DU CORPS EXPÉDITIONNAIRE
Opérations maritimes.
La notification de l'état de guerre fut faite le 11 décembre 1894 au chef de la division navale. Dès le 12 décembre, à sept heures du matin, un détachement des troupes de la marine débarcpiait à Tamatave et Toccupait après un court engagement; les Hovas se retiraient derrière les lignes de Farafatre.
Le 24 décembre, la colonie de Diego-Suarez est déclarée en état de siège; la garnison, forte de cinq compagnies et d'un détachement d'artillerie, tient en respect les postes hovas du Nord.
Le 12 février 1895, sur la demande des chefs sakalaves de la côte Nord- Ouest, le commandant de la division navale fait occuper le village d'Ambodimadiro, au fond de la baie d'Ampasindava, au sud de notre colonie de Nossi-Bé.
Le 15 février, deux compagnies d"infanterie de marine et une section d'artillerie, venant de Diego-Suarez, débarquent à Majunga, qui doit être la base d'opérations du corps expéditionnaire ; le même jour, Létat de siège y est proclamé.
Opérations de l'avant-garde du corps expéditionnaire.
(1'='^ mars — 6 mai 1895:.
Le général Melzinger, commandant l avant-garde du corps expéditionnaire, débarqué à Majunga le l"^' mars 1895, disposait de dix compagnies, huit pièces d'artillerie et d'un détachement du génie et du train.
La première quinzaine de mars fut consacrée à des reconnaissances à la suite desquelles le général Metzinger résolut de balayer les deux rives du fleuve, jusqu'à Marovoay et Mahabo.
Après divers succès, au nombre desquels il faut compter l'enlèvement de Miadana, village fortifié solidement, occupé par les Hovas, le général Metzinger jugea prudent d'attendre la fm de la saison des pluies et donna l'ordre k l'avant-garde de rallier Majunga, à l'exception de deux détachements laissés à Mevarano et à Maliabo.
Tous les clîorts de la garnison de Majunga furent appliqués au débarquement des transports et des affrétés.
Prise de Marovoay. — Cependant, l'arrivée de nouvelles unités rendait possible la reprise des opérations ; Tenlèvement de Marovoay fut décidé pour le 2 mai. Situé à 75 kilomètres de Majunga, ce poste était très solidement organisé ; les Hovas l'occupaient en force et tenaient, en outre, une ligne de crêtes qui s'étend à l'est de Marovoay jusqu'à Ampasilava, sur un front de
10 kilomètres environ. Le général Metzinger décida que l'attaque se ferait en trois colonnes.
La première colonne, sous les ordres directs du général Metzinger, devait se diriger sur Ampasilava ; la deuxième, commandée par le capitaine de vaisseau Bienaimé, débarquerait au confluent de la Betsiboka et de la rivière de Marovoay et monterait sur Marovoay, tandis qu'un troisième détachement, sous le commandement du capitaine Delbousquet, venant de Mahabo, traverserait le fleuve et viendrait, par le Sud-Est, menacer la retraite de l'ennemi.
A dix heures du matin, la première colonne enlevait les lignes d' Ampasilava et bousculait les Hovas dans le marais au sud de Marovoay. Peu après, le commandant Bienaimé entrait dans le fort hova et arborait le pavillon français sur le Bova.
Le détachement Delbouscpiet, retardé par une marche pénible à travers les marais, ne put (jue poursuivre les fuyards de quelques feux de salve.
L'ennemi abandonna une grande partie de ses munitions, de grands approvisionnements de poudre et tous ses bagages. Le lendemain, le lieutenant-colonel Pardes, avec le bataillon malgache et une compagnie de tirailleurs algériens, contournant les marais, vint s'établir à Manonga, pour barrer la route à un corps de deux mille Hovas qui descendait de l'Imerina.
11 le défit complètement le 1() à Aml)odimonty, après un combat très vif, où les Hovas perdirent soixante hommes, un canon de 78 millimètres et une glande quantité de munitions. Le lieutenant Forestou, de la 2*^ compagnie malgache, et onze tirailleurs furent blessés dans ce dernier engagement.
Par suite de ces premières opérations, tout le cours de la Betsiboka, jusqu'à Ankaboka-Marolambo, et toute la rive droite du fleuve, jusqu'à Androtra, se trouvaient purgés de troupes hovas.
Le général Duchesne, débarqué à Majunga le (3 mai, vint le 16 inspecter les positions et, dès le 18, toutes les dispositions furent arrêtées pour marcher en avant.
Opérations du corps expéditionnaire jusqu'à l'ouverture du pont
de la Betsiboka.
(19 mai — 14 juillet 1895).
A la suite des échecs qu'ils avaient subis à Marovoay et Ambodimonty, les Hovas n'opposèrent plus aucune résistance sérieuse à la marche de nos troupes.
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Mais, au l'iir et à mesure que les colonnes s*éloi<>naient de Majunga, les dillicultés (lu ravitaillement devenaient de plus en plus grandes. La lloltille n était pas encore en état d'assurer les communications par la voie fluviale, et la voie de terre, d autre part, ne pouvait être utilisée. Cette situation lâcheuse détermina le général en cliel' à tianslormer en route carrossable la piste de la rive droite jusqu'à Suberbieville. En même temps, le génie construisit un grand nombre de ponts pour franchir les divers cours d'eau entre Marovoay et le confluent de l lUopa.
Dans les journées des 6 et 7 juin, l'avant-garde passait la Betsiboka ; le (j, elle arriva en vue de Mevatanana, forte position dont une poignée d'hommes déterminés et bien armés pouvaient faire une position inexpugnable, et que les Hovas abandonnèrent après un court engagement. Ils laissaient entre nos mains trois canons Hotchkiss, deux cents fusils Snider, une grande quantité de munitions et plusieurs pièces d'artillerie.
Le 19 juin, un détachement composé d'une section de la 16^ batterie et d un peloton de chasseurs d'Afrique, sous le commandement du chef de bataillon Lentonnet, vient camper à Tsarasaotra, à 25 kilomètres au sud de Suberbieville.
Le 20, au point du joui', il y est attaqué inopinément par des forces nombreuses, qui ouvrent le feu à trois ou quatre cents mètres, en même temps qu'elles cherchent à envelopper le camp par l'Ouest. Le commandant Lentonnet répond par une charge à la baïonnette qui met l'ennemi en fuite. Dans ce brillant engagement, nous perdons un oflîcier, le lieutenant Augey- Dufresse, tué au début de l'action. L'ennemi subit des pertes sérieuses.
Le lendemain, un camp établi sur le mont Beritsoka, en face de Tsarasaotra, est enlevé par des troupes de renfort venues de Suberbieville.
Ces deux journées, pendant lesquelles nos soldats rivalisèrent de bravoure et d'entrain, furent décisives et rejetèrent l'ennemi jusque vers Andriba, à })lus de 80 kilomètres de Suberbieville.
A la date du 28 juin, la route était devenue pratical)le poui' les voitures Lefebvre de Majunga jusqu'à Ambato. Le corps expéditionnaire put être mis en marche et concentré, le 9 juillet, à Audjato.
Enfin, le 24 juillet, au moment où la 15*" compagnie du génie terminait, au prix d'efforts inouis, le pont de la Betsiboka, la route, praticable aux voitures sur deux cent cinquante kilomètres de longueur, reliait sans discontinuité Majunga à la pointe d'avant-garde établie au mont Beritsoka.
Marololo pouvait, dès lors, être ravitaillé à la fois par terre et par eau. et il devenait possible d'y accunmier les approvisionnements nécessaires pour la marche en avant.
Opérations du corps expéditionnaire jusqu'au départ de la colonne légère.
(H juillet — 14 septembre 1895).
Le 15 juillet, les trois bataillons du régiment d'Algérie et le 40*^ bataillon de chasseurs entreprirent la construction de la route au delà de Tsarasaotra. A la date du 5 juillet, le nouveau tronçon était ouvert jusqu'à mi-chemin, entre la Betsiboka et Anjiajia; à cette même date, les troupes de la 2*" brigade dépassaient celles de la l"' et atteignaient, le 2 août, le pied des monts Ambohimenakely, de manière à prendre, à leur tour, la tète de la marche et des travaux.
