A MADAGASCAR
Voici venir le xx e Siècle !
On peut affirmer que le xix e a vu la découverte de matériaux considérables pour la connaissance de notre planète, mais il aurait pu facilement en voir le double.
Les recherches d’histoire naturelle n’occupent pas dans les nations civilisées qui sont à la tête du mouvement scientifique la place qu’elles devraient avoir et je me refuse à citer comme un titre exceptionnel de gloire à l’actif de la France et de l’Angleterre des expéditions scientifiques telles que celles du « Travailleur », du « Talisman » et du « Challenger ». Les résultats magnifiques obtenus par ces missions ne font que rendre plus amère la tristesse de constater leur excessive rareté. Il devrait y avoir une expédition analogue tous les deux ans et non tous les demi-siècles !
La faute en revient à la Paix-armée — véritable fléau de notre époque qui engloutit peu à peu tous les budgets : celui des grands établissements scientifiques est diminué tous les ans ; celui des explorations d’histoire naturelle n’existe plus guère que pour mémoire...
C’est à l’initiative privée d’accomplir ce que les terribles entraves de la politique empêchent les Gouvernements d’entreprendre et j’estime que c'est un délit de lèsehumanité que de laisser passer une occasion d’apporter sa pierre à l'édifice des connaissances humaines.
S'il est des Sciences qui peuvent avoir plus ou moins d'applications pratiques pour le bien-être immédiat de l’humanité, cela n’a rien à voir avec la vraie Philosophie qui, comme importance, n’admet pas de catégories. Toutes les branches de la Science sont solidaires les unes des autres.
Il fut peut-être un temps où un homme, remarquablement doué, pouvait embrasser l’ensemble des connaissances scientifiques. Aujourd’hui, ce phénomène ne peut exister qu’en apparence sous le crâne d’un compilateur, artisan d’une besogne aussi ardue que superficielle. Le chercheur qui veut faire œuvre utile est forcé de se spécialiser. et cette spécialisation doit suivre le progrès des Sciences. La Zoologie est de celles qui s’augmentent le plus vite et dont les subdivisions deviennent d’une telle importance qu’on ne peut songer à en approfondir plus d’une pendant le demi-siècle que les plus favorisés des savants ont à y consacrer.
Mon but est de concourir à la connaissance de la faune entomologique malgache, c'est-à-dire des Insectes qui habitent Madagascar et les îles voisines, et l’objet de cet opuscule est de faire naître des bonnes volontés pour me seconder.
J’ai déjà accompli trois voyages à Madagascar, aux îles Mascareignes et aux iles Séchelles pour recueillir des matériaux d’étude, mais cette faune malgache est tellement riche, tellement variée selon les localités et les saisons, que ce que je possède est bien peu de chose en comparaison de ce qui me manque.
Les personnes qui voudront bien se mettre à la recherche de ces intéressantes bestioles feront une œuvre utile, qui leur procurera un délassement agréable et attachera pour toujours leur nom à l’histoire de la conquête scientifique de Madagascar.
Voici la liste des principaux chercheurs qui ont contribué à faire connaître les quelques milliers d’espèces d’insectes décrites de la région malgache :
i° Voyageurs et naturalistes : Commerson, Goudot. Coquerel, Desjardins, Grandidier, Humblot, Daruty de Grandpré. Lantz, Percival-Wright, Bewsher, Vinson, Raflfray, Jaillet, Sikora, Perrot frères, Alluaud, Bastard, Charles Martin, Mocquerys, D. d’Emmerez, G. Antelme:
2 ° Les Pères des Missions catholiques : R. P. Camboué, R. P. Philibert, R. P. Jacques-Marie, R. P. Blucheau;
3 " Parmi les Missionnaires protestants : Rev. Deans- Cowan, Rev. Toy;
4 ° Pendant la dernière campagne à Madagascar plusieurs officiers ont fait des récoltes et leur activité n’est pas sans mérite quand on songe aux conditions dans lesquelles i-ls se trouvaient. Je citerai : commandant Dorr. capitaine Bourgeois, lieutenants Scalabre, Jobit, Camuset. docteur Bischoff, pharmacien-major Nanta ;
5 ° Parmi les Européens fixés dans la région de Majunga à Suberbievillc ou attachés à la Compagnie minière de
cette contrée : M me Guilgot, Daniel Gaiffe, Perrier de la Bathie, Sol;
6 ° Parmi les colons : les frères Mogenet ;
7 ° Divers : Les frères Bontemps, ingénieurs ; Frey, commerçant.
Les matériaux considérables recueillis par ces zélés chercheurs — j’en ai probablement oublié quelques-uns — ont été étudiés par des Entomologistes de tous les pays dont les travaux sont disséminés dans des publications fort nombreuses et de langues diverses. A l’heure actuelle il n’existe aucun travail d’ensemble sur les Insectes de Madagascar. L’ouvrage colossal dirigé par M. Grandidier (dont il a paru déjà quelques parties relatives à l’Entomologie) comblera un jour cette lacune.