur leur situation, sur les matériaux employés à leur construction et sur l’usage auquel ils sont consacrés. Dans l’église de l’abbave de Fécamp, construite tout en pierre, la poussière est en grande partie formée de débris calcaires provenant de l’efflorescence de la colonnade et du froissement de ses dalles. On y rencontre en outre de nombreux filaments de toute nature et de toutes couleurs, provenant des vêtements des fidèles: parmi eux, quelques poils de laine rouge ne sont évidemment que des vestiges des costumes des enfants de chœur. On y rencontre aussi de la fécule normale et de la fécule colorée en bleu ou panifiée. »
Les observations analogues faites par le naturaliste de Rouen lui ont également donné des résultats intéressants (vov. loc. cit ., p. 7). Non content de faire ces explorations dans des lieux habités,
Fig. 496. — Poussières atmosphériques recueillies le 10 décembre 1878 à l’Observatoire de Genève, à 6 h. du soir. Baromètre, 724mm,9. Thermomètre, + lu.6. Humidité, 68. Vent N.-E., 1. Temps nuageux. (Yung.)
F. -A. Pouchet s’est transporté avec son aéroscope dans des solitudes uniquement peuplées de ruines. C’est ainsi qu’au milieu des restes de Thèbes, il n’a recueilli que des corpuscules siliceux provenant
Fig. 497. — Poussières atmosphériques recueillies le 13 décembre 1877, à 4. h. du soir. Baromètre, 728. Thermomètre, -J- 6°, 8. Vent S., 1 . Humidité, 65. Temps couvert. (Yung.)
soit des matériaux employés à la construction de la ville, soit du sol lui-même. Les uns avaient la forme de grains de silice à arêtes vives et tranchantes, transparents comme du cristal, et semblent
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avoir été enlevés nu désert; les autres sont opalins, à angles émoussés cl proviennent des détritus des colonnades de grès des temples et des palais. F.- A. Pouchet y a également trouvé de la fécule de blé
Fig. 498 — ‘Poussières atmosphériques recueillies le 22 octobre 1877, à 6. h. du soir. Baromètre, 731. Thermomètre, 12°, 5. Humidité, 40. Vent S.-S.-O., 1. Temps clair. (Yung.)
fort ancienne ; des poils de laine d’un beau rouge, des poils de chameau, enfin des squelettes de bacillaires et de navicules.
« Dans le tombeau de Sésostris Ramsès II, situé au fond du dé-
Fig. 499. — Poussières atmosphériques recueillies le 23 octobre 1877 à 8 h. du soir. Température, -j- 15°,3. Vent S.-O., 2. Vent violent. Ciel nuageux. (Yung.)
sert de Biban-el-Molouk, dans une vallée affreuse, brûlée par le plus ardent soleil du globe, je n’ai plus trouvé de fécule, et les autres corps organisés y étaient d’une absolue rareté. Ce qui y dominait, c’étaient des corpuscules de silice et du calcaire, mêlés à des
granules d’un beau vert ou d’un beau bleu, provenant de l’érosion des peintures qui ornent les chambres sépulcrales.
Fig. 500. — Poussières recueillies dans l’air le 18 mars 1878, de 4 h. à 8 h. du soir. Forte bise.
(Y uu g.)
u Dans le sanctuaire de Yénus Athor, au milieu de l’air pur de
Fig. 501. — Poussières recueillies dans l’air le 18 mars 1878, de 2 h. à 6 h. du soir.
Beau temps. Bise. 'Yuug.)
Philæ, les corpuscules aériens étaient fort rares et fort uniformes. Ils ne se composaient guère que de parcelles de grès, provenant de
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l’cfflorescence despvloneset des colonnades ruinées des temples qui encombraient celte île sacrée ; puis de quelques corpuscules rouges de syénite, enlevés aux déserts de la Nubie ; enfin de quelques vestiges de limon du Nil et de plusieurs Bacillaires provenant sans doute du même fleuve. Je n’v observai aucun grain de fécule. » ( Loc . cit., p. 19.)
Nous trouvons dans le numéro du 21 septembre 1878 du journal la Nature, de nouvelles observations sur les corpuscules atmosphériques contenus dans l’air et dans la neige. Ces observations sont dues à M. Yung, préparateur de microscopie à l’université de Genève et ont été faites dans cette université. Cet auteur donne la préférence à l’eau sucrée sur la glycérine pour retenir les poussières ; suivant lui, la solution sucrée n’altérerait pas autant les germes que la glycérine. L’eau sucrée présente l’inconvénient de s’évaporer rapidement sous l’influence du courant d’air. M. Yung conseille d’entretenir un apport d’eau sur la goutte au moyen d’un fil capillaire plongeant dans un petit verre rempli d’eau.
Nous avons reproduit, d’après le journal la Nature , quelques-unes des figures données par M. Yung.
