‹ Guide de l'immigrant aÌ€ Madagascar (volume 2)Chapitre 13 sur 89 · AVEC ARRÊT DE 1 HEURE · texte numérisé non relu

AVEC ARRÊT DE 1 HEURE

1 ou 2 PERSONNES

Cratère et étangs. . . .

Phare de Marshag . . .

Isllime (Barrières) . . .

Klios Manoor (cas. ca val).

Pointe Steamer ....

Shaikh Othmonn ....

Roupies. Annas.

Roupies. Aiinas.

Roupies. Aniias.

Roupies. Aiuias.

se trouve la colonie perse, coiTiposée de négociants vendant principalement des articles d'Europe.

11 est à remarquer que la vente des armes et des munitions est interdite à Aden.

Les distractions sont nombreuses. Outre les visites aux Étangs, aux magasins, la colonie européenne très nombreuse a à sa disposition le théâtre de l'Artillerie royale, les jeux, les orchestres et les promenades à Shaikh Othmann, soit en voiture, soit en barque à travers la baie d'Aden. La chasse au petit gibier, aux oiseaux de toute sorte sur la presqu'île ou sur le continent, aux éléphants, aux lions et aux antilopes est la récréation d'un grand nombre de colons.

La température est très chaude, tempérée cependant en grande partie par la mousson, la brise de mer et surtout un vent presque glacial venant du Nord-Est. Il tombe très peu de pluie. Quant aux maladies épidémiques, elles n'existent pour ainsi dire pas, chassées par le voisinage de la mer, la température sèche et surtout l'usage constant de l'eau distillée.

Les principales Compagnies maritimes disposent à Aden de chaloupes à vapeur pour le débarquement des passagers; mais ce sont surtout les canots amarrés au débarcadère et conduits par des Somalis qui servent à cet usage.

GÉNÉRALITÉS

Du Port-Extérieur au débarcadère du Prince de Galles, où débarqua le prince en 1876 lors de son voyage dans les Indes, on met de quinze à trente minutes. Le prix des embarcations pour l'aller et le retour est de 6 annas par passager et de 2 annas pour cbaque colis ou par quatorze kilogrammes. Pour l'aller et le retour à tout navire au delà du pliare llottant, le prix est de 12 annas. Le louage d'une embarcation pour la journée est de 4 roupies.

Sur la jetée se trouvent un grand nombre d'établissements : bureaux ou banques. La Nouvelle Banque Ottomane, les bureaux de la Compagnie orientale des télégraphes, la Résidence, le Palais de Justice, la Douane, l Administration du port, la Poste qui est à cent mètres du débarcadère à droite, se suivent presque sans interruption. A côté se trouvent le cercle de U nion et les voitures de louage. Prenons une de ces voitures et allons voir les Étangs. Après avoir longé le restaurant italien, on débouche au Croissant. Le Croissant et le côté de la mer, depuis la ville indigène de Tawahi, forment un cirque compris entre deux éperons s'avançant dans la mer. Une population de 6 500 indigènes avec cafés, écoles, mosquées, est rassemblée en cet endroit.

A l'éperon fortifié du Passe-Hedjuf se trouve la fabrique de glace qui débite plusieurs tonnes par jour à raison de 1 anna (environ 10 centimes) la livre. A partir du Croissant, la route longe la mer en laissant entre elle et la plage les grands magasins de charbon de la Compagnie des Messageries maritimes; elle entre ensuite en pleine campagne et atteint le village de Maala où se trouve le nouveau cimetière chrétien.

Au sortir de Maala, la route se bifurque. La branche de gauche conduit au splendide mess des officiers, celle de droite remonte le cratère. Maala est le centre où les indigènes apportent sur des barques h voiles appelées

