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EXAMEN DES CHEVEUX ET DES POILS AU POINT DE VUE DE LA. MÉDECINE LÉGALE

L’examen des poils a une très grande importance en médecine légale. Il arrive fréquemment que l’expert a la mission de déterminer si des poils trouvés adhérents à un objet, hache, couteau, bâton, chaussures, sont des cheveux ou des poils appartenant à un animal quelconque. Des erreurs ont été commises à la suite d’un examen superficiel ; c’est ainsi que des poils blancs, provenant d’un lapin, ont été pris pour des cheveux d’un vieillard, que des poils adhérant à la semelle d'une chaussure, ont été également considérés comme des cheveux, jusqu’à ce que l’examen microscopique ait montré qu’ils provenaient soit d’une vache, soit d’un cheval.

Les détails dans lesquels nous allons entrer feront mieux comprendre de quelle importance est en médecine légale la connaissance des différents caractères que présentent les poils. Jusqu’ici notre littérature médico-légale avait manqué d’un ouvrage résumant nos connaissances sur ce point de la science. Cette lacune vient d’être très heureusement comblée par le Dr Johannetqui, dans sa thèse inaugurale sur le Poil humain (ï), a résumé les travaux faits en France et à l’Etranger et surtout l’important ouvrage d'Otto OEsterlen, privat-docent, à l’Université de Tübingen (Tübingen, 1874). Nous ferons de très nombreux emprunts au travail du Dr Johannet, tout en le complétant et en le critiquant sur certains points.

Nous commencerons par l’étude du cheveu humain, dont la parfaite connaissance s’impose ù nous, si nous ne voulons

(1) Paris, Octave Doin, 1878.

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nas commettre quelque erreur grave, ainsi que nous en donnerons tout à l’heure des exemples.

Soit que l’on ait à examiner un cheveu, un poil, d’une région quelconque du corps, un cil ou un poil follet, l’attention doit se porter

Fig. 515. — Poil et follicule pileux de moyen volume, grossis 50 fois. — a. Tige du poil. — b. Sa racine. — c. Bulbe pileux. — d. Épiderme du poil. — e. Gaine interne de la racine. — f. Sa gaine externe. — g. Membrane amorphe du follicule pileux. — h. Couches de fibres transversales et longitudinales de ce dernier. — i. Papille du poil.

k. Conduits excréteurs des glandes sébacées, avec leur épithélium et leur couche fibreuse.

« — l. Derme au niveau de l’embouchure <lu follicule pileux. — m. Couche muqueuse.

n. Couche cornée de l’épiderme, s’étendant un peu dans l’intérieur du follicule. — o. Terminaison de la gaine interne de la racine du poil. (Kolliker.)

également sur la partie libre du poil et sur le follicule appelé communément la racine du poil, mais qui la comprend avec ses annexes. Structure «lu poil. — Le poil est surtout constitué : 1° par la

substance corticale ou fibreuse qui est l’élément fondamental; 2° par la moelle ; 3° par Y épiderme.

Pour bien étudier la substance corticale, Kôlliker conseille de traiter le cheveu par l’acide sulfurique et par la chaleur ; il devient alors facile de diviser la substance corticale en longues fibres aplaties. Ces libres ont pour caractères d’être rigides, friables, et de présenter des irrégularités, des dentelures de leurs bords et de leurs extrémités. Elles constituent le tissu cortical. Celui-ci est strié dans sa longueur et transparent dans les cheveux blancs, mais le plus fréquemment il contient de la matière colorante plus ou moins régulièrement distribuée, tantôt uniformément répandue dans tout le tissu, tantôt

Fig. 516. — Sect'on horizontale du cuir chevelu, traitée par l’acide acét'que (faible grossissement). — a. Faisceaux de tissu conjonctif entre-croisés. — b. Groupes de follicules pileux. (Kôlliker.)

