‹ Guide de l'immigrant aÌ€ MadagascarChapitre 36 sur 114 · I.NDUSTRIKS ACTUELLES · texte numérisé non relu

I.NDUSTRIKS ACTUELLES

^ouveriK'inonl avait à cIlmix ou trois loprises clierché à oxploitei' certains •j^iseineiils d'or, de ploiid) ou de l'er. Nous nous sommes étendu sur les travaux de la Société Suherbie qui, encore à présent, est la plus importante des Sociétés industrielles qui se sont constituées pour la mise en valem- du domaine minier de notre nouvelle colonie. Nous avons aussi signalé les remai quables travaux exécutes par Jean Laborde, dans la région de Mantasoa, pour la fabrication du fer. Depuis la campagne de 1895, les prospecteurs n'ont pas manqué; trois cent cinquante poteaux de recberclies ont été plantés jusqu'à ce jour {V^ avril 1898), à la connaissance du service des Mines. Mais les entreprises sérieuses individuelles ou en société sont encore très peu nond)reuses.

Dès la fm de 1895, la « Société civile d études pour l'exploration des mines d'or à Madagascar » a envoyé dans la colonie un ingénieur, M. Bergier, avec mission de « rechercher des mines d"or et d'obtenir les concessions nécessaires pour leur exploitation ». Au cours de cette mission, M. Bergier a demandé pour sa Société, le 22 janvier 1896, une immense concession située dans le pays des Tanalas d Ambohimanga ; l'étendue de cette concession, successivement réduite les 9 et 20 août 1896, se borne en dernière analyse au bassin de la Manandriana (affluent de droite de la Mananjary). Dans son rapport linal publié le 25 février 1897, M. Bergier préconisait une exploitation mipartie agricole, mi-partie minière; estimant d'une part que la teneur aurifère des alluvions prospectées n'était pas suffisante pour rémunérer brillamment une grande entreprise, d'autre part, que les vraies sources de richesses de Madagascar résidaient plutôt dans l'exploitation de certains produits du sol, il conseillait de doubler l'exploitation de l'or de la culture des arbres à caoutchouc, du cotonnier, du caféier, du tabac, de la canne à sucre, etc. Le conseil était excellent, étant donnée la région à laquelle il s'appliquait, et l'on peut affirmer qu'une exploitation établie et dirigée d'après ces données eût été assurée d une réussite à peu près certaine. Il n'a malheureusement été suivi jusqu'à ce jour, on ne sait pourquoi, d'aucun commencement d'exécution.

Nous avons signalé la constitution de la Société anonyme dite « Compagnie des gisements aurifères d'itoalana » (dans le Sud du Betsileo) et celle de la « Société des gisements aurifères d'Anasaha » ,

Dans cette dernière région (district d'Ambohimandroso, Sud du Betsileo), MM. Meurs etBoussand exploitent une concession minière de 1 967 hectares où ils traitent les alluvions avec des sluices. Cette exploitation est actuellement en pleine activité \

Nous mentionnerons encore la concession de Chazal, située sur les bords de la rivière Sakevo, à la limite des districts d Ambohimanga et d'Ambositra. Dans cette exploitation également en pleine activité, M. de Chazal, qui n'emploie pas moins de 550 ouvriers, traite les alluvions au moyen de sluices à amaUamation.

Dans le cercle d'Ambatondrazaka, la Société Smith and C représentée par

1. Dans le Belsirirv, il y a lieu de signaler l'exploitation aurifère d'Ankarongana à i kilomètres du poste d'Ânalaidirano), qui occupe actuellement 200 ouvriers environ, 175 Hovas et '25 Sakalaves.

MM. Smith, Hanning et Murchison, après avoir exploité en 1896 quelques gisements, a dû, h cause de l'insurrection, interrompre son exploitation, qui a été reprise depuis peu.

11 faut signaler encore rétablissement de M. Bouts à Marorangotra pour la fabrication du fer. Nous avons déjà donné quelques détails sur cette exploitation, qui est, en quelque sorte, la continuation de Tœuvre de JeanLaborde.

Enfin, dans le Maroandriana, M. Sescaut' emploie plusieurs centaines d'indigènes au traitement des alluvions (à Taide de sluices et surtout de la bâtée).

