CORPUSCULES ET MIASMES DE L’AIR
diminuer le nombre de ces particules solides que tout le monde a aperçues dans un rayon du soleil qui pénètre dans une chambre obscure, et l’on comprendra tout ce qu’il peut y avoir de changements dans les résultats qui précèdent.
«Ces manifestations fort simples permettent de reconnaître qu’il y a constamment, dans l’air commun, un nombre variable de corpuscules, dont la forme et la structure annoncent quils sont organisés. Leurs dimensions s’élèvent depuis les plus petits diamètres jus-
qu’à à et davantage de millimètre. Les uns sont parfaitement
sphériques, les autres ovoïdes, leurs contours sont plus ou moins nettement creusés. Beaucoup sont tout à fait translucides, à contours nets, ressemblant tellement aux spores des moisissures les plus communes, que le plus habile micrographe ne pourrait y voir de différence.»
Laissons parler maintenant l’éloquent naturaliste rouennais qui, dans toutes ces questions, a apporté dans l’observation une exactitude vraiment admirable.
« Ce qui flotte dans le rayon de lumière, ce ne sont pas les introuvables germes des panspermistes, mais ce sont : des débris de notre globe et de sa tunique de verdure; des débris de nos habitations et de tous nos édifices; des débris de nos vêtemenls et de notre nourriture; enfin des débris d’animaux mêlés à des débris de notre propre substance. Pour des œufs et des semences, il est impossible qu’il n’v en ait pas aussi, mais on ne les y rencontre que comme de rares exceptions, comme on y rencontre parfois quelques cadavres d’animaux ou de plantes microscopiques. Nous sommes déjà assez effrayés, en voyant toutes ces particules qui doivent être humées à chaque instant par nous; mais ne serions- nous pas plus épouvantés encore, si, comme le veulent quelques savants aujourd’hui, tout cela n’était composé que de légions d’œufs ou de spores, dont les produits vont envahir notre organisme. »
L’air, comme nous l’avons vu plus haut, n’est pas toujours aussi riche en corpuscules organiques ; la pluie, la neige, la grêle, les grands courants aériens, servent en quelque sorte à son épuration. « La neige, dit F. -A. Pouchet ( loc . cit. , p. 6), est le meilleur épurateur de l’air que l’on puisse citer; les flocons spongieux, formés d’étoiles cristallines entassées, récoltent dans leur chute lente et vacillante les corpuscules qui se rencontrent sur leur passage. Ceux-ci, cependant, malgré leur nombre immense, n’en altèrent pas l’extrême blancheur, et
GUIDE DE MICROGRAPHIE.
ce n’est que lorsqu’elle fond et les condense à sa surface, qu’ils en souillent la pureté. Tout le monde est frappé de la couche épaisse de matière noire et sale, qui, au dégel, couvre les monceaux de neige en train de fondre au milieu de nos places publiques. Sans y faire beaucoup d’attention, on rapporte cette souillure à la boue des environs ou à la poussière, C’est là une grande erreur. Cette couche noire, qui ternit la neige naguère si blanche, n’est absolument formée que par les corpuscules de l’atmosphère que celle-ci a recueillis et qu’elle met à nu par sa liquéfaction. L’expérience démontre cela évidemment. Si vous mettez sous une cloche de verre, un ample morceau de neige blanche et pure, venant de tomber, aussitôt que celle-ci commence à fondre, elle prend une couleur noire qui devient d’autant plus foncée que sa liquéfaction s’avance davantage. Cette tunique de détritus, soumise à l’examen microscopique, donne à l’observateur le spectacle le plus extraordinaire et le plus varié. C’est un amas de corpuscules de toute nature, récoltés en masse depuis la région des nuages jusqu’à la surface du sol. »
Le 24 février 1860, Pouchet, ayant observé l’eau résultant de la fusion de la neige tombée à Rouen, y trouva en abondance des parcelles de fumée, de la fécule de blé, une matière verte organisée, provenant, d’après lui, de l’enduit verdâtre qui recouvrait le monument où cette neige avait été recueillie; des grains de silice, de calcaire, de ces infusoires enkystés ou œufs de 0,0325 de diamètre, trois navicules, trois bacillaires et deux bactériums, quelques grains de pollen, des filaments de laine, et un brin de duvet d’oiseau. M. Yung {Nature, 21 septembre 1878) donne l’exemple suivant de l’épuration de l’air par la neige. Après une chute abondante de neige, cet observateur ouvrit deux tubes, renfermant un bouillon de viande, qui avait été maintenu un temps suffisant pour détruire les germes qu’il aurait pu contenir. Ces tubes avaient été fermés au chalumeau, selon le procédé classique. Le bouillon n’a pas tardé à se troubler et prit Y aspect laiteux indiquant la présence de nombreuses bactéries, puis, après quinze jours, les bactéries étant mortes et peu à peu déposées au fond du tube, le bouillon a repris sa clarté première et l’a conservée, sans qu’il s’y développât ultérieurement d’autres organismes, comme cela a toujours lieu, lorsqu'on ouvre ces tubes dans les conditions ordinaires. L’auteur en tire cette conclusion que la neige avait complètement balayé l’atmosphère, à l’exception des germes de bactéries , et que c’est pour cette raison