CHAPITRE XXI. — CORPUSCULES ET MIASMES DE L’AIR
Ces corpuscules sont essentiellement formés de fer; M. Tissandier les a rencontrés dans presque toutes les poussières atmosphériques qu’il a examinées, aussi bien dans de la neige recueillie au
Fig. 504. — Corpuscules attirés par l’aimaut recueillis dans la poussière apportée par le vent dans une des tours de Notre-Dame fermée aux visiteurs, 500/1. (G. Tissandier.)
sommet du mont Blanc, que dans le sédiment d’eaux de pluies recueillies pendant plusieurs mois à l’observatoire météréologique de Sainte- Marie du Mont (Manche).
M. Young, préparateur de microscopie à l’université de Genève, a présenté à l’Académie des sciences une note qui confirme les résultats obtenus par M. Tissandier. En voici les principales conclusions : 1° le fer existe dans toutes les poussières accumulées depuis
Fig. 50o. — Corpuscules attirés par l’aimant recueillis dans la poussière apportée par le vent dans une des tours de Notre-Dame fermée aux visiteurs, 500/1. (G. Tissandier.)]
des siècles dans les clochers d’église ; 2° ce fer flottant dans l’atmosphère est entraîné par la neige dans sa chute, nous l’y avons retrouvé dans tous les cas par les procédés chimiques; 3° nous n’avons pas rencontré dans les résidus de neige, le fer avec la/forme globulaire, mais toujours en fragments irréguliers; 4° le fer est toujours en plus forte proportion dans les neiges des régions inférieures, que dans celles recueillies à de plus grandes altitudes.
L’auteur, en suivant le procédé donné par M. Chatin, pour la recherche de minimes quantités d’iode, n’a pas réussi à constater la présence de ce métalloïde dans les neiges qu’il a examinées. Il se propose de poursuivre ses recherches sur des masses de neige plus considérables, afin d’y constater, s’ilyalieu, laprésencedu nickel, du cobalt, du phosphore, comme M. Nordenskiold l’a fait pour les glaces polaires.
M. Tissandier a étudié avec beaucoup de soin l’origine de ces poussières ferrugineuses, et il a rapporté un certain nombre
GUIDE DE MICROGRAPHIE.
d’exemples de chute ou de découverte de ces poussières. Si les pluies de poussière proviennent le plus souvent du sable fin des plages terrestres, il en existe d’autres qui proviennent incontestablement des débris pulvérisés des météorites.
Ces parcelles ferrugineuses peuvent provenir d’une masse de fer météorique, rendue incandescente par son frottement dans les couches aériennes ; elles peuvent encore provenir de la fusion superficielle des météorites et de leur désagrégation. Nous donnons cicontre, d’après M. Tissandier, la figure d’aérolithes microscopiques
Fig. 50G. — Aérolithes microscopiques très grossis (d’après Ehrenberg).
très grossis, recueillis dans les circonstances suivantes: pendant une traversée du navire Josicih-Bates , dans les eaux de la merdes Indes, au sud de Java, on vit tomber sur le pont une fine poussière que le capitaine recueilli}; et qui fut examinée par Maury et Ehrenberg. Ces ampoules solidifiées et creuses étaient formées de fer et d’oxyde de fer.
M. Tissandier a repris l’étude des corpuscules atmosphériques, et les a comparés à des fragments détachés de la surface des météorites. Les formes en sont variables, comme le montrent les figures données par l’auteur. Examinant au microscope des particules ferrugineuses obtenues par le grattage de la surface de météorites authentiques, provenant de la collection du Muséum, M. Tissandier a trouvé des parcelles globulaires et mamelonnées. Ces faits démontreraient donc que, parmi les poussières ferrugineuses, il en est un grand nombre qui proviennent des météorites et des étoiles filantes. « On peut supposer que ces masses métalliques, dans leur passage au sein des espaces, se brisent en nombreux fragments, font jaillir autour d’elles des particules incandescentes de fer métallique, dont