CHAPITRE I
Cultures à entreprendre ou à développer. Cultures paraissant avoir le plus de chances de réussite à Madagascar.
Différentes qualités de terres. — Intérieur. — Côtes. Règles dont il faut tenir compte pour la réussite des entreprises agricoles.
Culture du café. — Installation d'une pépinière. Choix du terrain. Ameublissement du sol. Transplantation. Entretien des plantations. Récolte.
Cacaoyer. — Avenir de cette culture. Ombrage convenable. Préparation du terrain, transplantation. Entretien de la plantation. Récolte.
Vanille — Climat et sol. Culture. Entretien. — Préparation.
Théier. — Pépinière. Plantation. Entretien de la plantation. Taille. Récolte. Préparation du thé; flétrissure, enroulement des feuilles, fermentation, dessiccation, triage et emballage.
Giroflier. — Multiplication, pépinière, mise en places. Entretien des plantations. Récolte. Rendement.
Poivrier. — Conditions de réussite. Culture.
Cocotier. — Climat et terrain convenables. Pépinières. Mise en place. Soins d'entretien. Récolte, rendement. Préparation du coïr et de l'huile de coco.
Canne à sucre. — Description. Climat. Sol. Multiplication. Préparation du sol, choix des boutures, plantation. Entretien. Récolte.
Manioc. — Variétés principales. Plantation, procédé malgache.
Cotonnier. — Avenir, .\ppropriation du sol. Soins d'entretien. Récolte. Rendement.
Ai^anas. — Climats. Sols. Préparation du sol. Multiplication. Œilletonnage. Époque de la plantation. Plantation. Entretien. Récolte. Emploi.
Arachide. — Description. Climat. Sol. Préparation du sol. Époque du semis. Soins d'entretien. Récolte.
Maïs. — Avenir. Préparation du sol. Semis. Semis en paquets. Semis en ligne. Soins u'entretien. Récolte.
Tabac. — Culture. Terrains conv(Miablos à la culture. Engrais. Préparation du sol. Époque de la plantation et pépinière. Repiquage. Soins pendant la croissance. Récolte. Préparation. Rendement. Devis approximatif des frais d'exploitation d'une plantation d'un hectare aux environs de Tananarivc.
Arrow-root. — Description. Principaux centres de production. Soins d'entretien. Récolte.
Gingembre . — Soins d'entretien. Récolte.
Céréales. — Rlé. Seigle et orge. Sarrasin. Maïs et riz. .\voine.
Mûrier. — Semis. Boutures. Formes à donner aux mûriers. Taille. Culture en taillis. Plantation à demeure. Aménagement des mûraies. Labours. Cueillette des feuilles.
Vigne. — Liste des cépages mis à l'essai à >'ahanisana.
Arbres d'avenue. — Pépinières, choix de l'emplacement et du sol. Préparation du sol. Époque des semis. Exécution et entretien des semis. Mise en tente des jeunes plants. Fabrication des tentes. Plantation et entretien des jeunes arbres. Époque de la plantation.
Cultures diverses.
\jdi station agronomique de yahaiiisana. — Situation. Méthodes appliquées. Champs d'expérience.
Nous avons vu au chapitre second de la troisième partie quelles sont actuellement les productions végétales de l'Ile, autres que les essences forestières.
Dans le présent chapitre, nous allons étudier les cultures qui paraissent présenter le plus de chances de réussite à Madagascar, et que Ton peut, par conséquent, conseiller aux planteurs qui viennent se fixer dans notre nouvelle colonie.
Le chapitre précité des « Produits végétaux » contient déjà certaines données relatives au rendement de quelques-unes de ces cultures et aux procédés employés par les indigènes. Nous donnons maintenant tous les renseignements nécessaires pour mener à bien, dans des conditions rationnelles, les différentes exploitations agricoles auxquelles les régions diverses de la Grande lie paraissent devoir se prêter.
On se fait généralement une idée assez fausse de Madagascar. Les uns croient voir dans notre nouvelle colonie un pays d'une fertilité merveilleuse ; d'autres, au contraire, ayant probablement parcouru l'île à une époque peu convenable pour la juger au point de vue agricole, se sont empressés de dire que Madagascar était impropre à toute culture. Les uns et les autres ont tort. On trouve à Madagascar, comme partout du reste, des terres de mauvaise qualité, mais aussi de bons sols, et cela n'a rien de bien extraordinaire, puisqu'il s'agit ici d'un pays beaucoup plus grand que la France. Les études entreprises nous apprendront peu à peu à connaître les régions privilégiées de notre nouvelle colonie; mais il faut espérer qu'elles nous apprendront aussi à tirer parti des mauvaises terres et à mettre ainsi en valeur la plus grande étendue de l'île.
La configuration de Madagascar, sa situation géographique entre deux latitudes assez éloignées (11'* 57' — 25*^59'), sa constitution géologique assez complexe mais encore trop peu connue, l'altitude élevée de la partie centrale, etc., conduiront certainement à la diviser plus tard en un grand nombre de régions agricoles bien caractérisées, maison doit se contenter
CILTURES.
actuellemont, faute de ronscignoiiicnts précis, d'en distinguer trois : la région centrale, la côte Est et la côte Ouest.
Ces trois zones difl'èrent profondément les unes des autres. La cote llst, très chaude et très humide, donne hien Timpression d'un pays tropical; la cote Ouest est également très chaude, mais privée de j)luies. particulièrement dans le Sud; la portion centrale enfm, relativement sèche et fraîche, jouit, à cause de son altitude, d'un climat tempéré.
Peu de cultures, jusqu'à ce jour, ont été tentées à Madagascar; l'ahsence presque complète d'essais sérieux, faits sur une assez grande échelle pour être absolument concluants, empêche donc d'être très affirmatif, dans tout ce qui va être dit.
Le climat chaud des côtes permet aux cultures tropicales de prendre un grand développement partout où les pluies se montrent assez abondantes, comme sur la côte Est; par contre, llmerina, région tempérée à cause de son altitude, ne peut qu'exceptionnellement convenir aux plantes équatoriales.
Si rimerina possède, au point de vue agricole, le grave inconvénient de ne pas se prêter aux plus lucratives des cultures coloniales, elle présente au moins, au point de vue de la colonisation, le sérieux avantage d'être à peu près saine. L'Européen qui veut bien s'astreindre à suivre les règles d'une bonne hygiène peut aisément y vivre et donner toute son énergie et toute son activité aux travaux qu'il y entreprend, ce qui ne peut manquer d'avoir une influence heureuse sur la réussite des exploitations agricoles.
Les terres du centre de Madagascar ne sont pas de très bonne qualité ; presque toutes se font remarquer par l'absence à peu près complète d'un élément important. Les terres du Betsileo, d'après les renseignements recueillis jusqu'à ce jour, sont surtout pauvres en calcaire; celles des environs de Tananarive, au contraire, manquent d'acide pho^phorique, d'après M. Rigaud, et d'une proportion suffisante de potasse et de chaux. Ce manque de calcaire d une part, l absence de phosphore ou la teneur insuffisante en potassium de l'autre, constitueront certainement d'importants obstacles à la mise en culture de la partie centrale de Madagascar.
Les Malgaches connaissent l'heureuse influence des cendres sur la végétation et ne manquent jamais, chaque fois qu'ils le peuvent, de répandre quelques sobikas (paniers malgaches) de cet engrais dans leurs rizières, mais le marnage et le chantage qui pourraient rendre de si grands services, en activant la nitrifîcation dans les rizières par exemple, sont totalement inconnus des indigènes. 11 convient de remarquer, du reste, que le calcaire est rare et que, avec les moyens de transport dont on dispose actuellement, il est difficile d'utiliser les gisements connus à plus de quelques kilomètres de distance de leur lieu d'extraction.
Notre but, en signalant ce défaut des terres de l'Imerina, n'est pas de décourager les planteurs, mais de leur éviter de pénibles désillusions. Les nouveaux colons pensent trop fréquemment que, sous les tropiques, il suffit de semer et de planter un peu au hasard, sans tenir compte des saisons ou de la composition des terres, et d'attendre, sans autres soucis, le moment de
la récolte pour arriver à des résultats splendides. Ce fait est peut-être vrai dans certaines colonies, mais ce serait une erreur de croire à son exactitude à Madagascar.
La mauvaise qualité des terrains de l'Imerina et son climat plutôt défavorable, au point de vue des cultures, à cause d'une mauvaise répartition des pluies qui fait succéder à une saison de cinq à six mois trop sèche une période trop pluvieuse d'une durée à peu près égale, rendent particulièrement difficile la mise en valeur de la partie centrale de la Grande Ile.
Tous les sommets de cet amas de collines que l'on appelle à tort le plateau central sont entièrement dénudés. L'absence absolument complète de forêts ou même de bouquets de bois est tout à fait caractéristique en Imerina; quelques manguiers, quelques lilas de Perse [Melia azedarack) massés autour des villages sont à peu près les seuls arbres que l'on trouve aux environs de Tananarive, dont la forêt la plus proche est celle d'Ankeramadinika, à plus d'une journée de marche, sur la route de Tamatave. Ces collines, à la surface desquelles émergent parfois d'énormes blocs de granit, sont impropres à toute culture; le boisement, dont le rôle principal sera de contribuer à l'amélioration du climat, permettra seul d'en tirer parti. Il n'y a à mettre en culture, avec chances de succès, que les vallées, les basfonds et les petits ptateaux.
Intérieur. — Les cultures importantes qui paraissent présenter le plus de chances de réussite dans la région centrale sont celles du cotonnier, du tabac, du théier et du mûrier blanc pour l'élevage du ver à soie.
Le cotonnier a déjà été cultivé à Madagascar par les Malgaches, qui connaissent l'art d'en faire des lambas qu'ils ornent parfois de broderies de soie assez originales. La saison humide et chaude, qui s'étend de novembre en avril, convient au développement de cette plante, tandis que la saison sèche qui va d'avril à novembre, facilite la maturation des capsules et la récolte du coton. Le cotonnier indigène, mal soigné et provenant de graines mal choisies, ne donne pas un duvet de bonne qualité; mais il est probable qu'une sélection attentive des semences, Lintroduction de bonnes variétés et l'emploi judicieux des engrais amélioreront d'une manière très sensible la qualité du coton.
Dans l'Imerina, le coton est un des rares produits qui trouveront un débouché important auprès des Malgaches, si quelques Européens consentent à installer des ateliers de tissage pour produire sur place les cotonnades blanches qui sont aujourd'hui généralement de provenance américaine et dont les indigènes font une si grande consommation.
Le tabac donnera vraisemblablement de bons résultats, partout où les terres renferment une dose suffisante de potassium; les indigènes connaissent d'ailleurs déjà, comme nous l'avons vu, cette culture, qu'ils pratiquent un peu partout.
Le mûrier blanc, pour l'élevage du ver à soie, paraît être la troisième culture importante à développer dans la partie centrale de Madagascar. La sériciculture, comme la culture du tabac et celle du cotonnier, est
CULTURES
déjà connue des Malgaches ; mais, comme celles-ci aussi, elle pourra subir d'importantes et heureuses améliorations.
Le théier, dont l'ex-premier ministre Rainilaiarivony avait fait établir une plantation près de Tananarive, permettra peut-être de tirer un parti avantageux des terres humides, voisines des rizières.