Applications de l’aéroscopie à l’hygiène. — Dans line foule d’industries, il se mêle à l’air, que les ouvriers respirent, des poussières qui, par un mécanisme différent, altèrent plus ou moins profondément leur santé. On a tenté par diverses améliorations de diminuer, sinon d’annihiler complètement les inconvénients attachés à la production de ces poussières, par l’emploi de masques, par l’interposition de linges, de ouate ou d’éponges mouillées, etc., par l’usage de cages de verre; mais la précaution la plus élémentaire, en même temps que la plus efficace, c’est une ventilation énergique qui renouvelle sans cesse l’air respiré par les ouvriers. Quels que soient les moyens employés, l’aéroscope fournira le moyen de voir s’ils sont suffisants. En effet, en faisant fonctionner cet appareil dans un atelier où se produisent des poussières, sur la nature desquelles on est généralement fixé, on verra si l’air inspiré est ou non capable de nuire aux personnes qui vivent dans un semblable milieu. Les poussières peuvent agir différemment; parfois elles ont une action locale et directe sur la peau, sur les muqueuses (poudre de Cantharides, d'Euphorbe), ou bien elles agissent par action mécanique, tout en obstruant les orifices des conduits excréteurs
des glandes cutanées et produisent ainsi des abcès ; dans d’autres circonstances, chez les ouvriers qui pulvérisent des écorces, ou chez ceux qui peignent le chanvre, de fines aiguilles formées de tissu fibreux pénètrent sous la peau et provoquent des démangeaisons très vives. A côté de ces accidents purement locaux, il en existe de plus graves qui sont provoqués par l’introduction dans les voies respiratoires de particules solides très fines qui provoquent différentes affections dont la plus grave est la phthisie professionnelle.il nous suffira de citer quelques-unes des professions dans lesquelles cette déplorable conséquence du travail a été observée, et l’on se convaincra de l’importance de ces questions que nous ne pouvons qu’effleurer. Le médecin et l’hygiéniste pourront être chargés d’exa miner la pureté de l’air dans les ateliers consacrés aux indus tries suivantes : aiguiseurs, couteliers, rémouleurs, fabricants d’aiguilles, qui sont exposés à respirer un air contenant à la fois des fragments de métal et de la poussière de grès ; les orfèvres, les bijoutiers, les bronzeurs, respirent également un air renfermant des corpuscules métalliques ; les amidonniers, les meuniers, absorbent une grande quantité de fécule ou d’amidon, par les voies respiratoires. Les débris de nature organique ne sont pas moins à redouter; la phthisie est fréquente chez les ouvriers brossiers, chez ceux qui battent le coton; les fleuristes, les ouvrières qui diamantent les fleurs, celles qui manient de grandes quantités de plumes, sont également exposées à des accidents plus ou moins graves. Si nous citons encore les mouleurs qui respirent un air riche en particules charbonneuses, ou en sable fin, les nacriers, qui absorbent des matières calcaires, nous n’aurons énuméré qu’une faible partie de ces professions, souvent meurtrières pour ceux qui les exercent. A côté de ces industries qui s’exercent dans des ateliers, il en est d’autres non moins dangereuses, et les travaux publiés récemment sur la pathologie spéciale des houilleurs nous ont montré qu’il y avait encore bien des progrès à accomplir, pour mettre en harmonie les besoins del’industrieavec les exigences de l’hygiène. F. -A. Pouchet a recherché, dans les organes respiratoires de l’homme et des animaux, les particules atmosphériques qu’ils y avaient
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fixées pendant leur vie. Get observateur éminent a trouvé dans les poumons de personnes mortes dans les hôpitaux, de la fécule normale et panifiée, des parcelles de fumée de charbon et de bois, des corpuscules de carbonates calcaires, de silice et même des parcelles de verre; beaucoup de filaments d’étoffes, de laine, de chanvre et de coton diversement colorés ; des fragments de bois de teinture et beaucoup d’autres corps, variant suivant la profession exercée par les individus et les conditions au milieu desquelles ils avaient vécu.
Ajoutons que chez les houilleurs, chez les charbonniers, on trouve, dans l’appareil respiratoire, une quantité considérable de charbon.
Les animaux qui nous entourent n’échappent pas à cette loi. Chez les oiseaux, on retrouve des corpuscules solides jusque dans les os perméables à l’air. F. -A. Pouchet y a trouvé une grande quantité de fécule normale et panifiée, des parcelles de fumée, des débris de vêtement. Examinant les cavités respiratoires de poules qui avaient vécu chez des boulangers, F. -A. Pouchet y a trouvé de grandes quantités de fécule ; chez des poules qui avaient vécu chez des charbonniers, il recueillit, au contraire, une notable quantité de particules charbonneuses. Un corbeau, qui avait passé une quinzaine d’années dans la forge d’un maréchal, avait tant inspiré de charbon que son squelette était tout noir. Get auteur cite encore de nombreux exemples tout aussi convaincants et fournis par des animaux très différents.
Un grand nombre d’auteurs ont cherché dans l'air l’origine de certaines affections endémiques, telles que les fièvres paludéennes ; on a prétendu également que les débris épithéliaux qui se détachent de la peau des malades atteints de scarlatine, de rougeole, de variole, pouvaient devenir des germes de contagion; l’air expiré a été également incriminé. Le microscope a rendu et rendra encore de grands services dans ces recherches, qui intéressent à un si haut degré la santé publique.
»u miasme paludéen. — Nous ne saurions quitter ce sujet sans étudier rapidement le miasme paludéen. Cette question a été traitée d’une façon très remarquable et très complète
par M. le docteur Magnin (1). C’est à son travail que nous emprunterons les développements qui suivent. Le miasme paludéen existe-t-il et, s’il existe, en quoi consiste-t-il ? Telles sont les premières questions que l’auteur s’est tout d’abord posées.
On entend généralement, par miasme paludéen, des particules solides ou des émanations gazeuses, qui se dégagent des eaux stagnantes ou des marécages. Nous ne nous occuperons pas ici des émanations gazeuses. Comment prouver l’existence, du miasme paludéen ? Les preuves qu’on a données sont de plusieurs ordres ; les unes sont tirées de l’apparition de maladies, sous l’influence directe des émanations marécageuses, ou de leur transport par les vents, à des distances plus ou moins considérables. Ces considérations sont développées (p. 77) dans l’ouvrage du docteur Magnin ; elles sortent de notre cadre, nous n’y insisterons pas. On a beaucoup discuté sur la nature du miasme paludéen. Certains auteurs, Eisenmann, Hirsch, Armand, ont fait jouer un rôle prépondérant à l’électricité atmosphérique ; d’autres, au contraire, comme Yolta, Daniel, Moscati, Brocchi, Rigaud-del’Isle, Julia de Fontenelle, Ghevreul, Sari, Boussingault, •crurent pouvoir attribuer l’origine des fièvres intermittentes à la présence, dans l’air, de carbures d’hydrogène ; mais Rigaud-de-lTsle et Julia n’observèrent, dit M. Magnin, aucune différence de composition chimique entre l’air le plus malsain et l’air le plus salubre, si ce n’est la présence d’une substance d’origine organique. Pour recueillir les produits non gazeux tenus en suspension dans l’air des marais, différentes méthodes ont été mises en usage, voici les principales : on peut recueillir la rosée sur des plaques de verre disposées horizontalement, dans le voisinage d’un marais ; on a également proposé de condenser à la surface de ballons remplis de glace, la vapeur d’eau contenue dans l’atmosphère d’une localité quelconque. Les méthodes que nous avons données, au début de ce livre, rpour recueillir les poussières atmosphériques, sont également applicables à ces recherches. Comme le docteur
(1) Recherches géologiques , botaniques et statistiques sur l’impaludisme dans la Dombes et le-' miasme paludéen. Paris, 1876.