tartanes » les marchandises destinées à l'exportation. La route du cratère passe près de la loge maçonnique et de l'ancien cimetière juif et arrive enfin à la passe principale, protégée par une batterie et un poste militaire avec pont-levis. A partir de cet endroit la route descend. L'on aperçoit bientôt à un tournant Aden qui présente un coup d'œil pittoresque avec ses maisons blanches et dont Taspect clair contraste avec les rochers à pic et très élevés qui lui forment une ceinture: on laisse à droite le champ de manœuvres et le quartier de l'infanterie de Bombay (en tout un bataillon) à côté des(juels on peut remarquer une petite mosquée et un temple liiiidou. La montée du shum-shum est raide et abrupte : à l'extrémité se trouve la prison près de laquelle on découvre successivement la boulangerie du Gouvernement, une chapelle, des écoles, un couvent de religieuses du Bon-Pasteur d'Angers venues là en 1808 à la place des religieuses de Saint- François, une église catholique romaine, une église protestante, etc. Une brèche s'est produite en cet endroit dans le cratère et se termine par une plage sablonneuse sur laquelle sont construits les baraques européennes et les logements de la garnison anglaise. On traverse un pont et la route formant patte d'oie se divise en trois; celle qui va aux Etangs, tourne brusquement à droite, la seconde mène en plein quartier européen composé de plusieurs maisons américaines, françaises, italiennes, consulat américain.

bureaux annexes de la poste, télégraphe, téléphone. La troisième conduit au mess des officiers et au sémaphore d'où Ton a une vue admirable sur la ville et la mer.

Les fortifications d'Aden consistent en une immense muraille bordée d un fossé.

La monnaie en usage à Aden est la roupie de l inde; mais toutes les monnaies en or ont cours de même que les billets de banque.

A la douane, lorsqu'on débarque, les bagages sont visités. L'alcool, la parfumerie sont soumis à des droits d'entrée. Enfin les armes et les munitions sont strictement prohibées.

Sous peine de poursuites, il est expressément défendu de photographier les fortifications ou autres travaux militaires.

Durée de l'escale des navires desMessageries maritimes à Aden : dix heures.

A Aden, où ne s'arrêtent que les bateaux partant de Marseille le '25 de chaque mois, commence l'océan hidien. Quelques heures après avoir quitté le port, les navires voguent droit vers l'île Socotora et tournent vers le Sud en doublant le cap Gardafui, qui, vu du Sud, affecte la forme d une tète de lion accroupi sur le sable. On distingue parfaitement le contour de la tète, le museau aplati et ses larges narines ainsi que l'excavation des yeux. Derrière ce rocher on découvre une large plage sablonneuse à peine élevée au-dessus de la mer, et qui, à marée haute, est presque entièrement recouverte par les eaux; enfin plus à l'Ouest, une chaîne de montagnes se terminant par des pentes brusques domine la plaine. Tout cet ensemble vu du Sud fait penser que l'extrémité du cap Gardafui fait corps avec ces montagnes. Cette méprise contre laquelle se gardent avec prudence tous les navigateurs a, il y a quelques années, coûté la perte de YAveyron et du Comorin, deux navires français (jui se sont ensablés entre la téte de lion et le plateau, et dont en 1897 on distinguait encore l'extrémité des mâts émergeant de l'eau.

Au cap Gardafui la mer déferle presque toujours avec violence. Des bourrasques, de violents coups de vent y soulèvent presque constamment les flots; la navigation y est particulièrement difficile.

Pendant les cinq jours que dure la traversée d'Aden à Zanzibar, on ne voit pas la terre. A peu près à mi-distance du cap d'Ambre (extrémité Nord de Madagascar) à l'Ile Socotora, un courant venant de l'Est se bifurque en deux branches, l'une se dirigeant vers le Nord en longeant la côte africaine, l'autre vers le Sud. Ces courants ont une influence sensible sur le parcours des navires. On constate une dilférence d'environ ÔO milles entre les parcours d'un même navire dans une journée suivant qu'il va dans un sens ou dans l'autre.

A mi-distance aussi de la pointe Nord de Madagascar et du cap Gardafui, on traverse l'Equateur, la Ligne comme le dénomment les marins. La traversée de la Ligne s'effectue généralement au milieu des brimades, de plaisanteries atteignant les passagers à qui est dévolu Tinsigne honneur de traverser l'Equateur pour la première fois, ce qui est toujours l'occasion d'un bon petit moment de récréation au milieu de cette longue traversée.

(il-.NKM VIJTÉS.

Zanzibar (à 1 880 milles ou 0 481 kilomèlres de Djibouti). — Ou nnivc onliu à Zauzibar dans une magnifique haie encombrée de nombnîu.v navires de toutes nationalités. Zanzibar est une des îles les plus riches de Tocéan Indien.

