‹ Guide de l'immigrant aÌ€ Madagascar (volume 2)Chapitre 42 sur 89 · DISTRIBUTION DES FORÊTS · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DES FORÊTS

Sur la foi de quelques incendies qui causent des dommages assez sérieux dans certains coins forestiers, on a prétendu parfois que le manque de bois au centre de Madagascar était le fait de l'homme. En réalité, les causes qui ont présidé à la distribution des forêts. sautent aux yeux si, au lieu de considérer des points isolés, on s'(';lève à un coup d'(eil d'ensemble. Madagascar porte à son centre une immense tonsure dont les limites coïncident avec celles des hauts plateaux. Tous les Européens de Tananarive ont vu à Ankeramadinika la forêt disparaître à la dernière grande cote. De même dans l'Ouest, en venant de l'intérieur, c'est à Ankavandra, au pied de la falaise du Bongolava, qu'on entre sinon dans une région boisée, au moins dans une région où il y a des arbres.

En dehors des limites du haut plateau, c'est-à-dire dans la région qui d'une façon générale peut être considérée comme boisée, encore faut-il dire que la forêt se raréfie ou disparaît tout à fait dans les vallées abritées du vent de mer. Par' exemple, la plaine d' Vlaotra-Moramanga est aussi nue que rimerina, malgré son sol fertile.

Dans l'Ouest, au Remaraha, à l'Isalo, partout enfin on voit que, seules, sont boisées les pentes tournées vers la mer, c'est-à-dire précisément celles 011 la précipitation lïuviale est vraisemblablement la plus abondante.

L'humidité qui est nécessaire à la vie de la forêt lui vient d'ailleurs tout aussi bien d'un fleuve ou de marais voisins. C'est ainsi qu'au Menabé les bords de la Tsiribihina et de ses affluents sont de beaucoup les parties les mieux boisées.

Il n'en est pas moins vrai qu'on peut poser cet axiome : à Madagascar, la

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forêt s'est fixée sur les pentes accessibles aux vents de nrier et, par conséquent, aux pluies.

Mais la forêt malgache est tiès différente suivant les points où on la considère.

1° La forêt de l'Est est la vraie forêt tropicale, grâce aux pluies abondantes qui arrosent pendant toute Tannée cette région.

2° La forêt de l'Ouest est tout autre. Sauf peut-être dans le Nord-Ouest, dans les parages de la baie d'Ampasindava où elle pai ticipe déjà des caractères de la forêt orientale, celle de l'Ouest est très grêle aux endroits les plus toulîus ; dans le Menabé ou le Mailaka, c'est plutôt une brousse parfois inextricable.

En même temps, les espèces des deux régions sont différentes : aux ravinala qui caractérisent les paysages de l'Est, succèdent les lataniers, les baobabs ; la plupart des arbres ont un feuillage caduc, ce qui pendant six mois de l'année donne l'impression d un paysage d'hiver sous un ciel d été. C'est que la saison sèclie dure sept ou huit mois, davantage même; certaines espèces seulement résistent à une aussi longue sécheresse et celles qui peuvent y résister ne laissent pas d'en souffrir.

5° Dans le Sud, enfin, pousse non pas une forêt, — il serait erroné de l'appeler ainsi, — mais une végétation arborescente toute particulière: c'est le pays des arbres complètement dépourvus de feuilles, des plantes cactiformes, des arbres corail, de l euphorbiacée qui donne le caoutchouc.

A l'Est, les limites de cette végétation sont très nettes ; elle commence à Elakelaka, c est-à-dire exactement au pied du versant occidental des montagnes de Fort-Dauphin.

A l'Ouest, on voit l'arbre corail [Euphorhia stenoclada) apparaître dès Belo (près de Morondava), tandis que l'euphorbiacée à caoutchouc ne se rencontre pas avant la montagne de la Table (Tulléar).

C'est que l'humidité et les pluies diminuent sur la côte Ouest à mesure qu'on descend vers le Sud. A Nosy Vé, il ne tombe que 0'",35 de pluie par an.

La distribution des forêts s'explique donc tout naturellement par l'orographie et le climat de Madagascar. Il est très légitime d'empêcher les indigènes de les détruire; on peut même peut-être espérer, avec des etîorts systématiques, boiser artiliciellement certaines parties des hauts plateaux. Mais il serait illusoire de croire que c'est l'homme qui les a déboisés en s'arrêtant juste à leurs limites.

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