réunie en certains points sous forme de taches allongées ou granulées. Dans les cheveux blonds, les fibres isolées par le procédé indiqué plus haut sont d’une couleur claire ; elles sont d’une coloration plus ou moins foncée dans les cheveux bruns ou noirs. Ces fibres elles-mêmes peuvent être considérées, d’après Kôlliker, comme formées de cellules allongées et aplaties. Les taches que l’on rencontre dans le tissu cortical, abondantes surtout dans les cheveux très foncés, sont formées par des amas de granulations pigmentaires. Ce tissu doit également sa coloration à un principe colorant dissous qui imprègne complètement la substance des lamelles. Ce pigment grenu offre toutes les colorations que peuvent présenter les cheveux, depuis le jaune clair jusqu’au noir, en passant par le rouge et le brun. La matière colorante dissoute presque nulle dans les cheveux blancs est, d’après Kôlliker, en petite quantité dans les cheveux blond clair ; elle est très abondante, au contraire, dans les cheveux châtains ou roux, ainsi que dans les cheveux noirs, où elle

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suffit à elle seule pour produire une coloration rouge mélangée de brun. C’est à ces deux matières colorantes (pigment grenu et matière colorante dissoute) que les cheveux doivent leur coloration ; tantôt l’une domine, tantôt l’autre ; dans les cheveux très colorés, elles sont à peu près également réparties.

Fig. 517. — Lamelles ou fibres-cellules de la substance corticale d’un poil traité par l’acide sulfurique. — Grossissement de 350 D. — A, 1. Lamelles isolées vues de face (trois sont isolées et deux sont unies entre elles) ; 2, vues de profil. — B. Couche composée d’un grand nombre de lamelles semblables aux précédentes. (Kollikcr.)

D’après Ilager, le pigment de la corde médullaire et des lacunes intru-fibrillaires de la gaine médullaire et de la couche corticale ne

forme qu’en partie le fond de la nuance des cheveux. Celle-ci dépend surtout de la coloration de la couche corticale. La substance fibreuse cornée est noire ou plutôt gris foncé dans les fibres isolées des cheveux noirs, dans les cheveux roux elle est rouge, dans les cheveux

Fig. 518. — Cellules de la portion la plus profonde du bulbe, grossies 350 fois. — a. Cellules d’un bulbe coloré, à granulations pigmentaires qui cachent un peu le noyau. — b. Cellules d’un cheveu blanc, à noyau distinct et renfermant peu de granulations. (Kôlliker.)

châtains elle est brune, dans les cheveux blancs elle est jaune. Le degré d’intensité de ces colorations dépend de la quantité de matière grasse élaborée par les glandes annexes du cheveu, ou ajoutée.

Fig. 519. — A. Fragment d’un cheveu blanc traité par la soude et grossi 350 fois. — a. Cellules à noyau de la moelle, sans air. — b. Substance corticale finement striée, avec noyaux linéaires. — c. Épiderme à lamelles un peu plus détachées que d’ordinaire. — B. Trois noyaux linéaires de la substance corticale, représentés isolément. (Kôlliker.)

Suivant ilager, le phénomène du grisonnement des cheveux n’est pus dû à la disparition du pigment, mais se produirait par suite d’une

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élaboration moins considérable de la matière grasse, ou plutôt par une sorte de mortification de la substance corticale qui, devenant opaque, ne se laisse plus traverser par la lumière à peu près comme un écheveau de verre filé. Aussi un cheveu blanc peut-il encore contenir des cellules de pigment, dans la corde et la gaine médullaires, comme avant sa décoloration.

Outre ces éléments, le tissu cortical présente encore des lignes foncées ou lignes de démarcation des fibres cellulaires, ou bien les noyaux mêmes de ces éléments anatomiques, comme le montre une figure ci-contre de Kolliker. Cette structure du tissu cortical se poursuit jusque dans la moitié inférieure de la racine. Les cellules perdent de plus en plus leur structure fibreuse, tendent à devenir sphériques, et prennent des propriétés physiques différentes; l’acide acétique les altère alors qu’il était sans action sur les éléments fibreux de la partie immédiatement supérieure du poil, et elles sont gonflées, puis dissoutes par l’action des alcalis.

Fig. 520. — Deux cellules de l’écorce de la racine du poil (portion finement st:iée, située immédiatement au-dessus du bulbe), à noyau distinct et d’un aspect strié. — Grossissement de 350 D. (Kolliker.)

Le tissu fibreux est résistant et élastique ; il est de plus très hygroscopique.

L’eau oxygénée fait subir de profondes modifications à la matière colorante des cheveux; c’est par son emploi que l’on obtient ces cheveux blond clair qui ont été récemment très en faveur.