L'élevage du cheval ou du mulet, l'élevage des bovidés, et peut-être même l'élevage du mouton pour la production de la laine, pourront devenir l'objet de fructueuses opérations. N'en serait-il même pas ainsi, que nous considérerions tout de même comme indispensable, h cause de la pauvreté du sol malgache, d'adjoindre à toute exploitation agricole du centre un fort troupeau, dans le seul but de se procurer du fumier en quantité suffisante. Il est absolument certain que tout colon qui ne voudra pas, par exemple, garder sur ses terres d'importants troupeaux de bovidés aboutira à un échec complet.
Pendant la saison des pluies, les animaux s'entretiendront assez aisément en bon état, en consommant l'herbe qui couvre, de novembre à mai, toutes les collines du Centre; mais il sera nécessaire d'avoir recours, pendant la période sèche, au maïs, au manioc, au cactus inerme, d'une introduction toute récente (novembre 1897), mais d'une réussite certaine, et à d'autres plantes fourragères, que les essais entrepris près de Tananarive, au Jardin de Nahanisana, apprendront peu à peu à connaître.
Côtes. — Les côtes pourront, d'une manière générale, convenir aux cultures tropicales.
Les renseignements fournis jusqu'à ce jour sur la côte Est et sur la côte Nord-Ouest et les quelques exploitations qui existent déjà à Tamatave, à Andévorante, à Mahanoro, à Mananjary et à Nossi-Bé, peuvent donner une idée assez exacte des cultures qu'il y a lieu d'encourager dans ces régions ; mais l'absence à peu près complète de documents précis sur la côte occidentale ne permet pas, jusqu'à présent, de guider d'une manière sérieuse les colons qui désirent s'installer dans cette partie de l'île ^
Les principales cultures équatoriales existant déjà à Madagascar sont, comme nous l avons vu, les suivantes : la canne à sucre, le caféier, le cacaoyer et le giroflier. Le théier et le vanillier n'occupent encore que des étendues peu importantes ; quant au poivrier, il n'a pas encore été essayé d'une façon sérieuse.
La canne à sucre est surtout cultivée aux environs de Tamatave, où elle donne de bons résultats. Trois sucreries, qui jadis étaient assez prospères, ont même été installées près de cette ville : mais l'énorme quantité de sucre fabriquée tant en Europe que dans les colonies place la culture de la canne à Madagascar dans une situation si difficile que nous ne saurions conseiller d'en établir de nouvelles plantations. Les usines existant actuellement pourront trouver dans la consommation locale un débouché suffisamment important, mais ce serait marcher à un échec à peu près certain que de vouloir produire du sucre pour l'exportation.
1. Us trouveront cependant d'utiles renseignements dans la notice sur Morondava.
Le caféier réussit bien dans une grande partie de Madagascar, mais on ne peut pas indifféremment cultiver partout le café libéria ou le café d'Arabie.
Le café libéria, peu sensible aux atteintes de la terrible maladie qui a détruit les plantations de Ceylan [Hemileia vastatrix), doit seul être cultivé sur la côte orientale, où il croît, du reste, avec une très grande vigueur. Les planteurs de Tamatave, de Mahanoro et de Mananjary, de même que leurs voisins de la Réunion, ont compris qu'il valait mieux renoncer, momentanément du moins, à la production du café à petites feuilles et n'ont pas hésité à recommencer de nouvelles plantations avec le café libéria, malgré le peu de cas qu'on fait de ce dernier sur le marché européen.
Le caféier d'Arabie, au contraire, qui, à Madagascar, résiste assez bien à l'Hemileia vastatrix, à partir de 600 à 700 mètres d'altitude, peut être exploité avec avantage dans l'intérieur de l'île, où un emploi judicieux des engrais et de la bouillie Perret lui donnera sans doute assez de forces pour lutter victorieusement contre son terrible ennemi.
A partir de 1 000 à 1 200 mètres, le café peut encore être planté sur de très petites étendues, dans les endroits très bien abrités du vent; mais on doit plutôt le considérer, en Imerina, comme un arbuste de jardin que comme une plante de grande culture.
Le cacaoyer, comme le montrent quelques plantations des bords de l'ivolina, près de Tamatave, paraît devoir donner de très bons résultats.
Enfin, le giroflier, cultivé avec succès depuis assez longtemps déjà à Sainte-Marie, prospérerait probablement tout aussi bien à Tamatave, à Andévorante ou à Mahanoro.
Le climat très humide de la côte orientale sera certainement très favorable au théier. Il y donnera peut-être comme à Ceylan des produits de moins bonne qualité qu'à 1 000 ou 1 200 mètres d'altitude; mais on trouvera une compensation suffisante dans le rendement, qui ne peut manquer d'être plus élevé sur la côte que dans le Centre, région relativement sèche.
Parmi les cultures encore peu connues qui méritent d'être tentées sur la côte Est, il faut citer le Manihot GJazowii, arbre producteur d'excellent caoutchouc, dont un colon, M. Marchai, a fait, avec succès, aux environs de Fort-Dauphin, de sérieux et intéressants essais de plantation. Cette culture, entreprise aussi à Mananjary, y a également donné de bons résultats.
En résumé, la réussite des entreprises agricoles paraît certaine à Madagascar, à la condition de se livrer à l'exploitation de plantes appropriées au climat et au sol, et de tenir compte des quelques règles suivantes :
1*^ Joindre à toute exploitation un troupeau assez important pour fournir en quantité suffisante le fumier nécessaire aux cultures. — Ce troupeau permettra d'augmenter le rendement et fournira par lui-même, s'il est bien dirigé, un revenu qui mérite d'être pris en considération. Cette règle, indispensable pour les terres pauvres du Centre, donnera aussi de bons résultats, sur les côtes, pour les cultures épuisantes, comme celles du café et du cacao, et permettra d'obtenir, pendant une longue période, des rendements élevés et soutenus.
11 est possible que certains points de Madagascar soient assez riches en
CULTURES
matières fertilisantes pour ne pas exiger l'apport immédiat d'engrais, mais comme cette richesse ne manquera pas de s'épuiser en peu d'années et (pralors il sera nécessaire d'avoir un troupeau pour empêcher la plantation de péricliter, nous croyons préférahle de conseiller, pour tous les cas, l'exploitation simultanée des plantes et des animaux.
2" Cultiver simidtanémenl plusieurs plantes. — Cette règle n'est pas moins importante que la première; elle assurera un revenu annuel régulier au colon. Les plantes équatoriales, probahlenient à cause des saisons, qui ne sont pas sans présenter des modilications assez sensibles d'une année à l'autre, sont sujettes, comme celles d'Europe, à certaines variations dans les rendements annuels. Pour éviter ces oscillations de production et de revenu, le meilleur moyen est d'exploiter plusieurs plantes à la fois, car telle année défiivorable à une culture peut convenir à une autre et provoquer chez cette dernière un surcroît de production, qui compensera la diminution de rendement observée chez la première.
S'^ Ne pas vouloir cultiver une plante dans un sol ou un climat ne lui convenant pas. — Le planteur habile est celui qui sait trouver pour chaque point la culture la plus avantageuse, c'est-à-dire, celle qui donne les plus gros bénéfices, et non celui qui, à grands frais, parvient h cultiver, dans un pays froid, les plantes qui viennent mieux dans les régions chaudes ou à faire pousser, dans une terre privée de calcium, des végétaux qui, normalement, exigent une terre très calcaire.
L'agriculture, aussi bien aux colonies qu'en Europe, est une industrie dont les matières premières sont : le phosphore, le calcium, le potassium, le carbone, l'hydrogène, l'azote, etc., à l'état de combinaison ou à l'état libre; son but est de transformer ces matériaux en tissus végétaux ou animaux, et l'habileté du cultivateur ou du planteur consiste à se procurer les matières premières sous la forme la plus économique et à leur faire subir, par la culture ou l'élevage, la transformation la plus avantageuse.
Café. — Le caféier, comme on l'a vu précédemment, peut réussir dans presque toute l'île, depuis le bord de la mer jusque sur les hautes terres de la partie centrale. Sur la côte, et jusqu'à une altitude de 700 à 800 mètres, il pousse avec assez de vigueur pour qu'on puisse entreprendre de grandes plantations; mais, en Imerina, cette culture ne peut être menée à bien qu'à la condition d'être limitée et entourée de soins très minutieux.
On rencontre, il est vrai, d'assez beaux caféiers dans la plupart des villages du Centre; mais il faut remarquer que ces minuscules plantations, généralement installées dans les fossés d'enceinte, qui sont naturellement bien fumés, sont placées dans des conditions tout à fait exceptionnelles. C'est surtout le vent qui, dans ces régions, fait soutTrir le caféier, qui peut, en effet, réussir dans les endroits très bien abrités; mais, dès qu'on le plante en terrain découvert et fréquemment balayé par la brise, les arbustes poussent mal et restent improductifs.
On trouve principalement à Madagascar le caféier libéria et le caféier d'Arabie, Ce qui a déjà été dit suffira, croyons-nous, pour guider les plan-
leurs dans le choix qu'il convient de faire entre ces deux espèces pour chaque région.
Le café se sème généralement en pépinière.
Installation d'une pépinière. — On choisira, dans ce but, un endroit abrité des vents, où la terre est bonne et assez légère, d'une pénétration facile aux racines et suffisamment perméable.
L'emplacement remplissant ces conditions ne laissera plus rien à désirer, s'il peut être arrosé facilement. Deux mois avant le semis, le sol sera ameubli et nettoyé aussi parfaitement que possible, sur une profondeur de 25 à 30 centimètres. Un peu de fumier bien décomposé ou de terreau pourra, avec avantage, être mélangé à la couche superficielle dans un deuxième labour.
Le terrain sera ensuite émietté et ratissé, puis on le divisera en planches de 1 m. 20 de large environ, entre lesquelles on laissera d'étroits sentiers qui faciliteront les arrosages et les nettoyages. Les graines y seront semées en quinconce, à 3 ou 4 centimètres de profondeur et à 15 à 20 centimètres d'intervalle.
Les semis peuvent être faits h peu près à toute époque de l'année; mais il sera préférable de procéder h l'ensemencement un peu avant la saison des pluies, pour éviter, autant que possible, les arrosages.
On choisira comme semences des graines récoltées à maturité complète, grosses et bien formées, provenant d'arbres sains, très productifs et donnant un fruit de bonne qualité. Si le semis n'a pas lieu immédiatement, on enlèvera la pulpe, ce qui permettra d'éliminer les graines rondes, provenant de fruits dont l'un a avorté.
Il est parfois nécessaire de protéger les semis contre le soleil au moyen de paillassons de zozoro (joncs) ou avec des feuilles de palmier, de bananier ou de ravinala. Quel que soit, d'ailleurs, le procédé employé, il faudra toujours maintenir l'écran à 1 mètre de hauteur environ.
Les graines de café germent très lentement, cinq ou six semaines après le semis seulement.
Il est indispensable de maintenir le sol suffisamment humide, sans cependant lui donner trop d'eau. Enfin, les mauvaises herbes doivent être arrachées quand les plants atteignent quelques centimètres de hauteur.
Choix du terrain. — Le caféier ayant une racine pivotante, ce sont les sols profonds qui lui conviennent le mieux. Il faut craindre l'humidité stagnante, éviter, par conséquent, les terres où il y a une trop forte proportion d'argile, si ce n'est cependant sur les pentes, où l'eau peut s'écouler facilement. L'emplacement définitif des caféiers ayant été choisi avec les précautions précédemment indiquées, on devra s'occuper :
1° De l'ameublissement du sol;
2° De la distance convenable à laisser entre les plants ; 5° De l'âge auquel il faut les transplanter; 4° De Tépoque de leur transplantation.