Les droits de la France sur l ile de Zanzibar ont été stipulés bien avant ceux de l'Angleterre. Ceux-ci néanmoins ont été pleinement reconnus en J885 par la France, en échange de l'adhésion de l Angleterre à notre protectorat sur Madagascar et par l'Allemagne à la suite de la cession à cette dernière de l'île d'Héligoland dans la mer du Nord, en face Festuaire de l'Elbe. Il nous a fallu une conquête en règle pour maintenir notre protectorat sur Madagascar et finalement une expédition qui a transformé le protectorat en annexion. Cette expédition a été bien plus onéreuse que le bombardement de Zanzibar par les Anglais. Le sultan dépossédé d'attributions politiques ne conserve qu'une autorité religieuse assez restreinte, vu le grand nombre de nationalités entassées dans cette île. Aujourd'hui Zanzibar possède près de 10 000 habitants et est le centre d'un commerce important avec Madagascar et avec toute la côte orientale d'Afrique. A Zanzibar débarquent les passagers pour FEst africain allemand.

La terre africaine est vue bien avant l'entrée du navire dans la rade. Ce ne sont partout sur la côte de la petite île que végétation luxuriante et exotique, coquettes villas perdues au milieu de la verdure, le tout brûlé par les rayons torrides d'un soleil implacable. On entre enfin dans la rade. A 800 mètres, on stoppe. Au milieu de la baie, des vergues, des mâts émergeant de l'eau attestent le combat naval livré il y a deux ans : ce sont les restes d'un bateau du sultan coulé par les canons anglais. En rade et ne sortant pres(jue jamais, le navire du sultan, seul vestige de sa puissance et dont le seul service consiste à tirer pour annoncer le lever et le coucher du du soleil. A peine a-t-on stoppé que de nombreux canots, rangés le long du bord, sollicitent les passagers à descendre à terre. Le pied à peine sur le sol, des ruines et des ruines se dressent sur la plage, maisons à demi détruites, pans de murs écroulés, boulets épars. Bientôt on s'enfonce dans le dédale des rues. Si Fon prend à droite, à pied, car les voitures ne peuvent pas circuler dans ces rues étroites, on rencontre successivement les diiVéïenls consulats, grandes bâtisses carrées, à la toiture horizontale, aux ouvertiues rares et petites, semblables en tous points aux grandes maisons de Zanzibar. Le soleil ne frappe la chaussée que lorsqu'il est au zénith et à ce moment la chaleur de ses rayons ajoutée à celle des espaces resserrés est telle que le séjour dans la rue pendant trois heures environ est vraiment insupportable. L'intérieur des maisons est sombre, il y règne une certaine fraîcheur; les maisons carrées, blanches, communiquent souvent entre elles par une passerelle jetée au-dessus de la rue, vrai type des maisons arabes. Dès que la chaleur est un peu tombée, les rues et les places sont encombrées par une foule cosmopolite, d'Arabes, d'Indiens, de Juifs, de Chinois, de Japonais, d'Européens, d'Asiatiques, d'Africains, de Comoriens, qui vont, qui viennent, courent, se coudoient, se heurtent, s'interpellent au milieu d'une confusion de langues, d'idiomes, de choses et de gens tiaitant, discu-

tant leurs affaires comme en une immense Bourse de l'Afrique australe. De loin en loin des marchés en plein vent, marchés de poisson sec et de viande houcanée qu'on s'empresse de traverser rapidement, tellement l'odeur est désagréable. Un peu plus loin, s'étale une grande mare sur laquelle est jeté un pont et qui, à marée haute, est comhlée par l'eau de mer. Mais à marée hasse elle est à sec et de nombreux enfants y grouillent, nus ou à peu près, au milieu de détritus de toutes sortes, vrai foyer d'infection pour la ville entière. Un peu plus loin, formant un heureux contraste, la campagne de Zanzibar apparaît ravissante. Les huttes des indigènes, cachées au milieu des cocotiers, des palmiers, des bananiers et d'autres arbres exotiques, font suite aux jolies villas que baigne la mer et qui servent de séjour aux riches Zanzibarites.

Sur la grande place, on remarque le palais du sultan, celui de ses femmes et des mosquées. En dehors de la ville, l'hôpital tenu par des Sœuis de Sainte-Marie, Sœurs de France, qui enseignent en outre à lire à de nombreux petits indigènes, est le seul souvenir de notre ancienne suprématie à Zanzibar.

