LA CHASSE A LA LUMIÈRE
L'entomologiste ne se met jamais à table pour le repas du soir sans avoir un flacon dans sa poche et son filet à Papillons à portée de la main. A certains soirs il mettra une nappe blanche et fera du luxe d’éclairage.
Au point de vue de l’attraction que produit la lumière sur les Insectes, les soirs se suivent et ne se ressemblent pas. Les soirées calmes et sans lune, ou celles à chaleur lourde avec ciel couvert et menaces d’orage sont les plus favorables. Le vulgaire maudit les bêtes qui viennent le soir s’abattre dans [la soupe ; pour le naturaliste, au contraire, c’est une bonne fortune. La lumière attire parfois de très gros Insectes ; mais, généralement, en dehors des Papillons, ce sont des petites espèces de Coléoptères xylophages qui se cachent le jour dans de profondes galeries au cœur des arbres, des petits coprophages, parfois même des espèces aquatiques.
Faites attention à ce type étrange de Coléoptère sans élytres et à ailes inférieures non coudées, il appartient au genre Atractocerus (fig. 36, p. 35). Il volera le soir au plafond de la pièce éclairée où vous mangez et aura plutôt les allures d’une Guêpe que d’un Coléoptère. Surveillez l'accouplement de cette espèce bizarre ; je soupçonne que les individus sans élytres sont tous des femelles et que le mâle (encore inconnu), est un Insecte allongé et muni d élytres aussi longs que son corps.
Si. pendant le repas, vous avez constaté que la soirée est propice, transportez votre nappe et vos photophores dehors, disposez le tout dans un endroit découvert, et. la fiole et le filet léger en mains, surveillez les arrivages. Le
meilleur moment est immédiatement après le coucher du soleil, dans les pays tropicaux, où il n’y a pour ainsi dire pas de crépuscule. Passé 9 heures, vous prendriez peu d’insectes et probablement la fièvre.
RECHERCHES DANS LES FOURMILIERES ET TERMITIÈRES
Au paragraphe 'des Paussides et Clavigérides (p. 26), j’ai dit quelques mots de ces étranges Coléoptères, qui vivent dans les Fourmilières et les Termitières ; on y trouve aussi plusieurs espèces de Staphylins.
J’ai découvert le Miroclaviger Alluaudi dans une vieille souche pourrie envahie par les Fourmis. On devra aussi examiner les fourmilières qui sont sous les pierres et faire détacher celles qui sont dans les arbres. Ces dernières sont les plus riches ; on les émiettera sur la nappe. Les Fourmis se sauvent rapidement et on distinguera parmi elles les Clavigérides aux allures lentes. On devra mettre dans une petite fiole d’alcool les insectes trouvés ainsi et y joindre quelques Fourmis afin qu’on puisse déterminer avec quelle espèce ils vivent.
Les diverses espèces de Fourmis élèvent des Clavigérides d’espèces différentes ; il importe donc de séparer dans des tubes ou fioles différents les résultats des recherches faites dans plusieurs fourmilières.
Pour les termitières on opérera de la même façon, en
démolissant les nids de terre, en examinant les débris sur la nappe et en joignant des exemplaires de Termites aux autres Insectes trouvés dans leurs galeries.
Les Fourmilières de Madagascar sont beaucoup plus riches que les Termitières. Ce sont des recherches qui exigent de la patience mais qui donnent des résultats extraordinaires.