LA RÉGION MALGACHE
La Terre a été divisée en régions zoologiques dont chacune est caractérisée par des êtres qui ne se retrouvent pas dans les autres.
Ainsi, il y a en Afrique, et en Afrique seulement, des Lions, des des Girafes, e tc., mais il n’y a pas
de Tigres qui caractérisent la faune indienne. L’Amérique seule possède des Jaguars, des Lamas, etc. La
région australienne nourrit seule des Kangourous et des Ornithorhynques.
Je ne saurais ici m’étendre longuement sur cette question importante : d’un autre côté je ne pouvais la passer complètement sous silence. Il importe de mettre ceux qui veulent étudier l'histoire naturelle en garde contre certaines erreurs qu'ils entendront commettre chaque jour par des personnes parfois instruites, mais ignorant l’existence même de la Zoogéographie (i).
L'Européen qui s’expatrie a une tendance invincible à rapprocher tous les animaux de sa nouvelle résidence des types qu’il avait l’habitude de voir dans la mère patrie ou de ceux dont il a lu la description dans Ces histoires de voyages sous les tropiques dont les auteurs vous font apparaître, avec une égale désinvolture des Tigres en Afrique ou des Gorilles en Océanie !
(ij Science de la distribution géographique des êtres.
Vous entendrez des gens sérieux appeler * Tigre de Madagascar » le Cryptoprocta ferox (le Fosa des Malgaches) qui est un Carnassier absolument spécial. On vous dira qu'il y a des Singes à Madagascar, alors que ce sont des Lémuriens. On m’a montré un jour à Diego-Suarez le « Serpent Minute >> dont la morsure est réputée foudroyante : c’était un inoffensif Scincoïdien, un tout petit Orvet... par conséquent ce n était pas même un Serpent, mais un Lézard sans pattes. On n'a d’ailleurs pas encore signalé de Reptile venimeux vivant à Madagascar. Ces dénominations par à peu près s étendent aussi aux Oiseaux, aux Poissons et aux Insectes : vous entendrez souvent parler de Merles, de Dorades, de Mulets, etc. : on vous dira surtout : « Pourquoi ramasser des Insectes, il y a les mêmes en France. »
Ces ressemblances, je le répète, ne supportent généralement pas le moindre examen comparatif. Je dis généralement car il y a quelques espèces cosmopolites qui se retrouvent à peu près dans le monde entier, comme la Vanessa cardui (Papillon), la Mouche domestique et quelques animaux que les bateaux de commerce répandent partout comme le Rat commun, le Charançon ou Calandre du Riz, etc., etc.
A part quelques exceptions insignifiantes, Madagascar est par excellence une terre d’espèces spéciales ? on v constate seulement quelques affinités avec la faune africaine. aussi bien qu avec la faune indo-malaise. La grande ile avec les archipels des Comores, des Mascareignes et des Séchelles forme en réalité une région zoologique distincte : La région Malgache.
Madagascar peut être subdivisée en zones dont chacune possède des types spéciaux. La côte orientale avec ses
lagunes et sa bande forestière nourrit des espèces dont un petit nombre seulement se retrouve sur le versant occidental. Les plaines desséchées du sud-ouest, antique patrie des Æpyornis, forment un territoire encore peu connu, mais à coup sûr bien spécial. L’altitude joue aussi un grand rôle et il est bien rare de trouver la même espèce au niveau de la mer et à i ,000 mètres d’altitude.
En tenant compte de ces observations, de la nature géologique du sol, de la présence des cours d’eau, etc., et enfin (à un autre point de vue) des saisons, on concevra pourquoi deux voyageurs ne rapportent presque jamais les mêmes espèces de Madagascar — c est parce qu ils n’ont pas visité exactement les . mêmes localités aux mêmes saisons.
La grande île présente dans sa configuration les aspects les plus divers, des altitudes considérables au centre, des forêts impénétrables, des plaines dénudées, enfin des saisons très tranchées. On comprendra donc que les matériaux récoltés en vue de l’étude spéciale des Insectes de Madagascar doivent porter l’indication précise de leur origine et de la saison de leur capture. On ne prend pas (sauf quelques exceptions) les mêmes espèces à Tamatave, à Fianarantsoa, à Majunga, sur la Montagne d’Ambre, etc., et la mention d’origine « Madagascar » est absolument insuffisante.