‹ Guide de l'élève et du praticien pour les travaux pratiques de micrographie, comprenant la technique et les applications du microscope à l'histologie végétale, à la physiologieChapitre 425 sur 504 · CHAPITRE XXI. — CORPUSCULES ET MIASMES DE L’AIR · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI. — CORPUSCULES ET MIASMES DE L’AIR

De même que Pouchet, Ehrenberg, Burdach, de Baer et Heusehe, n’ont rencontré ni les œufs ni les spores dont l’existence a été affirmée par M. Pasteur. R. Wagner et Leuckart n’ont pas été plus heureux; Schaaffhausen, de l’université de Bonn; J. Wyman, de Cambridge (États-Unis); Bechi en Italie; Joly et Ch. Musset en France, n’ont également pas trouvé d’œufs ni de spores dans l’air. D’un autre côté,M. Pasteur et les panspermistes affirment leur existence ; la question n’est donc pas encore tranchée. Si, comme le prétend Dancer, cité par Tyndall, l’air contenait 15,000 spores par décimètre cube, il n’y aurait plus de discussion possible; toutefois il ne paraît pas que d’autres observateurs aient confirmé ces résultats (1).

(1) M. Miquel a fait un certain nombre de recherches sur les microbes et les poussières organisés tenus en suspension dans l’atmosphère. Cet observateur croit pouvoir conclure : 1° que le chiffre moyen des microbes de l’air, faible en hiver, augmente rapidement au printemps, reste a peu près stationnaire en été et diminue en automne ; 2° la pluie provoque toujours la recrudescence de ces mêmes microbes.

En été, par exemple, dit M. Miquel , à la suite d’une pluie soutenue, les instruments qui accusaient la veille 5 à 10,000 germes, en accusent plus de 100,000 le lendemain.

Voici, d’après cet auteur, la nomenclature des divers organismes que l’air charrie dans l’espace. Les œufs des gros Infusoires y sont rares. De l’eau de pluie introduite avec les plus grandes précautions, dans des vases plombés à col effilé ou recourbé, renferme rarement des Rotateurs, des Cyclopes, des Kérones, des Loxodes ; mais on y trouve toujours des bactéries, fort souvent des Monades et quelquefois des Rhizopodes. D’un autre côté, les poussières de 40 mètres cubes ensemencées dans l’eau privée de tout germe donnent habituellement plusieurs espèces de gros Infusoires, quoiqu'il soit difficile de saisir d'abord leurs œufs, au sein des millions de germes parmi lesquels ils se trouvent égarés.

Les cellules les plus répandues dans l’air, poursuit M. Miquel , sont sans contredit les spores de Mucédinées et les semences de nombreuses productions cryptogamiques dont le diamètre varie de 2 à 20 millièmes de millimètre. Viennent ensuite les fructifications de certains champignons, dont les dimensions plus considérables atteignent parfois un dixième de millimètre ; suivent les pollens de grosseur et de couleur variables ; puis les grains d’amidon qui sont environ aux autres productions comme 1 est à 100. M. Miquel mentionne enfin des Algues vertes que l’air transporte quelquefois en amas volumineux. (Compte rendu de l’Acad. des sciences, 1879.)

Dans un mémoire publié dans le Bulletin de la Société chimique (t. XXIX, p. 387), M. Miquel s’est appliqué à démontrer que les germes de la Torule ammoniacale (v. p. 418) étaient répandus en abondance dans l’air de Paris, notoirement dans le parc de Montsouris. Suivant l’auteur, le meilleur moyen de se procurer la Torule ammoniacale à l’état de pureté consiste à faire bar-

GUIDE DE MICROGRAPHIE.

M. Ch. Robin, dans son Traité du Microscope , proteste avec raison contre l’emploi de certains termes de signification vague ou complexe, dont l’introduction dans le langage scientifique est de nature à faire reculer la solution de problèmes déjà très ardus.

« Le motgerme, dit cet auteur ( loc . cit., p. 871], si souvent employé par les médecins et les chimistes dans le langage général, n’a, comme le mot globide , aucune valeur scientifique, tant qu’on ne spécifie pas si le germe dont il s’agit est de nature soit végétale, soit animale : si dans le premier cas il s’agit d’un ovule, d’un embryon sorti de l’œuf, d’une larve ou d’un animal infusoire entier, desséché ou non ; si dans le second ce sont des spores ou des cellules de mycélium de tel ou tel groupe cryptogamique qu’on a souslesveux. Or, on sait que si la détermination de l’espèce dont vient soit la spore ou le mycélium, soit l’ovule ou l’infusoire animal enkysté ou non, est difficile, il est toujours possible de dire si c’est un corps reproducteur animal ou végétal qui se présente. La rapide dissolution des parties animales (les enveloppes chitineuses et les épithéliums exceptés) dans l’ammoniaque, l’absolue indissolubilité, sans aucune déformation, dans

boter une cinquantaine de litres d'air extérieur dans de l’urine normale stérilisée. Quatre fois sur dixlaTorule apparaît et fait fermenter le liquide, qui devient dès ce moment impropre à nourrir les moisissures vulgaires que l’air peut y avoir également ensemencées ; il suffit alors de quelques cultures successives pour obtenir le Micrococcus ureæ, dans un état parfait de pureté.

M. Miquel a découvert dans l’eau d’égout puisée au grand collecteur de Glichy, un organisme de la classe des Bacillus qui possède, de même que la Torule ammoniacale, la propriété de transformer l’urée en carbonate d’ammoniaque, bien qu’il s’éloigne par son aspect physique de la production découverte par M. Pasteur. Ainsi la Torule se montre en chapelets de grains ou d’articles courts circulaires (Van Tieghem, Cohn), quelquefois étranglés par leur milieu (Pasteur), tandis que le Bacillus découvert par M. Miquel est formé de filaments très grêles, mobiles, isolés ou réunis au nombre de 2, 3, 4. La longueur moyenne de ces filaments atteint 5 ou 6 p, leur largeur égale à peine 7 ou 8 dixièmes de p..

Enfin, dans un milieu humide, la Torule et ses semences meurent à une température de 54° à 55°, maintenue pendant deux heures, tandis que le Bacillus résiste pendant le même temps à des températures dépassant 65°.

Ainsi donc, deux espèces microscopiques différentes, placées dans le même milieu , ont des propriétés physiologiques semblables. Pour M. Miquel , cette similitude de fonctions ne saurait surprendre depuis qu’il a été démontré qu’un certain nombre de cryptogames ( Saccharomyces , Mucédinées et Mucorinées) peuvent intervertir le sucre de canne par l’intermédiaire d’un ferment inversif signalé et isolé par M. Berthelot. Il serait également intéressant de rechercher quelle part on doit réserver à l’influence des milieux, dans la transformation des formes de ces organismes inférieurs.

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