‹ Guide de l'immigrant aÌ€ Madagascar (volume 3)Chapitre 44 sur 204 · VALEUR · texte numérisé non relu

VALEUR

AU SYSTÈME MÉTRIQCE

Iray ankihy ou iray fa-

Soit la largeur d'un doigt

0 m. 018 environ.

Yodi-felatanana. . . .

Soit la largeur du plat de la main lorsque tous les doigts sont réunis.

Distance séparant l'extrémité du pouce ou-

H centimètres environ.

vert de la première phalange de l'index, ' celui-ci étant replié sur lui-même.

' Dislance séparant l'extrémité du pouce ou-

15 centimètres environ.

' vert de l'extrémité de l'index également ouvert.

j 18 centimètres environ.

Zehy ou empan. . . .

\ De l'extrémité du pouce à l'extrémité du doigt médius.

22 centimètres environ.

Dia ou pied malgache.

Longueur d'un pied moven

33 centimètres environ.

Comme fraction du « dia » ou pied, il y avait également le « tapa-dia » ou demi-pied, 15 centimètres environ, sensiblement équivalant à V « hondry », et le « manala-rantsana », littéralement « moins les orteils », c'est-à-dire la longueur de la plante du pied, soit 25 centimètres environ.

Citons encore les expressions qui répondent aux petites mesures d'un usage courant :

« Hakiho » ou coudée, représentant la distance qui sépare l'extrémité du doigt médius du coude, la main étant ouverte, soit 40 à 45 centimètres environ.

« Indray mandingana », ou pas de 60 centimètres environ.

« Ampameloman-tokana », distance séparant l'extrémité du médius du sein du même côté, le bras étant horizontalement allongé et la main ouverte, soit 70 centimètres environ: venait ensuite le « mamaki-tratra » ou demirefy, dont nous avons parlé plus haut.

« Ampameloman-droa », distance séparant l'extrémité du médius du sein du côté opposé, le bras étant allongé horizontalement et la main ouverte, soit environ 95 centimètres

« Manindao », distance séparant l'extrémité du médius du haut de l'épaule opposée, le bras étant allongé horizontalement et la main ouverte, soit environ 1 mètre.

Venait enfin le « refy » ou brasse dont la longueur légale avait été fixée à 1 m. 82.

Mesures de distance malgaches. — 11 n'est pas sans intérêt de signaler ici de quelle façon les Malgaches apprécient approximativement les distances. S'il s'agit d'une distance à déterminer séparant deux points, ils ont recours aux expressions suivantes :

« Indray-mitoraka », à la portée d'une pierre lancée par un bras de force moyenne (soit de 50 à 75 mètres).

a Takatr'antso », d'où l'on entend un appel parti de l'autre point.

« Taka-basy » à une portée de fusil; il s'agit d'une portée de fusil à pierre dit « angalisa », portée évaluée à 100 brasses environ, soit 182 mètres.

Enfin, quand les indigènes veulent parler d'une distance parcourue ou à parcourir, ils se contentent de l'indiquer par la durée mise à la parcourir, et ils se servent pour cela des expressions :

« Indray mitono valala », le temps de frire une fois des sauterelles, soit 5 minutes environ de marche.

« Indray manasa-patsa », le temps de cuire une fois des crevettes, soit 10 minutes environ de marche.

« Indray-manasa-bary », le temps de cuire une fois du riz, soit 45 à 50 minutes environ.

« Lalan'indray maraina », c'est-à-dire marche qu'on peut accomplir facilement, aller et retour, dans une matinée.

« Lalana mitsidik'andro », c'est-à-dire marche qu'on accomplit dans une demi-journée.

« Azo itampodiana », c'est-à-dire une distance qui permet, en partant de bon matin, de retourner chez soi pour coucher le soir.

« Hodia-mandry », c'est-à-dire une distance qui oblige à coucher au point extrême pour n'en partir que le lendemain matin.

LE TANGHIN

Les épreuves judiciaires ont été pour ainsi dire employées de tout temps; on en trouve des traces dans l'antiquité, et, au moyen âge, les épreuves par le feu, l'eau et le duel étaient légales et sanctionnées par la religion. Les épreuves par le poison semblent particulières à l'Afrique, à l'exception, cependant, de l'eau rouge, épreuve judiciaire des Papous et de l'eau amère de certaines tribus malaises; on ne connaît cependant guère les épi cuves des différentes tribus africaines et, à l'exception de l'épreuve judiciaire de la fève Calabar pratiquée par les nègres de la côte de Calabar, on n'a de données précises que sur l'épreuve du « Tangena » ou Tanghin, autrefois en usage parmi les habitants de Madagascar.