La construction de la route sur la partie orientale des petits Ambohimena exigea un très gros effort de la part de nos troupes. Les deux brigades durent y être concentrées pour opérer un déblai de 6000 mètres cubes; ce travail énorme fut achevé en cinq jours.
Les Hovas, au nombre d'environ oOOO, occupaient fortement la position formée par le pic d Andriba et le mont Hiandrereza, qui commande le défdé donnant accès sur Andriba. Cette position fut enlevée le '21 août, après une brillante attaque, par la brigade du général Voyron, qui bivouaqua à Andriba.
Pendant les deux dernières journées, les troupes avaient supporté, avec une endurance remarquable, des marches très pénibles, et leur entrain dans l'attaque avait démoralisé l'ennemi qui s'était retiré à plus de trente kilomètres dans le Sud.
Les travaux de route furent alors repris par tout le corps expéditionnaire, sous la protection d'une avant-garde établie d'abord au marché d'Andriba et portée ensuite à Mangasoavina. C'est ce point qui devint, par la suite, la station tète d'étapes et la base de ravitaillement de la colonne légère.
Opérations de la colonne légère. Prise de Tananarive.
(14 septembre — 30 septembre 1895).
Le général en chef, frappé des difficultés, chaque jour plus grandes, que présentaient l'ouverture de la route carrossable et la marche des échelons de ravitaillement, décida de prendre la plaine d'Andriba pour point de départ d'une colonne légère dont le convoi serait exclusivement constitué avec des mulets de bât.
La route étant devenue praticable jusqu'à Mangasoavina, il devenait possible de constituer, dans cette localité, les approvisionnements de toute sorte nécessaires à la marche sur Tananarive.
Le 15 septembre, ce résultat étant atteint, le général en chef fixa le départ de la colonne légère au lendemain 14.
Elle comprenait : 257 officiers, 4015 combattants, lolo conducteurs auxiliaires, 266 chevaux et 2 809 mulets. Les approvisionnements étaient
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do vingt-deux jours de vivres, 140 cartouches par homme et 1 IKi projectiles pour 12 pièces de 80 luilliiuètres de montagne.
Le 15 septembre au matin, les forces hovas, évaluées à 5 ou 0 000 hommes, sont chassées de la position de Tsinainondry, où elles étaient fortement établies.
Les opérations, commencées avant le jour, se terminent, vers deux hem es de Taprès-midi, par la retraite de l'ennemi, qui abandonne un canon et laisse quatre-vingts morts sur le terrain.
Le premier échelon de la colonne légère bivouaque le lendemain à Aiidu)hinoro; le 17. après avoir fianchi sans coup férir le col de Kiangara, évacué par les Hovas, il vient camper au pied des grands Ambohimcna, dont les hautes falaises se dressent comme un formidable rempart, protégeant rimerina contre l'invasion des étrangers.
Depuis plusieurs semaines, les Hovas avaient élevé dans le massif de nombreux ouvrages destinés à nous barrer le passage. Les troupes refoulées du Bouéni, nouvellement ravitaillées, venaient d étre renforcées par les (c Voromahery » de la garde royale et préparaient une sérieuse résistance.
Néanmoins, après une vive défense, les Hovas, vigoureusement attaqués de front et débordés par nos troupes, abandonnent complètement leurs formidables positions et battent en retraite de tous côtés jusqu'à TAnkarahara, à 45 kilomètres dans le Sud. en incendiant tous les lieux habités qui jalonnent la route.
Le 19 au soir, le général en chef établit son camp dans la plaine de Maharidaza, au pied Sud des Ambohimena. Les convois rejoignent le 20 et la marche est reprise le 21. L'avant-garde bivouaque le même jour près d'Ankazobé et, le 22 septembre, sur le versant Nord de TAnkarahara, dont elle gravit les pentes le 25.
Le 25 au soir, elle bivouaque près de Fihaonana et y attend l'échelon du général Metzinger. Le général en chef a décidé, en effet, de faire marcheien un seul échelon l'avant-garde et le gros dans la région plus populeuse de l'Imerina.
Le 25 au matin, la colonne reprend sa marche en avant, suivie à une journée d'intervalle par l'échelon de réserve (colonel de Lorme). Elle s'établit en bivouac près d'Andavabary, pendant que la cavalerie reconnaît un assez fort rassemblement près de Sabotsy.
Le 26, dès la pointe du jour, l avant-garde enlève le marché de Sabotsy et continue sa marche en avant, en poussant Tennemi devant elle.
Après avoir traversé le Fandrozana, la tète de colonne est accueillie, à hauteur de Tsimaliandry, par le feu très bien repéré de trois pièces d'artillerie, en position sur les hauteurs d'Ambohipiara.
Nos batteries répondent ; les deux bataillons algériens et le bataillon de légion s'élancent sur la position, qui ne tarde pas à être enlevée.
Le 27, le général Duchesne fait séjour au camp de ïsimahandrv pour faire reposer les troupes. Il attend, en outre, le troisième échelon, qui a reçu l'ordre de rejoindre les deux premiers, de façon que la colonne se trouve complètement concentrée pour attaquer l'ennemi dans ses derniers retranchements.
Le général en chef s'étant décidé à tourner Tananarive par le Nord et par l'Est, pour éviter les nombreuses rizières situées à l'Ouest, le grand mouvement circulaire que devait faire la colonne commença le 28, à la pointe du jour. Dans la journée, notre arrière-garde fut assez vigoureusement attaquée par environ 2 000 hommes; 6 des nôtres furent blessés.
Le 29, en approchant de Lazaina, la colonne se heurte à une partie de la garnison de Tananarive, qui bat en retraite sans attendre l'attaque. Le général Duchesne fait alors enlever les abords du village d'ilafy, à huit kilomètres à vol d'oiseau du palais de la reine.
Les Hovas occupaient en grand nombre la chaîne de hauteurs qui se développe, à FEst, parallèlement au plateau de Tananarive; ils s'étaient fortement établis à l'observatoire d'Ambohidempona et au village d'Andrainarivo. Le général en chef arrête, en conséquence, le dispositif d'attaque comme il suit :
1° Occupation et attaque de la ligne de crêtes qui s'étend de l'observatoire vers le Nord ;
2" Bombardement et assaut de Tananarive.
La colonne devait elTectuer ces opérations en deux échelons; l'un, à gauche, commandé par le général Metzinger, était chargé de l'attaque débordante par le Sud; l'autre, à droite, sous les ordres du général Voyron, devait foimer le pivot du mouvement et attaquer par le Nord-Est.
Le 50 au matin, lorsque les mouvements commençaient, le corps de Rainianjalahy vient ouvrir le feu contre le convoi avec deux canons. Quelques unités d'infanterie de marine et de Ilaoussas sont envoyées aussitôt pour le couvrir.
Cependant, le général Metzinger débouche en face d'Ankatso, occupé par l'ennemi. Ce point est enlevé par le bataillon malgache, qui a un officier et un tirailleur blessés. Puis, une lutte d'artillerie s'engage avec les défenseurs d'Andrainarivo et, à midi trente-cinq, l'artillerie hova renonce à la lutte, après avoir reçu 77 obus. Pendant ce temps, le bataillon malgache s'empare de l'observatoire; malheureusement, une conq^agnie du o"" bataillon algérien, qui devait servir de pivot à l'attaque de l'échelon de gauche, agit trop précipitamment. Après avoir enlevé le village d'Andraisoro, elle se porte prématurément à l'attaque d'Andrainarivo et doit se replier après avoir eu 2 sous-officiers et 4 tirailleurs tués, 2 officiers et 17 tirait leurs blessés.
En mênje temps, les troupes du général Voyron venaient occuper les pitons situés au nord d'Andrainarivo. Cependant, le bataillon malgache avait à peine retourné contre Tananarive les deux canons enlevés sur la position de l'observatoire, que les batteries de la capitale ouvraient le feu.
Le général en chef, confirmant ses ordres antérieurs, fit préparer six colonnes d'assaut et commencer le bombardement général. Les 16^ et 9" batteries tireront chacune cinq obus à la mélinite sur les batteries ennemies établies sur la terrasse du palais de la reine. Ce tir produisit un tel effet sur les Hovas qu'une demi-heure après le commencement du tir, vers trois heures et demie, un pavillon blanc fut hissé sur le palais et qu'un
HISTOIRE
parlementaire. Mare Rahihisoa, se présentait, au moment même où les colonnes cl assant allaient s'élancer.