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Magnin le fait observer, pour que l’observation soit complète, il faut, outre l’examen microscopique et chimique, faire des inoculations ou des cultures. L’examen chimique n’a pas donné de résultats ; quant à l’analyse microscopique, elle a donné lieu à des interprétations diverses. Le docteur Magnin a soumis les différents résultats obtenus à une critique scientifique très approfondie et qui dénote, de la part de cet auteur, un esprit très droit et des connaissances très étendues. Des auteurs anciens admettent l’existence d’insectes invisibles qui, s’introduisant dans les poumons par la respiration, déterminaient l’apparition de la fièvre paludéenne. De nos jours, le mode d’action de ces organismes inférieurs, animaux ou végétaux, a été interprété différemment: pour Bouchardat, ils agiraient en sécrétant une sorte de venin ; d’après Berthelot, ils produiraient un ferment, ou bien ils constitueraient le ferment lui-même, d’après Lemaire ; Salisbury, Balestra, Salmi, en font de véritables parasites. M. Gigot-Suard, ayant fait passer, en 1859, l’air des marais dans des tubes remplis d’acide sulfurique, a constaté la présence de nombreux fragments de feuilles, de fibres, de cellules, de débris d’insectes, de Tardigrades, et même d’infusoires entiers.
Les partisans d’un miasme de nature végétale ont fait intervenir :
1° Des spores de Champignons (Mitchell, Massy);
2° Des Algues du groupe des Palmelles (Salisbury);
3° Des Algues du groupe des Oscillaires (Rallier, Schurtz) ;
4° Des Algues indéterminées (Van der Gorput, Balestra, Selmi, Hannon, etc.).
Nous allons suivre le docteur Magnin dans la discussion de ces différentes hypothèses ( loc . cit., p. 92).
1° Spores de Champignons. — En 1849, J. -R. Mitchell aurait observé des cas de fièvre intermittente chez des individus qui avaient respiré un air chargé de spores de Champignons, qu’il aurait retrouvés dans les bronches et dans les mucosités des poumons. Toutefois, l’auteur ne donne pas des caractères qui puissent permettre de savoir, quel est le genre de cryptogame qu’il a observé. W.-A. Hammond s’est rallié à la théorie de Mitchell, et le docteur Massy, de Ceylan, aurait observé, eut 805, que la présence dans l’atmosphère d’un grand nombre de Champignons microscopiques, ainsi
que dans l’eau de puits, dans l’urine et dans les produits de l’expectoration des fébricitants, avait coïncidé avec une épidémie de fièvre intermittente. Mais, d’après le docteur Magnin, on ne verrait pas, dans les rapports du docteur Massy, les rapports de cause à effet signalés par ce médecin, entre les Champignons et la fièvre intermittente.
2° Palmelles. — Salisbury ( The Americ. Journal of the medical sciences. Janvier 1866, Revue scientifique, 1869) a publié un travail sur l’origine de la fièvre paludéenne, dont le rententissement a été très grand. Cet auteur examinant l’expectoration des fébricitants, ainsi que l’excrétion salivaire de personnes habitant des pays à fièvres, y a trouvé au milieu de cellules diverses de Diatomées, de Desmidiées et de spores fongoïdes, d’autres petites cellules oblongues, isolées, ou agglomérées, à nucléus distinct, entourées par une enveloppe cellulaire lisse, avec un espace plus clair, en apparence vide, situé entre la paroi de la cellule et le noyau. Salisbury conclut, d’après leur apparence’ que ces cellules ne sont pas des Champignons, mais des Algues ressemblant beaucoup aux Palmelles. Ces Palmelles seraient les seules formes cellulaires parmi celles qu’on aurait rencontrées dans les sécrétions examinées, qui se représentent constamment, dans les zones à malaria, tandis qu’au contraire, les autres spores, animalcules, etc., se retrouvaient à toutes les hauteurs audessus et au-dessous delà limite des fièvres, ainsi que Salisbury l’a établi par diverses expériences. Ces Palmelles se rencontreraient également à la surface du sol des pays à fièvres. Enfin cet auteur aurait donné la fièvre à des personnes qui jusqu’alors avaient été indemnes, en plaçant, à leur proximité, de la terre couverte de Palmelles.
Le docteur Magnin trouve que Salisbury n’a donné qu’une description confuse des Algues qu’il considère comme des Palmelles; d’autre part, Salisbury n’avant pas cultivé les Algues en dehors de leur support mécanique, rien ne prouve que ce ne soient pas les émanations de la terre elle- même qui aient occasionné de la fièvre (C. Wood). — Leydy, ainsi que l’auteur précédent, ayant vécu en contact avec des Palmelles, en ayant même absorbé à dessein ou accidentellement, n’en ont éprouvé aucun inconvénient. Ch. Wood fait remarquer en outre que les Palmelles ayant un protoplasma chlorophyllien, ne peuvent se développer dans l’obscurité et par conséquent au sein des organes de l’homme. De plus, le froid qui arrête le développement de la malaria n’a aucune action sur les Palmelles, dont quelques espèces peuvent vivre dans la neige.