Il est à observer que ces épreuves ne sont souvent employées que pour la découverte de la sorcellerie, dans laquelle les légistes africains comprennent l'usage des drogues empoisonnées pour de mauvais desseins. Il en est

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résulté que, chez beaucoup de races en enfance, les effets physiologiques des breuvages empoisonnés sont attribués à quelque pouvoir magique, soit inhérent à la substance, [soit communiqué à elle par sorcellerie. Il est naturel que, imbus de ces idées, ils aient attribué les différences dans les résultats obtenus après leur administration, à une sorte de faculté ou intelligence distinctive possédée par la substance. De là, découle l'idée d'employer les poisons pour découvrir des crimes occultes, comme la sorcellerie.

Historique. — On ne possède aucun document qui explique quand, où et comment l'emploi du tanghin commença à Madagascar. Au xvne siècle, d'après E. de Flacourt, il était employé comme épreuve judiciaire, mais avec lui beaucoup d'autres épreuves par l'eau et par le feu. Il devint surtout d'un usage courant dans les ordalies du commencement de ce siècle, mais on le réservait pour la découverte de crimes infamants, tels que la sorcellerie et la trahison, cette dernière comprise en partie dans la sorcellerie, la justice malgache ayant d'autres moyens à sa disposition, un système d'épreuves plus rationnel pour découvrir les coupables de menus faits.

Le poison est tiré du Tanghinia venenifera, arbre indigène assez commun sur la côte est de Madagascar. En octobre et novembre, son feuillage est d'un vert foncé et ses fleurs d'un magnifique cramoisi, ce qui lui donne un aspect très original; vers le milieu de novembre, les fleurs se fanent et un petit fruit vert apparaît, qui se développe rapidement jusqu'à Noël, époque de sa maturité complète.

Ce fruit a alors la forme d'une prune de la grosseur d'un œuf, avec une peau bigarrée de colorations rouges et brunes, ce qui, de loin, lui donne un aspect jaunâtre. La partie pulpeuse est d'une couleur terne, peu alléchante, et d'une saveur écœurante. Au centre, se trouve le noyau qui est la partie vénéneuse du fruit. Ce poison n'a pas d'analogue dans toute la chimie toxicologique.

Le tanghin était réservé pour les cas de crime de trahison ou de sorcellerie. Pour les menus faits, lorsqu'il y avait désaccord entre deux parties, sans qu'une enquête judicieuse puisse faire reconnaître l'ayant droit et son adversaire, le coupable ou l'innocent, on faisait prendre le tanghin à des animaux, chiens ou poulets, représentant chacun un des personnages en litige, et, suivant les manifestations de l'animal après l'absorption du poison, la personne qu'il représentait était reconnue coupable ou innocente. L'épreuve était décisive et l'on n'admettait pas de contre-épreuve; si les manifestations demandées à l'animal ne se produisaient pas, on administrait une autre dose et on en attendait le jugement.

L'ordalie était une institution vraiment nationale. Les juges qui administraient le tanghin étaient très considérés; ils étaient surtout appelés « mpanozon-doha » ou « ceux qui font trembler la tète » ou encore «mpampinona », ceux qui forcent à boire. Ces mpampinona, par des expériences personnelles et secrètement transmises, savaient préparer l'ordalie de plusieurs façons, en prenant le noyau de substances autres que le tanghin.

non vénéneuses et lui ressemblant extérieurement, en augmentant ou diminuant la dose que devait absorber le patient, enfin en donnant la mort ou en faisant simplement vomir, suivant que le patient leur était plus ou moins sympathique, qu'il était plus ou moins opposé au gouvernement et qu'il avait donné plus ou moins d'argent pour que l'épreuve lui fût salutaire. Le plus souvent, tout se ramenait à une question d'argent.

Pour les épreuves in corpore vili, en cas d'individus soupçonnés de petites offenses, ou pour trancher une querelle entre deux personnes, ou pour connaître lequel de plusieurs individus était coupable d'un crime que l'on croyait avoir été commis par l'un d'eux, on prenait, comme il a été dit, des animaux, chiens ou poules, auxquels on administrait le tanghin.