Ameublis sèment du sol. — On se contente généralement de travailler le sol
CULTURES
aux seuls endroits qui devront recevoir les plants. Les trous de plantation, préparés au moins six mois à l'avance, devront avoir 70 centimètres de côté et 80 centimètres de profondeur au minimum.
On remplira ces trous de terre aussi bonne que possible, à laquelle on mélangera en quantité suffisante les engrais réclamés par la composition chimique du terrain (cendres, fumier, phosphates, etc.).
Distance à laisser entre les plants. — La distance la plus convenable pour le café dWrabie varie entre 2 mètres et 2 m. 50; pour le libéria, l'intervalle adopté est voisin de 5 m. 50. Dans l'un et l'autre cas, la plantation en quinconce est à recommander.
De Vâge auquel il faut transplanter. — La mise en place peut avoir lieu un an après le semis. Les pieds à transplanter, enlevés, autant que possible, avec la motte de terre attenant aux racines, doivent être arrachés avec le plus grand soin.
Pour faciliter la reprise, il faudra, si les racines ont souffert, supprimer une partie des feuilles pour diminuer l'évaporation de l'eau. On peut enfin, au début, pour protéger les jeunes caféiers contre le soleil, planter près de chacun d'eux quelques pieds de fougères ou une grande feuille de palmier.
Époque de la transplantation. — La transplantation doit avoir lieu par un temps couvert et humide, autant que possible, au début de la saison des pluies.
Entretien des plantations. — Les jeunes caféiers mis en place ne tarderaient guère à être étouffés par les mauvaises herbes, si le planteur n'intervenait, en faisant détruire, par un nombre suffisant de nettoyages, toutes les plantes adventives. Le nombre de ces sarclages est essentiellement variable; certaines plantations exigeront qu'on les répète tous les deux mois, d'autres tous les trois mois et, parfois même, tous les six mois seulement; la rapidité avec laquelle se développent les espèces adventives permettra au planteur de fixer le nombre annuel des nettoyages. Les binages seront dim grand secours pendant la saison sèche, car ils diminueront les pertes d'eau par évaporation en brisant les canaux capillaires qui l'amènent à la surface.
11 faudra prendre soin, en sarclant ou en écroûtant la surface du sol, de ne pas détruire le chevelu qui. chaque année, se développe sur la tige du caféier, à quelques centimètres de terre. Ces minuscules racines, auxquelles on attache peut-être trop d'importance, joueraient, parait-il, un rôle capital dans la fructification du grain; que ce fait soit absolument exact on non, on conçoit aisément qu'il y a avantage à respecter ces petites racines, puisqu'elles ne peuvent agir qu'en puisant dans le sol une plus grande quantité de matières nutritives.
Tous les deux ou trois ans, on devra restituer à la terre ce que les récoltes lui auront enlevé. A cet effet, une tranchée circulaire de 15 à 20 centimètres de profondeur sera faite autour de chaque arbre, à une distance suffisante pour que les extrémités des racines ne soient pas endommagées. On y introduira les engrais dont on dispose, qu'on mélangera au sol et qu'on recouvrira de terre.
Enfin, les branches dépérissantes et les gourmands, qui épuisent inutilement les arbres, devront être supprimés tous les ans.
Récolte. — Le café donne des fleurs pour la première fois à l'âge de trois ans et n'entre en plein rapport qu'à cinq ou six ans. Dès la troisième année, on peut compter sur un rendement de 200 grammes environ de café préparé, par arbre; à six ans, le caféier d'Arabie arrive à produire de 500 à 750 grammes par plant; mais, pour le caféier libéria, les productions de 2 kil. 500 par arbre, à cet âge de six ans, n'ont rien d'extraordinaire.
On devra enlever les baies une à une, en choisissant celles qui ont atteint leur degré complet de maturation. Il faut condamner le procédé qui consiste à prendre la branche de la main gauche et à arracher, en les faisant glisser entre les doigts de la main droite, toutes les baies qui s'y trouvent, qu'elles soient mûres ou non.
Le fruit récolté, on doit le débarrasser de sa pulpe et le sécher pour le rendre marchand. Nous nous contenterons d'indiquer sommairement quelle est la série d'opérations à lui faire subir, sans essayer de décrire ici les nombreuses machines imaginées pour arriver à ce but.
La préparation du café consiste à débarrasser la graine de la pulpe et de la parche, c'est-à-dire des enveloppes, puis à la faire sécher.
Pour enlever la partie charnue du fruit, on fait sécher les baies en les exposant au soleil en couches minces pendant une dizaine de jours et on les pilonne ensuite légèrement pour briser les enveloppes ainsi desséchées. On peut aussi les faire passer à l état frais dans un dépulpeur et les jeter dans un réservoir d'eau courante, pour les débarrasser des matières mucilagineuses, puis les faire sécher et les pilonner modérément (sans briser le grain) pour enlever la parche (deuxième enveloppe).
Dans le premier, comme dans le second cas, on débarrassera les grains des matières étrangères, des fibres et des débris d'enveloppes à Taide du vannage, du criblage et de l'épierrage. Il suffira dès lors de séparer à la main tous les grains de mauvaise qualité, d'emballer soigneusement le café et de l'expédier au port d'embarquement.
Cacaoyer. — Le cacaoyer semble devoir bien réussir sur les côtes, dans les endroits suffisamment abrités des vents de mer. Certaines plantations (entre autres la plantation Wilson), quoique abîmées, saccagées, à moitié détruites par les indigènes pendant la dernière guerre, montrent bien tout le parti qu'on peut tirer de cet arbre dans ces régions.
M. Wilson, qui possède aujourd'hui sur les bords de l'Ivolina, au Nord de Tamatave, une cacaoyère bien entretenue et prospère, a commencé la plantation vers 1881 ; les premiers arbres ont été pour la plupart détruits pendant la guerre de 1885. Le petit nombre de ceux qui ont été épargnés ont poussé, depuis cette époque, complètement abandonnés à eux-mêmes, sans le moindre soin, comme à l'état sauvage. Quoique croissant sans abri depuis plus de douze ans, ils dépassent aujourd'hui 6 mètres de haut et donnent chaque année plusieurs centaines de fruits par plant. Bien des cabosses tombées par terre ont même donné naissance à des brins de semence pous-
CULTURES
sant avec vigueur sous le couvert de leurs parents et formant ainsi une véi itable pépinière, où M. Wilson va chercher aujourd'hui les jeunes arbres destinés à former de nouvelles plantations.
Ces cacaoyers d'une si belle venue prouvent qu'on peut enga^^er les colons à se livrer à cette culture avec la certitude presque complète de les voir réussir dans des endroits convenablement abrités du vent et formés d'une terre assez riche et assez profonde. Comment concevoir, en elîet, la non-réussite de la culture d'une plante à laquelle Thomme consacre tous ses soins, dans une région où cette même plante, à l état presque sauvage, se développe et prospère admirablement?
Peu de planteurs ont, comme M. AVilson, des brins de semences tout développés sous la main ; sa façon d opérer est toute spéciale ; il est donc utile de rappeler que le cacaoyer se sème en pépinières toujours abritées, installées et entretenues comme celles du caféier.
Ombrage convenable. — Le cacaoyer, pendant les premières années de son existence, demande à être abrité des rayons du soleil. Deux plantes sont employées dans ce but aux environs de Tamatave :
1° Le bananier,
2" Le bois noir ou acacia Lebbeck.
Le bananier a l'avantage de grandir très vite et de donner un fort ombrage, peut-être même trop fort à notre avis, et il a l inconvénient de devenir rapidement envahissant et d étouffer, si on n\ prend garde, les cacaoyers qu il doit simplement protéger.
Le bois noir pousse moins vite, mais il présente l'avantage d'être moins envahissant, de faciliter Téclaircissement du couvert et de tamiser simplement la lumière solaire, en raison de l'exiguité de ses feuilles, au lieu d'en intercepter complètement les rayons, comme le bananier. Ce dernier point semble important, car on a constaté, près de Tamatave, que les cacaoyers trop ombragés portent moins de fruits.
Des avantages et des défauts respectifs de ces deux plantes d ombre, on peut presque conclure aux emplois successifs du bananier et du bois noir. Tout au début, alors que le cacaoyer exige beaucoup d'ombre, le bananier, à cause de ses énormes feuilles et de sa croissance extrêmement rapide, semble tout indiqué: plus tard, lorsque les plants de cacao sont devenus assez forts pour braver un peu les rayons solaires, le bois noir semble plus convenable. On pourrait donc abriter chaque pied avec un ou deux bananiers, qu'on supprimerait par la suite, puis, planter çà et là des boutures d'acacia Lebbeck destinés à fournir plus tard un ombrage léger, favorable aux cacaoyers.
U ne suffit pas de protéger le cacaoyer contre le soleil, il faut encore l'abriter contre le vent. Sans abri suffisant, il ne faut pas songer à établir cette culture aux environs de Tamatave, car les cyclones pourraient anéantir en quelques minutes le travail de plusieurs années. Le flanc des collines ou les plateaux ne recevant pas le vent de mer, constitueront donc la situation la plus recominandable pour établir une cacaoyère ; dans tous les autres cas, de très forts rideaux d'arbres sont indispensables.
Préparation du terrain, transplantation. — L'aineublissement du sol ne présente, poui' la culture du cacaoyer, rien de bien particulier. On aura soin, tout d abord, d'extirper aussi complètement que possible les racines d'arbres qui peuvent s'y trouver et de détruire, soit par le feu, soit par fauchaison et labour, toute la végétation herbacée; puis, comme pour le caféier, on ameublira le sol, soit en totalité, soit par place, sur une épaisseur d'au moins 50 à 40 centimètres. Les trous pour la mise en place définitive am ont de 50 à 80 centimètres de côté sur 80 centimètres à 1 mètre de piolbndeur. La distance à laisser entre les divers plants varie entre 3 m. 50 et 4 m. 50, en tous sens. Certains planteurs, M. Castelle entre autres, ont adopté une distance de 4 mètres sur les lignes et de 2 m. 50 entre les lignes; ce dernier intervalle, même en faisant la plantation en quinconce (qui est toujours recommandable), paraît un peu faible.
L'âge de la transplantation est très variable ; les uns prétendent qu'il vaut mieux transplanter à deux mois, d'autres à six mois, d autres enfin à un an ou même à deux ans; tel est le cas de M. "VYilson. La transplantation à un an ou à un an et demi paraît, en réalité, préférable, car, si on met le cacaoyer en place à deux ou à quatre mois, étant encore très petit, il peut facilement être étouffé pai' les lianes envahissantes. Les soins d'entretien d'une plantation, dont la mise en place a été trop hâtive, sont très difficiles à exécuter; il vaut bien mieux, comme le fait remarquer M. AVilson, avoir à soigner 5 000 ou 4 000 jeunes cacaoyers, réunis sur un petit espace, que 1 000 plants, mis à leurs places définitives.
La transplantation doit toujours se faire i)ar un tenq^s couvert, pendant la saison des pluies, surtout quand il s'agit de plants âgés d'un an ou deux, dont l'arrachage et la mise en place demandent à être faits avec les plus glandes précautions.