En 1872, à l’occasion de la session tenue à Lyon par le Congrès médical de France, M. le docteur Magnin, avec MM. Colrat et Fochier, a recherché sur les bords de certains étangs, les organismes décrits par Salisbury. Ces naturalistes trouvèrent en effet des Algues épondant assez exactement aux Palmelles de Salisbury, autant du
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moins , que leur description imparfaite permet une identification (Magnin, p. 96). Cette végétation constitue de légères efflorescences d’uno épaisseur d’un demi-millimètre à peine, ressemblant à un semis de brique pilée. Ces efflorescences se trouvaient en compagnie du Protococcusviridis, espèce d’ Algue uni-cellulaire, voisine des Palmelles* Sous le microscope, on trouve une masse de cellules rouge-brique, plongées dans une sorte d’atmosphère incolore et amorphe; cellules généralement ovales, quelquefois sphériques, à parois transparentes, incolores, quelquefois composées de plusieurs couches.
Le contenu consiste en sporules nombreux, très petits, à membrane d’enveloppe, souvent à double contour et munis, lorsqu’ils sont parvenus à l’âge adulte, d’un noyau fortement réfringent. La matière gélatineuse qui englobe les grosses cellules est amorphe, achroïque, transparente, quelquefois stratifiée. Elle provient de la fonte des membranes mères au fur et à mesure du développement endogène des sporules qui, à leur tour, remplissent le rôle de cellules mères, en donnant naissance à d’autres sporules.
Ces caractères montrent bien qu’il s’agit d’une Algue unicellulaire de la famille des Palmelles, répondant à la description que Salisbury a donnée de son genre Gemiasma, et de l’espèce rubra. (Magnin, loc. cit ., p. 97.)
D’après M. Magnin, cette Algue serait certainement la plus commune et la plus abondante dans les pays où il y a des étangs ; non seulement ce naturaliste les a rencontrées dans la Dombes, mais encore dans un grand nombre de lieux humides, sur les sols argileux aux environs de Lyon. Son habitat est celui assigné par Salisbury à ses Palmelles. Cette Algue serait, d’après M. Magnin, qui en adonné une figure, le Chlorococcum coccoma.
En comparant cette Algue au genre Gemiasma protuberans et autres palmelles de Salisbury, on acquiert la conviction que, si elles ne sont pas identiques, elles sont au moins très voisines.
M. Magnin ne s’est pas borné à ces constatations. Ayant examiné, au microscope, de la rosée condensée sur des plaques de verre, au voisinage des étangs, il n’y put découvrir aucune spore pouvant être assimilée à des cellules de Chlorococcum. Ayant fait transporter, dans différentes habitations de Lyon, des plaques de terre recouverte de cette Algue, celles-ci n’ont pas déterminé l’apparition de la fièvre intermittente. Aussi M. Magnin repousse-t-il complètement l’idée que le miasme paludéen soit constitué parles Palmelles.
Différents auteurs, MM. Van der Gorput et Hannon, ont publié, comme venant à l’appui des opinions de Salisbury, des observations dans lesquelles figurent des Algues indéterminées pour la première, et nombre d’autres, comme les Vauchéries, les Conferves, les Zygnèmes, les Oscillaires, etc., à l’exclusion des Palmelles qui ne sont pas citées.
4° Les Oscillaires ont à leur tour, et peut-être avec plus de vérité,
été regardées comme étant la véritable origine du miasme paludéen. Cette hypothèse a été émise et défenduepour lapremière fois en 1867 par Hallier. Les recherches de Schurtz et de Lemaire viennent également à l’appui de cette opinion. M. Lemaire a observé, dans l’air des contrées à fièvre, de nombreux Bactéridiens que l’on considère aujourd’hui comme des Algues voisines des Oscillaires. Cet observateur ayant recueilli et examiné les particules contenues dans la vapeur d’eau, condensée à plus d’un mètre de distance de la surface de deux étangs, au moment de sa condensation, le liquide était incolore, limpide, son odeur et sa saveur rappelaient celle de l’eau des étangs. Elle était sans action sur les papiers réactifs. Elle contenait des corps sphériques, ovoïdes et fusiformes ; puis un grand nombre de cellules pâles de diverses dimensions. M. Lemaire trouva en outre une quantité considérable de très petits corps semi-transparents, de forme diverse, sphérique, ovoïdale, cylindrique, régulière ou irrégulière; ces corps lui ont paru être des microphytes et des microzoaires; enfin quelques corps bruns, qui lui parurent d’origine végétale, des grains d’amidon, de la poussière et des cristaux cubiques. La liqueur condensée fut abandonnée à la température ambiante (23° à 30° cent.) en présence d’un égal volume d’air, dans un flacon bouché.
Ce liquide, ayant été examiné au microscope treize heures après, avait une odeur marécageuse prononcée ; de petites cellules étaient en voie de bourgeonnement; dans une seule goutte, on y constata la présence de 200 Bacterium termo.
Au bout de quarante heures, on observait dans ce liquide des cellules bij liguées: Bacterium , Vibrio , Spirillum , monades très nombreuses et une diminution de petits corps semi-transparents.
L’auteur est d’avis qu’il y a un rapport certain entre la diminution de ces petits corps et l’augmentation des microphytes et des microzoaires ; soixante heures après, le liquide était troublé par des nuages blanchâtres, d’odeur putride, le dépôt est entièrement formé par des Bactéries, des Vibrions et des Spirillums immobiles. Plus tard les microphytes diminuent et sont remplacés par des animalcules.
M. Lemaire conclut ainsi: Ces recherches paraissent prouver qu’en Sologne, où régnent les fièvres paludéennes, l’air contient une quantité considérable de microphytes et de microzoaires, tandis que celui de Romainville, pays très sain, n’offre qu’une minime proportion de ces petits êtres. L’air du Jardin des Plantes diffère de celui de ces deux localités, mais il se rapproche beaucoup de celui de la Sologne. La position particulière du Jardin des Plantes, qui est voisin de la rivière de Bièvre, de deux amphithéâtres d’anatomie, d’un hôpital, explique ce résultat (1).
Le docteur Schurtz, de Zwickau, a publié une observation de la-
(1) Magnin, loc. cit., p. 105 et Comptes rendus , 17 août 1864,
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quelle il semble résulter que des Oscillariées auraient donné la fièvre intermittente.
