‹ Guide de l'immigrant aÌ€ Madagascar (volume 3)Chapitre 43 sur 204 · III · texte numérisé non relu

III

La figure ci-jointe montre comment on découpait la piastre (a, loso; 6, kirobo; c, sikajy; d, voamena).

Si l'on se reporte aux noms malgaches désignant ces subdivisions, on remarque que « loso » et « kirobo » semblent provenir de deux mots arabes désignant les fractions 1/2 et 1/4. La piastre est désignée sous les noms « ariary » et « farantsa » ; le premier de ces deux mots est plus usité et plus large dans sa signification. Il indique, en effet, non seulement la pièce, mais encore sa valeur représentative en monnaie coupée, tandis que « farantsa » n'est employé que pour la piastre elle-même. Farantsa vient du mot « France » qui es! estampé sur la pièce; quant au mot « ariary » il semble provenir du « réal » espagnol que les Arabes adoptèrent et dont ils firent successivement « arrigal » et « arrial » en y ajoutant leur article, mot qu'on peut écrire « arialy » et par le changement de 1 en r « ariary » comme aujourd'hui.

« Venty» signifie, en malgache, volume, poids, et la plus petite monnaie fictive le « variray venty » veut dire de la grosseur, du poids d'un grain de riz.

« Sasanangy » est le tiers de la piastre. En découpant la piastre en trois parties égales, la partie opposée au trait du couteau sera coupée en deux (sasaka) et cette figure occupera elle-même le maxillaire inférieur (mangy) de la pièce, d'où le mot « sasa-mangy ».

On ne connaît pas du tout l'origine du mot « sikajy ». Quant aux autres subdivisions, on remarque que chacune des trois parcelles formant un sikajy s'appelle « voamena » ou fève. Un voamena est équivalent à trois « erananibatry » dont le synonyme « ambrevade » signifie pois, et un erananibatry vaut dix varivaiventy (vary iray venty), L'unité de riz. Le poids des fèves, pois, grains de riz correspond à peu près aux poids de l'argent monnayé désigne sous les noms voamena, erananibatry et varirai venty.

Les compilateurs de la numération indigène, afin de simplifier les matières, ont réduit les grains de riz et les fèves tous à des petits pois erananibatry, dont par conséquent neuf valaient un sikajy ou 60 centimes; et il fut convenu que les dix grains de riz seraient réduits à des points décimaux.

Voilà pourquoi on met A. s. e. dans les livres de comptabilité pour désigner 1 piastre, 60 centimes et 1 pois. Ex. A 1. 2 s. 5e. désigne 1 piastre et 2 sikajy ou 1,20, plus 5 petits pois (eranambatry) ou 1/5 de sikajy ou 0,20, ce qui additionné donne le total de 6 fr. 40.

Ces dénominations servent à la plupart des Malgaches pour leurs transactions commerciales. Toutefois, il en existe quelques autres ; avec la Réunion et Maurice les transactions se font au moyen de piastres et de cents qui appliquent dans toutes leurs parties notre système décimal.

Chez les Sakalaves de l'Ouest et les Antankaras du Nord, la piastre est désignée sous le nom de « parata », qui vient de « plata », argent en espagnol.

RENSEIGNEMENTS DIVERS. 99

Il est à remarquer que de nos jours les dialectes kisouaheli des Grandes Comores et d'Anjouan emploient les mots :

Rialy 1 piastre

Noso loso

Kroub kiroho

Ces mots d'origine espagnole ou arabe sont probablement passés sur la côte orientale d'Afrique dans les dialectes indigènes avant d'être introduits à Madagascar.

Dans la région d'Anorotsangana, le voisinage de Nossi-Bé a amené l'usage de monnaies divisionnaires désignées sous le nom de « farantsa kely », petites piastres.

Kirobo bory 1 franc

Simony bory 50 centimes

La monnaie de cuivre était connue sous le nom générique de « marika » , marquets.

A Sainte-Marie de Madagascar, la numération indigène était basée sur l'ancien « marquet », monnaie de cuivre dont il fallait 13 pièces pour faire 1 franc. Les principales subdivisions étaient :

Indray iiany (un demi) 45 millimes

Kosibé (marquet) , . 9 centimes

Tarezy (treize) 1 franc

Ventisisy 2 francs

Les monnaies étrangères ont été démonétisées en 1895, à l'occasion d'un procès intéressant (procès Kingdon), par un kabary du premier ministre.

La substitution de la piastre française de 25 grammes à l'ancienne piastre espagnole de 27 grammes occasionnait au détenteur, qui les fractionnait pour les transactions indigènes, une perte de 40 centimes environ par pièce ; la perte absolue était, en réalité, bien plus considérable, la pièce de 5 francs n'ayant sous forme de monnaie coupée que la valeur de l'argent fin, soit au plus 2 fr. 70. Aussi l'introduction de la monnaie divisionnaire française constitue-t-elle de ce fait, et par la plus grande facilité qu'elle donne aux transactions, un véritable [bienfait économique pour la population malgache.