Peu après, un fils du premier ministre, Radilifera, accompagné par l interprète Ramanankirahina, venait déclarer, au nom de son gouvernement, que nos troupes pouvaient entrer en ville et que les hostilités ne seraient pas reprises.
Le général Metzinger, nommé gouverneur militaire de Tananarive, pénètre dans la place à quatre heures et demie du soir avec 4 bataillons, 1 batterie et 2 compagnies du génie, pendant que le général Duchesne restait avec le général Yoyron sur les positions conquises, prêts à recommencer le bombardement à la moindre alerte.
L'entrée solennelle du général en chef eut lieu le lendemain, l^'' octobre, à huit heures du matin.
Le ti aité de paix fut signé à trois heures de l'après-midi et ratifié le jour même par la reine.
La prise de Tananarive, qui clôturait si heureusement la campagne, était un juste dédommagement des épreuves subies depuis six mois avec une héroïque constance par le corps expéditionnaire; elle terminait brillamment cette longue marche de dix-sept jours, souvent interrompue par des combats qui avaient mis en relief l'énergie des chefs et des soldats.
Déblocus de Tamatave et répression des mouvements insurrectionnels.
Le 11 septend)re, le général Duchesne avait envoyé au contre-amiral Rienaimé l'ordre d'amener à Tamatave, du l^"" au 5 octobre, toutes les troupes qui pouvaient être prélevées, sans inconvénient, sur les garnisons de Diego-Suarez et de Majunga, et d'y réunir le plus grand nombre possible de bâtiments de la division navale.
Le 50 septembre, l'amiral Rienaimé arrivait en rade de Tamatave à bord du Primauguet.
Dans la nuit du 5 au 6 octobre, une colonne forte de trois compagnies et d'une batterie de 65 millimètres est dirigée sur les lignes de Farafatre.
A ce moment, arrivait de Vatomandry la nouvelle de l'occupation de Tananarive et de la conclusion de la paix. La cessation des hostilités contre Farafatre s'imposait donc et le gouverneur ho va consentit à signer le 11 octobre, à huit heures du matin, la reddition complète des lignes. La principale route qui relie la capitale de l lmerina avec la côte se trouvait ainsi dégagée.
Dans l'intervalle, la base de ravitaillement, maintenue à Mangasoavina, avait été évacuée et toutes les troupes d'étapes repliées sur Suberbieville et Marololo.
Tous les mouvements de troupes et de matériel furent dès lors effectués exclusivement par Tamatave.
Troubles du sud-ouest de l'Imerina et de la côte Est.
Le 22 novembre, jour même de la fête du Bain, im mouvement insurrectionnel éclata dans le sud-ouest de l'Imerina. Le centre de l'insurrection était à Amboanana, village situé au nord de l'Ankaratra, à 44 kilomètres à vol d'oiseau de ïananarive. Les rebelles appartenaient à la tribu des Zanakantitra (fils des vieux), la plus nombreuse de la province d'Arivonimamo. Ils étaient conduits par des sorciers fanatiques dont le but était de chasser les étrangers, quelle que fût leur confession religieuse, et de ramener le peuple à l'ancien culte des idoles.
Le pasteur anglais Johnson, sa femme et sa fille furent cruellement assassinés à Arivonimamo. Le gouverneur hova de ce village fut également massacré avec un de ses officiers.
Le général en chef dirigea, dès le 25 novembre, sur Arivonimamo, trois compagnies malgaches sous le commandement du chef de bataillon Ganeval.
Le 24 et le 25 novembre, ce détachement tint tête à Antsahavola, à michemin d'Arivonimamo, à 7 000 ou 8 000 rebelles fanatisés qui, bien que fort mal armés, l'attaquèrent audacieusement à sept reprises différentes.
La supériorité de notre armement leur infligea des pertes telles que, le 25 au soir, les rebelles renoncèrent à la lutte et se dispersèrent pour venir se soumettre quelques jours après l'occupation d'Arivonimamo.
Ce mouvement insurrectionnel était à peine réprimé qu'un autre, d'origine et de nature différentes, avait éclaté sur la côte Est. Ce mouvement n'était dirigé ni contre nous, ni contre les Européens, mais bien contre les Hovas, qui, par leur domination cruelle et leurs exactions, s'étaient attiré la haine des peuplades de l'Est.
Le 15 décembre, une bande de ces insurgés, appelés Yorimos, vint menacer Andévorante et une partie de la route d'étapes jusqu'à Beforona. Deux compagnies de Haoussas et 60 tirailleurs malgaches furent envoyés au lieutenant-colonel Gonard, commandant la ligne d'étapes, qui les échelonna en cinq ou six postes, d'Andérovante à Beforona. Devant ce déploiement de forces, les Yorimos, témoignant au commandant de leur intention de ne pas nous combattre, firent leur soumission.
Dès lors, la route de Tamatave à Tananarive fut assez sùrc pour que les mouvements de convois pussent être repris.
M. Laroche, résident général de France, débarqué à Tamatave le 8 janvier, monta sans escorte à Tananarive, où il arriva le 16 du même mois.
Le 18 janvier, après avoir remis les divers services de son commandement à M. Laroche et au général Yoyron, désigné pour commander le corps d occupation, le général Duchesne partait pour Tamatave, oii il s'embarqua le 25 janvier pour la France.
Le général Metzinger était parti de Majunga le 29 décembre, après avoir présidé à la mise en route des derniers éléments rapatriables, le 200% le 40^ bataillon de chasseurs et le bataillon de légion.
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Événements survenus jusqu'au mois de septembre 1896.
Le traité apporté par le général Duchesne, et conclu dès son entrée à Tananarive, établissait à Madagascar le système du protectorat avec toutes ses conséquences. Mais l'opinion publique réclamait des mesures plus rigoureuses vis-à-vis des Hovas et, le 18 septembre, le général recevait un télégramme lui recommandant de modifier le texte du projet qui lui avait été remis à son départ et de le transformer en un acte unilatéral, ne portant d'engagement que de la part de la reine.
Ce télégramme n étant parvenu à Tananarive que six jours après la signature du traité, le général jugea qu'il n'y avait pas lieu de revenir aussitôt sur le fait accompli, et l'acte unilatéral ne fut signé que trois mois plus tard, le 18 janvier 1896, après l'arrivée de M. le résident général Laroche.
A cette époque, la situation était calme; les populations de la côte, qui avaient essayé, par quelques mouvements insurrectionnels, de se délivrer du joug des Hovas, étaient rentrées dans le devoir.
Cependant, des intrigues s'ourdissaient dans l'entourage de la reine; une campagne secrète s'organisait de tous côtés et les agitateurs, pour augmenter la force de la rébellion, n'hésitaient pas à pactiser avec les fahavalos de profession et les prêtres d'idoles ou sorciers.
En même temps, le gouvernement hova nous suscitait en sous main des difficultés qui entravaient le ravitaillement des troupes; au mois de février, le pain, le vin et le tafia manquaient complètement à Tananarive.
Le commandement, vivement préoccupé de cette situation, décide de rendre muletier le chemin de Tamatave et tous les eftbrts du génie vont, dès lors, se porter sur cette entreprise; en même temps, se poursuivront les études d'une route carrossable définitive et d'un chemin de fer.
Le mois de janvier 1 896 n'est marqué que par quehiues opérations sur la côte et, en février, l'imei ina est encore tranquille.
Le T) mars, deux compagnies de tijailleurs sénégalais débarquent à Tamatave et sont réparties entre les postes de la côte Est et sur la ligne d'étapes. Quelques jours plus tard, deux compagnies algériennes débarquent également et sont envoyées à Tananarive. En même temps, l'autorité militaire se préoccupe du recrutement du 2^" bataillon malgache à Diego-Suarez et du 5^ à Tamatave et Fianarantsoa.
Colonne du Nord. — Dans le courant du mois de mars, l'insurrection éclate dans le nord-est de l'imerina et on apprend que Rabezavana, ancien gouverneur hova d'Antsatrana, et Rabozaka, gouverneur de Vohidrozana, ont pris la direction du mouvement. Ces deux chefs, après avoir occupé Anjozorobé, ont groupé autour d'eux d'anciens soldats hovas non désarmés, renforcés par plusieurs bandes de fahavalos. Ils disposent d'environ 400 à 500 sniders et de 4 canons, et, dès le début, se déclarent réfractaires à la souveraineté française.
