‹ Guide de l'immigrant aÌ€ MadagascarChapitre 19 sur 114 · REPTILES · texte numérisé non relu

REPTILES

Nous distinguerons les crocodiles, les sauriens, les serpents et les tortues.

a) Crocodiles. — On peut dire que le crocodile est le seul animal réellement dangereux que I on trouve à Madagascar. 11 en existe deux espèces décrites par M. Grandidier : Tun, le Crocodilus madagascariensis se rencontre dans toute l'île, dans les lacs comme dans les grandes rivières; l'autre, le Crocodilus robustus, dont on trouve de nombreux débris mêlés aux ossements d'espèces éteintes, telles qu'hippopotames et œpyornis, est confiné dans la région centrale, principalement dans les lacs.

Ces crocodiles atteignent jusqu'à G mètres de longueur; ils abondent dans certains fleuves et sont avec raison très redoutés par les Malgaches. Les accidents sont fréquents; le l^'' février 1898, le capitaine commandant le cercle annexe d'Analalava a signalé la mort de sept personnes dévorées par les crocodiles dans un rayon de deux journées de marche autour d'Analalava. Ce nombre d'accidents en deux mois pour une population très restreinte est proportionnellement supérieur à celui que l'on accuse dans l'Inde pour les serpents. Les victimes sont généralement des femmes ou des enfants qui puisent de l'eau à la rivière ou des hommes qui s'engagent imprudemment dans un gué.

Les crocodiles sont, heureusement, très peureux; le tonnerre, le bruit des armes à feu les font se tapir dans leur retraite, et, pendant un orage, les indigènes n'hésitent jamais à traverser un cours d'eau, sûrs de ne pas être attaqués. Les aboiements du chien ont, au contraire, la réputation de les attirer; les indigènes de la province de Yohémar affirment que leurs chiens sont assez intelligents pour avoir recours à la ruse suivante quand ils veulent traverser un cours d'eau : ils vont à quelque distance en aval et en amont des gués et y aboient avec furie pour attirer les crocodiles ; puis ils filent sans bruit au gué qu'ils franchissent rapidement. Si non è vero....

Généralement les crocodiles ne dévorent pas immédiatement leur proie; ils l'entraînent sous l'eau et la dépècent dans quelque anfractuosité des berges, attendant que la chair en soit suffisamment faisandée pour revenir s'en repaître quand ils jugent qu'elle est à point. Grâce à ce goût particulier, des hommes ont pu, dit-on, sortir vivants du garde-manger de ces monstres. Nous avons vu dans le chapitre sur l'ornithologie qu'une légende indigène, rapportée par M. Grandidier, tire son oi ighie de cette particularité.

b) Sauriens. — Les lézards, les geckos sont en grand nombre dans la zone cotière et dans les forets; mais les caméléons surtout attirent lattention

Ces reptiles si bizarres d'aspect et d'allures sont plus répandus et plus variés à Madagascar que partout ailleurs ; la moitié environ des espèces connues est localisée sur cette terre et ce sont certainement les plus grandes et les plus belles; on en voit sur les côtes, comme le caméléon d'Oustalet, qui mesurent presque 1 mètre et qui forment 1 curieux contraste avec ceux du centre qui n"oni pas 7 centimètres, de vrais pygmées (Chamœleo campani, Grandidier. Quelques-uns semblent avoir un masque de carnaval : leur tête se prolonge en une sorte de nez énorme, quelquefois bifide; d'autres ont le front surmonté d'un cimier élevé. Il est difficile de les apercevoir au milieu des feuilles ou des herbes dont ils revêtent les diverses teintes; leur queue s'enroule autour des branches comme une liane et leurs mouvements qui sont très lents, ne décèlent pas leur présence. Leurs yeux seuls, placés au bout d'un petit cornet, roulent en dehors des orbites, observant les évolutions des insectes ailés qu'ils saisissent et ramènent dans leur bouche d'un coup de langue, qu'ils dardent très loin avec la rapidité d'une flèche. On peut dire que Madagascar est la patrie des caméléons en général et tout spécialement de leurs plus curieuses espèces.

Nous devons aussi mentionner un type des plus curieux que M. Grandidier a découvert dans le sud de Madagascar, au cap Sainte-Marie, le Geckolepis^ qui est le seul geckotien à écailles connu.

c) Serpents. — En ce qui concerne les serpents, il est intéressant de remarquer (jue peu de groupes africains sont représentés à Madagascar, tandis qu'on y trouve un nombre considérable de formes orientales ou même américaines. Dans certaines régions, les pythons sont assez communs; mais en général on ne rencontre guère que des serpents de dimensions moyennes. On a toujours aftirmé qu'il n'existe à Madagascar aucune espèce venimeuse; le fait n'est peut-être pas absolument certain, car on prétend avoir, tout récemment, trouvé une sorte de vipéridé dans le secteur d'imerinarivo ; mais il est exact qu'on n'y a jamais entendu parler de morsure de serpent venimeux. On dit aussi avoir capturé à Beforona une sorte de vipéridé qui avait des crochets comme les espèces similaires d'Europe ; mais la morsure de ce reptile n'a produit aucun effet d'intoxication sur un lapin. Les indigènes ont une frayeur indicible de tous les serpents, quels qu'ils soient.

d) Tortues. — Les tortues terrestres ou fluviales sont représentées par quatre genres : Tesludo^ Siernotlierus, Pyxis et Dinnerilia. Le genre Pyxls est particulier à l'Inde et à Madagascar. Quant au genre Diimerilia, belle et grosse tortue qui habite les rivières de l'Ouest et dont la chair est grasse et excellente, il a été découvert et décrit par M. Grandidier. Dans l'intérieui* de l'île, notamment dans la région du lac Alaotra, on trouve une petite tortue appelée sokatm. longue de 15 centimètres et large de 10, qui est très commune dans les rizières et dans les lacs; elle se vend sur place de 10 à 20 centimes suivant sa grosseur.

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