La surface totale de l'île est de 1 700 kilomètres carrés et sa population est de 200 000 habitants. Le protectorat exercé par les Anglais consiste à guider les rapports du sultan avec les puissances extérieures; cependant, au mépris des conventions internationales, l'Angleterre veut remplacer et a déjà remplacé les sultans morts par des sultans de son choix, gouvernant sous la tutelle du résident anglais. En somme elle est la vraie maîti esse; elle s'est emparée du haut commerce, a implanté sa langue, dirige les rapports avec les autres puissances et avec les étrangers de la ville et eniin elle y tient garnison.

Les échanges, les achats se font au moyen de roupies de l'Inde dont létaux est variable, en moyenne 14 pour "20 francs. Des maisons pour l'échange de l'or de toute nationalité et des billets de banque français et anglais existent en grand nombre. La monnaie de cuivre anglaise a cours. Peu de restaurants ; à citer cependant l'hôtel de France tenu par un Anglais, oii le personnel indigène parle assez bien le français. Connue moyens de locomotion : les ânes venus directement d'Arabie ; il existe à peine quelques voitures à deux chevaux; mais ce sont des voitures de maître.

Le commerce, presque entièrement aux mains des Anglais et surtout des Indiens, roule sur des produits manufacturés, étoiles légères provenant d'Angleterre, d'Amérique, sur les tabacs et enfin sur Tivoire, l'ébène, avec lesquels on fait de nombreux objets.

Zanzibar est relié à Majunga et à Aden par un câble télégraphique. La correspondance télégraphique de Madagascar avec la métropole se fait par Zanzibar. Quand le câble est rompu, les dépèches sont portées à la Réunion, puis de là expédiées à Maurice et en Angleterre, empruntant dans toutes les circonstances le câble anglais.

L'escale dure environ douze heures. On y fait provision de charbon.

La traversée du détroit de Mozambique avec escale à Mayotte dure cinq jours de Zanzibar à Majunga.

GÉNÉRALITÉS

Mayotte (à 560 milles ou 1 056 kilomètres de Zanzibar). — Le troisième jour, on arrive dans les parages des îles Comores. La première qui apparaît, la Grande Comore, frappe par son aspect désolé, ce qui lui a fait attribuer à tort la réputation de terre infertile, ne méritant pas l'intérêt des nations civilisées. Si la côte, qui est sèche, aride, sans un cours d'eau, semble justifier cette appréciation, il n'en est pas de même pour l'intérieur exploré par M. Ilumblot, dont la végétation luxuriante contraste avec l'aridité des côtes. On y élève de très beaux bœufs supérieurs à ceux de Madagascar, mais la seule culture est à peu près celle du riz.

Après la Grande Comore, apparaît File d'Anjouan à 60 milles de Mayotte. D'abord sous la protection de l'Angleterre, puis menacée d'un bombardement à la suite de conventions mal définies avec un colon américain, Anjouan a demandé le protectorat de la France.

Ces trois îles, la Grande Comore, Anjouan, Mohéli, dépendent du gouvernement de Mayotte, où résident les fonctionnaires. Cette dénomination des îles Mayotte comprend en réalité quatre îles, la Grande Ile ou Mayotte proprement dite avec les villages les plus importants, M'sapéry et Mamoutzou, ce dernier séparé seulement par un étroit bras de mer de Dzaoudzi sur l'île de Pamanzy ou Petite lie. La capitale politique Dzaoudzi, village de 400 habitants, est située sur une petite presqu'île dépendant de l'île de Pamanzy. Tous les fonctionnaires sont réunis là autour du palais du Gouvernement, grande bâtisse en pierre, donnant sur une petite place au milieu du village, place entièrement plantée de manguiers. Les paquebots font escale à Dzaoudzi dans une petite baie donnant sur le chenal étroit qui sépare les deux îles. L'escale ne dure pas longtemps, environ trois heures, le temps nécessaiie pour donner et prendre le courrier et eud)arquer des provisions de fruits.

Les abords de Mayotte sont particulièrement difficiles à cause des nombreux bancs madéporiques formant une ceinture à l'île et dont quelques sommets émergent çà et là à marée basse. La côte est découpée en rades profondes et sûres, protégées par des caps et dont la plus importante, la baie de Bouéni, pourrait, paraît-il, offrir un excellent mouillage à une escadre entière.

