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ASPHYXIE ET EMBALLAGE DES INSECTES

Les procédés varient selon les groupes dont il s’agit. Les Coléoptères, Hémiptères, Diptères, Hyménoptères et Orthoptères seront en général asphyxiés dans les flacons de chasse que l’on prépare au moyen de petits flacons à large goulot au fond desquels on met de la sciure de bois, ou des rognures de papier à défaut de sciure. Avant de se mettre en chasse, on verse sur la sciure de bois (ou sur ce qui en tient lieu) quelques gouttes d’un liquide asphyxiant : benzine, chloroforme ou éther. A défaut de ces liquides on pourra mettre de l’alcool, mais jamais de pétrole, ni d’acide phénique, ni d’essence de térébenthine qui détériorent les Insectes.

Voici, pour les personnes qui désireront employer un procédé plus perfectionné et qui auront sous la main les matériaux nécessaires, comment je prépare mes flacons de chasse :

Je prends des flacons spéciaux plats en verre très fort et munis d’un bouchon traversé d’un tube. L’utilité de cette tubulure est considérable : quand on a à mettre à la suite dans le flacon plusieurs Insectes (ce qui arrive dans la chasse au filet-fauchoir et au parasol), comme ils ne tombent pas morts instantanément,

les premiers mis sortent ou sautent à mesure que vous en ajoutez ; cela n’arrive pas avec la tubulure.

Je prépare une solution saturée de cyanure de potassium dans l’eau chaude : je prends par exemple le quart d'un verre d’eau chaude et j’y fais dissoudre le cyanure dans la proportion de moitié au moins du volume de l’eau. Après refroidissement, je prépare une pâte gâchée épaisse, avec cette solution et du plâtre frais et fin ; s'il se forme des grumeaux je les écrase avec une spatule en bois. Dès que j’ai obtenu une pâte épaisse et homogène, je la coule dans mes flacons propres et secs, de façon à les en garnir jusqu’au quart de leur hauteur, et je les laisse débouchés au grand air pendant le temps nécessaire pour permettre au plâtre de « prendre », de devenir dur. Pour réussir cette préparation, dans les pays chauds, il faut choisir une journée très sèche.

Un flacon à cyanure, bien préparé, peut asphyxier pendant plusieurs mois, même pendant la saison humide. On devra d’ailleurs en préparer plusieurs à la fois et ne pas se servir du même tous les jours.

Un procédé plus simple mais qui donne des résultats moins durables consiste à mettre simplement au fond du flacon quelques fragments de cyanure et à couler par dessus du plâtre gâché à l’eau pure 11).

Quel que soit le procédé employé, dès que le plâtre a pris consistance on met par dessus de la sciure de bois ou

(i) Je rappelle ici que le cyanure de potassium est un poison des plus dangereux. Il ne faut pas faire ces préparations si Ton a des écorchures aux doigts et toujours plier, dans un papier ou un bout de linge les plaques de cyanure que l’on veut briser afin d’éviter qu’un fragment saute dans les yeux. On devra opérer en plein air et ne se servir que de flacons en verre fort.

des rognures de papier et le flacon est prêt II durera d’autant plus qu’il sera mieux bouché et qu’on s’en servira moins souvent. En chasse, il faut avoir plusieurs flacons afin de ne pas mettre trop d’espèces ensemble et de pouvoir, au besoin, laisser périr seul un gros carnassier dont l’agonie serait fatale à ses voisins.

11 ne faut pas se hâter de retirer les Insectes des flacons de chasse. Je les y laisse toujours passer la nuit. Avec les flacons à cyanure on n’a à s’occuper de rien ; si l’on se sert des liquides asphyxiants que j’ai énumérés, il est bon d’en ajouter quelques gouttes en rentrant, afin d’être sûr que rien ne survivra.

Dans la matinée ou la journée du lendemain, à l’heure où vous disposez de quelques instants, vous versez le contenu de vos flacons sur une feuille de papier blanc et, armé de votre pince de chasse, vous retirez les Insectes de la sciure et les mettez dans des boîtes en carton avec de la sciure sèche et un peu de naphtaline, soit encore mieux dans des tubes en papier un peu fort que vous fermez ensuite aux deux bouts par un tampon d’ouate. Il faut éviter de mettre dans un même tube de gros Insectes et des petits, et bien remplir les boîtes ou enfoncer les tampons des tubes de façon à éviter le ballottage.