Telles sont les exploitations minières les plus importantes de l'île.

D'après certains renseignements, un Français serait sur le point de créer à la limite des provinces de Nossi-Bé et de Vohémar une entreprise minière pour traiter les quartz aurifères, qui y seraient, paraît-il, très riches.

En dehors des grandes entreprises dont nous venons de parler, il existe beaucoup de petites exploitations de « daims ». qui opèrent exclusivement à la bâtée et n'employent qu'un nombre restreint d'indigènes. Ces exploitations présentent peu d'intérêt. Nous croyons avoir mis suffisamment en évidence les inconvénients du procédé à la bâtée ; il sera nécessaire de mettre un terme à ce gaspillage des richesses minières de Jiotre colonie.

INDUSTRIE FORESTI ÈRE

Sous l'ancienne monarchie malgache, il y avait un certain nombre de corporations, poudriers, tuiliers, tanneurs, forgerons, bûcherons, etc. Cette dernière avait pris, sous Uadama r'' et sous Ranavalona un développement considérable; elle ne couqjtait pas moins de 700 bûcherons qui exploitaient la forêt à la lisière orientale de l'Imerina, notamment la région de la haute Mananara (Ambatomena, Ankazondandy), et approvisionnaient la capitale en bois de toutes sortes.

De même, dans la région d lmerinarivo, secteur de la Varahina Sud, il existait un certain nombre de bûcherons qui exploitaient librement la forêt et apportaient le bois de construction et le charbon sur les marchés suivants : Alakamisy d'Antanamalaza Nord, Talata de Moronkay, Sabotsy de Nosy Bé et Alarobia dlsoavina. Les forgerons appoi taient leur fer sur les mêmes mar chés. A la suite de la campagne de 1895 et de l'insurrection de 1896, les corporations ayant été dissoutes, la forêt a été livrée à tout venant et, saccagée chaque jour, elle ne tarda pas à être menacée d'une destruction complète. En effet, l'indigène ne se sert que de la hache et, de plus, lorsque dans la forêt il a fait choix d\m arbre à sa convenance, il met le feu aux couverts afin de le dégager, et détiiiit ainsi toute espèce de végétation sui' un grand espace pour obtenir un seul pied.

Nous avons déjà parlé de la dévastation de la région autour d'Andrango-

1. M. Sescaut a également planté des signaux à Ambolomborona (secteur d Aiilsalrana) et à Andriamena (même secteur). Ambolomborona était exploité avant la guerre par des Anglais. On y aurait trouve, paraît-il, des pépites d une certaine grosseur. Andriamcna était autrefois un poste de la Compagnie Suberbie.

IiNDUSTJ{IKS ACTl KI.LKS.

loaka où les iiidi^èiies, j)()ur contimici' la l'ahi icalion du ici- coiniiKîncrc j)ar Labordc et aussi pour l'aire le counncrcc du hois. ont à tort cl à travers ln ùlé, ahallu, coupé, si hicii (pic, en moins de dix ans, la lisière de la loi èl a recule à 7) kiloinèti'cs au delà (rAndran-'oloaka. Il faut ajouter ([ue, iiial<iré la (piantité de ])ois ainsi abattue journelleinent, le })i'i.v (hî cet ai tich?, ([ui était dtyà très élevé, n'a fait que croître à Tananarive, et (pie l'approvisionncMiicnt de la capitale est demeuré des plus précaiies. La population européenne était exposée à mancpier, d'nn moment à Tautre, aussi hien de bois de chauffage que de bois de construction. Quant à la population indigène, on sait que dans presque toute la région centrale, en raison de la cherté du bois, elle ne se sert guère que d'herbes sèches pour la cuisson des aliments.

Dans le but de remédier aux inconvénients que nous venons de signaler et surtout d'assurer le service des constructions et de pourvoir aux besoins de la menuiserie, de la charpenterie, etc., l'administration a fait au mois de juin 1897 un appel aux anciens membres de la corporation précitée et créé de toutes pièces, à Antsaliambavy (secteur d'Ankazondandy), un village de 150 bûcherons pour l'exploitation de la foret ; chacun d'eux a reçu une hache avec toute liberté de travailler pour son compte et de vendre les bois abattus et taillés par lui, à la seule condition de fournir au moins une planche par jour à l'Etat. Ainsi se trouvera atteint le double but que se propose l'administration : reconstituer le commerce des bois, qui est presque entièrement annihilé depuis la guerre, et fournir aux bâtiments civils, aux charpentiers, aux menuisiers, etc., les bois nécessaires.