Mayotte est de constitution volcanique; on voit à Dzaoudzi un volcan éteint dont le cratère communique par une fissure souterraine avec la mei'. Sa contenance est 5400 hectares; son plus haut sommet a 660 mètres.

Mayotte a été acquise en 1845 par le commandant Passot de l'infanterie de marine moyennant une redevance en argent et en rhum payée à Andriantsoly, souverain légitime de ce pays. Au début de notre occupation, le climat était très malsain; mais, depuis, la culture a beaucoup assaini le pays et aujourd'hui, au point de vue sanitaire, Mayotte peut être comparée à la Réunion. Il y a deux saisons : la saison sèche d'avril en octobre et la saison chaude ou des pluies de novembre à avril; la température moyenne de l'année est de 25". Enfin les coups de vent et les raz de marée si fréquents à la Réunion y sont assez rares; mais comme le prouve la catastrophe de février dernier (1898), Mayotte n'échappe pas aux cyclones.

GLIDE DE L IMMIGRAM A MADAGASCAR.

Majunga (à 190 milles ou 551 kilomètres de Mayotte). — De Mayotte à Majimga, on met trente heures. Madagascar paraît d'abord comme une masse grise, sombre, dans un lointain brumeux. Peu à peu le contour de la Grande lie se dessine plus nettement, on aperçoit la côte, le relief se détache, et Ton distingue les forêts, les vallées, le rivage. Enfin après un détour à gauche, on entre dans la baie de Bombetok où se déversent les eaux de la Betsiboka. La rade est spacieuse ; la mer y est très agitée à marée haute.

Majunga, que précède une longue plage sablonneuse, apparaît avec ses maisons blanches se détachant sur un fond sombre, au pied d'une colline verdoyante que couronne le « Rova » ou fort; au delà du Rova, la brousse, le sol rouge zébré de longues brèches, sans un arbre, à peine couvert d'une méchante herbe folle, c'est Madagascar, c'est le Bouéni.

Du paquebot au débarcadère : dix minutes de traversée. Ici pas de monde à l'arrivée du navire, aucun des gais loustics de Djibouti, d'Aden, de Zanzibar venant sur une méchante pirogue cueillir les sous et pièces blanches lancés par les passagers dans la mer. A peine y a-t-il quelques canots pour conduire à terre.

Au bout du débarcadère, le sable brûlant où le pied enfonce. Personne sur le rivage, pas une voiture, pas même de filanjane. On laisse à gauche le café Blum qui est très bien situé sur la plage, aussi les Européens s'y donnent-ils rendez-vous au couclier du soleil pour jouir de la brise du soir. A droite également sur pilotis, une bibliothèque. Devant cette construction une vingtaine de grandes embarcations pontées gisent depuis 1895 dans un petit lac rempli par les eaux de la mer à marée haute. De vieilles chaudières, des machines désorganisées dorment dans le sable et servent souvent d'abri la nuit aux mendiants, aux pauvres, à ceux qui n'ont pas de gîte. Des carcasses de voitures Lefebvre, sans roues, sans brancards, la caisse à moitié ensablée, complètent ce premier aperçu, triste et plein de souvenirs, de la ville de Majunga.

Si l'on suit la grande lue qui a été récemment construite, après avoir laissé à droite une église en bois qui a remplacé l'église brûlée il y a quelques années, on longe d'abord de petites villas cocpiettes entourées de quelque verdure, ])uis de nombreuses boutiques, et l'on ariive à la rue Augey- Dufresse (jui lui est perpendiculaire. Un peu plus loin, le marché indigène, grande place carrée où les produits européens se mêlent aux produits indi gènes, et (pii est conq^lètement entourée de marchands, de cafés, de débits divers, etc. Au delà, les maisons en bois se prolongent jusqu'au village indigène.

Cette voie partage le quartier européen de Majunga en deux. Du côté de la mer, les bureaux de la Place, des Messageries maritimes, du commissariat, plus loin la gendarmerie, la maison Garnier, la fabrique de glace et de limonade d'où partent de petits chalands et des chaloupes à vapeur pour remonter la Betsiboka.