Je me sers depuis longtemps des tubes en papier pour rapporter mes récoltes et en suis très satisfait. La confection de ces tubes est des plus simples : il suffit d’enrouler trois ou quatre fois autour d'un objet rond de longueur suffisante du papier quelconque un peu fort et de coller le bord avec de la colle d’amidon ou de la gomme arabique épaisse. Pour les petits tubes j’enroule le papier autour d’un crayon ou d’un gros porte-plume, et pour les gros, autour d’une bougie.

Les Insectes une fois morts et emballés ont à redouter deux ennemis terribles : la fermentation et les Fourmis.

La fermentation, qui détruit les couleurs et rend l'Insecte mou et inutilisable, se produit infailliblement si vous mettez des exemplaires frais dans des boîtes en métal ou des flacons de verre, car alors l’évaporation de l’humidité naturelle qu’ils contiennent ne peut plus s’opérer. D’un autre côté, si vous êtes obligé de les dessécher complètement à l’air libre vous risquez tous les jours de voir vos récoltes détruites par les Fourmis ou les Rats. En les emballant immédiatement dans des petites boîtes en carton ou des tubes en papier la dessiccation s’opère à travers le carton, le papier et les tampons d’ouate et rien ne peut venir dévorer vos captures. Les Fourmis ne peuvent pas traverser un tampon d’ouate.

La boîte en carton est bonne quand elle ferme hermétiquement comme les petites boîtes à pilules des pharmaciens. mais les vieilles boîtes d'allumettes dont on se sert souvent, laissent parfaitement entrer les Fourmis.

L’alcool, comme liquide conservateur, peut rendre de grands services, surtout quand on est en route, alors que le temps manque pour faire le triage et l’emballage en tubes de papier, et que le bagage est restreint. Dans ce cas, on peut plonger dans l’alcool ou le rhum fort tous les Insectes. Certaines espèces poilues ou à couleurs très fraîches seront détériorées, mais la plupart seront parfaitement conservées.

Je préconise l’emploi de l’alcool en tous temps pour les Insectes aquatiques, lçs Ténébrionides noirs, les gros Orthoptères, et les très petits Insectes qui seraient perdus ou brisés dans la sciure. II est bon de se servir, pour les envois de bêtes en alcool, de tubes en verre fort ou de

fioles de petites dimensions très bien bouchés. Pour éviter la perte du liquide en voyage, il ne faut pas remplir complètement les tubes ou les fioles et interposer entre le niveau du liquide et le bouchon un tampon d’ouate aussi serré que possible qui empêchera le liquide de venir toucher le bouchon et rendra l’évaporation impossible.

Avec de l’alcool fort on peut, à la rigueur, envoyer les Insectes sans changer le liquide ; avec le rhum il est bon de le renouveler au moins une fois.

Les Lépidoptères, en raison de la délicatesse de leurs couleurs, exigent un traitement spécial.

Les Papillons de jour sont étouffés à l'intérieur de la poche de mousseline du filet en exerçant, entre le pouce et l'index, une légère pression sur leur corselet. Pour cela il faut les saisir au moment où les ailes sont appliquées les unes contre les autres.

Les Papillons de nuit, Bombyx, Sphinx, etc., et en général tous ceux qui ont un gros corps seront asphyxiés dans un flacon à cyanure ou dans une fiole quelconque, à large goulot, qui portera sous le bouchon un petit tampon d’ouate que l’on imbibera de benzine, d’éther ou de chloroforme. Les très petites espèces seront asphyxiées de la même façon.

Les Lépidoptères doivent être enfermés un à un dans des « papillotes » (i) ou des cornets de papier, selon la grosseur de leur corps.

Les tubes et fioles contenant des bêtes en alcool seront

(i) La papillote est une enveloppe triangulaire que l’on confectionne en pliant un rectangle de papier suivant une ligne voisine de la diagonale, de façon à avoir des oandes à rabattre sur 2 côtés du triapgle ainsi formé.

bien enveloppés un à un et emballés dans une boîte en métal ou en bois.

Les tubes en papier, boîtes de carton et papillotes seront disposés dans une boîte en bois (jamais en métal). Les boîtes à cigares vides sont excellentes pour cet usage.

Les envois se font par la poste ou en colis postal (selon leur poids) avec la mention :

Objets de collections d’histoire naturelle Insectes desséchés

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