XIX. — Fougères. Les espèces, leur emploi
Les fougères, soit terrestres, soit épiphyles, soit arborescentes, pullulent dans la grande foret. Une espèce de scolopendre, très grande, appelée ici langue de bœuf, est utilisée comme légume ; on prend les feuilles les plus tendres qu'on réunit en petits paquets et qu'on mange, cuites à l'eau, ou bien à la vinaigrette. Saveur douce , un peu mucilagineux.
XX. — Lichens. Leurs noms vulgaires, quels végétaux en sont recouverts.
Le palétuvier et le fdao ont quelquefois le tronc et les branches recouverts d'une espèce de lichen blanchâtre, ayant un peu l'aspect de Theibe après une gelée blanche, et que les indigènes appellent « fitsibolomanina ». C'est la seule espèce de lichen que Ton rencontre dans la région.
XIX. — Fleurs des bois. Orchidées. Donner le nom des espèces connues. En fait-on le commerce? Pourrait-on le tenter?
Les orchidées sont représentées par de bien jolies espèces. La famille la plus répandue, et celle qui en renferme le plus, est le genre Angrœciim. La plus jolie est Y Angrœcum sesquipedah\ dont l'éperon de la tleur atteint jusqu'à un pied et demi de longueur, et qui est excessivement commun ; \mi< viennent V Angrœcum superbum, avec une variété nommée l'/lîzgrsecum burneum caudatum, espèce rare et très difficile à transporter; VA. citratum, excessivement élégant, très commun ; VA. articulatum, commun ; 1'^. Humbloliy sans valeur.
Deux espèces de Phajus. i"" Phajtis Hiimbloti; T Phajns articulatus, Cymhidium-Loïse, Chauvierci, très rare et de grande valeur; un seul exemplaire a fleuri en Europe.
Dans le genre Eidophia, on trouve beaucoup d'Enlophiella Elisahethae, plante importée il y a quelques années seulement et dédiée à S. M. la reine de Roumanie.
Il faut signaler encore VEulophia Peter si, dont M. Mocquery, naturaliste, a expédié Tannée dernière plusieurs spécimens en Europe. C'est une grande et superbe plante, dont la tige florale, qui porte une douzaine de grandes fleurs marengo, atteint 1°',50.
En somme, beaucoup de belles orchidées, mais dont le commerce est à peu près impossible à tenter à cause des frais nécessités par leur envoi, et aussi à cause du peu de soins que les agents des Messageries maritimes prennent des caisses de plantes qui leur sont spécialement recommandées, ce qui est cause d'une mortalité d'au moins 50 pour 100 dans les envois.
XXII. — Faune. Donner le nom des animaux à poil et à plume de la région d'Antoncjil [en distinguant les oiseaux aquatiques). Pourrat-on se procurer des spécimens? Y a-t-il dans la région un homme capable d'empailler les animaux? Pourra-t-on réunir quelques nids d'oiseaux? Lesquels ? Nom des principaux reptiles ?
L'animal le plus grand et le plus répandu ici csl le sanglier [PotamocJiœrus Edivardsii), qui semble être assez voisin de Tespèce africaine, avec ses longues oreilles pointues et terminées par une touffe de longs poils ; il habite les forets, mais se tient de préférence aux alentours des champs de riz qu'il saccage; sa couleur générale est brun rouge.
Les forêts renferment plusieurs espèces de lémuriens ou makis ; le plus commun est le maki à tête noire (Lemur mongoz, var. nigrifrons), puis une espèce qui ne se trouve guère que dans cette partie de l'ile, le maki rouge (Lemur varius ruher) et le maki à téte blanche [Lemur albifrons) ; le plus répandu dans la forêt est une belle espèce à tête et pattes noires, h queue noire, à favoris, bras et jambes d'un blanc pur, avec un cercle blanc au milieu du corps {Lemur varius typicus).
La plus grande espèce est le babakoto (Indris brevicaudatus), grand maki, à queue très courte, qui forme un genre excessivement remarquable par la longueur de ses jambes (80 centimètres environ).