Du côté du Rova, la route de Tananarive, large, couverte d'épais ombrages impénétrables aux rayons du soleil, garnie de chaque côté de belles maisons entourées de verdure : c'est la promenade favorite des habitants. Elle aboutit

GÉNÉIiALITÉS.

à un petit carrefour sur lequel est Tentrée du village indigène avec ses noiidjreuses cases entourées de palissades et toutes semblables.

Enlin au sommet de la montagne qui domine Majunga, s'élève le Rova avec ses murs encore intacts; derrière le Rova, le quartier de la Garnison, au Nord le Colombier militaire, jolie villa plongée dans la verdure, et plus au Nord encore I bôpital militaire dont les constructions en bois, établies sur pilotis, dominent la mer de 50 mètres et reçoivent de tous côtés la brise maritime.

Tel est Majunga avec sa foule bariolée de Français, d'Anglais, d'Allemands, d'Indiens, d'Arabes, de Zanzibarites, de Comoriens et enlin de Sakalaves, ces derniers presque tous convertis à l'islamisme par des motifs purement commerciaux.

A Majunga, la Betsiboka forme une excellente voie de pénétration dans l'intérieur de l'ile ; les chalands de la Compagnie Suberbie, remorqués par une chaloupe à vapeur jusqu'à Marololo en passant par Amboaniho et Aiubato, remontent ensuite jusqu'à Suberbieville à la perche. Le voyage dure quatre ou cinq jours. Au delà de Suberl)ieville, on emploie les bourjanes.

A l'aide d'un bateau annexe de la Compagnie des Messageries maritimes (le Mpanjaka), Majunga est en relations avec la côte Ouest de Madagascar : Maintirano, Morondava, Tulléar.

Les moyens de transport n'existent pour auisi dii e pas. Quelques portefaix emportent vos bagages pendant que vous marchez à pied ou en lilanjane, si vous avez pu vous procurer des bourjanes.

Cinq chalands et trois remorqueurs servent pour le débarquement des bagages, qui est fait par les soins de la Compagnie française de charbonnage et de batelage. Les prix sont de '2 à 5 francs par personne et de 1 fianc par colis.

On trouve à Majunga un hôtel, Vhôfel Benoilon, et une maison meublée tenue par la veuve Le Mée. Le prix des repas est de 5 francs. Une chambre coûte 50 à 60 francs par mois. La pension est de 110 francs.

Le salaire d'un cuisinier varie de 50 à 70 francs, celui d un domestique d(î 40 à 50 francs.

L'escale dure de sept à huit heures.

La monnaie employée est la monnaie française d'or, d'argent et de cuivre. Le lendemain du départ de Majiuiga, on arrive à Nossi-Bé.

Nossi-Bé (à 190 juilles ou 7)51 kilomètres de Majunga). -- Xossi-Bé ou la Grande ile possède environ 10 000 habitants et est séparée de la côte par une passe que barre en partie l'île iXosy-Komba; elle fait topographiquement partie de Madagascar.

Sa capitale Hellville (1 100 habitants) est un point de relâche des bateaux. Des travaux y sont commencés pour en faire un port de mouillage pour les naviies, poit où les diverses Compagnies maritimes installeraient une agence dans le but d'éviter les fiais onéreux de Maurice.

Ambanoro ( 1 600 habitants) est le village le plus important de l'ile.

A une certaine époque de l'année, Xossi-Bé vu de loin apparaît connue

GUIDE DE L'IMMIGRAiNT A MADAGASCAR.

incendié, lorsque les habitants brûlent les bois et les herbes pour les défrichemenls.

Le sol est riche et il est certain qu'avec des capitaux on pourrait tirer de cette île un profit sérieux.

De Nossi-Bé les navires remontent vers le Nord en longeant la côte qui est très escarpée et d'où se détachent de nombreux rochers, formant une masse d'îlots au milieu d'une mer presque toujours tourmentée. Le navire double le cap d'Ambre qui forme l'extrémité Nord de l'île de Madagascar. Une large échancrure, et la magnifique baie de Diego-Suarez apparaît, rivale de celle de Rio-de-Janeiro. L'entrée en est superbe; large de plus de 3 kilomètres, elle est coupée en son milieu par l'île de la Lune ou Nossy Yolana. Les navires n'entrent guère que de jour dans cette baie. Les passes en effet ne sont pas encore suffisamment éclairées; l'absence de phare révélant la présence de la terre, une mer souvent agitée et des côtes dangereuses ne permettent guère de s'engager de nuit dans ce défilé.