Cette organisation qui fonctionne depuis plus de six mois a effectivement rendu tous les services qu'on pouvait en attendre, étant donnée rinsuflisance de l'outillage des bûcherons. Les arbres sont, en effet, exclusivement abattus et débités à la hache. L'installation de scies de long et surtout de scieries mécaniques formera le complément indispensable de cette création.

In deuxième village de bûcherons devait être créé dans les mêmes conditions dans la région d'Ankadinanahary ; mais il n'a pas encore été donné suite à ce projet.

En dehors de cette exploitation installée par l'administration, il n'y a guère lieu de signaler que celles de MM Bouts et Cotte, qui sont, du reste, les deux seules concessions forestières accordées jusqu'à ce jour, à Madagascar, par l'administration française ^

La première, celle de M. Bouts, qui ne comprend pas moins de 9 000 hectares, est située dans le secteur d'Imerinarivo (cercle de Tsiafahy), entre Ambatomanga, Mantasoa et Ankeramadinika.

La deuxième, pour laquelle un permis d'exploitation provisoire a seulement été accordé à M. Cotte, est située dans le cercle de Moramamj;a et comprend 700 hectares de la forêt de Lavatrandraka.

1. Il faut mentionner aussi la « Société forestière de Madagascar », qui, constiluée par des capitalistes français, exploitait antérieurement à notre occupation, en vertu d'un contrat passé avec l'ancien gouvernement malj^aclie, une grande; concession forestière ilans la région de Maroantsetra. Los bois précieux provenant de cette exploitation avaient été particulièrement remarqués aux Expositions de Paris et d'Anvers en 1889 et 1804. Contrainte par la dernière guerre de suspendre son exploitation, cette Société se dispose à reprendre ses travaux.

Telles sont les seules exploitations forestières existant actuellement dans la Grande ile. Sous ce rapport, tout est donc à faire. Nous verrons un peu plus loin les moyens de tirer parti des richesses forestières de l ile et les installations que nécessitera la mise en valeur des forêts de notre nouvelle colonie, tant pour satisfaire aux besoins locaux que pour alimenter une exportation appelée certainement à devenir une des sources de richesse de Madagascar.

Charbon. — L'industrie charbonnière n'est pas plus avancée que l'industrie foiestière. Quoique n'employant pas le charbon pour les usages domestiques, les indigènes en font depuis longtemps, soit pour les Européens, soit pour leurs propres travaux métallurgiques, pour la fabrication et la forge du fer; il est hors de doute que c'est Laborde qui leur enseigna tant d'industries, qui leur a appris la fabrication du charbon. Mais sur ce point, comme sur beaucouj) d'autres, les élèves, après la mort du maître, préférèrent revenir aux procédés de leurs ancêtres qui sont plus sinq)les et surtout moins fatigants et, aujourd'hui encore, pour faire du charbon, les Malgaches se contentent de mettre le feu à la forêt. On conçoit qu'une pareille méthode ruine la forêt tout en donnant un charbon détestable. 11 est inutile d ajouter que l'administration a, dès notre occupation, combattu par les pénalités les plus sévères des procédés aussi barbares ; nos commandants de cercles s'y sont employés avec la plus active vigilance, et ils ont de plus réappris aux indigènes l'emploi de la meule usitée en Europe; c'est ainsi que, dans le secteur d'hnerinarivo, la région industrielle par excellence, les indigènes renonçant à la routine fabiiquent leur charbon coumie nos chaibonniers de France.

Les principaux bois employés dans la région pour la fabrication du charbon sont « Tanjavidy », le « tainakoho » et le « tapia ». Son prix de revient est de 2 à 5 francs les 100 kilogrannues.

Comme nous le verrons plus loin, il y a là une industrie de ({uelque avenir, à laquelle se prêtent avantageusement de nondjreuses essences du pays.

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