Mode d'administration. — On prenait deux amandes de tanghin, on les

sectionnait en deux parties, ce qui donnait à chacune de ces sections l'apparence d'une fève épluchée ; on écrasait la moitié de chaque amande dans de l'eau. Cette coutume de prendre deux moitiés d'amandes différentes fut adoptée afin d'accroître les chances pour que le poison administré n'agit qu'avec une force moyenne, et on faisait absorber cette émulsion à des chiens de même taille et de même race représentant les personnes soupçonnées ou en litige. Le parti dont le chien expirait le premier était jugé comme ayant tort ou coupable; si les chiens expiraient simultanément, le cas était décidé sur une base d'égalité, et, si l'on ne pouvait procéder ainsi, l'épreuve était renouvelée. C'était la résistance de l'animal au poison qui décidait de l'innocence de celui qu'il représentait.

Lorsque l'expérience était faite sur des poules, le mpampinona prenait entre ses jambes une poule dont les pattes reposaient a terre, maintenait les pattes de la poule avec ses pieds, d'une main lui tenait le bec et les ailes, et de l'autre lui administrait le poison qu'il la forçait à avaler. Si la poule laissée en liberté ne se démenait pas, surtout restait muette, c'était le verdict de culpabilité; si elle poussait, au contraire, des cris provenant de l'absorption de cette substance amère lui raclant le gosier, c'était un verdict d'acquittement. Si le juge voulait la condamnation de l'accusé, il étouffait à moitié la poule dans ses jambes et lui remplissait le gosier de manière qu'elle ne put crier.

Lorsque les individus suspects étaient soumis de leur personne même à l'épreuve du tanghin, une grande foule s'assemblait comme pour un spectacle, le centre d'attraction étant nécessairement l'exécuteur ou mpampinona et la ou les victimes. Pour inspirer la confiance, le poison était préparé en public par les mpampinona, qui pétrissaient sur une pierre, avec un peu d'eau, deux moitiés de noyaux différents, dans le but d'assurer l'uniformité du poison; ils obtenaient ainsi une émulsion blanche qui, délayée avec le suc d'une feuille de banane, se dissolvait en partie. L'individu soupçonné absorbait cette dissolution.

L'exécuteur posait alors la main sur le front de la victime et se lançait dans un torrent de dénonciations, d'invocations à « Manamango ». divinité incorruptible, résidant dans la noix du tanghin et ayant la puissance de

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livrer à la mort les sorciers et les coupables et de laisser la vie aux innocents en suspendant ses efïets vénéneux. Cette harangue, longue et pleine de détails, commençait ainsi : « Ary inandrenesa, mandrenesa, ry Manamango », « Écoute, écoute, ô Manamango », et elle continuait :

« Tu n'as pas d'yeux, mais tu vois; tu n'as pas d'oreilles, mais tu entends; tu as ici aujourd'hui un œuf rond apporté de loin, des terres qui se trouvent par-delà les grandes eaux (peut-être est-ce une allusion à l'introduction de l'épreuve du poison par les Arabes). Écoute et juge, car tu connais toutes choses et décides toujours avec équité. Si cet homme n'est pas coupable de sorcellerie, s'il ne s'est servi que de son pouvoir naturel, qu'il vive. S'il a seulement commis un crime contre le Code moral, ne le tue pas et reviens par la porte par laquelle tu es entré, ô Manamango (ce poison est un violent émétique). Mais s'il s'est livré à la sorcellerie, alors hâte-toi, ne t'arrête pas, achève-le, tue-le, étouffe-le; enlace ses parties vitales dans tes étreintes de mort, et détruis d'un seul coup et pour toujours la vie inique de ce méchant homme, ô Manamango, toi qui connais toutes choses et qui sondes le secret de tous les cœurs humains. »

Cette traduction enregistre les points saillants du discours, de l'invocation qui, dans la pratique, était remplie de minutieux détails ayant trait aux crimes qui sont soumis à la juridiction du tanghin et aux méfaits qui ne le sont point. L'orateur raconte non seulement les terribles péripéties d'une affreuse agonie qui attend ceux qui sont coupables, mais encore le coté comique provenant de l'innocence reconnue.

Cette invocation terminée, l'accusé était obligé d'avaler trois morceaux de peau de volaille, ayant chacun environ trois centimètres carrés, sans les toucher avec les dents; un examen minutieux de la bouche indiquait si cette prescription avait été observée. De copieuses libations d'eau de riz étaient alors données pour laver à l'intérieur les trois morceaux de peau ; on ajoutait de l'eau chaude pour accentuer le caractère émétique du poison. Les trois morceaux de peau étaient-ils évacués intacts, c'est que Manamango avait reconnu l'innocence de l'accusé; dans ce cas, tous ses amis s'employaient énergiquement à le faire revenir à la vie. Les trois morceaux étaient-ils retenus dans l'estomac ou évacués seulement en partie, le patient était déclaré coupable; un des exécuteurs s'armait alors d'un pilon à riz en bois ou « fanoto », et en portait un coup à la malheureuse victime pour mettre fin aux convulsions et aux spasmes de l'agonie. Son cadavre, ignominieusement traîné dans les rues, était à peine enseveli, la tête tournée vers le sud, et devenait bientôt la pâture des chiens et des oiseaux de proie.