Entretien de la plantation. — Il consiste en nettoyages et binages. Les nettoyages, d'après M. Wilson, doivent éti e répétés à peu près toutes les six ou huit semaines sur la cote orientale; mais cette indication n'a rien d'absolu.
Il est nécessaire de protéger le cacaoyer contre l'envahissement des essences d'ombre et particulièrement contre l'envahissement des bananiers. On complétera donc les travaux d'entretien par quelques élagages, qui auront pour but de supprimer les branches gênantes, et par l'arrachage des pieds trop encombrants de bananier et de bois noir. Il est bon de remarquer ici que la diminution progressive, mais lente, de l'ombrage jusqu'au moment où on aura réalisé un couvert très léger, ne peut que faiie du bien à la plantation de cacaoyers.
Récolte. — A l'âge de trois ans, le cacaoyer commence à porter quelques fleurs qui ne nouent pas ; les récoltes ne commencent à être assez importantes que vers sept ou huit ans. A dix ans enfin, l'arbre entre en plein rapport.
La floraison est presque continue; néanmoins on observe, à Tamatave, une épo(iue où les fleurs sont plus particulièrement abondantes, en octobre et en novembre.
CULTURES
La maturation complète des cabosses arrive au bout de six mois environ, c'est-à-dire dans le courant du mois de mai. A ce moment, les entre-côtes des fruits perdent leur coloration rouge brun et prennent une belle teinte jaune. La floraison étant presque continue, comme on l'a vu, il sera nécessaire de visiter souvent la plantation pour récolter les fruits ayant atteint le degré convenable de maturité.
Les rats se montrent très friands des cabosses de cacao ; il n'est pas rare de rencontrer, dans les plantations, des arbres dont tous les fruits ont été dévorés pai* ces insupportables rongeurs. M. Wilson propose, comme remède, de planter, çà et là, quelques touffes de canne à sucre ou de former, tous les 25 ou 50 mètres, une rangée de cannes à la place d'une ligne de cacaoyers. Les rats, encore plus friands de la canne que du cacao, laissent, dès lors, intacte la plus grande partie, sinon la totalité des cabosses.
Le rendement annuel monte actuellement, à Tamatave, à deux ou trois livres de graines sèches par arbre.
Aussitôt après la récolte, les graines sont grossièrement débarrassées de la pulpe qui les entoure, puis mises dans des tonneaux où on les laisse fermenter pendant plusieurs jours; on les lave ensuite rapidement, puis on les fait sécher au soleil et on les emballe pour les expédier.
Vanille. — Nous avons déjà dit quelques mots de cette plante au chapitre des produits végétaux, nous avons indiqué le mode de culture usité à Madagascar et évalué approximativement les frais de plantation, d'entretien, de récolte et de préparation, ainsi que le rendement d'une vanillerie; nous allons dans le présent article compléter ces indications par quelques conseils sur sa culture, son entretien, sa fécondation et sa préparation.
La vanille, cet aromate si universellement apprécié des gourmets, est, comme nous l avons vu, le fruit convenablement préparé d'une orchidée.
Le vanillier, bien qu'appartenant à la si curieuse famille des Orchidées, n'est point une de ces plantes dont la fleur charme l'œil par ses brillantes couleurs; sépales et pétales sont d'un blanc verdàtre assez terne, mais la . conformation bizarre et les positions respectives anormales de Tandrocée (ensemble des organes mâles) et du gynécée (ensemble des organes femelles) en font une fleur intéressante à étudier au point de vue botanique. Si la constitution des organes floraux du vanillier n'était curieuse que pour le naturaliste, nous n'aurions pas à nous y arrêter bien longuement, mais le planteur, comme nous le verrons plus loin, étant obligé d'intervenir directement pour assurer la formation de la gousse, il semble nécessaire de donner ici une description complète de cette fleur pour bien faire comprendre la pratique de la fécondation artificielle de la vanille.
L'espèce la plus répandue entre toutes, celle qui fournit à la consommation le plus grand nombre de gousses, est la Vanilla planifolia\ elle nous servira de type dans la description qui va suivre.
Le vanillier est une plante grimpante et sarmenteuse, s'accrochant aux arbres au moyen de crampons. Sa tige, de la grosseur du pouce, est très longue; elle porte des feuilles à peine pétiolées, alternes, de couleur vert
glauque, entières, elliptiques, charnues, longues de 12 à 15 centimètres et larges de 5 à 7, terminées en pointe, à nervation parallèle et rectiligne. Elle contient un suc visqueux renfermant une proportion considérable de cristaux extrêmement petits d'oxalate de chaux, nommés raphides par les botanistes. Ces raphides, comparables à de microscopiques aiguilles, font qu'une goutte de ce suc mise sur la peau y produit l'effet d un petit vésicatoire.
Le vanillier possède deux sortes de racines, les unes souterraines, les autres aériennes. Les premières blanchâtres, cylindriques, d un diamètre ne dépassant guère 4 à 6 millimètres, sont surtout superficielles; elles croissent de préférence au milieu de détritus végétaux en décomposition qui se trouvent à la surface du sol, et s'étendent ainsi jusqu'à un mètre du pied qui leur a donné naissance. Les secondes sont des racines adventives, qui poussent sur la tige et gagnent le sol, où elles vont s'épanouir comme les premières, en rampant le long des arbres ou en croissant librement dans Tair sans soutien.
Les fleurs d'une couleur blanc verdâtre, larges de 4 à 5 centimètres, se rencontrent par groupes de quinze à vingt formant des grappes courtes, mais robustes, qui poussent à l'aisselle des feuilles. Étant hermaphrodites et complètes, les fleurs examinées, en commençant par l'extérieur, présentent :
1° Un calice à trois sépales;
2'' Une corolle à trois pétales dont l inférieur, très grand et en forme d'entonnoir, enveloppe presque complètement les organes de la génération ;
5° Un androcée et un gynécée portés sur une sorte de colonne nommée gynostème, qui continue l'axe de la fleur.
L'androcée, composé d'une seule étamine (organe mâle), est logé à la partie supérieure de cette colonne sous un petit capuchon. Le stigmate, c'est-à-dire la partie de l'organe femelle sur laquelle doit venir se fixer le pollen pour assurer la fécondation, se trouve un peu plus bas, séparé de l'organe màle par une membrane à laquelle on a donné le nom de lamelle.
Immédiatement au-dessous du stigmate se trouve, communiquant avec lui par un conduit, une sorte de sac (ovaire) long de 5 à 4 centimètres, renfermant les ovules qui plus tard deviendront des graines; cet ovaire, dès que la fleur a été fécondée, atteint rapideinent 15 à 20 centimètres de longueur et devient à maturité, après traitement convenable, ce que tout le monde connaît sous le nom de gousse de vanille, qui renferme une grande quantité de petites graines noires généralement stériles.
L'acte de la fécondation résultant de l'apport du pollen sur le pistil, on conçoit combien il est difficile, sinon impossible, que la poussière fécondante contenue dans l'anthère vienne au contact du stigmate. Dans les pays où le vanillier croît spontanément, comme au Mexique, au Pérou, à la Guyane, la fécondation est faite par certains insectes et par les oiseauxmouches qui, voltigeant de fleur en fleur, transportent le pollen de l'une sur le pistil de l'autre. Au contraire à la Réunion, à Java, en Gochinchine, partout enfin où ces précieux auxiliaires n'existent pas, cette orchidée ne formerait jamais de gousses, si l'homme n'assurait lui-même la fécondation des fleurs.
CULTIRES.
La fécondation arlificiolle de la vanille fut faite pour la première fois vers 1850, à Pal is, dans les serres du Jardin des Plantes. L'opération consiste à supprimer le grand pétale inférieur, à écarter la lamelle séparatrice et à provoquer le rapprochement de l'anthère et du stigmate.
Un peut, comme on Ta conseillé, supprimer le pétale inférieur et la lamelle avec des ciseaux très effilés, puis rapprocher les organes sexuels l'un de l'autre par une simple pression des doiuts, mais on risque ainsi de hlesser la fleur si l'on n'opère pas avec la plus grande délicatesse. II est préférable d'employer le procédé actuellement suivi à la Réunion par la plupart des planteurs de vanille, qui consiste à saisir la fleur entre le pouce et le médius de la main gauche, i index étant posé sur le sonnnet du gynostème, puis à déchirer le pétale inférieur au moyen d'une grande épine d'opuntia pour bien dégager ce gynostème. Avec le même stylet, on repousse alors derrière l'anthère la lamelle qui sépare l'organe màle de l'organe femelle, et une simple pression de l'index sur le capuchon assure le dépôt du pollen sur l'extrémité stigmatique du pistil.
Avec un peu d'habitude, cette opération s'effectue très rapidement; les bons ouvriers fécondent aisément par ce procédé 800 à 1 000 fleurs dans l'espace de trois heures.
Dans les grandes vanilleries de la Réunion, on exige que les fécondeurs rapportent au régisseur ou aux surveillants tous les pétales inférieurs qui sont comptés avec soin pour connaître le travail effectué et empêcher ainsi dans la mesure du possible les vols si fréquents de gousses de vanille par les ouvriers.
Avec cette manière de faire, qui est presque partout employée aujourd'hui, la formation d'un fruit résulte toujours du rapprochement de l étamine et du pistil d'une même fleur. Sans conseiller l'abandon de ce procédé, qui a donné et donne encore des résultats assez satisfaisants, on peut, néanmoins, se demander s'il ne serait pas possible de faire mieux.
La lamelle qui empêche le contact des organes sexuels d'une même fleur n'existe-t-elle pas pour empêcher un mode de reproduction nuisible à la plante? Cette fécondation directe n'est-elle pas la cause de l'épuisement si rapide des vanilleries? Nous ne saurions l'affirmer, mais le croisement entre fleurs d'un même pied et même entre fleurs de plants différents est si facile à expérimenter que les colons soucieux d'améliorer leurs cultures devraient en faire quelques essais. Ce qui se passe dans les pays d origine du vanillier, où la fécondation, comme nous l'avons expliqué, est toujours croisée, est de nature à faire penser qu'il y aurait peut-être avantage à procéder ainsi. Il y a généralement plus à gagner en aidant la nature qu'en l'entravant dans ses desseins.
Climat et sol. — Le vanillier, pour bien prospérer, exige un climat chaud et humide, dont la température moyenne ne doit guère être inférieure à 25 ou 25 degrés. L'humidité lui est nécessaire; mais cependant trop d'eau donne lieu a la formation de fruits dépourvus de parfum; les grands vents ou une sécheresse un peu persistante le font rapidement dépérir.
Le vanillier se plante à la Réunion soit à l'ombre, soit en plein soleil; il convient toutefois de remarquer que les meilleurs planteurs de la Réunion ombragent toujours légèrement leurs vanilleries ; mais ils sont tous d'accord pour reconnaître que trop d'ombre et trop d'humidité nuisent beaucoup à la qualité des produits.
Le sol doit être léger et friable ; l'humidité stagnante, qui provoque rapidement la pourriture des racines et par suite la mort de la liane, doit être évitée; une terre perméable, reposant sur un sous-sol permettant l'écoulement des eaux, est indispensable. Si les terrains trop humides sont nuisibles, ceux qui ne retiennent pas du tout l'eau, comme les sols sableux, ne sont guère plus convenables; les terres légères, très riches en humus, sont les seules à conseiller, car la matière humifère (déjà si utile pour la nutrition de la plante), tout en ne s'opposant pas au drainage, possède la propriété remarquable de retenir une forte proportion d'eau. Le vanillier, à en juger par les cultures de la Réunion, ne paraît pas être une plante calcicole.
