PRINCIPALES ESSENCES
Yoici, d'après M. Jully, les principales essences que l'on rencontre à Madagascar et le parti que l'on en peut tirer au point de vue industriel. Ce n'est qu'un résumé sommaire; aucune étude d'ensemble un peu complète n'a encore été faite sur les produits de la Grande île. Nous ferons suivre cet
article d'une nomenclature détaillée des essences pour chacune des principales régions forestières de l'île.
L'île de Madagascar peut se partager en un certain nombre de zones, dans lesquelles la végétation diffère complètement ou qui, tout en contenant des essences semblables, en présentent d'autres absolument différentes. Le voyageur qui monte de Tamatave à Tananarive voit chaque jour le paysage se modifier; celui qui vient de Majunga subit également la même impression, bien que de ce côté la grande forêt n'existe pas ; or, les arbres de la côte Est, correspondant à ceux de la côte Ouest, à la même altitude, sont absolument différents. D'où il résulte que, pour faire une étude complète de la végétation, il faudrait supposer une section transversale de l'île et déterminer sur cette section les zones de séparation, bien que jamais la transition entre ces différentes végétations ne soit brusque. Voici ces zones :
1" Bordure immédiate de la mer peuplée de Faho (Cycas), de Pandanus, de Vakoa, de Viha, de Voavontaka, de Voasary (citronniers), etc., arbrisseaux sans grande utilité pratique au point de vue industriel par suite de leur faible taille. C'est dans cette région que poussent le cocotier et le filao.
2" Forêts bordant les lacs dans les altitudes de 50 à 60 mètres et comprenant les Nato, dont l'écorce sert pour la teinture, donnant un cachou brun rouge, et dont l'arbre fournit un beau bois ressemblant au teck; le Tamarin ou Kily, bois jaune susceptible d'être tourné ; le Ravintsara, dont la feuille remplace le laurier comme épice et dont le bois est sans utilisation spéciale; l'ébène qui atteint de fortes dimensions sur la côte et dont le diamètre diminue au fur et à mesure qu'on gagne l'intérieur et qui disparaît vers l'altitude de 1 000 mètres; le Sandra, bois noir, très beau, de faible diamètre; le Haramy ou tamaka, utilisable pour la construction des embarcations; le Tandroroho ou santalier (Hijnuniœa verrucosa), connu aussi sous le nom d'Andrakadraka; le bois de rose ou Volombodimpona.
3" La région des Rafia, qui poussent dans les cuvettes au milieu de ces forêts et constituent même dans certaines parties marécageuses la seule végétation.
4° La région des Ravinala ou arbres du Voyageur, qui commence à 50 mètres et continue jusqu'à 200 mètres. Quelques plants isolés existent même aux environs d'Analamazaotra, c'est-à-dire à 900 mètres; mais ils sont rares et de mauvaise venue.
5° La région de la grande forêt, d'Ampasimbé à Moramanga, qui contient les mêmes essences que les forêts des hauts plateaux, plus quelques autres spéciales, et moins quelques-unes qui ne croissent qu'aux altitudes de 1 200 mètres. On y trouve notamment :
Le Hetatra (Podocarpus madagoscariensis), excellent bois de charronnage, blanc, léger, facile à travailler; c'est le bois dont on fait les brancards de fîlanjana.
Les Ambora (Tambourissa)^ qui sont de plusieurs sortes et doivent appartenir à la famille des santaliers. On remarque notamment l'Andjoramangidy, l'Amboratsievoka, l'Amboraberaviiia, l'Amboramenalaingo. C'est
FORÊTS
un excellent bois de menuiserie, prenant bien la moulure, léger et se conservant bien. Il était réservé aux cercueils des anciens rois de l'Imerina ; on en a trouvé des plancbes datant de deux cents ans et encore en bon étal ; toutes les espèces cependant n'ont pas la même valeur : Fandjoratsievoka et Famboraberavina seud)lent jusqu'à présent devoir être préféiés. 11 exi<^e un long sécbage : la sève, légèrement résineuse, ressort longtemj)s après la coupe. Sa veine marron foncé donne suivant les cas un coloris intéressant.
Le Lalona [Weinmannia), bois de charpente très bon, nerveux, teinté rouge, qui dans le séchage travaille énormément; il faut toujours le laisser en grandes pièces de fort équarrissage et il doit être surtout employé dans les solivages.