Assez souvent, l'émétique faisait office de purgatif; l'absence des peaux dans les matières rejetées ou le déchirement de l'une d'entre elles entraînait la culpabilité; on achevait aussitôt le coupable, dont, naturellement, tous les biens étaient confisqués ; sa famille elle-même participait en quelque sorte au châtiment infligé : elle devait s'avouer complice et abjurer publiquement sa prétendue faute.

L'établissement de l'innocence par cette méthode avait le plus souvent pour résultat la mort du sujet, à moins que des précautions spéciales n'eussent été

prises ou que le patient fût doué d'une constitution exceptionnellement

vigoureuse.

Les experts praticiens pouvaient donner à l'ordalie une solution satisfaisante (au point de vue de l'inculpé), niais il fallait payer cher; il était curieux de voir comme l'amour du gain amenait l'austère Manamango à des décisions favorables. Nonobstant cette corruption évidente, les masses populaires croyaient à Manamango; même aujourd'hui, beaucoup d'indigènes ne manqueraient pas de s'en servir, si l'épreuve leur était permise.

On comprend combien était puissante la main qui administrait letanghin. Les mpampinona officiels du gouvernement étaient dévoués au souverain qui s'en est servi plusieurs fois pour se débarrasser de ses ennemis, notamment la cruelle reine Ranavalona I,e, qui fit mourir par ce procédé un grand nombre de personnes, à la suite d'un simple mécontentement, parfois même sans la moindre raison. En 183 i, mécontente de son premier ministre Andriamihaja, dont l'autorité lui portait ombrage, et voulant s'en débarrasser légalement, elle imagina un stratagème qui réussit à merveille; elle se déclara malade et victime des sorcelleries d'un des habitués du palais. Ses darnes d'honneur et plusieurs chefs de caste lui demandèrent la permission d'être soumis à l'épreuve du tanghin pour prouver leur innocence; la reine y consentit; personne ne fut incommodé; on invita alors Andriamihaja à en faire autant. Hélas! le pauvre ministre en mourut naturellement, et on cria haro sur le baudet.

On sait que MM. Laborde, de Lastelle, Mme Pfeiffer et les Révérends Pères Finaz et Weber, accusés de complicité contre la reine, furent soumis à l'épreuve du tanghin par l'intermédiaire de cinq poules. Une seule résista, celle du Père Weber qui, d'ailleurs, fut exilé comme les autres.

Lorsque le tanghin était donné sans intention hostile, il devenait mortel au plus une fois sur dix. D'un autre côté, il était parfois appliqué à des villages entiers; on comprendra, dès lors, que le nombre des morts par ce poison fut immense.

Symptômes. — Les symptômes produits par le tanghin sont à peu près les suivants : on éprouve dans la bouche et le larynx une sorte d'engourdissement et de fourmillement dus à son action toxique et, parfois, des sensations analogues plus ou moins prononcées dans tout le corps, principalement dans les mains.

Des expériences faites sur des animaux à sang chaud concluent, néanmoins, à une désorganisation sensible dans le système nerveux après l'absorption du tanghin. La douleur est accompagnée d'un vomissement intense, incessant et répété ; on sent en même temps un sentiment de grande faiblesse et d'inquiétude. Si le poison a été rejeté, il y a beaucoup de chances pour que le patient guérisse; dans le cas contraire, la victime est sujette à des troubles et à une paralysie partielle du mouvement; sa démarche est chancelante; bientôt même elle ne peut plus marcher et tombe à terre inerte; quoique les facultés intellectuelles restent souvent lucides, il n'est pas rare de voir des cas de délire ou d'hallucination ; la mort est précédée de mouvements spasmodiques des doigts et des orteils. L'effet

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purgatif est beaucoup plus violent que l'effet vomitif; il épargne rarement.

Les indigènes ne connaissent aucun antidote à ce poison; ils pensent, cependant, que l'absorption de jus de citron froid serait de quelque utilité.

L'épreuve du tanghin a été abolie en 186L

Un arrêté du 22 mars 1 897 interdit l'emploi du tanghin comme médicament et sa vente sur les marchés de Madagascar et de ses dépendances; les contraventions à cet arrêté sont punies d'un emprisonnement de un à quinze jours et d'une amende de 5 à 200 francs, ou de l'une de ces deux peines seulement.