Parmi les subdivisions monétaires citées plus haut, quatre seulement étaient employées comme unités de calcul.

Ariary 1 piastre

Sikajy 1/8 de piastre

Eranambatry 1/72 de piastre. . 1/9 de sikajy

Variraiventy 1/720 de piastre. . 1/10 de eranambatry

Le calcul monétaire se faisait donc suivant trois systèmes de numération différents. Cette complication, que supprime heureusement l'emploi de la

monnaie divisionnaire française, constituait pour les Malgaches eux-mêmes une sérieuse difficulté. Elle obligeait les commerçants européens en relation avec eux à l'emploi de barèmes dont les plus usités donnaient de sou en sou, par centième de piastre, la valeur des subdivisions monétaires malgaches.

Voici celles de ces subdivisions qui correspondent absolument ou très sensiblement à nos monnaies divisionnaires françaises.

Venty sy kirobo 2 francs

Iraimbilanja 1 franc

Lasiroa 50 centimes

Voamena 20 centimes

llavoamena 10 centimes

Varifitoventy 5 centimes

Avant l'occupation, elles étaient déjà connues sous ces noms-là par les indigènes, qui maintenant les désignent assez couramment par des noms français, surtout en ce qui concerne les petits sous, les gros sous et la petite pièce de quatre sous.

Pour peser cette monnaie, de petites balances en fer ou en cuivre sont depuis longtemps fabriquées par les Hovas et se vendent depuis 40 centimes jusqu'à 1 fr. 25 pièce. Elles sont soignées et possèdent même une certaine élégance. Les poids, depuis les premiers jusqu'aux plus récents, sont au nombre de cinq seulement : deux « loso », dont chacun est égal au poids d'une moitié de piastre espagnole; un « kirobo » qui correspond à un quart de piastre espagnole; un quatrième, « sikajy » qui équivaut à un huitième de piastre ou 60 centimes; enfin, le dernier, ou « roavoamena », qui vaut 40 centimes. On obtenait les valeurs intermédiaires en ajoutant ou en soustrayant deux petites fèves blanches, encore employées aujourd'hui par tous les indigènes, mais qui ont été prohibées sur les marchés publics. En 1897, le gouvernement a émis des poids représentant le tiers d'un décime (varidimiventy), un demi-décime (varifitoventy), deux tiers de décime (eranambatry), enfin un décime (ilavoamena).

Il est donc nécessaire de se munir d'une balance et de neuf poids avant d'engager une opération avec un commerçant malgache.

Poids malgaches1. — Les Malgaches n'avaient pas autrefois de poids proprement dits ; ils ne disposaient pour faire les pesées de faible valeur que des poids monétaires, dont rémunération et la signification ont été données dans l'étude précédente sur les monnaies.

Ces poids, au nombre de neuf, se répartissaient comme suit : 1° Deux poids de loso ou 2 fr. 50 représentant chacun une demi-piastre et pesant ensemble 27 grammes; ce poids de 27 grammes, supérieur de 2 grammes au poids de nos pièces de 5 francs, provient de ce qu'à l'origine les piastres mexicaines, dont le poids est de 27 grammes, étaient seules

1. Partout remplacés aujourd'hui par les unités du système métrique.

RENSEIGNEMENTS DIVERS

admises en circulation dans l'île. Les poids monétaires établis sur cette base ne furent pas changés, lorsque furent introduites dans le pays nos pièces de FUnion latine, de telle sorte que, lorsqu'on apportait au changeur une pièce de 5 francs pesant 25 grammes, on recevait en échange 27 grammes d'argent coupé.

2° Le poids de « kirobo » ou 1 fr. 25, représentant le 1/4 de la piastre et pesant 6 gr. 075.

5° Le poids de « sikajy », représentant le l/8e de piastre et pesant 5 gr. 0375.

4° Le poids de « roavoamena » ou deux voamena, soit 0 fr. 416, représentant le 1/1 2e de la piastre et pesant 2 gr. 025.

5° Le poids de « voamena » ou 0 fr. 208, représentant le l/24e de la piastre et pesant 1 gr. 0125.

6° Le poids d'« ilavoamena » ou 1/2 voamena, 0 fr. 104, représentant le l/47e de la piastre et pesant 0 gr. 5625.

7° Le poids d'« eranambatry » ou 0 fr. 069, représentant le 1/7 2e de la piastre et pesant 0 gr. 375.

8° Le poids de « varifitoventy » (sept grains de riz) ou 0 fr. 0520, représentant le l/96e de la piastre ou 0*gr. 2812.

9° Le poids de « varidimiventy » (cinq grains de riz) ou Ofr. 054, représentant le 1/1 14e de la piastre et pesant 0 gr. 108.