Le Merana, bois blanc, veiné bleu, imputrescible, semble con\enir particulièrement aux travaux dans l'eau; il fournit de bons pilotis. Se métier des espèces similaires.
L'Angavodiana, bois de menuiserie jaune maillé rouge, spécialement bon pour l ébénisterie, donne de beaux effets sous le vernis ou I huile.
Le Varongy {Calophijllinn inoplujilum], beau bois de menuiserie, comprend trois espèces : varongy fotsy, varongy voara, varongy mainty. Cette dernière est de beaucoup la plus belle, elle peut servir notauunent pour les parquets et les lambris.
L'Hazondrano, bon bois de menuiserie, léger, fîicile à travailler, ressemble un peu au hetatra.
L'Havozo, bois plutôt mauvais comme emploi : sert d'aromate aux indigènes (semble être le ramitsara de la côte).
Le Zahana [Pln/lhnihnnn Bojcri): connu sous le nom d'arbre à écrire, est très dur, semble pouvoir remplacer le buis, est par conséquent un bois de tournage, ainsi que le goyavier et le bibassier; il produit un petit fruit comestible.
L Hazomena, bois rouge, bon pour la charpente, résistant et durable; il peut servir à Lébénisterie.
Le Sary, tiès abondant, fournit un bois de charpente relativement léger et facile î\ travailler.
Le Famelona, bois de menuiserie, blanc, très léger, doit être coupé en bonne saison, c'est-à-dire de mai en août : autrement, il pourrit avec une grande facilité.
Le Mahasaizany, bois blanc jaunâtre, très bon pour le charronnage; il peut aussi servir à la menuiserie.
Le Vandrika, bois jaune, bon pour Lébénisterie, garde la moulure et Larête vive : il passe par tous les tons, du jaune clair au jaune orange.
Le Voamboana ou palissandre, bois d'ébénisterie, conq^rend plusieurs espèces dont l une, connue sous le nom de soro, est la plus remarquable. Les autres, voamboamena mainty et manga, présentent des différences de coloris qui les caractérisent.
L'Hazomainty, ou ébène, est moins beau que le hazomafana de la côte, dont il existe plusieurs variétés, dont Lune est connue en France sous le d ébène vert.
Le Vivaona (Dilobeia Tliouarsii), bois d'ébénisterie maillé, se rapproche du palissandre comme teinte.
Le Rangy, joli bois veiné noir sur jaune et parfois rougeàtre, n'existe pas en grandes dimensions; il peut servir à la petite ébénisterie et surtout à la marquelterie, ainsi que le Harahara {fam. des Phylloclades), avec lequel sont faits les manches des bêches des indigènes de Tlmerina, arbre étrange, sans feuilles et dont les branches sont aplaties.
L'Hitsikitsika, bel arbre élancé, à bois dur, semble convenir particulièrement à la charpente.
Telles sont les principales espèces de la grande forêt que nous retrouverons, moins belles en général, dans la G'' région qui comprend en plus les espèces suivantes :
Charpente.
Yalanirana Voanana Maroando Marantana Hazomby Mankarany Ambasy Hazotokana Kairatika Ambiatibé Tambintsy lîafotsokina iManavodrevo
Landemy
Menuiserie. El)rnisterie. Cliarronnage.
Dontonana
Hazofiana?
Valomena
Mitanina
llarongana (sang dragon)
Senasena
Rotra
Mango
Montafara
Sana
Tomenjy
Lambinana
Dintinina
Felamborona
Nonoka
Tavolohazo
Lambinana
JNantsilana?
Bodomaso
Et enfin la 7^ région comprenant les vallées de l'Ankaratra, qui renferment les essences ci-dessous avec quelques-unes en plus, telles que le fotona, arbre d'essence dure semblant convenir au charronnage. Ces essences de la V région sont à l'étude en ce moment pour leur utilisation.
Si maintenant, partant de la côte Ouest, nous nous élevons vers le plateau
Sans emploi ou mauvais.