Ces conditions se trouvent réalisées à Madagascar, surtout en ce qui concerne le climat, sur les points de la côte orientale, qui sont suffisamment abrités. Des emplacements convenables se rencontrent aussi dans les petites îles qui avoisinent notre nouvelle colonie, à Nossi-Bé ou à xMayotte par exemple, où cette culture est peut-être destinée à prendre un essor assez considérable.
Culture. — Le vanillier étant une orchidée grimpante, il faut mettre à sa disposition des tuteurs sur lesquels il pourra s'attacher. Dans le cas où l'on transforme en vanillerie une surface boisée, on respecte lors du défrichement la plupart des arbres de moyenne taille dont l écorce ne tombe pas, afm d'avoir pour la vanille un support tous les 2 ou 5 mètres, et l'on élague parmi ceux-ci tous ceux dont le feuillage est trop épais.
Quand on veut utiliser un terrain nu dont le sol paraît bon, il faut, après ameublissement et nettoyage complets de la surface, planter des arbres destinés à donner un ombrage convenable aux vanilliers et à leur servir de tuteurs. Si l'endroit choisi est insuffisamment abrité du vent, on établit en même temps sur les bords de la plantation des rideaux d'arbres à croissance rapide et à feuillage épais.
Un assez grand nombre d'essences qui ne perdent pas leur écorce sont employées pour remplir le rôle de tuteur. Parmi les plus importantes, il faut citer : le filao, le pandanus, le pignon d'hide, le manguier, le bois noir, etc. Le filao et le pignon d'Inde sont surtout très employés, le premier parce qu'il tamise la lumière sans l'intercepter complètement, le second parce qu'il constitue un tuteur très commode à utiliser à cause de sa végétation rapide et de la facilité avec laquelle il reprend de bouture.
On peut voir aussi à la Réunion, principalement dans le voisinage du Grand-Brûlé, du côté de Sainte-Rose, du Bois-Blanc et de Saint-Philippe, de vigoureux vanilliers accrochés aux pandanus plantés sur les bords de la route circulaire. Nous ne pensons pas qu'on ait installé jusqu'à ce jour de très importantes plantations de vanille avec les pandanus ; mais ce qui existe
CULTURES
à la Rôiinion et rojtiiiion des plaiileiii s les plus ronommrs de la colonie luotleiit (le ci'oiie (pToii aiiiail pcul-èlic avaiila<((\ à causfi de la résislaiice des pandaïuis au veut, à se servir de cet arliic sur la côte Est de Madaj^asj ar pour étahlir les vanilleries.
Quand on a recours à l'emploi simultané des filaos et des pignons, on dispose généralement les premiers à 3 ou i mètres d'intervalle en tous sens, trois ans avant l'installation de la vanillerie; on plante ensuite des pignons d inde en quantité suflisante pour que les tuteurs (filaos ou pignons) soient tous situés à 1 m. 50 ou 2 mètres les uns des autres.
Dans les pays connue Madagascar, où la vanille ne se trouve pas dans des conditions normales, puisqu'on est obligé d'avoir recours à la lecondation artificielle, il est nécessaire de choisir les boutures sur des sujets particulièrement sains et vigoureux qu'on ne rencontre que parmi ceux dont on n'exige pas de fruits. Il y a donc lieu de conseiller l'établissement sur un sol riche et frais de petites pépinières de vanilliers qu'on aura soin de ne pas féconder, dans le but d'obtenir aisément toutes les boutures vigoureuses dont on peut avoir besoin.
Les boutures, de 1 m. 50 de long environ, sont mises en terre au pied de tuteurs, au commencement de la saison des pluies. A cet eflet, on creuse près de chaque arbre une petite rigole de 4 centimètres de profondeur dans laquelle on couche la partie inférieure de la bouture dépourvue de ses feuilles pour faciliter la reprise; on attache ensuite la portion supérieuie le long du tuteur au moyen d'un lien végétal, choisi plat autant que possible, pour ne pas blesser la liane; puis on remplit la petite fosse de bonne terre et de détritus végétaux.
Afin d'entretenir une humidité favorable dans le sol, on peut avec avantage le couvrir de paillis de feuilles et même de quelques pierres plates pour diminuer Tévaporation si le temps est sec.
Entretien. — L'entretien de la vanillerie consiste à arroser, s'il ne pleut pas, pour faciliter la reprise, à remplacer les plants morts ou simplement dépérissants, à rabattre les lianes deux fois par an en coupant soigneusement au-dessus de 1 m. 25 de hauteur les crampons qui leur permettent de grimper sur les arbres et à les enrouler sur un petit support horizontal cloué sur les filaos à 1 mètre ou 1 m. 25 du sol ou entre les branches de pignons d'Inde rabattus à 1 m. 50, pour faciliter la fécondation des fleurs. On répand enfin tous les ans, autour des pieds de vanille, une mince couche d'excellente terre ou de très bon terreau.
La culture de la vanille est très épuisante ; il serait donc nécessaire de songer à restituer tous les ans au sol ce que la végétation lui a enlevé, mais le vanillier est une plante si délicate et on connaît encore si peu les exigences des orchidées qu'il est impossible de dire jusqu'à présent d'une façon sérieuse quels engrais il conviendrait d'employer.
Le vanillier fleurit parfois très peu de temps après la plantation, mais il est prudent de supprimer ces premières fleurs pour ne pas épuiser la plante et d'attendre l'âge de deux ans pour laisser trois gousses par pied, si les vanilles sont très vigoureuses. Les premières récoltes assez importantes ont
lieu vers l'âge de quatre ans et se répètent ensuite pendant une période de cinq ou six années.
Chaque pied produit un nombre considérable de grappes et, par suite, de fleurs. On doit supprimer l'extrémité des inflorescences pour ne pas épuiser les vanilliers, mais il est préférable, comme on le fait à la Réunion, de ne retrancher les fleurs en trop qu'après la fécondation, afin d'être certain d'avoir sur chaque inflorescence le nombre de gousses qu'on s'est proposé de conserver. Ce procédé permet d'obtenir des fruits beaucoup plus longs et beaucoup plus beaux. Il n'est guère possible de fixer le nombre de gousses à conserver par plant; cela dépend, en effet, de la vigueur de chaque pied de vanille, qu'on ne peut apprécier qu'après quelques mois de pratique. On conserve généralement trois balais de quatre gousses par plant de force movenne, mais on fera toujours bien, surtout au début, de considérer ce chiffre comme un maximum pour ne pas épuiser prématurément la plantation.
La fertilisation artificielle, faite comme nous l'avons expliqué précédemment, réussit particulièrement bien le matin entre six et neuf heures. Si l'opération a réussi, la fleur persiste desséchée à l'extrémité de l'ovaire au delà du troisième jour et constitue au bout du fruit miir ce que l'on appelle le nombril.
La gousse croît rapidement, mais n'arrive à maturité parfaite qu'au bout du septième ou huitième mois.
Les fruits ayant atteint le degré de maturation convenable, c'est-à-dire ceux dont le gros bout commence à jaunir très légèrement et qui font entendre un petit craquement sous la pression des doigts, sont détachés de la liane avec les plus grandes précautions et préparés pour la vente.
Préparation. — Pour donner à la gousse de vanille l'apparence que nous lui connaissons en Europe et développer ce parfum si suave qui fait tout son prix, il est nécessaire qu'elle subisse une préparation aussi longue que délicate.
Le fruit, lorsqu'on le cueille, commence à jaunir à son extrémité inférieure ; il se compose à ce moment d'une enveloppe astringente et acide et de petites graines entourées d'une huile jaune possédant une faible odeur de vanille.
A maturation complète, les deux valves s'entr'ouvrent, l'épiderme se ramollit et prend une teinte plus foncée, enfin l'huile, dont la proportion augmente considérablement, s'échappe en gouttes de couleur rougeàtre. Elle constitue le baume de vanille, dont le principe odorant est encore plus fin que celui des gousses préparées artificiellement. Les fruits mûris naturellement sur pied seraient donc supérieurs à ceux chez lesquels l'homme a provoqué la formation du parfum, s'ils n'avaient le grave inconvénient de perdre assez rapidement leurs propriétés odorantes.
Dans la préparation artificielle, on se propose de concentrer le parfum à l'intérieur de la gousse en l'empêchant de s'ouvrir et de provoquer une maturation uniforme de tout le fruit.
Les procédés employés pour arriver à ce lésultat sont presque aussi
CULTURES
nombreux que les pays où l'on cultive le vanillier. Nous nous contenterons (le décrire le procédé le plus couramment employé par les producteurs de vanille de la Réunion.
Préparation à Veau bouillante. — Aussitôt après la récolte, les gousses, préalablement triées suivant le degré de maturité et suivant leur longueur, sont |)longées, pendant une ou deux minutes, dans de Teau maintenue à une température voisine de 100 degrés. Cette immersion dans un bain d'eau presque bouillante a pour but de tuer le fruit, pour l'empèclier de s'entr'ouvrir.
Après rébouillantage, les gousses, rapidement égouttées, sont déposées dans des cuves fermées en maçonnerie sous plusieurs épaisseurs de couvertures de laine pour atténuer les déperditions de chaleur ; elles sont ensuite mises sur des cadres de bois, puis recouvertes d'une épaisse étoffe de laine et exposées pendant trois ou quatre jours au soleil sur les toits peu inclinés des ateliers. Il est important de ne pas trop prolonger cette exposition au soleil qui pourrait donner lieu à des produits moins parfumés; les gousses doivent être retirées lorsqu'elles sont devenues souples et lorsque l épiderme, légèrement ridé, a pris une teinte brune uniforme.
Pour terminer cette dessiccation d'une manière satisfaisante, il convient de mettre les fruits à sécher lentement dans de grandes chambres spécialement aménagées, auxquelles on donne l'exposition la plus chaude.
Lorsque les gousses sont devenues noires et ridées, lorsque, en les passant entre les doigts, on ne sent plus de rugosités, ce qui arrive au bout de quatre à six semaines, il ne reste plus qu'à les trier suivant leur longueur, leur qualité et leur aspect.
Il est bon de les conserver, à partir de ce moment, dans des malles de fer-blanc bien fermées, qu'on visitera de temps à autre pour éviter la moisissure.
Quelle que soit la méthode employée, les gousses sont ensuite redressées à la main et classées, puis empaquetées par cinquante, et emballées, sans enveloppe d'aucune sorte, dans des boites de fer-blanc bien fermées, mais non soudées (à cause de la douane), contenant 10 à 1"2 kilogrammes de fruits. Les gousses de vanille, conservées dans des boîtes closes, à la température de 25 à 50 degrés, se couvrent au bout d'un certain temps d une poussière cristalline (givre) constituée par de très petits cristaux de vanilline, affectant dans les vanilles d'excellente qualité la forme d'aiguilles prismatiques.
La vanille ayant une très grande valeur, on a essayé de l'obtenir artificiellement. Deux chimistes allemands, MM. Tiemann et Hartmann, sont parvenus en 1874 à faire de la vanille artificielle en traitant, par un mélange d'acide sulfurique et de bichromate de potassium, la coniférine, matière extraite de l écorce de certains sapins et du Larix eiiropea; mais, jusqu'à présent, les producteurs de vanille n'ont pas à craindre la concurrence de la vanille artificielle, qui d'ailleurs possède, paraît-il, un parfum moins délicat.
