PROVINCE D'AN ALA LAVA
Les terrains pour cultures tropicales, susceptibles d'être ouverts à la colonisation dans la province d'Analalava, se trouvent sur la côte, au Nord de la Loza. Cette région est située sur le passage des vents du Sud-Est qui y amènent de fréquentes pluies, et les terres, formées d'argiles rouges, ferrugineuses, sur les hauteurs et d'alluvions dans les vallées, sont d'une grande fertilité. La végétation arborescente est robuste; les pâturages sont de bonne qualité et ne sèchent sur pied que pendant la courte période des fortes chaleurs.
Il n'a pas été possible de trouver dans cette région de grands espaces de bonnes terres d'un seul tenant, susceptibles d'être ouverts à la colonisation. En effet, les petites vallées bien ari osées et bien abi itécs, où un Européen pourrait s'essayer avec succès aux cultures coloniales, sont nombreuses, mais elles sont assez éloignées les unes des autres.
Les deux lots qui ont été délimités sont situés dans une vallée formée par la rivière de Bevoay, qui piend sa source dans la région de l'xVnalabé et se jette à la mer dans la baie d'Ankabamby; ils se trouvent dans la grande presqu'île que forment la Loza au Sud et le Port-Radama à l'Est.
Cette région, quoique ne comprenant pas de hautes montagnes, est excessivement tourmentée; elle n'a pas non plus de grandes rivières, mais beaucoup de ruisseaux coulant dans des vallées resserrées. La partie centrale de la presqu'île, FAnalabé, était autiefois couverte de bois. Les Sakalaves les ont détruits par le feu pour y planter du riz de montagne.
Les villages de la contrée sont nombreux et riches. Les plantations de riz et de manioc sont vastes et bien enti etenues, ce qui est rare dans les pays sakalaves.
Les lots de colonisation font partie du cinquième secteur, dont Analalava est le chef-lieu. La distance de Bevoay à Analalava est de 100 kilomètres environ, soit deux jours au moins de fdanjana; un bourjane se paye 75 centimes par jour, plus la nourriture. Par mer, il faut d'un jour et demi à trois jours, suivant la nature des vents ; le prix du fret d'un boutre est d'environ 15 francs pnr jour, pour une embarcation de 4 à 5 tonnçs.
L'époque la plus favorable aux voyages (comme, du reste, dans tout Madagascar) est la saison sèche, d'avril à fin d'octobre. Le meilleur moment pour s'installer est le commencement de cette saison.
COLO.MSA TION.
Le colon ([iii aiiive sur sa concession à celle ('pcxiiK; a tout le temps nécessaire pour construire ses cases et préparer le tei rain qui j)ourra être mis en valeui" aux jireniièrcs ondées.
Analalava est situé à peu près à uii-clieiinii de Nossi-Hé et de Majuu'^a. Aucun service régulier ne le reliant encore à ces centres, il est nécessaire, lorsque Ton veut expédier des inaicliandises, (ralViéter un houire ou une goélette: un hovître de 5 à 6 tonneaux, pour aller de Nossi-Hé ou de Majunga à Analalava, se loue de 50 à 80 francs.
Le premier lot « Retaka » a une superficie de 111 hectares, 51 ares, 57 centiares.
Le deuxième lot « Bevoay » mesure 104 hectares, 51 arcs, 17 centiares.
Analalava, qui est le siège de l'administration de la province, grand marché, centre de ravitaillement, se trouve, comme il est dit plus haut, à deux jours de marche de Bevoay ; Andranosamonta, centre impoi tant d'échanges entre les indigènes et les Indiens, est à un jour et demi de marche. Nosv Yaliha (île concédée à un Européen, M. Lesueur) est à trois heures de pirogue; Berofîa (île concédée à un Européen, M. Mathieu) est à une heure et demie en pirogue. Ampasimirehoka (grande concession appai tenant à un svndicat français du Transvaal) est à une journée. Anorontsangana est à dix heures de mer et Nossi-Bé à un jour et demi.
Les voyages par bourjanes sont relativement longs et dispendieux. Les concessions étant situées dans une baie bien abritée, la voie de mer doit être préférée pour tous les transports nécessaires au ravitaillement. Les grandes pirogues des Sakalaves peuvent rendre de bons services.
Dans cette partie de la baie d Ankabamby, le pied des montagnes baigne directement dans la mer.
La rivière de Bevoay contourne vers TOuest une chaîne de collines et se jette dans un vaste marais de palétuviers que la mer recouvre aux hautes marées; elle ne tarit jamais, et, dans les grandes pluies, son débit est très important; elle ne déborde pas dans la plaine.
Il n'y a pas de marais sur les concessions. C'est probablement pour cette raison que les indigènes ne s'y sont point installés, ne trouvant pas, pour leurs rizières, de terrains naturellement irrigués.
Les flancs des montagnes sont boisés et la rivière coule au milieu de bosquets de beaux arbres.
Bevoay jouit d'un climat chaud et humide ; les pluies y sont fréquentes et la période de sécheresse complète relativement courte.
Une habitation pratique pour le logement d'un Européen peut facilement être construite avec des matériaux trouvés sur place. Quelques poutres de bois dur et des gaulettes pour la charpente, des côtes de raila enfilées dans des bambous pour les murs, des feuilles de ravinala pour la toiture, sont les matériaux suffisants, avec des lianes d'écorce, pour Tédification d'une demeure solide, fraîche, saine et bon marché. Le prix de revient d'une case de 12 mètres de long et 7 de large est de 450 cà 500 francs. La construction doit être faite pendant la saison sèche.