Un autre animal, beaucoup plus rare, l'ayc-aye [Cheijromys madagascariensis) se rencontre quelquefois dans les grandes forêts ; il est nocturne et, comme les précédents, particulier à l'île.
En outre, beaucoup d'autres animaux, parmi lesquels je citerai au hasard : le fosa, le zabady [Viverra), espèce de civette; le vonlsira (Galidia), sorte de mangouste ; un joli et grand chat sauvage, nommé ici « kary », et qui est le Felis cafra ; le trandraka {Centetes), dont il y a deux espèces; deux sortes de hérissons, l'un (Ericulus) assez semblable à celui d'Europe, mais ayant à peine la moitié de la taille du nôtre (soky) et un autre plus petit, nommé « sora » {Echinops).
FORÊTS
Oiseaux. — Les plus grands oiseaux sont représentés ici par (juatre belles espèces de rapaces diurnes : il y en a, en outre, six ou huit esj)èces moyennes et petites, entre autres, une crécerelle assez voisine de celle de France, mais beaucoup plus petite.
Trois espèces de pigeons, le pigeon vert, le pigeon bleu, et une belle tourterelle voisine de l'espèce française; en outre, un tout petit pigeon à queue noire très longue.
Deux espèces de perrocpiets noirs :
Coracopsis obscurci ei Coracopsis ?îz^?'a, puis la petite perruche verte à tète grise {Psittacula madagascariensis) .
i h La pintade, un mets exquis [Numicia tiarata). Un oiseau bien remarquable est le Kirombo {Leptosomus discolor) ; le màle est gris avec ailes et queue d'un vert métallique, alors que la femelle est brun rouge avec des macules noires et blanches.
Trois espèces de souis : le plus joli, noir, à tête, poitrine et dos vert-métallique {Nectar inia notata).
Puis le moineau ignicolore (Ploceus niadagascarieiisis) ^ lequel cause de grands dégâts au riz, qu'il mange sur tige avant maturité.
Plusieurs espèces de coucous : le coucal brun (Centropus madagascariensis), la mariha (Co?/rt cœrulea), et de nombreuses autres espèces.
Un martin-pècheur : le Corgthornis cristatus. bleu à ventre brun clair, et un martin-chasseur : Vlspidina tnadagascariensis, rouge mat, bec rouge, très rare.
En outre, le guêpier {Merops madagascariensis), l'un des oiseaux qui rendent les plus grands services avec le merle moqueur, la veuve {Dicrurus) : tous deux détruisent des quantités prodigieuses d'insectes et de chenilles.
Les rivières et les marais sont peuplés de râles, hérons (huit espèces), poules d'eau (cinq espèces), parmi lesquelles la grande poule sultane (Porpliyrio smaragnotus), et une autre également bleue à caroncule rouge, plus petite ( Porplujrio Alleni) ; une quinzaine d'espèces de sarcelles, canards ; une petite oie fort jolie appelée ici « tsaravanga », etc
Reptiles. — Deux espèces de crocrodiles : le plus répandu est le Crocodilus madagascariensis; l'autre espèce, à tète plus grosse, est le Crocodilus rohustus, tous deux particuliers h l'île.
Le plus grand serpent est l'ankoma ; puis viennent, en grande quantité, des couleuvres, dont plusieurs espèces absolument remarquables par leur tète qui se termine chez les unes par de longues pointes, chez d'autres par des membranes ressemblant à une feuille dentelée.
A mentionner aussi le serpent de nuit, le mandry, grand mangeur d'œufs et de poussins.
Environ vingt espèces de lézards, dont le plus curieux se tient en forêt sur les grands arbres et a tout le corps, de la téte à la queue (quia la forme d'une feuille), garni de membranes, le tout formant ventouse de sorte qu'il est difficile de le capturer sans l'abîmer. Sept espèces de caméléons, trois espèces de tortues terrestres, etc.