La préparation de la vanille constitue donc une opération difficile, qui demande à être exécutée par des personnes habiles et expérimentées. Beaucoup de planteurs sont effrayés par les difficultés pratiques de ces nombreuses
GUIDE DE I/nniIGRANT A MADAGASCAR.
et délicates manipulations et renoncent ponr cette laison à la culture d'une plante qui peut cependant donner des produits avantageux.
La culture du vanillier prendrait probablement une extension bien plus grande, si des personnes consentaient à acheter les fruits mûrs aux planteurs et se chargeaient de la maturation artillcielle de la gousse. Les producteurs de vanille auraient même avantage à former des associations et à payer des spécialistes pour préparer les fruits ; chaque planteur, en portant au préparateur une certaine quantité de gousses mures, recevrait en échange un bon qui lui permettrait de retirer au bout de quelque temps une quantité correspondante de fruits préparés, à moins qu'il ne préférât laisser aux représentants de l'association le soin de vendre sa récolte. Afin d'engager le préparateur cà donner tous ses soins à la vanille qui lui serait confiée, l'association pourrait lui payer des appointements, dont une partie serait fixe et l'autre proportionnelle aux ventes. Ce système permettrait d'avoir des locaux de préparation mieux aménagés, d'être mieux outillé et d'arriver, par suite, à de meilleurs résultats que le planteur agissant seul et dans de mauvaises conditions par raison d'économie.
Théier. — Le thé, dont l usage en Chine et au Japon est connu depuis la plus haute antiquité, a été introduit et cultivé beaucoup plus tard au Brésil, à Java, aux Indes, en Annam, à Ceylan, etc.
Le théier est un arbuste toujours vert, aux feuilles alternes, lancéolées et finement dentées. Les fleurs, d'une belle couleur blanche, possèdent une agréable odeur et sont composées d'un calice à cinq ou six divisions, d'une corolle de cinq à neuf pétales, d'un nombre indéfini d'étamines et d'un ovaire supère à trois loges.
Les graines, à peu près sphériques, de la grosseur d'une noisette, renferment une assez forte proportion d'huile, qui a le grave défaut de rancir très vite et qui présente, par suite, l'inconvénient de rendre presque impossible la conservation des graines et leur transport à grande distance.
La croissance du Thea chinensis est très lente. Non taillé, il ne dépasse guère 5 mètres; mis en culture, il est maintenu à une hauteur maximum de 1 m. 25.
Le théier est peu exigeant sous le rapport de la composition chimique du sol ; il y a donc lieu de penser qu'à ce point de vue la culture du thé ne rencontrera pas d'obstacles dans l'intérieur de Madagascar. Les terres des environs de Tananarive, par exemple, dont plusieurs échantillons ont été analysés par M. Mùntz, directeur de l'Institut agronomique de Paris, contiennent une proportion d'oxyde de fer beaucoup plus élevée que les terres de composition moyenne, présentant sous ce rapport beaucoup d'analogie avec celles de l'Inde et de Ceylan, dans lesquelles le thé est cultivé avec succès en employant les engrais azotés et potassiques; quelque essais, quelques petites plantations semblent, du reste, confirmer cette manière de voir.
Dire que le thé poussera dans la région d'altitude moyenne et en Imerina ne signifie pas qu'on ne doive pas songer à améliorer les terres qu'on lui consacrera. L'adjonction d'engrais minéraux, d'acide phosphorique, de ma-
CULTURES
gnésie ou de potasse par exemple, pourra consl iliici- une excellente mesure. Nous n'osons |)as eonseiller l addilion d'amendements calcaires, cai' on cite h Ceylan l exemple de pépinières entièreuKMit détruites par le chaulaiîe ; mais nous ne pensons pas non plus qu'il faille en conclure que le calcium soit franchement nuisible au théier. Il est possible (pie Faddition d'une grande quantité de carbonate de chaux nuise au développement de jeunes j)lants encore très délicats, mais il est probable que des chaulages modérés, dans des sols privés de chaux, comme ceux du Centre, en activant la nitrification, produiront généralement de bons résultats. L'absence d'expériences sérieuses ne permet pas d'être très affirma tif à ce sujet, mais les données générales de la physiologie végétale autorisent à croire que les colons qui feront quelques essais dans ce sens auront chance de voir leurs eflorts couronnés de succès. L'arbre à thé pousse également bien dans les pays très chauds et dans les contrées relativement froides ; c'est ainsi qu'on le rencontre depuis l Équateur jusqu'à Pékin, par 40*^ de latitude Nord, dans un climat plus rigoureux que celui de Paris.
L'altitude n'est pas un obstacle h sa culture; le rendement diminue, à mesure qu'on s'élève au-dessus du niveau de la mer, mais, dans les mêmes conditions, la qualité des produits suit une marche ascendante. Les pluies exercent une influence marquée sur son développement; les récoltes sont d'autant plus abondantes que les pluies sont plus fréquentes, car elles activent la formation des jeunes feuilles ; au contraire, les périodes de sécheresse un peu prolongées sont très nuisibles et diminuent le rendement dans une proportion considérable. Les vents, et particulièrement ceux qui sont secs, nuisent beaucoup au théier.
Le thé pourra donc être cultivé sur tous les points de Madagascar soumis à un régime de pluies convenable, mais les rendements seront très variables d'une région à l'autre ; sur la côte orientale, par exemple, les récoltes seront sans doute très élevées, tandis que, dans l'huerina, au contraire, il est probable qu'elles seront moins abondantes, à cause de l'altitude et de la saison sèche, mais de qualité supérieure.
Pépinière. — Le thé peut se semer soit en pépinières, soit directement sur le sol qu'il devra occuper pendant tout le temps que durera l'exploitation ; ce deuxième procédé ne paraît pas devoir être recommandé, car, s'il a l'avantage de supprimer les travaux de transplantation, il a le grave inconvénient de nécessiter une surveillance active et constante, rendue très difficile par le large intervalle qui existe entre chaque arbuste. Sans pépinière, on risque enfin d'avoir une plantation irrégulière, car les graines de théier perdent leur faculté germinative avec la plus grande facilité; il s'ensuit qu'une petite pépinière permettant d'avoir des pieds pour combler les vides est presque indispensable; il semble donc préférable d'avoir recours à la première méthode qui facilitera les nettoyages, les binages, les arrosages, etc., en un mot, tous les soins minutieux qu'il est nécessaire de donner à de jeunes plants si délicats.
Nous n'insisterons pas sur l'installation de ces pépinières qui ne diffèrent guère de celles décrites pour le caféier et pour le cacaoyer. Le terrain, conve-
nablement choisi à proximité de l'eau, est soigneusement nettoyé et ameubli sur une profondeur de 20 à 50 centimètres. Les graines sont semées à 5 centimètres d'écart, suivant des lignes parallèles situées à 10 ou 12 centimètres les unes des autres, et enfouies à 5 ou 4 centimètres de profondeur; puis elles sont recouvertes de terre fine, qu'on tasse très légèrement, et arrosées régulièrement matin et soir, s il ne pleut pas. La levée est assez irrégulière; en Imerina, les premiers plants apparaissent, en effet, trois à quatre semaines après le semis ; mais les derniers ne sortent guère de terre avant quarantedeux ou quarante-cinq jours.
Il est nécessaire de protéger les petits théiers contre les rayons solaires par un léger abri, situé à une faible hauteur au-dessus du sol. Des paillassons de zozoro (joncs), maintenus par quelques piquets à 60 centimètres du terrain, conviendront parfaitement pour cet usage dans l'Imerina.
Le théier se sème dès le commencement de la saison des pluies. Comme pour le caféier et le cacaoyer, le semis peut aussi avoir lieu soit en pots de bambou, soit en paniers de vakoa (pandanus) ou d'agave (taretra).
Plantation. — Nous avons vu précédemment l'action si nuisible des vents, et surtout des vents secs, sur cette plante ; le choix d'un emplacement parfaitement abrité ou l'établissement de rideaux d arbres est donc indispensable.
Le terrain, après débroussaillement et nettoyage complets, est ameubli aussi parfaitement que possible aux endroits destinés à recevoir les plants. Les trous devront être suffisamment espacés pour que les théiers ne se gênent pas dans leur croissance, et assez rapprochés pour que le sol soit entièrement couvert. Une plantation en quinconce, avec intervalles de 1 mètre entre, les lignes et interlignes de 1 mètre à 1 m. 20, paraît devoir réaliser convenablement le but que nous poursuivons. La dimension des trous variera avec la compacité plus ou moins grande des terres. Quelle que soit cependant la résistance de celles-ci à la pénétration des racines, on peut donner comme moyenne une profondeur de 60 à 70 centimètres sur 40 à 60 centimètres de côté. La transplantation doit avoir lieu tout au début de la saison des pluies, après six à douze mois de séjour en pépinière. 11 est bon de piquer en terre une branche de fougère ou une large feuille de bananier à quelques centimètres du pied transplanté pour l'habituer peu à peu à l'action du soleil.
Entretien de la plantation. — 11 est indispensable d'entretenir le sol dans le plus grand état de propreté par des sarclages qu'on répétera chaque fois qu'on le jugera convenable. On compte qu'un sarclage est nécessaire toutes les trois ou quatre semaines ; mais on ne peut donner de règle à ce sujet : le nombre des nettoyages dépend, en effet, du climat, de la fertilité du terrain et de 1" époque de l'année.
Les binages, diminuant Tévaporation de l'eau à la surface du sol, paraissent devoir constituer une excellente façon d'entretien, surtout pendant la période de sécheresse.
Les engrais, rarement utilisés aujourd'hui pour le thé, permettraient certainement, si on les employait d'une façon judicieuse, d'arriver à des
CULTURES
lendements plus élevés et à des produits de meilleure qualité. Les engrais azotés, qui favorisent le développement des feuilles, au<2^inenteraient l'importance des récoltes; parmi les engrais minéraux, les phosphates, le calcaire et les cendres potassiques seront surtout nécessaires en Imerina.
Taille. — La taille du théier a pour hut d'augmenter la production des rameaux et celle des jeunes feuilles. Nous allons décrire, d après M. Houtilly, la taille usitée dans les plantations de Ceylan {Revue des cultures coloniales). Lorsque l'arbre a atteint 1 âge de dix-huit mois à deux ans, on le coupe à 50 centimètres du sol ; ce recepage provoque le développement d un certain nombre de rameaux, dont on garde les quatre ou cinq plus beaux. Après une nouvelle période de dix-huit mois, on coupe ces derniers à une longueur de 50 cenlimètres, ce qui porte à 50 ou 60 centimètres la hauteur de l'arbuste. On laisse encore s'écouler deux années, puis on ramène la troisième génération de branches à 8 ou 10 cenlimètres. On recoumience encore dix-huit mois après, et Ton continue à tailler tous les deux ans à 8 centimètres au-dessus du niveau de la taille précédente.
L'opération de la taille doit se faire à la fm de la saison sèche, c'est-à-dire, en Imerina, depuis les derniers jours de septembre jusqu'au commencement de novembre.
Récolte. — La récolte des feuilles de thé se fait en plusieurs fois ; il est même nécessaire de passer un grand nombre de fois sur la plantation pour enlever toutes les jeunes feuilles tendres arrivées au degré convenable de développement. Pendant la saison des pluies, les récoltes peuvent se renouveler tous les huit jours; pendant la saison sèche, au contraire, elles seront beaucoup plus espacées et devront même parfois être complètement supprimées. Aucune moyenne sérieuse ne peut être donnée à ce sujet; l'expérience seule permettra de déterminer, pour l lmerina, l'intervalle qu'il conviendra de laisser entre chaque cueillette.