Autres espèces d'ôrdalies. — On peut compléter cette étude du tanghin par l'étude de trois ou quatre façons d'éprouver par l'ordalie ceux qui sont inculpés de quelque crime.

1° Tangen-janahary. — Les juges font chauffer de l'eau dans un pot et, quand elle commence à bouillir, ils y jettent une pierre ; la personne accusée plonge son bras dans l'eau, passe sa main entre la paroi inférieure du pot et la pierre, qu'elle soulève hors de l'eau dans la paume de sa main, puis qu'elle place dans l'eau froide, toujours avec la même précaution.

La personne incriminée est ensuite surveillée jusqu'au lendemain. Si le bras ou la main ne se couvre pas de cloches, son innocence est reconnue; si, au contraire, la main est brûlée, ou si la personne déclare la première que sa main est intacte, elle est condamnée. En cas de vol, l'amende est fixée à une valeur double du produit de ce vol et payée immédiatement. Si elle est reconnue innocente, ses accusateurs sont obligés de lui donner un esclave et elle est remise incontinent en liberté.

2° Kodeo. — On fait asseoir le patient sur un mortier à riz et il doit prier à voix basse; un individu s'approche alors en brandissant un gros gourdin dont il frappe le sol trois fois; puis, trois fois, il se coupe une mèche de cheveux qu'il lance vers Dieu; enfin, trois fois, il répète cette invocation au Créateur : « Écoute-moi, ô Créateur! Si cet homme est coupable, fais qu'il devienne un bœuf donnant des coups de corne dans une fourmilière ; qu'il reste seul, avec son crime; que son crime ne retombe point sur la ville; qu'il ne porle point malheur à son épouse, mais à lui seul; qu'il meure ou qu'il tombe malade. S'il est innocent, qu'il monte haut dans l'estime des hommes, qu'il reste toujours leur ami sous le regard de Dieu et qu'il parvienne à l'âge des cheveux blancs dans le royaume du prince et de ses conseillers. » Si l'accusé se met à trembler, à évacuer ou à vomir en écoutant cette harangue, c'est qu'il est coupable, et, si les juges veulent épargner sa vie, ils jettent de l'eau sur lui et font cette prière : « C'est un fourbe, ô Dieu, car il a commis le mal, il est coupable, mais nous prions pour son cœur, sa vie, ses yeux, sa bouche, ses pieds, ses mains, les cheveux de sa tête et toutes les parties de son corps. » Les parties non affranchies dans cette prière sont considérées comme mauvaises. S'il est déclaré innocent, il est renvoyé avec du « ranom-bola fotsy » (eau d'argent blanc) qui doit lui porter bonheur.

5° Tangem-boay . — La personne inculpée de quelques méfaits est amenée

au bord d'une rivière remplie de crocodiles (voay), et on assemble le peuple; un individu, qui se tient derrière l'accusé, frappe l'eau d'une verge par trois fois et, s'adressant aux crocodiles, il leur tient la harangue suivante : « Écoutez-moi. vous, crocodiles! L'embouchure de cette eau remonte (s'oppose au courant); la source de cette eau descend. L'amont est comme le Créateur la la puissance du Créateur) et l'eau elle-même est comme vous, ô crocodiles. Cet homme est né sur la terre du roi; s'il a commis un crime, eh bien! que le courant descende et l'engloutisse. S'il est innocent, puisset-il être bon et heureux (ho tsara, ho soa), qu'il fasse le bonheur de ses enfants, de sa famille et du roi. Le roi ne l'acquitte pas sans raisons et ne l'envoie pas a la mort par caprice; sa vie est entre vos mains, crocodiles; car, dit le roi, je ne puis en disposer, je ne l'ai pas pris en flagrant délit, il n'est accusé que sur un soupçon. » L'inculpé doit alors traverser la rivière à la nage et revenir au point de départ de la même manière; s'il fait ce double trajet sans être mordu ou pris par les crocodiles, les accusateurs sont condamnés à une amende de quatre bœufs, deux pour lui, un pour le roi et un pour les conseillers.

Les voleurs, les meurtriers et les adultères, non pris sur le fait, sont soumis à l'ordalie précitée. Les meurtriers, pris en flagrant délit, sont exécutés sur le lieu même du crime.

Les voleurs sont condamnés à payer le double de la valeur du larcin, et l'amende revient au roi et à ses conseillers.

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