Dans l’hypothcse de la nature végétale du miasme paludéen, dit sagement le docteur Magnin, les Oscillariées semblent être les seuls organismes pouvant remplir ce rôle. Mais il ne faut pas se dissimuler qu’il n’y a que des présomptions et nulles preuves certaines.
M. le professeur Edwin Klebs (de Prague) et M. le professeur Conrard Tommasi-Crudeli (de Rome) viennent d’étudier récemment (J. d' Hygiène, 17 juillet 187 9) la malaria de la campagne romaine. Le professeur Tommasi-Crudeli avait établi par des travaux antérieurs que la malaria de Rome et de YAger Romanus qui entoure la ville, n’avait pas pour origine des émanations des marais, mais bien d’un très grand nombre de petites flaques d’eau ( acquitrini ) qui, par l’effet de la structure du sol, se produisent sur les nombreuses collines des campagnes romaines et dont l’eau devient rapidement croupissante. Les Romains avaient autrefois assaini la campagne de Rome en la drainant. Voici quel est le procédé opératoire suivi par les deux savants: ils ont fait usage d’un puissantaspirateur qui projetait l’air sur une plaque de verre recouverte d’une couche de gélatine renfermée dans une petite boîte. L’eau stagnante des régions à malaria ne paraît pas contenir en toute saison le poison morbifique, bien qu’elle puisse être fort riche en organismes inférieurs. D’un autre côté, les recherches entreprises par les auteurs du mémoire démontrent qu’une grande quantité d'eau empêche le développement du poison de la malaria en rendant inactifs les germes qu’elle renferme.
Ce qu’il y a de plus particulièrement intéressant dans les recherches de MM. Ed. Klebs et Tommasi-Crudeli , c’est qu’ils ont fait des expériences physiologiques sur les animaux. Par l’injection des liquides obtenus directement du sol, des cultures artificielles et des résidus de la filtration des liquides de ces cultures, on a produit chez les animaux soumis à l’expérience une fièvre à marche régulièrement typique, avec intermittences qui, dans certains cas, ont duré jusqu’à soixante heures et avec une élévation de la température pouvant atteindre pendant l’accès fébrile 41°, 8. Chez tous les animaux qui furent soumis à l’injection des liquides à malaria , on trouve un notable gonflement de la rate; l’organe avait suivi une augmentation de neuf à dix fois son volume.
Les organismes qui, d’après les observations de MM. Ed. Klebs et Tommasi-Crudeli , doivent être considérés comme la cause véritable de la malaria (car ils se retrouvent dans les liquides injectés et dans le corps des animaux infectés) appartiennent au genre Dacillus. Dans le sol des régions à malaria , on les rencontre sous forme de nombreuses spores qui réfractent fortement la lumière, présentant une figure ovale allongée dont le plus grand diamètre est de 0,95 p. Ils
se développent en longs filaments qui d’abord sont homogènes ; plus , tard, ces filaments subissent des divisions transverses qui les rendent articulés et dans l’intérieur de leurs articles se développent de nouvelles spores. La première formation de ces spores est pariétale ; puis tout l’intérieur de ces articles se remplit de petits corpuscules. Ces propriétés morphologiques ont paru répondre à une espèce particulière de Bacillus que les savants expérimentateurs proposent de nommer Bacillus malciriæ, parce qu’ils l’ont vu se développer dans le corps des animaux atteints d’impaludisme. Ce Bacillus serait aérobie : il se développe également bien dans les liquides riches en matières azotées, telles que les solutions de gélatine et d’albumine, l’urine et les liquides de l’organisme. Il se développe surtout très abondamment dans le corps des animaux injectés, surtout dans la rate et dans la moelle des os.
En 1873, M. Obermeier a démontré que la fièvre récurrente était causée par le développement dans le sang d’un spirochæte que M. Cohn a appelé Sp. Obermeieri.
M. Yan Tieghem (comptes rendus. Juillet 1879) s’est appuyé sur ces faits pour donner une explication des accès et des rémissions dans la fièvre récurrente.
iHmension des poussières. — ■ D’après tout ce qui précède on comprendra sans peine que cette dimension doit présenter des variations très grandes. M. Tissandier, qui a mesuré les poussières aériennes, à l’aide d’un micromètre de verre, divisé en centièmes de millimètre, a obtenu les résultats suivants. Quand elles sont formées de débris d’étoffes, de bois, de charbon, elles atteignent parfois une longueur de 1/10 de millimètre et plus; quand elles sont constituées par des matières minérales, silice, calcaire, argile, leur diamètre varie de 1/100 à 1/1000 de millimètre et au-dessous.
On s’est demandé par quel mécanisme les particules atmosphériques, généralement plus denses que l’air, pouvaient rester en suspension dans l’atmosphère. Le calcul démontre, dit M. Tissandier, que des grains minéraux de très petite dimension, 1/100 de millimètre de diamètre par exemple, tombent encore avec une vitesse assez considérable (0m,66 par seconde, pour la silice en supposant une forme sphérique). Yoici quelle est l’opinion donnée par Nysten : La densité des poussières, bien qu’elle soit supérieure à celle de l’air, est diminuée par la couche gazeuse, adhérente par capillarité, à
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la surface des objets de très petite dimension, laquelle fait corps avec eux et les suit dans leurs mouvements; il résulte de cette particularité, que l’impulsion de l’air en mouvement les entraîne et les soulève facilement, et elles vont se déposer dans les lieux où l’air est calme. (Robin et Littré, Dictionnaire.)
Des corpuscules ferrugineux et magnétiques contenus dans l’atmospiière (Tissandier, loc. cit.y p. 33).