Le bourgeon terminal et les deux feuilles qui sont immédiatement au-dessous sont seuls récoltés; à Ceylan, on cueille aussi la troisième, mais pour la jeter, car elle est généralement trop coriace pour être préparée. Le rameau est ensuite sectionné au-dessus de la quatrième feuille, pour déterminer le développement des bourgeons situés plus bas. On respecte les branches qui poussent latéralement.
La récolte se fait à la main ; chaque feuille est coupée avec l'ongle et jetée dans un panier que porte l ouvrier.
La première récolte a lieu vers la fin de la troisième année, mais le théier n'entre en plein rapport qu'à l'âge de sept à huit ans.
Préparation du thé. — Les feuilles de thé doivent subir après la récolte une préparation longue et délicate.
Il convient, avant tout, d'expliquer ce que l'on entend par thé vert et par thé noir. Ces deux sortes de thé sont produites par la même plante; la manipulation ultérieure, seule, varie et produit la diflerence de goût et d'aspect. La feuille de thé renferme à l'état naturel une assez forte proportion de principes acres et amers qu'on cherche à faire disparaître dans la préparation du thé noir, mais que l'on conserve en grande partie dans la mani-
pulation de thé vert. Pour arriver à ce résultat, on torréfie immédiatement après leur récolte les feuilles destinées à produire le thé vert, tandis que Ton expose au soleil pendant deux ou trois heures celles qui doivent donner le thé noir. Cette simple exposition au soleil suffit pour produire une très légère fermentation, qui détruit une grande partie des principes amers dont nous avons parlé, et pour donner au thé noir la couleur qui le caractérise. Afin de conserver au thé vert cette âcreté si estimée des Chinois, on ne lui fait pas subir l'opération de l'enroulement des feuilles que nous allons décrire plus loin, et qui a justement pour but d'achever de débarrasser le thé noir de presque tous les sucs amers que renferme naturellement la feuille du théier.
La manipulation du tbé comprend :
1° La flétrissure;
2" L'enroulement des feuilles ;
5° La fermentation ;
4° La dessiccation ;
5° Le triage et l'emballage.
l"" Flétrissure. — Pour flétrir les feuilles, il suffit de les étendre en couches minces sur des nattes ou des rabanes bien pr opres, en plein soleil si le temps est sec, dans une pièce bien aérée si le ciel est couvert ou l'atmosphère humide. Il est parfois nécessaire dans ce cas d'avoir recours au feu.
Le fanage des feuilles au soleil peut être terminé en deux ou trois heures; à l'ombre, au contraire, il exige jusqu'à quinze et vingt heures; si le temps est humide, il faut deux ou trois jours pour que la flétrissure soit complète. Afin de ne pas être à la merci d un temps humide, il sera toujours nécessaire, quelle que soit l'importance de l'exploitation, d'aménager un local pour y effectuer cette première phase de la manipulation.
L'aménagement de ce local est, du reste, excessivement simple; une grande pièce, facile à aérer, percée par conséquent de fenêtres convenablement disposées pour établir des courants d'air, conviendra parfaitement.
Le fanage est terminé quand la feuille est devenue brune et souple comme une peau de gant.
2° Enroulement des feuilles. — L'enroulement a pour but, comme nous l'avons expliqué, d'enlever à la feuille la plus grande partie des sucs âcres qu'elle contient. On a imaginé, pour faire ce travail, des machines fort ingénieuses il est vrai, mais dont on ne saurait cependant conseiller l'emploi, si ce n'est pour de grandes exploitations. Leur description ne peut entrer dans le cadre forcément restreint de cette notice ; nous nous contenterons donc d'indiquer ici la méthode suivie par les Chinois qui, sans contredit, préparent le thé avec une perfection que nous sommes encore bien loin d'atteindre. Ce procédé n'exige l'utilisation d'aucun matériel coûteux; nous le croyons donc préférable à tous les autres, surtout pour un début.
L'enioulement se fait sur une table autour de laquelle se rangent les ouvriers, hommes, femmes et enfants. Chacun d'eux saisit une poignée de
CULTURES
feuilles, la comprime sur la table avec la luaiu et lui iiupriuie un luouviîment de va-et-vient , ou mouvement circulaire, qui ne tarde pas à transformer la poi»rnce de feuilles en boule. Cette boule est brisée et reformée un certain nombie de fois, jusqu'à ce que les feuilles présentent un enioulement convenable. L'opération de renroulement n'a été bien conduite que si, à ce moment, les feuilles renfeinient une proportion ni trop forte, ni trop faible de sucs. La pratique seule permettra à cliacun de déterminer aisément ce point important. Ln bon ouvrier peut, d'après MM. iSicholls et Raoul, rouler 15 à 1 i kilogrammes de feuilles par jour.
0° La fermentation. — Après leur enroulement, les feuilles sont disposées en couclies de 8 à 10 centimètres d'épaisseur et laissées ainsi pendant un temps variable, que l'on fixe par tâtonnements. Elles subissent, pendant cette phase de la manipulation, une très légère fermentation qui détruit encore une partie des sucs nuisibles. Cette fermentation doit être conduite avec soin; tout échauffement doit être évité au moyen de pelletages fréquents, destinés à aérer la masse.
4*" Dessieeation. — Aussitôt après la fermentation, les feuilles sont desséchées au soleil, si le temps le permet; on étend les feuilles en couches minces sur des nattes ou des rabanes bien propres et on les remue de temps à autre, afin de ramener sur le dessus celles qui se trouvent en dessous.
Afin de pouvoir sécher les feuilles par un temps humide, on peut, comme l'indique M. Raoul, les mettre dans de grandes bassines au-dessus d'un feu sans fumée ni odeur, bassines qu'on porte à une température voisine de 90 ou 100 degrés environ*; on y jette les feuilles, qui doivent être remuées vivement jusqu'à dessiccation complète. Ce point, qu'il est indispensable de ne pas dépasser pour ne pas brûler le thé, est très rapidement atteint.
Le thé est ainsi complètement préparé, il ne reste plus qu'à le trier et à l emballer pour le livrer au commerce.
5" Triage et emballage. — Avant d êtrc emballées, les feuilles sont ti'iées en diverses catégories marchandes, soit au tamis, soit à la main. Les plus petites constituent à Ceylan le « broken pekoé », qui forme la qualité la plus appréciée; viennent ensuite le pekoé, le pekoé souchong. etc., et, enfin, le redleaf (feuille rouge), nom donné à la catégorie la plus inférieure, qui est composée de toutes les feuilles mal préparées ou trop âgées.
Le thé bien sec est enfin emballé dans des caisses de fer-blanc hermétiquement closes, où on le tasse par couches régulières.
Il est important de livrer au commerce des thés de qualité bien uniforme; il est donc nécessaire de bien mélanger toutes les feuilles appartenant à une même catégorie.
Giroflier. — Comme nous l'avons vu, on tire le clou de girofle d'un végétal de la fiimille des myrtacées, au([uel on a donné le nom de giroflier. Abandonné à lui-même, le giroflier devient un bel arbre de 10 à
1. Ou roconnaît qu'on est arrivé au point convenable, lorsque la main placée sur la bassine ne peut plus supporter la chaleur qu elle lui communique.
GUIDE DE L'IMMlGRA^T A MADAGASCAR.
12 mètres de haut, portant des feuilles lisses, entières, lancéolées, et des fleurs disposées en cymes terminales à l'extrémité des branches.
Cet arbre est originaire des Moluques,où les Portugais, puis les Hollandais essayèrent par tous les moyens d'en conserver le monopole. Mais un Français, Poivre, ancien intendant de l'île Bourbon, parvint, malgré les plus grandes difficultés, à en introduire quelques plants dans cette île, d'où le giroflier s'est ensuite répandu dans toute la zone tropicale.
L'arbre à girofle pousse très bien dans l'île Sainte-Marie de Madagascar, où cette culture pourra prendre encore beaucoup d'extension ; on le plante aussi avec succès aux environs de Tamatave. et on le rencontre à Mahanoro, au Sud d'Andévorante; il y a donc lieu de penser qu'il sera possible de le cultiver avec profit sur un grand nombre de points de la côte orientale.
L'humidité stagnante est tout à fait contraire au giroflier; les sols en pente, sains et substantiels, s'égouttant bien et rapidement, lui sont favorables.
Multiplication, pépinière, mise en place. — Le giroflier se multiplie par graines semées, en pépinières abritées, à 25 centimètres les unes des autres. Il est nécessaire de choisir des semences développées, mûres et récoltées sur de beaux arbres; on devra s'attacher également à n'employer que des graines très fraîches, car elles perdent assez rapidement leurs facultés germinatives. Les pépinières de giroflier s'installent comme celles de caféier, de cacaoyer ou de théier. Les soins d'entretien à donner aux semis et aux jeunes plants, jusqu'à la mise en place, sont à peu près identiques, c'est-à-dire qu'ils consistent en arrosages fréquents, si le temp l'exige, et en nettoyages, pour éviter l'étoufl'ement des jeunes girofliers par les mauvaises herbes. L'arrachage et la transplantation ont lieu lorsque les plants atteignent 65 à 80 centimètres de haut ; ces opérations doivent toujours être effectuées pendant l'hivernage, par un temps couvert et humide pour faciliter la reprise; enfin, la mise en place est généralement faite en quinconce, dans de grands trous de \ mètre de profondeur et de largeur, situés à 6 ou 7 mètres les uns des autres.
Eyitretien des plantations. — 11 suffit, pour entretenir les plantations de giroflier en bon état, de les sarcler et biner de temps à autre pour les débarrasser des mauvaises herbes et de supprimer les branches gourmandes qui épuisent inutilement les arbres.
Nous avons dit qu'on se contente, à Sainte-Marie, d'un nettoyage annuel, revenant à 20 francs par hectare environ, il y aurait peut-être avantage à développer un peu les façons d'entretien, surtout pendant les premières années.
Récolte, rendemeyit. — Le giroflier commence à produire abondamment dans le courant de la sixième année (à Sainte-Marie).
La récolte a lieu lorsque la corolle, encore fermée, a pris une belle couleur rouge. On peut, si l'arbre a été maintenu assez bas par une taiUe convenable, cueillir les boutons à la main, ou bien, si ce procédé est inapplicable, les faire tomber sur des toiles tendues au pied des arbi es, en secouantlégèrement les branches. Les clous sont ensuite desséchés en plein soleil et emballés
CULTURES
dans (les caisses hermétiquement closes, pour être expédiées en Europe.
Sainte-Marie de Madagascar, d'après M. de Lanessan, a exporté, en 1883, 50 000 kilograuunes de clous de girofle, provenant de 150 hectares de plantations, ce (jui portait, pour cette année, à 555 kil. 55 le rendement paihectare.
Poivrier. — Le poivrier ou Piper nigrum, comme l'appellent les botanistes, est une plante grimpante, à tige noueuse, qui appartient à la famille des Pipéracées. Le poivre noir est le fruit complet, desséché, de cette liane; le poivre blanc n'est que la graine débarrassée des enveloppes du fruit, cueilli, dans ce cas, à un degré de maturation un peu plus avancé. Le poivrier se rencontre à l'état sauvage dans le Sud du Dekkan ; on l'a introduit à Java, à Sumatra, à Bornéo, à la Réunion, en Cochinchine, etc.