Rien ne sera plus facile que de faire faire sur place une collection complète des animaux de toute espèce, oiseaux et reptiles, qui foisonnent sur les côtes de la baie d'Antongil.
M. Mocquery, naturaliste, étudie en effet depuis un an la région et a déjà ramassé ou expédié en France des collections de toute sorte.
XXIII. — Insectes. Donner sommairement le nom des insectes connus dans la région d'Antongil. Insister surtout sur ceux qui causent des dégâts aux bois.
Sous ce rapport, toute la province est d'une richesse exceptionnelle, et M. Mocquery qui explore le pays y a découvert beaucoup d'espèces nouvelles.
line espèce bien remarquable appartient à la famille des Cicindélides, genre Peridixia. Ce coléoptère, armé de fortes mandibules et de pattes longues, fait aux insectes destructeurs des bois une chasse sans pitié. On a observé à plusieurs reprises qu il tue souvent, sans les manger, les larves qu'il peut attraper. 11 circule autour des troncs d'arbres avec une grande vitesse, et aucun insecte ne peut lui échapper à la course. C'est certes l'un de ceux qui rendent le plus de services aux forêts, car les femelles pondent à l'orifice des trous dans lesquels sont installées des larves d'insectes qui détruisent le bois, et dès leur éclosion les nouveau-nés connnencent à manger toutes les larves qu'ils peuvent rencontrer dans les galeries et sauvent ainsi des quantités d'arbres qui sans cela seraient infailliblement perdus.
Comme autres coléoptères utiles, à citer bon nombre de Carabides, qui font aux larves, aux limaces, une chasse sans relâche. Les Sylphes, les Staphylinides et les Géotrupes sont représentés par des espèces fort remarquables.
Les Buprestides, dont M. Mocquery a plus de cent espèces, vivent entre l'écorce et le bois des arbres.
LesLongicornes sont, avec les Charançons et les Scolytes, les coléoptères qui causent le plus de dégâts dans les bois ; mais ils ont des ennemis terribles, surtout une vingtaine d'espèces dichneumons (Hyménoptères) dont les femelles, pourvues de tarières qui atteignent jusqu'à cinq centimètres de longueur, pondent dans le corps même des larves installées au fond des galeries creusées dans les arbres. Les larves de ces Hyménoptères se développent dans la larve nourricière, qui meurt juste au moment oii les parasites se transforment en insectes parfaits.
Il y a beaucoup d'espèces de coccinelles qui font une guerre acharnée aux pucerons et aux cochenilles.
Dans les Lépidoptères, il y a beaucoup d'espèces intéressantes, moins cependant que dans les Coléoptères. On n'a pas trouvé de fabricants de soie; Bombyx, Attacus, Orgyay Liparis, aucune de ces espèces n'est répandue dans le pays.
En Orthoptères, il existe des représentants absolument extraordinaires, surtout dans les phasmes, dont quelques-uns atteignent de 25 à 50 centimètres de longueur. On a signalé plusieurs formes de sauterelles nouvelles, que décrit en ce moment M. Finot, le grand orthoptériste français.
FORÊTS
Dans les Névroptères, les termites, fort heureusement, sont rares dans le pays ; il n'y a que de petites tribus établies dans de vieux bois ou de vieux arbres.
XXIV. — Étendue approximative des forets de la région d\inton(jil.
La forêt, telle qu'elle est, couvre encore une bonne moitié du territoire de la province. Elle s'étend, de la rivière d'Anové, limite de la province de Fénérife, jusqu'à I Jfamolahana, près du cap Masoala, sur une longueur d'environ 160 à 180 kilomètres et une largeur moyenne de 80 à 00 kilomètres.
Le incendies allumés volontairement par les indigènes pour semer du riz y ont fait par-ci par-là de vastes brèches ; mais ces ravages sont relativement peu graves, étant donnée son étendue considérable. L'ensemble des mesures prises depuis l'occupation française pour la protection des forêts permet d'ailleurs d'espérer qu'elles seront dorénavant complètement à l abri du feu.