En les combinant entre eux, ces neuf poids suffisaient à faire des pesées assez exactes lorsqu'il s'agissait d'apprécier des dosages pharmaceutiques ou des produits d une grosse valeur sous un faible poids, tels que l'or ou l'argent. Pour les pesées infinitésimales (poisons médicamenteux, etc.), les Malgaches avaient recours à des pesées faites avec des grains de riz et le poids de « varidimiventy » , qui avait approximativement le poids de 5 grains de riz ; ils descendaient l'échelle en mettant dans le plateau de la balance 4, 3, 2, 1 grains de riz qui permettaient respectivement d'obtenir les pesées : variefabenty ou 0 gr. 0864; variteloventy ou 0 gr. 0648; variroaventy ou 0 gr. 0452; variraiventy ou 0 gr. 0216.

La piastre elle-même servait de poids, et, pour bien des marchandises, principalement pour les articles d'épicerie, on pèse encore avec des piastres. On allait ainsi jusqu'au poids de 20 piastres, représentant notre livre française ou 1/2 kilo; mais il était stipulé quelquefois entre acheteur et vendeur que la livre serait pesée à 18 piastres et non à 20, le poids de 18 piastres se rapprochant sensiblement de celui de la livre anglaise qui, seule, était en usage à Madagascar. La livre « avoir du poids » pèse en effet 0 kil. 453.

La livre anglaise était l'unité de poids pour les grosses charges et les marchandises denses; les peaux, la cire, le crin végétal, le rafia, etc., se vendent encore à tant les 100 livres anglaises.

Les Malgaches arrivaient à faire des pesées de 500 livres, mais n'allaient pas au delà; la difficulté des transports n'exigeait pas pour eux des pesées supérieures à 500 livres, et ces pesées, lorsqu'elles étaient faites. Tétaient avec des instruments que, seuls, les Européens ou les Indiens possédaient.

Dans les campagnes, et sur bien des points de la côte Est et du Betsileo, les bases d'appréciation étaient beaucoup plus rudimentaires et, quand il s'agis-

sait de pesées supérieures à celles qui se faisaient à l'aide des poids monétaires ou des piastres, on se contentait des approximations suivantes :

« Azo sakelehina » pour un poids qui pouvait facilement être transporté sous le bras, soit de 1 à 5 kilos environ.

« Azo antsorohina » pour un poids qui pouvait facilement être transporté sur l'épaule, soit de 3 à 5 kilos environ.

« Azo lolohavina » pour un poids qui pouvait facilement être transporté sur la tête, soit de 5 à 10 kilos environ.

« Azo bataina » pour un poids qui pouvait facilement être soulevé de terre, soit de 10 à 15 kilos environ.

Venaient ensuite les expressions :

« Zakan 'olon-irery », c'est-à-dire la charge d'un homme, soit de| 25 à 30 kilos.

« Zakan' olon-droa », c'est-à-dire la charge de deux hommes, soit de 50 à 60 kilos, et ainsi de suite.

« Zakan' olon-telo », « zakan' olon' efatra », selon qu'il s'agissait d'un fardeau transportable par trois et quatre individus.

Mesures de longueur malgaches. — En dehors de notre mètre qui était d'un emploi assez peu répandu, sauf sur la côte Est où depuis longtemps la colonisation française a implanté ses usages, les Malgaches se servaient généralement du yard anglais, de préférence au mètre. Le yard avait d'ailleurs, pour les marchands d'étoffes, de draperies et autres marchandises se vendant à la longueur, l'avantage de n'avoir que 0 m. 9144: il faut dire aussi que la plupart des toiles, cotonnades, etc., originaires d'Angleterre ou d'Amérique, sont roulées à plis égaux d'un yard de telle sorte que le mesurage en est rendu très facile et ne réclame pas l'emploi d'une mesure rigide.

Le yard anglais était quelquefois employé pour le mesurage des terrains, de même que le pied de 0 m. 50 479. Dans toutes les concessions consenties à des étrangers, les dimensions des terrains étaient exprimées en milles terrestres anglais de 1609 m. 544; seules les concessions françaises étaient exprimées en mètres et kilomètres.

Les Malgaches n'avaient, par conséquent, pas d'unité de longueur nationale, ils employaient indiflërernment celles dont se servaient les étrangers, et Fart. 79 des lois de 1881 spécifie que le gouvernement en a reconnu sept dont il tient les spécimens à la disposition du public. Ces sept mesures de longueur sont vraisemblablement celles auxquelles on avait eu recours pour fixer les limites des concessions accordées aux Européens, soit par conséquent :

Le pied anglais,

Le yard,

Le mille,

Le mètre,

Le kilomètre,

La brasse ou refy (lm.82)

Et le mamaki-tratra ou 1/2 refy, soit 91 centimètres.

RENSEIGNEMENTS DIVERS

La brasse seule était essentiellement malgache et sa longueur était fixée à lm.82; elle était supposée aller d'une extrémité à l'autre des deu* mains quand les bras déployés sont sur une même ligne horizontale ; la demi-brasse, ou « mamaki- traira », était supposée aller de l'extrémité d'une main (le bras étant déployé horizontalement) jusqu au milieu de la poitrine.

Enfin, comme mesures intermédiaires, mais non nettement déterminées, les Malgaches se servaient des comparaisons suivantes :

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