A M. M AUX
ilc sont in('()m|)atil)los avec cette idée et font supposer qu'il a jadis existé un continent (Leniuria), s'étendant de Madagascar àCeylan et aux iles Malaises.
On connaît dans l île de Madagascar environ cent cinquante oiseaux de terre, dont cent vingt-sept lui sont particuliers; la moitié à peu près de ces espèces particulières appartiennent à des genres à part, dont beaucoup sont typiques et difficiles à classer dans quelqu'une des familles reconnues.
Dans l autre moitié, nous en trouvons quinze qui ont sans aucun doute des affinités avec les espèces africaines, tandis que cinq ou six sont sûrement orientales, puisque les genres et espèces qui en sont le plus rapprochés se trouvent aux Indes ou aux îles Malaises. C'est en présence de ces types particuliers à l'Extrême Orient que le docteur Ilartlaub, dans son ouvrage sur les oiseaux de Madagascar et des îles adjacentes, s'attache h prouver Texistence de l'ancien continent Lemuria; il fait, en outre, remarquer que l'absence dans la grande île de beaucoup de familles spéciales à l'Afrique, telles que Lamprotornis, indicateurs musophages, bucorax, buphaga, outardes et autres, ainsi que d'une foule de genres particuliers à ce même continent, est une réfutation suffisante des affirmations que j'avance dans mon Étude sur la distribution géographique des animaux, et où j'affirme, en effet, que Madagascar a plus de rapports avec l'Ethiopie qu'avec toute autre région, et qu'évidemment sa faune provient surtout de l'Afrique.
Mais l'absence des nombreux groupes d'oiseaux africains est si exactement parallèle au même phénomène chez les mammifères que nous avons le droit de l'imputer à la même cause. On sait, en effet aujourd'hui que quelques-uns de ces groupes réellement absents, comme les trogons par exemple, ont habité l'Europe en même temps que les grands mammifères qui ont ensuite émigré en Afrique. Quant aux genres particulièrement orientaux, comme le Copsychus, V Hijpsipetes, le Dicruriis, le Ploceus, le Cisticola et le Scops, tous alliés étroitement à des espèces indiennes ou malaises (ce qui certainement est très étonnant pour les ornithologistes), ils n'excèdent pas les quatorze genres d'Afrique qui sont représentés à Madagascar. Leur présence, néanmoins, peut être expliquée d'une façon plus satisfaisante que par l'hypothèse d'un ancien continent lémurien qui, lors même qu'on l'admettrait, laisserait beaucoup de faits inexpliqués ^
Commençons par prouver cette dernière assertion : Le Lemuria supposé peut avoir existé, à une époque très reculée, lorsque les grands animaux n'habitaient pas encore l'Afrique ni l'Asie méridionale ; mais alors il a été submergé partiellement ou totalement avant qu'ils aient atteint ces contrées; autrement, on trouverait à Madagascar d'autres animaux que les lémuriens, les insectivores et les viverridés, notamment les singes et les écureuils, de grands herbivores, comme les daims et les antilopes et des carnassiers appartenant à des familles partout largement représentées comme les renards et les ours. Ces considérations nous obligent à placer la disparition du continent hypothétique vers l'époque miocène. On sait, en effet, que, pendant la dernière partie de cette période, les animaux précités existaient en abon-
1. Voir ce que dit, à ce sujet, M. Grandidier dans son discours à l'Institut de France du 25 octobre 1886, p. 10 à 12, où est résumé le résultat de ses recherches.
dance dans toutes les contrées des continents septentrionaux, où l'on en trouve les débris organiques. Mais les oiseaux d'Orient, dont la présence à Madagascar appuie la théorie du docteur Hartlaub sur le Lemuria, ont des formes légèrement différentes de celles de leurs congénères qui existent actuellement aux Indes; quelquefois, comme le docteur Hartlaub est obligé de l'avouer, ils en sont tout à fait distincts. On peut donc conclure que, lors même que ces genres et espèces auraient existé pendant la dernière période miocène, ils ont dû avoir une distribution profondément différente de celle qu'ils ont aujourd'hui, et il est probable qu'ils habitaient l'Europe, qui jouissait alors d'un climat tropical, à côté de beaucoup de genres de mammifères africains et indiens. On en a la presque certitude par suite de la découverte dans la miocène de France de fossiles, débris de trogons et d'animaux des jungles. Si donc ces oiseaux de l'hide datent de l'époque pendant laquelle le Lemuria peut avoir réellement existé, ce continent était assez peu nécessaire pour leur immigration à Madagascar, car ils auraient suivi la même route que les mammifères de l'Europe et de l'Asie Mineure. Tandis que si, comuie je le maintiens, ils n'ont apparu que plus récemment, quand le Lemuria avait cessé d'exister, ils n'avaient plus les mêmes moyens de passage.
Iles submergées entre Madagascar et l inde. — Si l'on jette un coup d'œil sur la carte de l'océan Indien, on voit qu'il y a une quantité de bancs de sable et de récifs de corail qui semblent indiquer un affaissement. 11 est donc permis de croire qu'il a existé autrefois, dans cette partie du monde, plusieurs grandes îles, dont quelques-unes étaient peut-être égales à Madagascar. Mais comme tous ces récifs sont séparés les uns des autres par une mer profonde, beaucoup plus profonde que celle qui sépare Madagascar de l'Afrique, il n'y a aucune raison de supposer qu'autrefois ils étaient réunis; ils n'en devaient pas moins faciliter grandement le passage des oiseaux indiens à Madagascar et aux îles Mascareignes ; c'est de cette manière que les oiseaux d'Amérique ont pénétré dans les Galapagos et dans Tîle Juan-Fernandez, que les oiseaux d'Europe sont aujourd'hui parvenus aux Açores et que les oiseaux d'Australie ont pu atteindre une île aussi éloignée que la Nouvelle-Zélande. L'immigration jusqu'à Madagascar devait surtout être provoquée par les violentes tempêtes qui sévissent périodiquement sur l'océan Indien au changement de chaque mousson et qui facilitent aux oiseaux la traversée de l'Océan.
La date à laquelle ont complètement disparu ces îles, qui sont aujourd'hui submergées, ne doit pas remonter à une époque très éloignée. Cette supposition trouve une confirmation dans le fait que quelques espèces d'oiseaux, aussi bien que les grandes chauves-souris du genre Pteropus, sont intimement alUées (sinon actuellement identiques) aux espèces de l'Inde. Or, de ce qu'on ne trouve à Madagascar aucun genre ni espèce de mammifères de rinde, il résulte vraisemblablement qu'il n'y a eu aucune connexion terrestre qui ait permis cette infdtration d'oiseaux et de roussettes de l'Inde. D'autre part, nous avons suffisamment démontré que, si l'on remonte à des temps géologiques très reculés, il n'était besoin d'aucunes terres de ce côté pour expliquer les phénomènes de la distribution des lémuriens et des insecti-
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vorcs. Une connexion terrestre avec un continent a été sans nul doute nécessaire: autrement, il n'y aurait pas de mauunifère à Madagascar. Or, la nature de la faune de cette île envisagée dans toutes ses parties, aussi bien que la profondeur moyenne du détroit intermédiaire et la comparaison de la côte Ouest avec la côte de Mozambique, dénotent évidemment que c est avec 1 Afrique qu'a existé la liaison.