Fig. 521. — Cheveu de femme albinos.

Dans Y albinisme, il y a absence congénitale de matière colorante. Lorsque les cheveux blanchissent sous l’influence de l’âge ou d’émotions morales très vives, la décoloration se fait par la partie libre du cheveu et va progressivement jusqu’à la racine.

De la moelle. — L’existence de la moelle dans les cheveux n’est pas constante, elle manque très souvent dans les poils follets et dans les cheveux colorés, elle manque rarement, au contraire, dans les poils

courts et gros, et dans les poils longs, ainsi que dans les cheveux blancs. (Kôlliker.) Elle apparaît au-dessus du bulbe et va jusqu’au

Fig. 522. — Portion de la racine d’un cheveu foncé, traitée légèrement par la soude (grossissement de 250 diamètrees). — a. Moelle encore remplie d’air, et dont les cellules sont assez évidentes. — b. Écorce présentant des taches pigmentaires. — c. Couche interne de l'épiderme. — d. Sa couche externe. — e. Couche interne de la gaine interne de la racine (couche de Huxley). — f. Couche externe fenêtrée de cette gaine (couche de Henle). (Kôlliker.)

voisinage de la pointe. Suivant Kôlliker, elle occupe le centre du poil ; mais, d’après G. Pouchet, sur certains poils à courbure sensiblement régulière (moustaches, cils, etc.), la moelle n’occupe pas le

Fig. 523. — Huit cellules médullaires contenant un noyau pâle et des granulations graisseuses, prises sur un cheveu qui avait été traité par la soude et grossies 350 fois. (Kôlliker.)

centre du poil, elle est légèrement reportée du côté de la convexité. Pour rendre bien apparente la structure cellulaire de la moelle, il faut, comme l’indique Kôlliker, faire bouillir des cheveux

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blancs dans de la soude caustique, jusqu’à ce qu’ils se gonflent et se crispent. En dilacérant avec précaution un poil traité de cette façon, on peut isoler des cellules de la moelle.

Lorsque les cellules de la moelle reçoivent la lumière réfléchie, elles sont d’un blanc d’argent, elles sont noires au contraire à la lumière transmise. Les granulations des cellules sont formées par des petites bulles d’air qui peuvent être chassées par différents procédés, et en particulier par l’ébullition dans l’eau ou dans l’éther. C’est à la présence de ces bulles d’air que serait dû le reflet argenté de certains cheveux blancs. Quand le corps est plongé dans un bain d’eau tiède, il se dégage des poils un certain nombre de bulles de gaz.

Épiderme du poil. — Le poil tout entier possède un revêtement en contact intime avec le tissu cortical, c’est l’épiderme. Il est formé par des cellules ou lamelles imbriquées comme les tuiles d’un toit. A l’état normal, ces lamelles se révèlent à la surface du poil par des lignes foncées, plus ou moins distantes les unes des autres. Quelquefois, ces lamelles forment sur le bord du poil des dentelures très appréciables. L’emploi de l’acide sulfurique ou de la potasse donne aux bords du poil un aspect feutré dû au redressement des lamelles épidermiques. Ces lamelles sont généralement transparentes et à bords clairs, quadrilataires ou rectangulaires, montrant une sorte de tache claire rayonnée, qui est sans doute le vestige d’un noyau.

Fig. 524. — A. Surface de la tige d'un cheveu blanc, grossi 160 fois. Les lignes onduleuses marquent les bords des lamelles épidermiques. — B. Lamelles épidermiques isolées à l’aide de la soude, grossies 350 fois. Elles présentent un ou deux de leurs bords plus ou moins renversés, ce qui les fait paraître foncés. (Kôlliker.)

Les écailles ont leurs bords tournés vers l’extrémité libre du poil. Grâce à cette disposition, on peut reconnaître, sur un fragment de poil, quel bout regarde le sommet.

Du follicule proprement dit , paroi folliculaire. — Le follicule est composé par deux tuniques fibreuses, l une externe, l’autre interne, et d’une membrane amorphe. La tunique fibreuse externe détermine la forme extérieure du follicule et adhère intimement au derme par son extrémité supérieure. Formée par un tissu conjonctif, cette tunique renferme, en outre, des vaisseaux capillaires et quelques fibres nerveuses.