Une colonne comprenant trois compagnies malgaches, une compagnie
liaoussa et une section d'artillerie quitte Tananarive le 24 mars, suivie bientôt par quatre compagnies algériennes; elle se porte rapidement jusqu'à Ampetsapetsa. Les rebelles l'attaquent les 26, 27 et 28 mars; ils sont repoussés, après avoir perdu plus de 400 tués ou blessés.
Le 29 mars, le colonel Combes vient prendre le commandement de la colonne et enlève, le 2 avril, Anjozorobé.
Sur ces entrefaites, il apprend qu'Ambatondrazaka est sérieusement menacé par les bandes. Avec cinq compagnies, il se porte immédiatement au secours de cette ville, où il entre le 10 avril, après avoir délogé les rebelles, solidement établis dans la forêt entre Tanifotsy etMandanivatsy. La compagnie malgacbe du capitaine Collinet est laissée à Ambatondrazaka. Le 16 avril, le colonel Combes est de retour à Anjozorobé et la colonne continue à opérer dans cette région.
Dans la vallée du Mangoro, la compagnie haoussa du capitaine Legrand opère sur le flanc de la colonne du Nord et inflige aux rebelles plusieurs échecs successifs.
L'insurrection s'étendant vers Ambohidratrimo, le lieutenant Bloch vient occuper ce village le 1" juin avec 50 tirailleurs algériens.
Dans l'intervalle, le commandant Gendron, qui amenait de Majunga un convoi de 750 mulets sous l'escorte de 160 Haoussas et de 60 Sénégalais, était arrivé à Ankazobé. Des rebelles en grand nombre ayant été signalés sur la route qu'il devait parcourir, le général Voyron envoie à sa rencontre le capitaine Daval avec 70 fusils, en même temps que le capitaine Blanc reçoit l'ordre de se porter dans la direction du convoi pour protéger sa marche au passage de la Mananara.
Le 5 juin, le commandant Gendron, attaqué près de Babay, repousse l'ennemi en lui infligeant des pertes sérieuses; le même jour, le capitaine Blanc rencontre une partie des rebelles et les disperse. Le convoi peut, dès lors, arriver sans autre incident à Tananarive.
Le 22 juin, une bande nombreuse, qui cherchait à incendier ïmerimandroso, est chassée par le peloton haoussa du lieutenant Dejoux.
Quelques jours avant, quatre Européens venant de Majunga avaient été tués par les rebelles à Ankazobé.
Colonne du Sud-Est. — Dans le Sud-Est, le chef de bandes Rainibetsimisaraka ayant également fait massacrer trois Français qui prospectaient au nord de Tsinjoarivo, une colonne de trois compagnies, placée sous les ordres du général Oudri, partit le l""" avril pour aller châtier les auteurs de ce meurtre et ramener à l'obéissance toute cette région où se dessinait un commencement de révolte.
Après un mois d'opérations, elle rentra le 50 avril à Tananarive ayant fait subir des pertes sérieuses aux rebelles et rassuré les habitants de la région ; une compagnie était laissée à Manarintsoa. Le calme paraissant rétabli, cette compagnie se disposait à rejoindre, lorsqu'on apprit que Rainibetsimisaraka avait incendié Antsirabé le 25 mai et que la colonie européenne de cette ville avait failli être massacrée.
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Le général Oudri reprit, le '29, le eheiiiin du Sud avec une compagnie algérienne et alla installer à Antsirabé un détaclienient de 60 hommes commandé par le lieutenant Gruss.
Route de Tamatave. — A la lin d'avril, la sécurité des convois n'existe plus sur la route de Tamatave.
Le général Voyron fait occuper Ankeramadinika, Sabotsy et Andakana par des pelotons liaoussas ou sénégalais.
Le 50 avril, cinq officiers ho vas envoyés pour arrêter des prêtres d'idoles sont surpris par les rebelles à Manjakandriana et brûlés vifs.
Pendant les mois de mai et de juin, des engagements ont lieu à Soavina. Vers cette même époque, quatre colons français sont tués par les faliavalos dans la forêt d'Antsahambavy.
Des postes sont successivement créés àMaharidaza, Manjakandriana, Ambatomena et Antanamalaza, pour protéger la route ; lesjournées des 26 et 50 juin, P^ 2 et 4 juillet sont marquées par divers engagements avec les bandes rebelles.
Enfin, au sud de la route, la population se soulève dans la vallée de la Yarahina et la compagnie algérienne Castel va occuper Ambatomanga.
Extension de l'insurrection. — Les hauts fonctionnaires hovas encouragent ces mouvements insurrectionnels et favorisent le commerce occulte des armes, qui se fait en grand à Tananarive.
Sur la route de Tamatave, les poteaux de la ligne télégraphique sontenlevés et les sacs d'un courrier de France sont pillés; les convois ne peuvent plus circuler que sous la protection d'escortes importantes.
Dans le Nord principalement, on signale une nouvelle recrudescence de l'insurrection; en même temps, quelques bandes de Sakalaves commencent à opérer dans l'Ouest.
Le général Voyron envoie aussitôt le commandant Reynes, avec une compagnie algérienne et une pièce d'artillerie, prendre le commandement de la région où viennent d'être installés les postes d'Ambohibeloma et d'Arivonimamo.
Dans la région du Mangoro, le capitaine Legrand continue ses opérations et fait subir aux rebelles des échecs répétés; mais l'importance des bandes qu'il a en face de lui décide le commandement à mettre à sa disposition la compagnie sénégalaise du capitaine Oddoz.
Le 27 juillet, le commandant Noël livre un brillant combat aux rebelles, près de Manjakandriana, et leur enlève plusieurs villages. Les insurgés portent alors leurs elforts du côté de Soavina, qu'ils attaquent à plusieurs reprises sans succès.
Les communications de Tananarive avec Majunga sont complètement coupées par l'insurrection du Vonizongo. Les relations avec Ankazobé et même avec Babay sont très précaires et ces postes sont fréquemment attaqués.
La région d'Ambohidiatrimo est continuellement parcourue par les bandes
rebelles; enfin, les troubles continuent dans le Sud, du côté de Tsiafahy, où le commandant Lalubin est envoyé avec un détachement de 100 hommes.
Pendant le mois d'août, le mouvement de rébellion ne cesse de s'accentuer. Les bandes du Sud et du Nord sont entrées en relations et se prêtent un mutuel appui pour dévaster méthodiquement le pays, malgré les efforts incessants de nos troupes.
Le 15 août, le commandant Noël, avec 200 fusils prélevés sur la ligne d'étapes, inflige un sérieux échec aux rebelles du Nord, fortement retranchés aux environs de Manjakandriana, mais la sécurité de la route reste toujours aussi précaire.
Le 18 août, le capitaine Mahéas enlève aux insurgés du Sud la position d'Ambohitsimatia, sur la rive gauche de la Yarahina.
Dans la région d'Ambohidratrimo, la rébellion gagne de plus en plus ; les incendies de villages se multiplient et cette région, auparavant riche et peuplée, devient déserte. Les 11, 12, 14 et 17 août, des engagements très vifs ont lieu aux environs du poste d'Ambohidratrimo.
Dans l'Ouest, le commandant Reyncs continue à opérer contre les bandes sakalaves qui sont venues soutenir les rebelles du Mamolakazo et tentent de pénétrer dans TAmbodirano ; le 22 août, le poste d' Ambohibeloma est attaqué par une autre bande sakalave. Le commandant Reynes, accouru au secours du poste attaqué, poursuit les rebelles du Yalalafotsy jusqu'à Soarano ; mais les Sakalaves s'enfuient jusqu'au Sakay, sans pouvoir être atteints.
Enfin, dans le secteur du commandant Mougeot, le lieutenant Grammont, commandant le poste deMaharidaza (10 kilomètres au nord d'Ambobimanga), surprend, dans la nuit du 22 au 23, une bande dans le village de Miandrasoa.
A cette époque, des nouvelles peu rassurantes parviennent d'Ambatondrazaka : la garnison a été bloquée pendant tout le mois d'août et, dans un des nombreux engagements avec les bandes, le lieutenant Antoni a été tué. Le lieutenant-colonel Le Camus, commandant supérieur à Tamatave, reçoit l'ordre de dégager la route de Fénérive à Ambatondrazaka avec une colonne composée de 100 honmies d'infanterie de marine, de 75 tirailleurs malgaches et d'une pièce de canon.