Le mode opératoire suivant a été observé par M. Tissandier, pour isoler les poussières atmosphériques, les corpuscules ferrugineux ou magnétiques. Plaçant les poussières sur une feuille de papier glacé, il y promène un aimant dans tous les sens et à plusieurs reprises, un grand nombre de corpuscules adhèrentà l’aimant. On les
Fig. 502. — Corpuscules attirés par l’aimant, recueillis dans le sédiment de la neige du mont Blanc, à 2,700 mètres d’altitude, 500/1, juillet 1874. (G. Tissandier.)
fait tomber à l’aide d'un pinceau sur une autre feuille de papier; puis, s’aidant d’une loupe, on approche de ces poussières un second aimant. Un certain nombre s’y précipitent violemment, tandis que
Fig. 503. — Corpuscules attirés par l’aimant recueillis dans le sédiment de la pluie tombée à Sainte-Jlarie du Mont (Manche), le 11 juin 1875, 500/1. (G. Tissandier.)
celles qui n’avaient été retenues que par adhérence, grâce à leur ténuité, restent sur le papier. Pour leur examen, M. Tissandier emploie un grossissement de 509 diamètres. Cet auteur divise ainsi ces particules attirables à l’aimant: les fragments grisâtres amorphes, de 1/10 à 1/20 de millimètre; des particules noires et opaques mamelonnées, beaucoup plus petites, de 5/100 à 1/100 de millimètre ; particules fibreuses de même grandeur; corpuscules noirs et opaques parfaitement sphériques de 2/100 à 1/100 de millimètre de diamètre, environ; corpuscules sphériques semblables, munis d’un petit goulot.
Ces corpuscules sont essentiellement formés de fer; M. Tissandier les a rencontrés dans presque toutes les poussières atmosphériques qu’il a examinées, aussi bien dans de la neige recueillie au
Fig. 504. — Corpuscules attirés par l’aimant recueillis dans la poussière apportée par le vent dans une des tours de Notre-Dame fermée aux visiteurs, 500/1. (G. Tissandier.)
sommet du mont Blanc, que dans le sédiment d’eaux de pluies recueillies pendant plusieurs mois à l’observatoire météréologique de Sainte- Marie du Mont (Manche).
M. Young, préparateur de microscopie à l’université de Genève, a présenté à l’Académie des sciences une note qui confirme les résultats obtenus par M. Tissandier. En voici les principales conclusions : 1° le fer existe dans toutes les poussières accumulées depuis
Fig. 505. — Corpuscules attirés par l’aimant recueillis dans la poussière apportée par le vent dans une des tours de Notre-Dame fermée aux visiteurs, 500/1. (G. Tissandier. )j
des siècles dans les clochers d'église ; 2° ce fer flottant dans l’atmosphère est entraîné par la neige dans sa chute, nous l’y avons retrouvé dans tous les cas par les procédés chimiques; 3° nous n’avons pas rencontré dans les résidus de neige, le fer avec la forme globulaire, mais toujours en fragments irréguliers ; 4° le fer est toujours en plus forte proportion dans les neiges des régions inférieures, que dans celles recueillies à de plus grandes altitudes.
L’auteur, en suivant le procédé donné par M. Chalin, pour la recherche de minimes quantités d’iode, n’a pas réussi à constater la présence de ce métalloïde dans les neiges qu’il a examinées. Il se propose de poursuivre ses recherches sur des masses de neige plus considérables, afin d’y constater, s’ilyalieu, laprésencedu nickel, du cobalt, du phosphore, comme M. Nordenskiold l’a fait pour les glaces polaires.
M. Tissandier a étudié avec beaucoup de soin l’origine de ces poussières ferrugineuses, et il a rapporté un certain nombre
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d’exemples de chute ou de découverte de ces poussières. Si les pluies dépoussiéré proviennent le plus souvent du sable fin des plages terrestres, il en existe d’autres qui proviennent incontestablement des débris pulvérisés des météorites.
Ces parcelles ferrugineuses peuvent provenir d’une masse de fer météorique, rendue incandescente par son frottement dans les couches aériennes ; elles peuvent encore provenir de la fusion superficielle des météorites et de leur désagrégation. Nous donnons cicontre, d’après M. Tissandier, la figure d’aérolithes microscopiques
Fig. 506. — Aérolithes microscopiques très gros:is (d’après Ehrenberg).
très grossis, recueillis dans les circonstances suivantes: pendant une traversée du navire Josicih-Bates, dans les eaux de la merdes Indes, au sud de Java, on vit tomber sur le pont une fine poussière que le capitaine recueillit et qui fut examinée par Maury et Ehrenberg. Ces ampoules solidifiées et creuses étaient formées de fer et d’oxyde de fer.
M. Tissandier a repris l’étude des corpuscules atmosphériques, et les a comparés à des fragments détachés de la surface des météorites. Les formes en sont variables, comme le montrent les figures données par l’auteur. Examinant au microscope des particules ferrugineuses obtenues par le grattage de la surface de météorites authentiques, provenant de la collection du Muséum, M. Tissandier a trouvé des parcelles globulaires et mamelonnées. Ces faits démontreraient donc que, parmi les poussières ferrugineuses, il en est un grand nombre qui proviennent des météorites et des étoiles filantes. « On peut supposer que ces masses métalliques, dans leur passage au sein des espaces, se brisent en nombreux fragments, font jaillir autour d’elles des particules incandescentes de fer métallique, dont
les plus petits débris, entraînés dans toutes les régions de l’air par les courants atmosphériques, tombent à la surface entière du globe, sous forme d’oxyde de fer magnétique, plus ou moins complètement fondu. La traînée lumineuse des étoiles filantes serait due à la
Fig. 507. — Corpuscules ferrugineux atmosphériques et fragments détachés de la surface de météorites (G. Tissandier.) — 1. Fragments très noirs et amorphes. — 2. Grains extrêmement petits groupés en amas compacts (rare). — 3. Volume plus considérable;
surface rugueuse et mamelonnée (4). — 5. Parcelles globulaires et mamelonnées. 6.
Grains noirs très petits. — 7. Grains sphériques. — 8. Mamelons arrondis.
construction de ces innombrables particules, offrant l’aspect des étincelles de feu, qui jaillissent d’un ruban de fer quand on le brûle dans l’oxygène. » ( Loc . cit., p. 53.)