La première passe franchie, on se trouve en pleine baie de Diego.

Diego-Suarez (à 157 milles ou 290 kilomètres de Nossi-Bé). — Cette baie est divisée en six compartiments par ses ramifications des montagnes voisin(*s qui se prolongent en avant dans les eaux calmes et profondes. Quelques îlols armés en compléteraient la défense intérieure. Les navires peuvent y mouiller à quelques mètres de la rive; Diego est un véritable port naturel facilement défendable de la côte même et dominant, par sa position en avant dans l'Océan, la route des Indes; bien fortifié, il serait imprenable. Les travaux de fortification sont d'ailleurs déjà commencés; on prépare en outre l'installation de phares, ce qui rendra possible en tout temps, de jour et de nuit, l'entrée de la baie aux navires de différent tonnage.

La baie, qui est découpée, s'avance profondément dans l'intérieur des terres et sépare presque entièrement la partie Nord de l'île, qui ne forme plus qu'une presqu'île rattachée à la Grande terre par un plateau élevé, à la base est duquel est bâti Diego-Suarez.

En face de Diego, de l'autre côté de la baie et existant depuis 1885 seulement, est Antsirane (Antseranana), qui domine toute la baie. Cette ville s'élève sur l'emplacement même où les Hovas avaient établi le poste dédouane d'Antomboka; construite depuis 1885, elle ne peut pas présenter encore les commodités, la régularité et le coup d'œil de nos villes européennes. C'est à Antsirane ([ue se trouvent l'hôtel du Gouvernement, vaste, aéré, bâti sur une éminence et dominant la ville, les casernes construites en briques et reliées par un Decauville à Mahatinjo, sur le bord de la rivière des Caïmans. Le sol y est aride, semé seulement et là d'un peu de verdure et de quelques tamariniers. C'est sur le tronc énorme d'un de ces arbres que le gouvernement fait afficher les documents officiels. Antsirane ne possédait que deux fontaines, assaillies constamment par la foule altérée; le gouvernement vient de la doter d'une conduite d'eau. Aux environs de la ville il y a deux rivières : la rivière des Caïmans et la rivière des Maques, qui coulent dans des vallées d'une grande fertilité.

GÉNÉRALITÉS

Antsirane possède une chapelle desservie par raumônier de l'hôpital militaire; des religieuses de la congrégation dite des Filles de Marie y ont l'oiidr une école.

Sur la presqu'île de Diego, où Ton se rend d'Antsirane en chaloupe en traversant la rade, se trouvent la gendarmerie, les magasins d'approvisionnement, riiôpital militaire et la caserne des disciplinaires. Des iortidcations sont établies sur le plateau qui relie la Grande terre à la presqu'île de Diego, plateau dominant Diego-Suarez et sur lequel se trouve la route d'Antsirane à Amhohimarina.

A Diego arrivent directement d'Aden les bateaux des Messageries maritimes qui partent le 25 de Marseille.

Les moyens de débarquement mis à la disposition des passagers sont des embarcations appartenant à des créoles et à des Anjouanais; les prix fixés sont de 50 centimes par personne et de 50 centimes par colis du bord à terre. La Société française de charbonnage et de batelage y a une agence qui a à sa disposition des chalands et des remorqueurs.

On ne trouve de restaurant ni h Diego, ni à Antsirane, mais il existe à Antsirane un hôtel tenu par M. Donyère, rue de la République.

Le salaire d'un cuisinier est de 55 à 45 francs, celui d un domestique de 50 à 55 francs.

L'escale dure environ huit heures.

De Diego à Sainte-Marie, les bateaux longent tout le temps la côte, qu'ils ne perdent pas de vue et sur laquelle on remarque successivement Yohémar, le cap Masoala, contre lequel les vagues se précipitent avec furie et qui se trouve à l'entrée de l'immense baie d'Antongil, véritable mer intérieure semée de nombreux îlots, le port de Tintingue avec des arbres énormes, contemporains de ceux dont se servit Mahé de Labourdonnais pour réparer sa flotte, et enfin, en face de Tintingue, un cap boisé, extrémité Nord de l'île Sainte-Marie.