En somme, dans l'imerina et dans la vallée du Mangoro, comme dans la région d'Ambatondrazaka, l'insurrection est presque générale. Les chefs du mouvement, sûrs de l'impunité, dirigent, de Tananarive même, les opérations des bandes. Le but poursuivi est d'isoler la capitale et de l'aftamer. La route de Tamatave n'est conservée à peu près libre que grâce à des efforts continuels. Ne pouvant la couper définitivement, les rebelles cherchent à provoquer la famine en empêchant de cultiver les rizières.
Pendant le mois de septembre, la situation est toujours aussi critique.
Le lieutenant-colonel Gonard, parti d'Andriba le 25 août avec une compagnie haoussa et un peloton sénégalais, n'a cessé d'être inquiété jusqu'.à Ambohidratrimo.
Le 6 septembre, un convoi venant de Babay est attaqué, et le général
HISTOIRE
Voyron confie au lieutenant-colonel Gonard la mission de ramener le calme dans cette région.
Le même jour, sur la route de Tamatavc, un convoi est vivement attaqué à deux kilomètres à l'ouest de Manjakandriana.
Dans le Nord, le poste d'Amhatonandriana, attaqué une première fois le 1" septembre, l'est encore le 15 septembre par une bande nombreuse, qui est repoussée après une vigoureuse offensive de la petite garnison du poste.
Enfin, dans TOuest, le poste d Amboasary a été attaqué, le 4 septembre, par les insurgés du Mamolakazo et, dans le Sud, le poste d'Ambatolampy a dù également repousser l'agression d'une bande nombreuse.
Exposé des derniers événements de 1896.
Le 16 septembre 1896, le général Gallieni prend le commandement du corps d'occupation. Le 28 septembre, il est nommé résident général et le gouvernement réunit entre ses mains tous les pouvoirs civils et militaires.
La situation est des plus critiques et des mesures énergiques s'imposent pour rétablir l'ordre, mettre à la raison le gouvernement liova, le supprimer au besoin et, enfin, ramener dans le devoir les populations insurgées.
L'expérience acquise par le général Gallieni au Tonkin, dans la pacification des frontières de Chine, lui avait montré, dans des circonstances analogues, la double nécessité, d'une part, d'inspirer, par une direction et une pensée uniques, tous les actes de l'autorité et, d'autre part, d'appliquer ce même principe d'unité d'action et de fusion des pouvoirs à tous les échelons de la hiérarchie.
En lui confiant la plénitude de l'autorité sur tous les services civils et militaires, le gouvernement avait permis au général Gallieni de réaliser la partie de ce programme qui incombait à son initiative personnelle. Il lui restait à adapter à ce plan de réforme le mécanisme administratif et, enfin, à définir le rôle des officiers et des fonctionnaires qui devaient coopérer, sous ses ordres, h la pacification du pays.
La situation troublée du pays conduit le général à lui appliquer deux régimes distincts.
Les parties à peu près tranquilles, qui comprennent surtout les régions côtières, sont constituées en territoires civils, qu'administrent des résidents.
Le plateau central, où l'insurrection s'est généralisée, est formée en territoires militaires, qui se subdivisent en cercles et en secteurs.
D'ailleurs, si cette distinction répond, dans les territoires militaires, à la nécessité de donner une intensité plus grande à l'action de nos troupes, elle ne subsiste pour ainsi dire pas, dès qu'on se place au seul point de vue administratif. Quel que soit le régime appliqué à une contrée, c'est toujours le même principe qui domine; ici ou là, les règles générales d'organisation sont les mêmes. Résidents et commandants de cercle possèdent les mêmes attributions, la même plénitude de pouvoirs pour régler
Tadministration de leur territoire et y assurer l'ordre sous leur responsabilité. Cette réglementation, qui supprime la dualité de commandement et décentralise les divers services, facilite considérablement Tadministration: elle supprime toute cause de conflits entre les autorités, qui, jusque-là, exerçaient des pouvoirs parallèles, et, en même temps, elle stimule l'initiative des résidents et des commandants de cercle, qui deviennent, dans le sens le plus complet du mot, de véritables chefs de province.
Dès la prise de commandement du général Gallieni, pour affirmer aux yeux des indigènes notre volonté bien arrêtée de couper court aux complots qui se trament à Tananarive, quelques exemples sont jugés nécessaires : Rainandriamampandry, ministre de l'intérieur, et Ratsimamanga, oncle de la reine, convaincus de complicité avec les rebelles, sont traduits en conseil de guerre, condamnés à mort et exécutés. — Ramasindrazana, tante de la reine, notoirement hostile à notre influence, est déportée à Sainte-Mariede-Madagascar.
Le résident général proclame la suppression de l'hégémonie hova dans toutes les provinces soumises jusqu'alors à l'autorité de la cour d'Imerina : les gouverneurs hovas de ces provinces, qui, pour la plupart, nous étaient hostiles, sont rappelés à Tananarive et remplacés par des chefs de race autochtone désignés par les tribus elles-mêmes.
Ces premières mesures prises, le résident général divise le territoire de l'île en circonscriptions administratives, à la tête de chacune desquelles une autorité française responsable réunit entre ses mains tous les pouvoirs.
Sur la côte, le secrétaire général à Tamatave reçoit la délégation des pouvoirs du résident général pour faire appliquer, par les résidents des provinces du littoral, le programme de la réorganisation politique et administrative.
En Imerina, où le chef d'état-major remplit les fonctions de secrétaire général, la même règle est suivie et la création des territoires et des cercles militaires attribue tous les pouvoirs aux officiers qui les commandent.
Deux territoires militaires sont organisés : le premier, commandé par le colonel Combes, comprend les cercles d'Ambatondrazaka, de Moramanga et d'Ambohidrabiby ; le second, sous les ordres du lieutenant-colonel Rorbal-Combret, est constitué par la réunion des cercles d'Arivonimamo et d'Ambatomanga ; la région de Tananarive, avec le territoire du Yoromahery, forme un gouvernement militaire à la tête duquel est placé le colonel Bouguié. Enfin, dans la région Nord, le cercle de Babay est confié au lieutenant-colonel Gonard.
Les cercles militaires sont délimités en tenant compte des anciennes frontières des provinces et en évitant de grouper, sous la même autorité, des populations de races difterentes.
Le commandant du cercle exerce les fonctions de résident ; dans toute l'étendue de son commandement, il est responsable de la sécurité du territoire qui lui est confié.
Des opérations méthodiques sont entreprises sur tous les points à la fois, pour chasser les rebelles en dehors de l'imerina; chaque bond en avant doit
HISTOIRE
être suivi (Fiinc période crarrét de (juelques jours permettant d'installer des postes, en arrière desquels s'organise la région conquise.
Comme conséquence logique de cette organisation, et en raison du faible efïectif du corps d'occupation, il v avait urgence à concentrer nos forces dans les régions les plus troublées, remettant à plus tard Fextension de notre influence sur les parties de Tîle où nos troupes et nos colons n'avaient pas encore pénétré. En conséquence, les garnisons du littoral sont réduites . dans une très large mesure et la surveillance des côtes incombe alors à peu près complètement aux bâtiments de la division navale.
Les troupes de Tlmerina et de la vallée du Mangoro se trouvent ainsi renforcées du bataillon de légion débarqué au mois de septembre, de trois compagnies d'infanterie de marine et de deux compagnies sénégalaises ; un peu plus tard, sont arrivées deux compagnies du bataillon de la Réunion.
D'autre part, l'organisation des milices est poussée activement, de façon à remédier à l insuffisance des troupes noires; en même temps, des mesures sont prises pour armer les populations fidèles et les cbarger du soin de leur défense et de la surveillance des pays reconquis sur l'insurrection.
Pour assurer le ravitaillement rendu plus difficile par l'augmentation des effectifs, un système de transports militaires, à l'aide de mulets et de voitures Lefebvre, est organisé sur la route d'étapes.
Un aperçu sur les différents cercles donnera une idée de cette nouvelle organisation politique, militaire et administrative.