Kalcva Variha
Malambovony Alakamisy Kana Keva
Ramanjarina
Anjananjana
Anivo (palmier)
Farihazo (palmier)
Ilazotoho
Kovary
Amontana
FORÊTS
central, nous trouvons les deux premières régions poui vues d'une végétation différente de celle de la côte Est et la forêt reportée à la 5^ région. La l'" région en efïet, qui longe le rivage de la mer, n'existe pas |)ar suite de la constitutif»!! géologique de la côte Ouest; elle est remplacée par les palétuviers qui hoidcnt tous les estuaires des fleuves et s'étendent assez loin dans l'intérieur (jusqu'à 60 kilomètres dans la Betsihoka). Ces palétuviers couqirennent plusieurs espèces, dont quelques-unes fournissent d'excellents Ijois de charpente, en particulier le palétuvier rouge : la plupart sont également très intéressants à cause de la quantité de tanin que renferme leur écorce. La "2' région, colle des falaises alternant avec les grandes plaines riveraines des fleuves, comprend le latanier ou satra employé par les indigènes pour la construction de leurs cases, le baobab inutilisable à cause de la nature spongieuse de son bois, le rafla dans les fonds et quelques ravinala sur les hauteurs, puis une série d'arbrisseaux parmi lesquels le voavontaka de la côte Est, le mahabiba, dont le fruit (noix d'acajou) est comestible, le voara produisant un latex non utilisé encore, etc., tous de faibles dimensions et inutilisables comme bois, puis le tamarin qui fournit un bois jaune pouvant être d'un bon emploi dans la menuiserie.
La 5*" région commence à la première ligne de hauteurs : elle est caractérisée sur la Betsiboka par la chaîne d'Ankarafantsika. Nous y retrouvons les arbres de la côte Est déjà décrits : lalona, hazomena, hintsina. zahana, merana, ambora, hazomainty, volombodimpona appelé dans l'Ouest tsiandala. En plus, quelques espèces telles que le sohihy pour la menuiserie, le vakakonanga et le taipapango pour la charpente, le tohiravina pour rébénisterie, l'antafano pour la charpente, le voapaka pour la menuiserie, le manondia et le tsimahely pour la grosse charpente, l'andrintsohitsy pour le charronnage, le kindro et le borona pour la charpente.
De cette ô"" région nous passons à la 4% malheureusement encore inconnue jusqu'à ce jour, et qui à notre avis doit participer de la végétation de la 5*' et de celle de la h*". C est celle qui se trouverait limitée par la forêt de Manerinerina, non encore visitée et dont l'existence même est contestée. Elle s'étend par bouquets d'arbres, du reste, jusqu'aux confins du lac Itasy pour rejoindre la 6* région qui, elle, du côté Ouest, ne comprend que quelques arbres isolés ou par petits groupes, rencontrés dans les fonds de vallées, et qui représentent les essences de la 6^ région du côté Est avec prédominance des arbres que les coutumes superstitieuses malgaches ont laissé subsister de préférence aux autres. Aussi, afin d'éclairer l'opinion du botaniste qui pourrait trouver étrange devoir certaines espèces ayant résisté à l'cvuvre de destruction plutôt que certaines autres, nous donnerons la liste des bois avec leurs vertus dans la sorcellerie malgache.
Noms des essences. Propriétés prétendues.
Yintanina attire la foudre.
Valimpangady réservé aux morts.
Hazomafana écrase les porteurs.
Tambintsy interdit la postérité.
Noms des essences.
Ilazolokana Aviavy
Amontana
Voara Lambinana Havozo (ravintsara)
Propriétés prétendues.
casse la vaisselle dans la maison, n'y
en aurait-il qu'un morceau, porte malheur.
(A noter que ce mauvais sort est conjure sans doute par ses fruits, très estimés parles indigènes, qui par suite en ont planté près de leurs cases.)
attire la foudre.
(Tous les anciens villages en sont garnis.)
porte malheur.
réservé aux morts.
rend le maître paresseux.
Nous n'avons pas parlé dans cette étude, avec intention, des aibres à caoutchouc dont quelques espèces ont été déjà spécialement étudiées (voir notamment l'étude du docteur Lévrier). Il est nécessaire cependant de noter la région spéciale que M. Gautier a trouvée dans le Sud et qu'on pourrait appeler forêt d'euphorbiacées, qui existe dans les pays Androy, Mahafaly et l'extrémité sud du Fiherenana. Le manque d'échantillons n'a pas permis jusqu'à présent de dresser une liste de ces espèces.