La tunique fibreuse interne est plus épaisse que la précédente ;

elle renferme également des capillaires, mais pas d’éléments nerveux suivant Kôlliker.

La troisième couche est une membrane hyaline amorphe, qui reste toujours dans le follicule quand on arrache le cheveu. Elle va en s’atténuant vers la profondeur du follicule et se perd sur le collet de la papille dont le tissu est, au contraire, continu avec celui de la paroi folliculaire.

L’implantation du follicule est généralement oblique, ce quiper-

Fig. 525. — Section transversale d’un cheveu et de son follicule un peu au-dessous de la portion moyenne de ce dernier. (Grossissement de 350 D.) — a. Couche à fibres longitudinales du follicule, peu développée. — b. Couche à fibres transversales avec corpuscules de tissu conjonctif. — c. Membrane vitrée. — d. Gaine externe de la racine.

— e. Gaine interne de la racine, couche externe. — f. Couche interne de cette gaine.

— g. Épiderme du follicule. — h. Épiderme du cheveu. — i. Cheveu. (Kôlliker.)

met de disposer les cheveux à l’aide d’un peigne ou d’une brosse suivant une direction déterminée. Quand cette insertion est perpendiculaire, on a ce qu’on nomme vulgairement un épi.

Les glandes sébacées sont annexées aux follicules.

La papille du poil (V. fig. 815), appelée également germe du poil, est une partie du follicule qui répond aux papilles du derme. Elle est surmontée par le cheveu qui semble naître d’elle par une multiplication des éléments qui recouvrent immédiatement son tissu.

Gaines de la racine. — Situé au centre du follicule, le poil est séparé de la membrane hyaline par les gaines de la racine. La gaine ex-

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terne est la continuation delà couche de Malpighi, et tapisse toute la face interne du follicule pileux. Elle est généralement plus épaisse que la gaine interne.

La gaine interne est une membrane transparente qui part du fond du follicule pour s’étendre jusqu’à son tiers supérieur, où elle se termine par un bord tranchant. Elle s'applique directement sur la gaine externe et est constituée par des cellules polygonales et allongées.

Épiderme de la gaine interne. — La gaine interne est tapissée extérieurement par une troisième couche épithéliale qui se trouve en contact immédiat avec l’épiderme du poil dont il paraît la continuation. Ses cellules offrent une disposition analogue, mais elles sont imbriquées à l’inverse, se recouvrant de telle sorte qu’elles se dépassent les unes les autres par leur bord inférieur qui reste libre du côté de l’axe du follicule.

On doit considérer deux formes de cheveux ou de poils :

1° Le poil en bouton de Henle (Haarknopf), ouvert inférieurement. — La racine est renflée à son extrémité inférieure (bulbe de la racine) et présente une cavité ouverte inférieurement qui coiffe ou qui embrasse la papille située au fond du follicule.

2° Le poil en massue de Henle (Haarkolben) ; son extrémité inférieure est ramifiée comme la racine d’un végétal et plongée directement dans un amas épithélial se continuant avec la gaine extérieure.

En général, ces poils n’ont pas de gaine moyenne, et le cheveu ou le poil se trouve en contact direct avec la gaine externe. On rencontre quelquefois ces poils à une certaine hauteur, dans les cavités folliculaires au fond desquelles on retrouve une papille ; quelques-uns de ces mêmes cheveux présentent des débris de gaine moyenne, ce qui a fait penser qu’ils étaient des cheveux à bulbe transformé et sur le point de tomber. Cette forme de racine se rencontre dans les poils follets chez l’adulte et chez l’enfant et dans les cheveux de la mue et de l’alopécie. Elle peut être physiologique.

OEsterlen a considéré les poils en boutons de Henle comme une forme de développement inachevé, tandis que les autres (poils en massue) seraient des poils à développement achevé.

D’autres auteurs, Unna (1) en particulier, regardent ces derniers comme des poils qui sont sur le point de tomber. Les

(1) Arch. fur mickr. Anatom. Bonn, 187G.

premiers, au contraire, seraient des poils typiques, en pleine évolution et jouissant de toutes leurs propriétés physiologiques.