Les bois durs, bons pour la charpente (takamaka, palissandre, (^vmd et
petit note, bois de pomme), existent en abondance dans toute la région : les Indiens en exportent, tous les ans, une grande quantité sous forme de planches et de madriers.
La main-d'œuvre pour construire peut être fournie par les indigènes ; le Sakalave est adroit dans la construction des cases; certains Silamos (métis de Sakalaves et d'Indiens ou de Comoriens musulmans) sont menuisiers et confectionnent des portes et des tables grossières.
Cette partie de la côte Ouest était trop incomplètement connue des Européens pour qu'aucun essai de culture y ait déjà été tenté. Les indigènes y cultivent le riz de montagne et le riz de marais, le manioc, la patate, le maïs et différentes sortes de harico.
Il existe des plantations de cocotiers sur plusieurs points de la côte. Ils sont d'une belle venue et produisent des fruits en abondance ; ils réussissent surtout sur les plages et dans les terrains sablonneux. Une variété, qui a le tronc très gros près de terre et allant s'amincissant vers le sommet, rapporte plus tôt que l'espèce ordinaire. M. l'administrateur d'Analalava a vu certains pieds de cette espèce dont les régimes de fruits pendaient à hauteur d'homme et pouvaient être cueillis à la main.
Il convient donc, avant de faire un semis de cocotiers, de choisir les semences avec soin, certains arbres rapportant plus tôt que d'autres, et les uns étant riches en coprah, tandis qu'il en est qui sont surtout recherchés par les indigènes et les Indiens pour la consommation domestique.
Le coco miir tombe seul de l'arbre; pour le faire germer, il faut le placer sur le côté, sous une couche de 20 centimètres de sable; il est bon de l'arroser de temps à autre. Les cocos germent en toute saison. Lorsque la jeune plante a poussé quelques feuilles, c'est-à-dire au bout de huit à dix mois, elle est prête à metti e définitivement en terre.
Les cocotiers doivent être plantés à 10 mètres d'intervalle, ce qui donne 100 pieds à l'hectare. Ils ne craignent pas les vents du large chargés d'embi uns salés et se plaisent au bord de la mer. Us exigent peu de soins ; un simple sarclage suffit. Leurs ennemis sont les rats et un gros coléoptère, dont la larve perce des trous dans le tronc et ronge le cœur des jeunes arbres.
Quelques essais de vanille sont actuellement tentés par les concessionnaires des îles Radama. La méthode employée pour la plantation est la même qu'à Nossi-Bé (pignons d'Inde pour tuteurs et ombrage).
Quelques pieds de café Libéria ont été plantés à Berofia et viennent parfaitement.
De sérieux essais de plantation de Manihot G'/f/:orû* (caoutchouc de Céara) sont faits en ce moment sur divers points de la côte ; plus de 15 000 graines, envoyées de Maurice et de Diego-Suarez, ont été semées. Les plantes poussent avec vigueur et donnent de grandes espérances.
La race de bœufs de la province n'a pas encore été améliorée par l'introduction des bêtes européennes.
Le bétail, qui était nombreux avant la guerre et l'insurrection qui l'a suivie, est beaucoup plus rare aujourd'hui. Aussi le prix des bœufs a-t-il beaucoup augmcjité: les plus beaux valent sur la côte de 40 à 70 francs; les
CULO.MSATIO.N.
vaches coûtont de 25 à 7)0 francs. Les peaux se veiidciil aux Indiens de 5 à 7 fr. 50 la |)iè('e.
Les indi^èiies utilisent le lait connue aliment, mais ils n'en tirent ni beurre ni fromage.
Les bœufs, surtout la variété « bory » (sans cornes ou à cornes atrophiées), peuvent être dressés pour le trait ou I(î bat; les Ilovas, qui habitaient autrefois la province, ne manquaient [)as de le faire, mais les Sakalaves n'en ont pas I habitude.
Le bétail malgache n'est guère difficile sur la qualité du foui rage. Cependant, il semble piéférer une graminée appelée par les indigènes « ahimosy » ; cette herbe est assez courte et, au moment de la fi uctilication, elle se couvre de longs piquants. Les vaches qui en sont nourries donnent plus de lait que les autres. Dans toute la région Nord de Madagascar, l'indigène ne se préoccu|)e nullement de préparer des réserves de fourrage pour nourrir ses troupeaux pendant la saison sèche. Les bœufs paissent l'herbe sur pied et, pourvu qu'ils aient de l'eau en quantité suffisante, cela suffit.
Le gibier n'est pas très abondant. Pendant les pluies, la sauvagine fréquente les abords des rizières et des marais ; on rencontre encore dans la province la pintade, la perdrix, deux variétés de cailles, la katakataka (ganga ou sorte de grosse perdrix à pattes emplumées), le pigeon bleu, le pigeon vert, la tourterelle, i hypsipète ou merle gris, la sarcelle, le canard à bosse et le gibier d'eau de toutes variétés.
Les sangliers à masque sont nombreux et causent de grandes déprédations dans les champs de maïs et les rizières. Il y a plusieurs espèces de mangoustes, de civettes et le fosa (ou Cryptoprocta ferox), qui, tous, sont à redouter pour les poulaillers.
11 y a des crocodiles dans les rivières, surtout dans celle de Bevoay.
Les produits naturels, tels que la cire, le caoutchouc, le rafia, la gomme, donnaient lieu autrefois à un important commerce d'échanges entre les Sakalaves et les Indiens, représentants des grandes maisons étrangères de Nossi-Bé et de Majunga; la guerre a presque arrêté ce négoce, qui, aujourd'hui, commence à reprendre une certaine importance.
RÉGIME DES CONCESSIONS DOiVIANIALES