‹ Guide de l'élève et du praticien pour les travaux pratiques de micrographie, comprenant la technique et les applications du microscope à l'histologie végétale, à la physiologieChapitre 424 sur 504 · CHAPITRE XXI. — CORPUSCULES ET MIASMES DE L’AIR · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI. — CORPUSCULES ET MIASMES DE L’AIR

Si l’eau, la neige, la grêle empruntent à l’air les différents corpuscules qu’elles entraînent, nous devons nous attendre à voir figurer dans l’atmosphère ces différents éléments microscopiques. K. -A. Pouchet divise en deux grands groupes les corpuscules de l’air : les corpuscules inorganiques et les corpuscules organiques. Ces derniers sont ordinairement représentés par des débris de plantes ou d’animaux, ou bien, plus rarement, par des cadavres entiers de ceux-ci, ou même par des animaux et des végétaux microscopiques, en pleine vie. Les corpuscules inorganiques varient de nature, suivant la constitution géologique, les matériaux avec lesquels sont construits les monuments du pays où l’air est examiné. Dans les localités où abondent les roches calcaires, les parcelles de celles-ci s’y rencontrent en masse. Sur les montagnes volcaniques, on n’observe, au contraire, que des particules provenant des roches qui les constituent, ou des corpuscules de soufre et de cendres lancés par leurs cratères. Dans les villes, ce sont des débris de nos maisons ou des peintures qui les décorent. Parmi les corpuscules inorganiques, dit encore F. -A. Pouchet, la silice, par son abondance, doit être placée au premier rang. Elle présente partout où on la rencontre des caractères certains. Sous le microscope, elle ressemble absolument à de petits fragments de verre brisé; elle en présente les arêtes tranchantes, les pointes acérées et la transparence. D’après cet observateur, on en rencontre en si grande quantité dans Fatmosphère des grandes routes, que l’on s’étonne qu’on y puisse vivre, et que ces corpuscules acérés et tranchants pénètrent impunément dans le tissu délicat de nos poumons sans le déchirer. Parmi ces parcelles de silice, il y en a qui atteignent des dimensions assez considérables; F. -A. Pouchet en a rencontré qui ne mesurent pas moins de 0mm,040; il est vrai qu’à côté de ces éléments, il en est d’autres d’une extrême ténuité, qui n’apparaissent au plus fort grossissement que sous la forme de granules sphériques et transparents. F. -A. Pouchet n’hésite pas à croire que ce sont ces particules de silice que les partisans de la panspermie ont prise pour des œufs et des spores.

On retrouve la même diversité dans les corpuscules de nature organique. Ce sont les débris de végétaux qui dominent dans les forêts et dans les plaines; dans les villes, au contraire, ce sont principalement des parcelles de nos vêtements, de nos aliments, ainsi que tout ce qui forme la base de l’industrie et du commerce. Ce qui domine par-dessus tout dans l’atmosphère des villes, d’après F.-A. Pouchet, c’est la fécule. On la rencontre sous les trois états suivants : fécule normale , fécule bleue et fécule panifiée. La fécule normale n’a perdu aucun de ses caractères physiques ou chimiques. Certains observateurs inexercés avaient également pris ces grains microscopiques de fécule, pour des œufs d’animalcules.

Cetle fécule est tellement abondante dans la poussière des villes,

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qu’il suffit de brosser un peu notre peau, ou de secouer nos vêtements ou notre chevelure pour en recueillir. Les feuilles des arbres en ont toute leur surface parsemée, les insectes citadins en ont très souvent un bon nombre de grains retenus parleurs poils. Si la fécule est très abondante, partout où l’on fait usage de farine de blé, les grands courants aériens la transportent à des hauteurs et à des distances considérables. C’est ainsi que F. -A. Pouchet en a recueilli au sommet du mont Blanc. « J’en ai rencontré (p. 13, loc. cit.), dans les plus inaccessibles détours de nos vieilles cathédrales gothiques, mêlée à de la poussière noircie par les siècles. J’en ai aussi rencontré dans les palais ou les hypogées de la Thébaïde, où elle datait peut-être de l’époque des Pharaons. Ici, j’en ai même trouvé qui s’était insinuée à l’intérieur du crâne de certains animaux embaumés. Douée d’une puissance prodigieuse de conservation, les années semblent à peine l’altérer- Seulement celle qui remonte à une haute antiquité est moins lisse que la fécule récente. L’iode lui donne une teinte bleue plus foncée, et elle polarise moins bien la lumière. »

La fécule bleue est au contraire assez rare et on ne la rencontre guère que dans la poussière des vieux monuments et dans la fécule que la neige a enlevée aux hautes régions de l’atmosphère. Pouchet émet l’hypothèse que cette coloration pourrait être attribuée à l’iode, dont M. Chatin a découvert l’existence dans l’air.

La fécule panifiée est au contraire très abondante dans l’atmosphère des villes; elle erre dans les tourbillons, dit Pouchet, comme autant de miettes de pain microscopiques, qu’un observateur exercé discerne sans s’y méprendre.

Quant aux fils détachés des étoffes qui nous servent de vêtements, leur nature varie également suivant le milieu où l’observation est faite ; la soie, la laine teinte de couleurs plus ou moins vives, ou des filaments grossiers de couleurs sombres, peuvent être rencontrés.

Dans l’atmosphère des villes, surtout dans celles qui ont une industrie active, on rencontre des fragments microscopiques de charbon. On reconnaît facilement ces flocons de charbon à leur couleur et aux réactions négatives que nous avons déjà données. F. -A. Pouchet prétend même qu’avec l’habitude on discerne parfaitement les particules charbonneuses qui proviennent du bois de celles de la houille. Cet auteur, à propos des œufs et des spores contenus dans l’air, s’exprime ainsi :

« L’air dans lequel nous avons si souvent découvert des cadavres d’animaux microscopiques, à plus forte raison doit-il évidemment charrier quelques œufs et quelques spores ; et si parfois nous n’eussions pas surpris ceux-ci dans nos instruments, nous en admettrions l’existence à 'priori. Il le faut évidemment, mais ces œufs et ces spores n’y figurent qu’en si infime nombre, qu’on n’en rencontre que par exception. »

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