Aussi nous croyons ne pas pouvoir accepter dans toute leur rigueur les deux conclusions suivantes d’OEsterlen : 1° un poil avec une racine ouverte n’a pas atteint le terme de son développement, il sera donc regardé comme ayant été arraché lorsqu’il s’agira d’une expertise ; 2° un poil pourvu d’une racine fermée est vraisemblablement tombé de lui-même, mais peut aussi avoir été arraché avant le moment de sa chute.

I>e la couleur «les poils. — Dans les indications que nous avons données sur la structure du poil, nous avons indiqué à quels éléments et à quel mécanisme, ils devaient leur coloration. Si la détermination delà couleur d’un poil n’offre pas grande difficulté, quand on a sous les yeux une couleur très tranchée, il n’en est pas de même lorsque l’on a à déterminer une des couleurs de transition si fréquentes. Il y a généralement un rapport assez étroit entre la coloration du poil et celle de la peau (Sappey, Broca, Pruner-Bey); cette analogie décoloration se poursuit entre le cheveu et l’iris (Broca, Pruner- Bey). Les trois couleurs principales des poils sont le blanc, le noir, et le rouge feu, qui par leur association, donnent naissance à ces nuances si variées que nous avons sous les yeux. On peut voir dans le musée de l’Institut anthropologique de Paris, une gamme de coloration des cheveux, faite par les soins du professeur Broca. Ces différents échantillons ont des origines très diverses et proviennent d'individus appartenant aux deux sexes, et à des races très variées. Ces diverses nuances constituent un cercle complet, passant du noir au blanc par le brun et le gris, et revenant du blanc au noir par le blond et le rouge. Les cheveux de différentes nuances sont disposés de façon à former un passage insensible du rouge vif au rouge sombre, au rouge-noir et enfin au noir. Les cheveux les plus clairs sont, comme nous l’avons vu, ceux des albinos.

M. Broca a formé un tableau chromatique numéroté, permettant de distinguer facilement les types caractéristiques.

Ce tableau renferme cinquante quatre nuances s’appliquant aux cheveux et à la peau ; les vingt premiers numéros concernent également l’iris. Les vingt premières nuances sont dis-

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posées en séries régulières, à savoir : 1 — 5, nuances brunes; 6 — 10, nuances vertes ; 11 — 15, nuances bleues ; 16 — 20, nuances grises. Le reste du tableau est disposé autrement; la multiplicité et la proximité des nuances fondamentales qui relèvent de deux couleurs seulement, jaune et rouge, et de leur mélange en proportions convenables, rendant impossible cette classification, on s’est borné à confronter sur l’un des côtés du tableau les teintes les plus sombres, afin de rendre la comparaison plus facile. On a cherché à faire suivre les autres dans un certain ordre, mais cet ordre n’a pu être régulier, il a fallu plus d’une fois rendre les séries naturelles. Le n° 48 représente le noir absolu (Broca) (1).

Le Dr Johannet insiste avec raison sur l’importance que présente ce tableau pour le médecin légiste dans les questions d’identité. Grâce à son emploi, l’expert déterminera plus facilement et plus exactement la nuance d’un ou de plusieurs poils donnés ; il pourra même fixer cette coloration par un numéro d’ordre. La simple comparaison de deux poils mis à côté l’un de l’autre ne permettrait pas de distinguer une différence de coloration peu tranchée (2).

Les poils vus en masse paraissent plus foncés que lorsqu’ils sont isolés.

Il faut encore tenir compte, dit le Dr Johannet, de la direction des rayons lumineux. Une chevelure de couleur châtaine donne, par la réflexion des rayons lumineux intenses, des reflets dorés. Si on examine des cheveux au microscope, leur couleur peut se trouver également modifiée. Sous l’influence delà lumière réfractée, les cheveux noirs paraissent acajou-brun; les cheveux châtains acajou clair ; les rouges jaune clair orangés; les blancs sont transparents avec un léger reflet jaunâtre.

L’usage des corps gras tend à foncer la coloration des poils. On sait que les cheveux, surtout quand ils sont réunis en grand nombre, offrent une résistance considérable. D’après QEsterlen, traduit par Johannet, cette résistance des cheveux mérite de fixer 1 attention du médecin légiste. « Que l’on trouve

(1) Broca, Bullet. delà Société d'anthrop . , séance du 4 fév. 1864.— Tableau chromatique, mémoires de la Société d'anthropologie, t. II, p. 123.