Un grand nombre de particules atmosphériques ferrugineuses
Fig. 508. — Globules d’oxyde de fer magnétique obtenus en faisant brûler de la fine limaille de fer dans une flamme d’hydrogène, 500/1. (G. Tissandier.)
ont une origine terrestre. En effet, des parcelles de fer prennent en brûlant la forme sphérique, et une masse de fer volumineuse, en se combinant au rouge avec l’oxygène, peut se diviser en fragments globulaires microscopiques. L’hydrogène enflammé donne égale-
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nient des sphérules avec la fine limaille de fer. Les particules ferrugineuses que'Xon détache en battant le briquet, ont également la forme sphérique.
Une source abondante et terrestre de poussières ferrugineuses, c'est encore la fumée des usines aux environs desquelles on recueille sur le sol, des globules d’oxyde de fer magnétique. La terre arable, le limon du Nil, le sable de la mer, renferment également des parcelles magnétiques.
Bien que des arguments sérieux militent en faveur de l’origine terrestre des globules magnétiques, il est difficile, dit M. Tissandier, d’attribuer à cette origine l’immense quantité de sphérules que présentent les poussières ramassées dans les lieux les plus distants et dans les situations les plus diverses. C’est ainsique l’étude des sables rapportés par la drague du fond de la mer a fourni de nouveaux exemples à l’appui de cette dernière opinion.
M. l’amiral Serres a recueilli des sédiments marins qu’il a donnés au Muséum. Les globules n’y font pas défaut; on les trouve même
*ig« £>09. — Sphérules magnétiques recueillies dans le sable du fond de la baie de la Possession (Amérique du Sud), \ues au microscope. Grossissement 500/i.
avec une abondance extrême dans le sable qui fait le fond de la baie de la Possession (fig. 509); ils y atteignent Qmm,056 de diamètre.
Dans différents échantillons de sables recueillis par M. le commandant Mouchez, sur les côtes d’Algérie, à des profondeurs diverses, on a trouvé de nombreux globules magnétiques.
MM. Stanislas Meunier et Gaston Tissandier ont trouvé d’abondantes et de belles sphérules dans le sable extrait du puits artésien de Grenelle, à 569 mètres au-dessous de la surface du sol, et qui ap-
Fig. 510. — Sphérules magnétiques recueillies dans les mottes de sable du puits de Grenelle, vues au microscope. Grossissement 500/1.
partient au gault. Leurs dimensions varient de 0ir,m,C07 à 0mm,020 (fig. 510).
En résumé, ces observations montrent que les sédiments actuels de la mer, comme ceux des océans géologiques, renferment des globules semblables aux sphérules que l’atmosphère laisse constamment tomber à la surface de la terre. Ils n’ont aucun caractère différentiel et l’on est autorisé à les identifier entre eux. 11 faut donc reconnaître que les couches du globe renferment des matériaux d’origine cosmique dont la chute remonte parfois à un passé des plus reculés. Comptes-rendus de V Académie des sciences , t. LXXXVI, p.450.)
Des pluies «le poussières. — Depuis la plus haute antiquité on a observé des pluies de poussières diversement colorées;
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Fi£,p. SI J. Poussières tombées eu Sicile, vues au microscope (grossissement 300 diamètres). Dessin de M. O. Siivestri. — 1. Gallionella crencita, Elir. — 2. Suiedra eniomon, k^1’* 3. Pinnularia intermedia , Silv. — 4. Navicula fulva, Ehr. — 5. Lit/iostilidium
il est fait mention de pluies de sang dans Homère, et de nos jours, dit M. Tissandier, il est des paysans qui croient encore à la réalité de phénomènes dus à la chute de poussières rougeâtres, très fines et de nature ferrugineuse. Sous rinfluence de courants atmosphériques très violents, le sable des déserts peut-être emporté à une très grande distance. M. Tissandier donne d’après Ehrenberg de nombreux exemples de ces phénomènes, nous en citerons seulement quelques-uns. Le transport à de lointaines distances des poussières explique comment parmi les êtres organisés, que l’on trouve dans ces poussières, il en est qui appartiennent à des pays très éloignés. Ehrenberg, examinant des échantillons de neige rouge tombée dans le canton des Grisons, près du passage Bernardin, le 4 février 1851, y trouva des formes américaines, le Desmogonium guyanense (?) et Y Mimant idium papilio. Dans une pluie de poussières tombée en 1834 sur les confins de la Russie et de la Chine, le conseiller d’État Weissen, de Saint-Pétersbourg, ne trouva pas de formes sibériennes, mais rien que des formes exotiques. Quelquefois ces pluies de poussières sont d’origine purement végétale ; c’est ainsi que le 1er mai 1856 à Shanghaï, en Chine, il tomba une pluie qui assombrit le jour et que l’on reconnut être composée du duvet de la semence du peuplier. En 1862, Ehrenberg analysa une poussière rouge qui était tombée sur un navire allemand, par 24° ou 25° de latitude nord, et 35° ou 36° de longitude à l’ouest du méridien de Greenwich. Cette poussière renfermait cinquante formes organiques et quatre formes inorganiques.
De ces cinquante-quatre formes, il n’y en avait qu’une qui fût inconnue : le Lithostylidium divitis, parcelle d’herbe siliceuse; toutes ces formes organiques sont d’origine terrestre ; aucune ne provient de la mer. Vingt et une formes à écaille siliceuse peuvent à la rigueur vivre et se reproduire dans l’air; quant aux vingt-sept formes siliceuses, ce ne sont que des débris
clepsammidium, Ehr. — 6. Spongolithis striata, Silv. — 7. Protococcus meteororicus Silv. — 8. Protococcus meniscus, Silv. — 9. Protococcus simplex, Silv. — 10. Vorticelia convallaria, Ehr. — 11. Cyclidium solitarium, Silv. — 12. Petite étoile appartenant à un organe végétal. — 13. Fragment de Confervc (Gallionella lvrata (?), Ehr.). — 14. Fructification de formes variées. — a, a , a. Fragments de Conferve, épiderme, libre de plante phanérogame. — Les fragments angulaires représentent la partie minérale de la poussière. Les amas grumeleux répandus çà et là sont formés d’une substance organique.