Cercle d'Ambatondrazaka. — A la fin de septembre, pendant que le lieutenant-colonel Le Camus acbemine une colonne de ravitaillement de Fénérive sur Ambatondrazaka, le général confie au colonel Combes la mission de traverser les bandes rebelles qui cernent ce dernier poste, d'y installer le commandant Rouland, de renforcer la garnison et d'assurer son ravitaillement. Le colonel Combes forme sa colonne à Moramanga dans les premiers jours d'octobre.
Pendant ce temps, M. le lieutenant-colonel Le Camus, poursuivant sa marche, était arrivé à Ambatondrazaka, avait ravitaillé la garnison et s'était remis en route pour Tamatave.
Le colonel Combes atteint à son tour Ambatondrazaka le 15 octobre, sans que les rebelles, impressionnés par cette marche de deux colonnes convergentes, s'opposent sérieusement à sa marche.
M. Penel, résident de France, remet le service entre les mains du commandant Rouland et des mesures sont prises pour remplacer le gouverneur ho va Rabeony par un chef autochtone. Après avoir arrêté différentes mesures politiques et militaires destinées à nous rallier la population sihanaka, le colonel Combes revient en Imerina, ramenant avec lui la majeure partie de la colonie hova (environ 500 personnes). La traversée de la forêt entre Tsiafahy et Mandanivatsy, où les rebelles ont accumulé de nombreuses défenses, s'opère sans trop grandes difficultés, grâce à une attaque vigoureuse de l'avant-garde conduite par les lieutenants Gerboz et Garnier; ce dernier officier est seul blessé.
La politique de races, inaugurée dans la région, ne tarde pas à produire de très heureux résultats. Les Sihanakas de la rive droite du lac Alaotra ayant fait leur soumission, le commandant Rouland, à la tête d'une petite colonne composée de trois pelotons noirs, disperse, par une opération combinée, les bandes retranchées autour d'Ambohitromby, puis reconnaît toute la rive occidentale du lac dont il fait le tour complet, exécutant, en huit jours, une marche de plus de 200 kilomètres dans un pays accidenté et coupé de marais et de rivières difficilement franchissables.
La population sihanaka paraissant disposée à faire sa soumission complète, Imerimandroso est occupé par nos troupes et les transactions reprennent sur la route qui relie cette ville à Sahatavy et à Fénérive.
Cercle de Moramanga. — De nombreuses attaques ont lieu contre les convois dans le courant du mois de septembre; elles se produisent presque toutes sur la partie de la ligne d'étapes comprise entre Analamazaotra et Moramanga, dans la traversée de la foret. Ces attaques sont dues à de petites bandes armées, formées dans la vallée du Mangoro, au nord de Moramanga. Pour en finir, le général Gallieni ordonne le débroussaillement des abords de la route et la construction de blockhaus aux points les plus dangereux. En même temps, des petits postes sont placés à Imahatsara et à Ambohibeladina pour surveiller l'entrée des sentiers de la foret; enfin un détachement de légion est envoyé à Ambohidray (45 kilomètres au nord de Moramanga) pour y construire un poste.
Sur la rive droite, le poste d'Analabé ne cesse d'être l'objet des attaques des rebelles.
Cercle d'Ambohidrabiby. — Une compagnie d'infanterie de marine ayant été envoyée dans ce cercle, le commandant Mougeot peut faire réoccuper, dès la fin de septembre, le poste d'Ambatofisoarana et créer celui d'Ambatomainty. Cet officier supérieur entreprend une série d'opérations destinées à disperser les bandes et à les rejeter vers le Nord.
Les reconnaissances exécutées dans le pays difficile qui s'étend au nord d'Ambatomena rencontrent des bandes nombreuses et résolues. Les capitaines Landersin et Loyer et le lieutenant Dejoux ont avec elles plusieurs engagements très vifs qui causent à l'ennemi des pertes sensibles, mais qui nous coûtent quelques blessés.
A la fin d'octobre, le commandant Mougeot dirige lui-même une battue sur la rive droite de la Mananara. Des engagements assez sérieux ont lieu avec les bandes de Rabozaka les 24 et 25 octobre; un tirailleur malgache est tué, quatre autres sont blessés.
Des postes sont laissés à Anjohy, sur la Mananara, et à Ambohidratrimo, au débouché d'un sentier reliant, à travers la foret, l'Imerina et la vallée du Mangoro.
Le 4 novembre, une nouvelle reconnaissance sur la rive gauche de la Mananara réussit à envelopper un certain nombre de rebelles dans un petit bois situé près d'Analandrefana et, sans qu'il nous en coûte aucune perte,
lIISTOlUE.
de nombreux prisonniers, plusieurs ehefs importants et une ^^rande quantité de fusils et de munitions tombent entre nos mains. Le poste d'Analatsara achève d'établir notre autorité sur cette partie de la haute vallée de la Mananara.
Cependant, les bandes tentent, avec un acharnement tout particulier, de nombreuses attaques contre le poste d'Ambatomainty, qui protège un groupe de villages catholiques. Au cours d'une de ces attaques, le 9 novembre, un sergent-major et deux soldats du 15'' de marine sont blessés.
Les 14, 15 et 17 novembre, le lieutenant Aupetit-Durand exécute une série de coups de main très heureux contre les rebelles de la rive droite de la Mananara et leur enlève plusieurs fusils à tir rapide. Le 21, le peloton de cet officier s'installe à Ambohimiadana, à l'est dWmbatomena, après un engagement assez vif, dans lequel un caporal indigène est blessé et qui coûte à Tennemi plusieurs morts et la perte d*une dizaine de fusils. La création de ce poste contribue à enfermer les rebelles dans la foret, où ils se trouvent dans la situation la plus précaire.
Un de leurs campements, situé au nord-est d'Ambohidratrimo, est surpris, le 25 novembre, par le capitaine Landersin, après une marche de nuit habilement conduite à travers la forêt. L'ennemi subit de grosses pertes et nous abandonne sept fusils et une grande quantité de munitions.
Dans les premiers jours de décembre, le colonel Combes vient s'établir à Tanifotsy et prend le commandement du P' territoire militaire. Son premier soin est de chercher à débarrasser des bandes la région très boisée comprise entre le cours du Mangoro et celui de la Mananara.
Une compagnie de légion est charfrée d'observer la vallée du Mangoro.
A peine arrivée à Ankankalava, elle est vivement assaillie, pendant la nuit du 7 au 8 décembre, par un groupe de rebelles, qui, profitant de l'obscurité, viennent se jeter sur les tentes. Ils sont vigoureusement repoussés; mais, dans la lutte corps à corps, nous avons six légionnaires blessés à coups de haches et de sagaies.
Le lendemain, le capitaine de Thuy, qui commande cette compagnie, opère sa jonction avec le colonel, qui vient de traverser la foret avec des troupes noires du cercle d'Ambohidrabiby.
Le colonel Combes procède alors à la répartition des troupes de la vallée du Mangoro et confie à une compagnie de légion l'occupation de la rive droite de la haute vallée, jusqu'à Merimitatatra. En même temps, des reconnaissances sont poussées dans toute la foret par le capitaine Brulard et le lieutenant Quintard.
Pendant que nos troupes opéraient dans le Nord-Est, un peloton haoussa était détaché au sud de la ligne d'étapes, pour occuper Beparasy et Anosibé, centre d'une région prospère dont les habitants avaient maintes fois demandé notre protection. Cette occupation fut immédiatement suivie du remplacement du sous-gouverneur hova par un chef betsimisarakà.
Cercle de Babay { Amhohidratrimo) . — La brillante opération du lieutenant-colonel Gonard exécutée du 7 au 12 septembre avait eu pour effet de
décourager les rebelles et de les disperser en groupes isolés qui ne pouvaient tenter d'attaques bien sérieuses.
Dans la nuit du 25 au 26 septembre, une opération conduite par le capitaine Robard, du 15'' de marine, contre une bande rassemblée au nord d'Amboliidratrimo, fait perdre à l'ennemi 25 hommes tués et une certaine quantité d'armes et de munitions.
Le 7 octobre, une autre opération d'ensemble a pour effet de nettoyer les abords du massif de l'Andringitra et de refouler les bandes vers le Nord.
Le capitaine Blanc et le lieutenant Boussat contribuent, par de vigoureuses sorties avec la garnison de Babay, à dégager les environs de ce poste et à préparer sa liaison avec celui d'Ankazobé. Ce dernier est toujours serré d'assez près par les bandes et, le 26, à deux heures du matin, il est vigoureusement attaqué.