(2) Séparés de l’organisme, les cheveux pâlissent avec le temps.

des cheveux brisés sur un marteau, sur une pierre, cet état fragmenté des cheveux devra faire supposer l’emploi d’une telle force qu’un plan d’appui résistant, comme un os, aurait été du même coup infailliblement brisé. En outre, cette solidité démontre que les cheveux ou poils sont plutôt déracinés que brisés dans leur tige ; d’où cette conséquence : quand la racine fait défaut, il est difficile a priori de croire à un arrachement. Quand une touffe de cheveux est prise par une machine, il arrive même encore bien plus fréquemment qu’il y a arrachement du cuir chevelu, qu’avulsion simple des cheveux » (1).

Le corps tout entier est couvert d’un duvet plus ou moins abondant, quelquefois si fin qu'on ne l’aperçoit que dans une certaine direction et à l’aide d’une lumière assez intense. Les seules régions dépourvues de poils sont la paume des mains et la plante des pieds, le dos des dernières phalanges des doigts et des orteils, la partie interne du prépuce, le gland et le clitoris. D’après Eschricht, les poils et surtout le duvet affecteraient une disposition spéciale tant à la tête que sur le corps et ses extrémités. Cette disposition serait analogue à celle de tourbillons, de courants, de croix.

Le Dr Johannet a, d’après les travaux d’OEsterlen, rapporté les variations subies par le poil. Nous donnons ci-après le résultat de ces recherches. Les modifications que peuvent présenter les poils d’un même individu sont en rapport: 1° avec le lieu d' implantation ; 2° avec Y âge ; 3° avec le sexe.

1° Variations suivant le ileu d'implantation. — C’est sur la longueur des poils d’un homme adulte qu’on s’est appuyé pour faire une classification. On distinguera donc :

1° Longs poils du crâne (cheveux) ;

2° Longs poils de la face (barbe) ;

3° Longs poils du corps (pubis, aisselle, anus);

4° Courts poils colorés de la face (cils, sourcils, vibrisses) ;

3° Courts poils colorés du corps (poitrine, abdomen, membres) ;

(I) Nous indiquons plus loin sur quelles raisons nous nous fondons pour ne pas accepter les déductions d'OEslerlen.

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6° Poils rudimentaires du duvet (presque toute la surface du corps).

C’est généralement dans cet ordre de longueur décroissante que se présentent les poils ; mais il peut se produire des anomalies : 1° par accroissement extraordinaire de certains poils ; 2° par le remplacement du duvet de certaines régions par des poils ; 3° par la transformation du duvet en poils (observée chez les hommes dits chiens).

L 'épaisseur des poils varie suivant la région observée ; toutefois, dans une même région, on peut observer des différences. Aussi, quand on veut déterminer un caractère quelconque d’un poil appartenant à une région déterminée, faut-il faire porter l’examen sur un grand nombre de poils ; un poil unique ne saurait en aucun cas fournir de caractères suffisants, pour que l’on puisse sûrement en déduire son origine.

Ordre de décroissance dans l'épaisseur des poils chez l'homme adulte: Barbe du menton, — pubis, moustaches, — joues, — sourcils, — scrotum, — aisselles, — vertex, — tempes, — cils, bregma (Wirbeldes Allemands), — front, — narine, — nuque.

La couleur varierait également suivant les régions, mais ces variations ne sont pas constantes; le duvet est en général peu coloré. — Les poils de l’aisselle, ceux des organes génitaux chez la femme, sont en général moins colorés, en raison sans doute de l’action exercée d'une part, par la sueur et de l’autre, par le mucus et par l’urine. La barbe a généralement une coloration plus claire que la chevelure ; les teintes blondes et rouges prédominent ; au pubis, il y a prédominance des teintes extrêmes (roux et noir).

Les caractères tirés de la forme et de l’aspect du poil n’ont point de constance suffisante pour pouvoir être utilisés.

• Voici d’après OEsterlen (traduit par Johannet) le tableau de l’épaisseur des cheveux.

Epaisseur à différents points du crâne :

Chez l’homme = 0mm.075

Chez la lemme

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