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d’organismes morts. Dans un échantillon de neige rouge, Ehrenberg, outre différentes formes organiques, découvrit une Discoplea atmosphærica que l’on n’avait jamais encore vue vivante en Europe. Voici d’après cet éminent observateur la nomenclature des espèces trouvées dans les analyses de poussières faites par lui : Cryptomonas , Discoplea atlantica, Eunotia amphioxys, Gallionnella procera , Gallionnella tenerrima, Sphœrella nioalis, Gallionnella granulata , Lithostylidium lævc , Lithostylidium rude , Gallionnella crenata , Gallionnella tœniata , Discoplea atmosphærica , Pinnularia borealis , Amphidiscus truncatus , Lithostylidium crenulatum , Gallionnella distans , Lithostylidium biconcavum , Clepsammidium conicum , etc., etc.
Neis^e rouge. — En 1863, M. le professeur Bouis a observé une pluie et une neige rouges tombées dans l’Ariège, les Pyrénées-Orientales et en Espagne, dans la basse Catalogne, l’Aragon, etc.; les flocons de neige étaient parfois si rouges, qu’on les croyait teintés de sang. Le vent soufflait au sud. La terre, desséchée à l’air, est jaunâtre ; humectée, elle devient rouge-brique. L’examen microscopique n’a montré que quelques rares débris microscopiques. M. Bouis a fait une analyse chimique de ces poussières. (M. Tissandier, loc. cit., p. 82, Comptes rendus de V Académie des sciences , t. LVI, 1863, p. 972.)
Antérieurement, 1816 (V. Comptes rendus de V Académie des sciences , t. XXIV, 1847, p. 810), M. Decaisne avait examiné une pluie terreuse ; il y a observé une assez grande quantité de corpuscules organisés, qu’il considère comme d’origine végétale ;
« ce sont des ruastrums , quelques clostéricées, des granules de « matière verte, etc. ; puis enfin, quelques débris d’infusoires « qui disparaissent en les soumettant à l’action de l’ammo- « niaque. »
M. Tissandier a examiné au microscope un échantillon d’une pluie de poussière tombée à Boulogne-sur-Mer le 2 décembre 1876. Un grossissement de 80 diamètres lui a fait voir que la matière organique qu’elle contenait était essentiellement formée de débris de différentes espèces d’Algues microscopiques ; ils se trouvaient mélangés avec des grains de silice et de calcaire de 1/30 à 2/50 de millimètre de diamètre environ. Ayant examiné de la môme façon le sable de la plage,
M. Tissandier a vu qu’il était constitué par des grains minéraux 8 ou 10 fois plus volumineux, mais entre lesquels il en existait d’autres, très petits, entremêlés de fragments d’Algues semblables à ceux de la pluie de poussières. D’après M. Tissandier les tourbillons de vent, en soufflant sur la plage, ont
Fig. 512. — Sable de la Manche, 80/1. Fig. 513. — Poussière tombée à
(G. Tissandier.) Boulogne-sur-Mer, 9 octobr el876.
(G. Tissandier.)
enlevé dans leurs mouvements de rotation les corpuscules les plus (ins du sable, et ont ainsi opéré une véritable extraction des parcelles les plus ténues et les plus légères qu’il contenait.
Pluies cle cendres volcaniques. — SOUS l’influence des éruptions volcaniques, des masses énormes de cendres sont projetées dans l’atmosphère, et vont souvent retomber très loin de leur point d'émission et couvrent des régions entières. « De nombreux exemples, dit M. Daubrée (Tissandier, p. 99), témoignent du transport dans l’atmosphère, jusqu’à de grandes distances, de cendres volcaniques, de sables et de poussières diverses, telles que les cendres provenant d’incendies. Je me bornerai à rappeler le sable qui s’est abattu le 7 février 1863 sur la partie occidentale des îles Canaries et qui a été, selon toute probabilité, transporté du Sahara sur plus de 32 myriamètres. Plus récemment, la cendre de l’incendie de la ville de Chicago est arrivée aux Açores, le quatrième jour après le commencement de la catastrophe; en même temps on avait senti une odeur empyreumatique qui avait fait dire aux Açoriens que quelque grande forêt brûlait probablement sur le continent africain... »
On sait que le célèbre brouillard sec qui, en 1783, couvrit pendant trois mois presque toute l’Europe, après avoir d’abord paru à Copenhague, où il persista 126 jours, avait pour
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cause une éruption de l’Islande, ainsi qu’on l’apprit plus tard. Le 7 septembre 1815, un transport de meme origine, mais moins considérable, fut observé aux îles Shetland et aux Orcades.
Pluies «le soufre. — Nous avons déjà fait allusion aux pluies de pollen de différentes" espèces végétales. MM. Bureau et Poisson (Tissandier, p. 101) ont reconnu récemment qu’un
échantillon de terre combustible très légère, jaune, trouvé par M. de l’Isle dans une grotte de l’île de la Réunion, était formé de grains de pollen.
On a également trouvé des insectes et de la manne dans certaines eaux de pluies (1).
(1) Observations sur une pluie de sève. — Note de M. Ch. Musset ( Comptes rendus , 10 février 1879). — « La sève aqueuse de la Colocasia es culenta (Scliott) est émise par jets successifs et pressés. Cette émission, comme on le sait, a lieu par les larges stomates, au nombre de 1-2, situqs au bas de l’acumen des feuilles en préfoliation. Lorsque ce phénomène s’opère dans les circonstances les plus favorables (humidité du sol, soirées et nuits fraîches et calmes, etc.), il est facile, comme je l’ai montré, de traire, en pressant les feuilles entre les doigts, une assez grande quantité de sève. » L’auteur a aperçu, tombant sous forme de pluie fine, une quantité de gouttelettes très limpides qui, traversant les rayons du soleil, tamisés par les branches feuillue^ des sapinettes, devenaient visibles.