Le 22 octobre, une opération du capitaine Blanc a pour résultat Toccupation de Fihaonana. Au commencement de novembre, une série de postes est créée pour rétablir les communications avec Ankazobé et pour assurer la sécurité sur les abords de la route. Différentes reconnaissances et opérations repoussent progressivement les rebelles de la région située entre Babay et rikopa.
Dans la deuxième quinzaine de novembre, une série d'opérations habilement conduites par le lieutenant Archambault, du iô" de marine, refoule les dernières bandes de la vallée de l'Anjomoka, qui perdent un grand nombre d'hommes, plusieurs fusils et des approvisionnements de toute nature. De nombreuses soumissions reçues les jours suivants viennent attester l'importance des succès obtenus.
Le lieutenant-colonel Gonard poursuit alors son programme d'extension progressive dans la partie Nord du Vonizongo et installe des postes qui relient Andriba à Ankazobé, de façon à assurer les communications, depuis longtemps interrompues, sur la route de Majunga. En même temps, cet officier supérieur, avec le concours du capitaine Laborie, occupe effectivement, après quelques vifs engagements qui nous coûtent un officier (lieutenant Minary) et un sergent blessés, la région Est, où les bandes s'étaient repliées.
Grâce à cette extension très considérable de notre occupation dans le nord du Yonizongo, le service régulier de correspondance avec Majunga peut être repris à la fin de décembre.
Dans le nord du îsimahafotsy, le commandant Drujon ne cesse, pendant les mois d'octobre et de novembre, de gagner du terrain sur les rebelles à la suite de nombreuses affaires qui se terminent par l'opération exécutée dans le massif du Mokony le 8 décembre.
Cercle d'Arivonimamo. — Pendant le mois de septembre, le village de Miantsoarivo est, à deux reprises différentes, pillé par les rebelles qui descendent du massif de l'Ankaratra. Pour mettre un terme à ces incursions, le commandant Reynes y installe un poste. A l'Ouest, les postes d'Amboniriana, d'Amboasary et d'Ambohibeloma ont des engagements
IIISTOIHE.
ivprtés avec les rebelles du Afamolakazo et les bandes sakalaves de Zaïnary.
C/est ainsi que le capitaine l^ou-Ayed disperse, le l'"" octobre, plusieurs rassemblements dans la vallée d'Ierana et reprend aux rebelles les troupeaux enlevés aux habitants.
Le 6 octobre, le lieutenant Pommarède repousse vigoureusement les Sakalaves qui viennent menacer le poste d'Amboniriana; un tirailleur algérien est mortellement blessé à Tassant des hauteurs du Monimbola.
Le poste d'Antsasarina repousse les rebelles dans une série d'engagements assez vifs qui nous coûtent, le 17 septembre, 1 sergent français et 1 tirailleurs sénégalais blessés; mais Tennemi laisse sur le terrain M cadavres et quelques fusils.
Les 24 et 25 septembre, nouveaux engagements; le 2 octobre, le lieutenant Rocheron réussit à surprendre de nuit un petit groupe. Enfin, le 6 octobre, la garnison dWntsasarina repousse à Tarme blanche les attaques d'une bande sakalave bien armée, qui a 17 hommes tués et perd plusieurs fusils Remington. Le chef sakalave Zamary est mortellement blessé dans cette affaire, et, depuis cette époque, nos postes de l'Ouest cessent d'être inquiétés.
Aux environs d'Ambohibeloma, le 27 septembre, le commandant Reynes réussit à surprendre, par une attaque de nuit, une bande de pillards, qui est à peu près complètement détruite après une lutte assez chaude, pendant laquelle le lieutenant d'artillerie Mouriès et ses conducteurs sénégalais, dont deux sont tués, font preuve du plus brillant courage.
Le 10 novembre, la ligne des postes est reportée plus à l'Ouest, d'Ambohitrandrano à Ambohimahiratra, pendant que les anciens postes reçoivent des garnisons de miliciens soutenues provisoirement par de petits groupes de tirailleurs algériens.
Les attaques des insurgés contre les nouveaux postes ne se font pas attendre. A Donandrohara particulièrement, le sergent Bordel, des tirailleurs sénégalais, a des engagements répétés avec une bande bien armée.
Le capitaine Bou-Ayed et le lieutenant Zemmalach ont, avec les rebelles, des affaires assez chaudes au cours desquelles 5 tirailleurs algériens sont blessés auprès de Monimbola.
Quelques bandes renforcées de Sakalaves viennent, le 28 octobre, attaquer Soavinandriana, occupé seulement par les yO miliciens qu'y a amenés le capitaine Compérat, pour servir de noyau aux contingents indigènes restés fidèles dans cette province.
Grâce aux habiles dispositions prises par le capitaine Compérat et à la vigueur du soldat Albertini, détaché provisoirement comme garde à la milice du Mandridrano, les assaillants sont mis en pleine déroule avant d'avoir pu aborder le village. Cette affaire nous coûte 5 partisans tués et quelques blessés; mais les insurgés laissent sur le terrain 25 cadavres, i fusils et de nombreuses armes blanches.
Le 8 novembre, le capitaine Bou-Ayed surprend les bandes de TAmbohimiangara et leur fait subir de très grosses pertes. Le 20 novembre, le même officier, après une marche habilement combinée entre les garnisons des
trois postes de Monimbola, Amboniriana et Mahabo, surprend au village de Yinany une bande qu'il réussit à détruire complètement. Le 50 novembre, une surprise du même genre a pour résultat la destruction d'une autre bande à Isoamanandaza et, le décembre, le lieutenant Génie exécute un autre coup de main sur le village de Mabatsinjo.
Ces opérations préparent l'occupation de Menazary, au nord-est du lac Itasy; le capitaine Bou-Ayed s'y installe, avec un peloton de sa compagnie, le 4 décembre.
Plus au Nord, la 5*^ compagnie du lo*^ de marine, sous les ordres du capitaine Robert, ne cesse de déployer la plus grande activité.
Les reconnaissances du lieutenant Sabaton, les 5, 7 et 8 décembre, refoulent les insurgés dans une série d'engagements au cours desquels nos soldats doivent charger à la baïonnette et qui ont pour efïet de reprendre de nombreux troupeaux et de causer de nombreuses défections parmi les insurgés.
De son côté, le lieutenant Barféty, installé au poste de Bealoka, ne laisse aucime trêve aux bandes qui l'entourent. Un de ses hommes est blessé dans une de ces opérations, dont la plus brillante, le 24 décembre, a pour résultat la destruction à peu près complète d'une bande installée dans les hameaux de la Belanitra.
Le secteur confié au capitaine Orlanducci est également purgé progressivement; le 25 novembre, cet officier réussit à surprendre une petite bande cantonnée dans le village fortifié d'Ambohiday, lui tue une quinzaine d'hommes et lui enlève des fusils et des armes blanches.
A la suite de ces opérations répétées, un découragement marqué se manifeste chez les rebelles du Mamolakazo et du Valalal'otsy, et le général prescrit à M. le commandant Reynes d'en profiter pour porter d'un seul bond ses postes de première ligne jusqu'à la limite de l'fmerina, de l'extrémité Ouest du lac Itasy aux sources du Sakay.
Dans le Sud, à la fin d'octobre, le capitaine Laniy parcourt le massif de l'Ankaratra, repaire de rebelles qui pillent l'Ambodirano et le Yakinankaratra, et réussit, après une marche de nuit, à surprendre dans des tçorges sans issue des groupes assez nombreux qui mettent bas les armes.
Le capitaine Lainy continue son œuvre de pacification et amène la tranquillité du district d'Ankisatra, qui est rendu à Ambodirano.
Les agitateurs essayent cependant de susciter des troubles dans certaines régions prospères. C'est ainsi que, le 14 novembre, le commandant Reynes doit envoyer brusquement le sergent Dufour et 13 hommes, les seuls disponibles à Arivonimarao, donner la chasse à une bande qui vient de se former à Amboanana. Le sergent Dufour réussit, avec sa poignée d'hommes, à disperser les rassemblements qu'il rencontre et à prendre plusieurs fusils. Cette intervention immédiate empêche le mouvement de s'étendre et fait rentrer tout le monde dans le devoir.