Sainte-Marie (à 525 milles ou 582 kilomètres de Diego). — Sainte-Marie appartient à la France depuis 1750. Elle est séparée de la Grande ile par un détroit de 6 à 16 kilomètres de largeur; l île, de forme allongée, a 50 kilomètres de long sur 5 de large, et possède une population indigène de 6 000 habitants.

A l'ouest de l'île, en face de la Pointe à Larrée, il existe un très beau port naturel, accessible en tout temps, qui est protégé par deux îlots : l'îlot aux Forbans, qui sert de dépôt de charbon, et l'îlot Madame, qui est le siège du gouvernement. L'îlot Madame est relié à Sainte-Marie par deux ponts, dont l'un conduit à Saint-Louis, la capitale de l'île, petite ville d'un aspect charmant, entourée de cocotiers et de manguiers et enchâssée dans une verdure exotique des plus luxuriantes.

En 1876, Sainte-Marie fut rattachée administrativement à la Réunion; elle est aujourd'hui une dépendance de Madagascar. Il s'y trouve une école laïque de garçons et une école de filles tenue par les Sœurs de Samt-Joseph de Cluny.

Le climat de Sainte-Marie est assez insalubre. L'île, couverte d'une riche végétation, produit surtout des clous de girofle, car les girofliers y sont en très grand nombre et y viennent admirablement.

Tamatave (à 599 milles ou 759 kilomètres de Diego-Suarez, ou à 84 milles, soit 155 kilomètres de Sainte-Marie).

Après avoir dépassé l'île aux Prunes, on arrive à Tamatave, dernière escale des Messageries maritimes à Madagascar et point où descendent les passagers à destination de la côte Est, de Tananarive et de tout l'Imerina.

Tamatave présente une rade spacieuse, mais insuffisamment abritée contre les violents cyclones de la mer des Indes.

La ville est construite sur le sable et divisée en deux parties : le quartici' européen et le quartier malgache.

Le quartier européen présente un certain nombre d'hôtels, dont nous indiquons ci-après les conditions. '

Hôtel Moderne : pension, 100 francs; repas, 5 francs; chambre, 2 francs.

ïhVel Continental : repas, 5 fr. 50 et 4 francs; pension, 150 francs. Chambre et pension pour voyageur de passage : 10 francs par jour, 225 francs par mois.

Hôtel de la République : repas, 5 francs; chambre, 7 fr. 50; par mois, 200 francs.

Hôtel de France : repas, 5 francs ; par jour, 8 francs ; pension, 150 francs ; 170 francs par mois.

Hôtel du Midi : par jour, G francs; pension, 90 francs; chambre seule, 28 francs.

Hôtel du Marché : repas, 2 francs; pension, 90 francs; chambre, 18 francs.

Salaires : cuisinier, 50 à GO francs; domestique, 18 à 50 francs.

L'Hôtel Continental, où l'on trouve un certain nombre de pensionnaires, possède un hall spacieux qui sert de restauiant et de café.

Non loin de ces hôtels, on rencontre Thôpital, l'église, la résidence de France, les consulats anglais et allemand.

La ville malgache est très originale avec ses boutiques encombrées, aux toits se rejoignant par-dessus les ruelles.

Les femmes filent la soie, en font de jolis lambas. Le chanvre est employé |)our la confection des vêtements.

Avec les joncs des marais, les Malgaches font des chapeaux; avec le rafia, ils font des tissus soyeux, des rabannes.

Tamatave fait environ le cinquième de tout le commerce maritime de Madagascar.

La population est spécialement composée d'émigrants et de nomades, où domine le Ho va que Tamour du lucre attire vers cette ville commerçante. C'est à Tamatave que débarquent la plupart des marchandises à destination

GÉNÉRALITÉS

(le rimorina. En filanjana, le trajet de Tainatavc à Tananarive demande huit jours environ, avec une vitesse moyenne de ô6 kilomètres par jour. Les marchandises arrivent en quinze jours. La construction d'une loute carrossable, presque entièrement achevée, et celle d'un chemin de l'er reliant Tananarive à Andévorante qui est actuellement à Tétude, permettront d'assurer à la capitale de Madagascar des relations plus faciles avec la ccte et, par suite, avec la France.

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