D'ailleurs, l'arrivée de la compagnie algérienne Mahéas dans la région d'Isaha, et de la compagnie malgache du capitaine Mérienne-Lucas dans la région Sud et Sud-Ouest de l'Ankaratra, permet de compléter le réseau de
HISTOIRE
surveillance et d'assurer la tranquillité de cette partie du cercle d'Arivonimamo.
Cercle d'Ambatomanga. — Pour assurer la sécurité sur le secteur de la route d'étapes que comprend le cercle d'Ambatomanga, le commandement fait entreprendre la construction d'une série de blockbaus établis sur les mauvais passages.
Les bandes se rassemblent, de plus en plus nombreuses, dans la haute vallée de la Yarahina, et elles tentent, le 24 septembre, une attaque générale contre Ambatomanga. La garnison (compagnie Maliéas) les repousse facilement par ses feux d artiilerie et d'infanterie, et les rebelles, après avoir éprouvé des pertes sérieuses, se retirent à l'arrivée d'un détachement accouru d'Antanamalaza, sous les ordres du lieutenant Véret.
Les jours suivants, le commandant Noël dirige contre ces bandes une opération continue avec des fractions empruntées aux postes de Manjakandriana, de Maharidaza et d'Ambatomanga et une section d'artillerie de montagne.
Dans le sud de la province du Sisaony, autour de Tsiafahy, se produit également une vive effervescence. Le détachement d'infanterie de marine que le général Voyron avait dirigé de ce côté, sous les ordres du commandant Lalubin, a une série d'engagements avec les rebelles pendant tout le mois de septembre. Les petits postes que cet officier supérieur établit dans cette région réussissent à empêcher l'insurrection de gagner la zone comprise entre cette ligne de postes et Tananarive. Mais ce pays n'en est pas moins l'objet de menées très actives de la part des émissaires des rebelles.
C'est à ce moment que le lieutenant-colonel Borbal-Combret prend le commandement du cercle.
Sa première préoccupation est de nettoyer les abords de la route. A cet effet, les sommets de l'Angavokely et du Kiraba sont occupés par des petits postes, pendant que le capitaine Michelangeli et le lieutenant Duruy entreprennent une poursuite méthodique de tous les insurgés, réfugiés dans les grottes.
Au cours de ces périlleuses opérations, le lieutenant Duruy est contusionné, 1 sergent français, 2 tirailleurs algériens, 2 légionnaires et 1 Haoussa sont blessés. Mais un grand nombre de prisonniers et plusieurs fusils tombent entre nos mains.
Le 20 octobre, le lieutenant-colonel Borbal-Combret se porte contre les bandes qui tiennent le pays au delà de la ligne Tsiafahy-Ambatomanga avec la compagnie de légion Flayelle, la compagnie algérienne Tahon et une pièce de 80 de montagne. Il attaque tout d'abord le village fortifié d'Ambohimasina. Le 22 octobre, après une série d'engagements avec les bandes qui tiennent toutes les hauteurs et qui ne cèdent que devant des attaques à la baïonnette, Ambohimasina est brillamment enlevé d'assaut par la compagnie Tahon; l'ennemi, qui éprouve de très grosses pertes, laisse 22 fusils entre nos mains.
Le lendemain, la petite colonne, renforcée par un groupe emprunté aux
(U'IDE l)K L'IMMIGRANT A MADAGASCAR.
j^ai nisons de la ligne d'étapes, se porte sur le massif de l'Andrarakasina, où les bandes se sont reformées. Cette position est enlevée à la baïonnette par un peloton de la compagnie Flayelle, tandis que la compagnie Tahon poursuit l ennemi dans la vallée de la Varabina.
Le '24 octobre, les débris des bandes sont encore repoussés vers l'Est.
Dans ces trois journées d'opérations, nous avons 1 légionnaire tué, 1 légionnaire et 2 Algériens blessés; les résultats obtenus nous permettent d'installer de nouveaux postes et d'obtenir la rentrée de nombreux habitants; quelques petites bandes de rôdeurs se maintiennent seules à l'intérieur du pays occupé.
Une nouvelle série d'opérations exécutées les 12 et 15 novembre a pour but de disperser quelques goupes qui essayent de se reformer entre les postes d'Ambohimasina. Les hauteurs de r Vmpefivato sont enlevées d'assaut par la compagnie Talion; un sergent algérien est atteint de deux blessures.
A la suite de ces affaires, la compagnie Tahon est envoyée à Lazaina, avec mission de nettoyer la haute vallée de la Varabina et la bande de terrain comprise entre Tikopa et la forêt. Plusieurs engagements, du 22 novembre au 5 décembre, coûtent aux insurgés de nombreux morts, 30 prisonniers et la perte d'un assez grand nombre de fusils.
Le 9 déceudjre, une nouvelle reconnaissance est dirigée vers le Sud-Est, dans la région d'Ankafo, et permet de constater que le gros des rebelles, lassés des poursuites incessantes exécutées par les compagnies Thévenin, Flayelle et Tahon, s'est retiré dans la région d'iharamalaza, près des sources de l'Ikopa.
En même temps, les premières mesures sont prises pour l'occupation du sous-gouvernement de Tsinjoarivo.
Profitant des bonnes dispositions constatées chez un certain nombre d'habitants de ce sous-f^ouvernement, à la suite de né^jociations euiîaffées par M. Savaron et M. Philippe Razahmandimby, le lieutenant-colonel Borbal- Combret le fait occuper par la compagnie de légion Deleuze et la compagnie malgache du capitaine Pichon, cette dernière venant de Fianarantsoa.
Notre installation dans le bassin de l'Onivé aura pour effet de restreindre considérablement le champ d'action de Rainibetsimisaraka et de le rejeter dans les forets qui séparent la vallée du Mangoro du Yakinankaratra. Une reconnaissance dirigée au mois de novembre par M. l'inspecteur de milice Verrier, sur l'ordre de M. Alby, résident d'Antsirabé, avait, d'ailleurs, réussi à détruire plusieurs repaires de ce chef de brigands, sur la rive droite de la Sahatoarendrika, près de Bilisy.
Au nord de la route, nos troupes ne restent pas inactives. Le 28 novembre, une opération très vigoureusement conduite par le capitaine Michelangeli a pour résultat de détruire un groupe de rebelles fanatiques installés dans le village d'Andranomadio, dans le voisinage du Kiraba. Ces rebelles, au nombre desquels se trouvent plusieurs prêtres d'idoles influents, se défendent avec la plus grande énergie et, dans une lutte corps à corps, nous blessent un sergent français et plusieurs tirailleurs haoussas.
Les jours suivants, le lieutenant Desaulty dégage les grottes situées à Test
Pl. III. 1. AVANT LATTAQUE DES GROTTES A LEST DU KIRABA. — 2. GROTTE SERVANT DE REFUGE AUX FAHAVALOS. — 3. VILLAGE DE FAILVVALUS.
IlISTOlUE.
du Kiraha et réussit à faire quelques prisonniers et à prendre plusieurs fusils.
Les insurgés se replient alors dans la foret, au nord dWnkeraïuadiuika, où le commandant Drujon va les disperser et brûler leurs campements dans les journées des 22 et 2") décembre.
Ces débris de bandes, réduits à l'existence la plus misérable, dépourvus de toute ressource, cherchent alors à tenter un coup de main pour se procurer les vivres qui leur font défaut. Dans la journée du 28 novembre, un groupe de 400 rebelles bien déterminés quitte la forêl pendant la nuit et se porte au nord de la route, dans la direction d'Ambohimalaza, avec Tintention de piller ce village. Cette bande est aussitôt signalée et traquée de toutes parts par les détachements qu'envoient à sa poursuite tous les postes des environs; elle fait demi-tour et rentre précipitamment dans la foret, sans avoir pu piller. Malheureusement, dans la lutte désespérée qu'elle engage pour s'ouvrir une ligne de retraite, nos petits détachements sont assez éprouvés : 1 officier, le lieutenant Guillet, o soldats du bataillon de la Réunion et 1 Haoussa sont tués: 2 Français et 4 Haoussas sont blessés. Cette journée fait grand honneur à la vigueur et à l'entrain de nos petits postes, dont les chefs n'hésitèrent pas à se porter au-devant de la bande avec des groupes de quelques hommes.