11 exige, pour donner des fruits abondants et de bonne qualité, un sol riche et un climat chaud et très humide. Les marécages bien drainés conviennent particulièrement bien à cette culture, d'après M. Raoul. On peut donc voir, dans le poivrier, une plante qui permettra d'utiliser un grand nombre de points de la côte orientale; il rencontrera, en effet, dans cette partie de File, aux environs de Tamatave par exemple et à Manahoro, la chaleur et l'humidité qui lui conviennent, ainsi que les sols humifères qui lui sont nécessaires pour donner des récoltes abondantes.
Le poivrier se multiplie par boutures ou par graines. Les boutures, de 45 centimètres de long environ, prélevées autant que possible à l'extrémité des branches, sont plantées par un temps très pluvieux auprès des arbres ou des pieux qui doivent servir de tuteurs à la liane. Les graines doivent être semées en pépinières bien ombragées, qu'il est nécessaire d'arroser fréquemment.
Il semble préférable d'employer des supports vivants pour les poivriers ; on devra donc songer, quelque temps auparavant, à planter les arbres qui devront leur servir de tuteurs, ou bien, si on le peut, établir la plantation sous forêt. Le poivrier a besoin d'être protégé contre le soleil; trop d'ombre, cependant, ne lui conviendrait pas; il faut donc rejeter comme supports de cette liane toutes les essences qui ont un feuillage très épais et avoir recours, pour cet usage, à des arbres analogues au bois noir [Acacia Lebbeck), dont nous avons déjà énuméré les avantages à propos du cacaoyer.
Les boutures mises en terre au pied des tuteurs, à 2 m. 50 les unes des autres environ, ne tardent pas à pousser vigoureusement, si les pluies sont abondantes. Pour faciliter la cueillette des fruits, on peut faire courir la liane sur des perches horizontales, placées entre les arbres d'ombre à 2 mètres du sol.
Les fruits réunis par groupes de 50 à 40, d'abord verts, puis rouges, deviennent jaunes à maturité complète. Ils sont récoltés lorsque les deux ou trois baies situées à la base de chaque inflorescence commencent à rougir .
Toute la manipulation, pour obtenir le poivre noir, consiste à faire sécher les épis au soleil, à les séparer des pédoncules et à vanner les fruits pour les débarrasser des matières étrangères.
Il — n
GUIDE b£ L'IMMIGRANT A MADAGASCAR.
Le poivre blanc s'obtient avec des fruits un peu plus mûrs, qu'on débarrasse du péricarpe par une fermentation de quelques jours et par un lavage à grande eau.
Dans de très bonnes conditions, le poivre commence à rapporter au bout de la première année, mais, d'une façon générale, il ne faut guère compter sur un bon rendement avant l'âge de deux ou trois ans. A cinq ou six ans il entre en plein rapport ; vers vingt ans, la liane commence à donner des récoltes de moins en moins belles. Le rendement, d'après M. Raoul, est très variable; une demi-livre par plant est, dit-il, un minimum, mais le maximum peut monter jusqu'à 5 kilogrammes ; le rendement à l'hectare varie donc entre 800 et 4 800 kilogrammes.
Le poivrier a été jusqu'ici très peu cultivé à Madagascar; on ne peut donc, dès maintenant, donner de chiffres sur le rendement probable de cette culture dans notre nouvelle colonie.
Cocotier. — Le cocotier, ap|)elé à tort le prince des palmiers pour son feuillage et son port, peut être classé au premier rang pour son utilité. Son fruit, la noix de coco, comme on le nomme vulgairement, renferme au début de son développement un liquide laiteux qui constitue une excellente boisson rafraîchissante ; de l'enveloppe de ce fruit, on tire une fibre assez grossière (coïr), mais très estimée, qui sert à faire des brosses, des tapis, des paillassons, etc. De la noix mûre, on peut extraire une huile généralement employée dans la fabrication du savon et des bougies. Enfui, la coque ligneuse qui entoure les graines brûle en donnant une très belle flamme et sert à confectionner un grand nombre de petits objets (boîtes, pipes). 11 convient de citer aussi l'emploi du tronc dans la construction des maisons, celui des feuilles pour couvrir les cases, pour faire des corbeilles et des nattes, etc., et l'utilisation de la partie externe du tronc, qui constitue un bois d'ébénisterie très estimé pour la beauté de son grain. La sève est également employée pour faire une sorte de boisson, pour fabriquer de l'alcool appelé « arrack » et même pour faire du vinaigre. Enfin, le bourgeon terminal du cocotier constitue un légume très apprécié, comparable aux choux palmistes donnés par VAreca oleracea.
Le cocotier mérite donc d'être multiplié autour des villages, mais il peut aussi devenir l'objet d'entreprises agricoles et commerciales très importantes, quand on en fait des cultures régulières pour la production de l'huile ou
du COH'.
Climat convenable. — Le cocotier est une plante essentiellement tropicale et maritime ; il ne faut pas songer à le cultiver avec profit, à Madagascar, en dehors des régions côtières, où les pluies sont assez abondantes ( 1 m. 60 par an au minimum).
Terrain convenable. — Ce palmier prend un grand développement à l'embouchure des fleuves, dans les terres d'alluvions riches et profondes. Les sols argileux ne lui conviennent pas du tout; mais il peut croître avec facilité dans les terres sablonneuses de la côte Est de Madagiiscar. Il est même probable que le cocotier est une des rares plantes qui permettront de tirer
CULTURESi
un parti avantageux de la grande plaine de sable des environs de Tnmatave; toutefois, il sera sans doute nécessaire, pour arriver à ce but, de le protéger des grands vents par de forts rideaux d'arbres.
Pépinières. — Le cocotier se multiplie par graines que 1 on sème en pépinières.
Il est nécessaire de choisir, dans ce but, des noix parfaitement mûres, récoltées sur des arbres sains et vigoureux; mais, même dans ces conditions, il arrive assez fréquemment que la germination se fait mal. Il est donc par* ticulièrement nécessaire de toujours semer plus de cocos qu'on ne désire obtenir d'arbres.
Le sol de la pépinière doit être choisi dans un endroit ombragé et défoncé à 60 centimètres de profondeur au minimum ; on y fait ensuite des trous ou des tranchées de 22 centimètres de profondeur environ, dans lesquelles on dépose les noix à 60 centimètres ou même 80 centimètres les unes des autres. Les tranchées ou les trous sont ensuite comblés et les noix recouvertes de 4 centimètres de terre et d'un épais paillis pour empêcher le sol de se dessécher. Le terrain, fréquemment débarrassé des mauvaises herbes, doit être maintenu assez humide par des arrosages abondants qu'on répétera tous les jours si le temps est sec. Le cocotier germe très lentement et c'est seulement lorsqu'il est bien enraciné, c'est-à-dire au bout de six à sept mois, qu'il est possible de le mettre en place.
Mise en place. — Les cocotiers ne doivent pas être plantés à moins de 8 à 10 mètres les uns des autres, dans des trous de 1 m. 50 de profondeur et de largeur, creusés quelques mois avant la mise en place et remplis de bonne terre, à laquelle on mélangera une proportion convenable de fumier bien décomposé.
Le cocotier, contrairement à ce qu'on observe chez la plupart des autres végétaux, ne craint pas le sel marin; la présence de cette matière minérale, en petite proportion, parait même activer son développement dans une certaine mesure.
Lors de la mise en place, qui doit avoir lieu par un temps pluvieux, on arrache les plants de la pépinière avec de grandes précautions, afin de meurtrir le moins possible les racines, puis on procède sur-le-champ à la transplantation, en ayant soin de laisser autour des jeunes cocotiers de petites cuvettes d'arrosage.
Soins d'entretien. — Ils sont à peu près insigniliants, si les cocotiers ne sont pas envahis par les insectes ; il suffit, en effet, de débarrasser le sol des toutes les mauvaises herbes dont il ne tarde pas à être couvert.
Les cocotiers étant plantés à 8 ou 10 mètres les uns des autres, on pourra, quand le terrain s'y prêtera, diminuer par des cultures intercalaires de maïs, de manioc, de patates ou d'arachides, les dépenses d'installation; mais on devra se rappeler que ces cultures épuisent le sol et que, s'il est sans inconvénient de s'en servir avec ménagement, il peut être très nuisible d'en abuser, si on ne peut restituer au sol, sous forme d'engrais, les matières fertilisantes qu'elles lui auront enlevées.
Récolte^ rendement. — Le cocotier fleurit pour la première fois à quatre
ou cinq ans; mais l'arbre ne commence à fructifier abondamment que vers sept ans et n'entre en plein rapport qu'à douze ans. Il donne des récoltes suffisantes jusqu'à quarante et même cinquante ans.
La production annuelle par arbre est extrêmement variable; on cite des rendements qui ne dépassent pas 50 noix par plant et par année, et d'autres qui montent jusqu'à 250 cocos par arbre et par an. Malgré le manque de renseignements précis sur la production des cocotiers à Madagascar, on peut compter, en moyenne, sur une production annuelle de 50 à 60 noix au minimum.
Préparation du coïr et de Vhuile de coco. — Pour fabriquer le coïr, on commence par faire rouir les enveloppes fd)reuses des noix pendant six à huit mois dans des citernes pleines d'eau, afin de dissoudre la matière gommeuse qui fait adhérer les fibres les unes aux autres, puis on termine la préparation par un battage énergique de la bourre.
L'huile, qui existe en très grande quantité dans les noix de coco, s'extrait en plongeant l'amande, préalablement débarrassée de ses enveloppes et ràpéc, dans de l'eau maintenue en ébullition pendant un certain temps. La chaleur détermine la séparation de la matière huileuse, qui surnage et peut être facilement enlevée. On peut compléter ce travail en soumettant les morceaux d'amande à une forte pression, mais les indigènes ont rarement recours à ce procédé pour augmenter le rendement en huile. On peut aussi transformer l'amande en coprah, c'est-à-dire la faire sécher au soleil et enlever l'huile qu'elle contient par pression, après l'avoir réduite en une sorte de pulpe très fine au moyen de moulins ad hoc. On peut extraire ainsi jusqu'à 65 et 70 kilogrammes d'huile par 100 kilogrammes de coprah. Le tourteau de coprah peut enfin être utilisé comme engrais et pour ralimeiitation du bétail.
Canne à sucre. — La canne à sucre (dont le nom malgache est « fary » appartient à l'importante famille des Graminées.
C'est une sorte de grand roseau à tige lisse, renflé aux points d'insertion des feuilles qui sont longues et engainantes. A l'aisselle de chacune de cellesci se trouve un bourgeon, nommé œilleton, d'où naît la tige dans la multiplication par boutures, et qu'accompagnent un certain nombre de petits mamelons, d'où sortent les racines lorsque la tige est mise en terre.
Prise dans son ensemble, la tige peut être considérée comme composée d'une série de tronçons (mérithalles) superposés les uns aux autres et dont on voit sans peine les plans de séparation. La dimension de ces entre-nœuds, dont la loni^ueur est proportionnelle à la richesse saccharine du jus qu'ils contiennent, est essentiellement variable, non seulement d'une variété de canne à l'autre, mais encore sur une même tige. Très courts dans le bas, ils s'allongent vers le milieu et redeviennent courts au sommet de la canne. Ces particularités, dont l'examen est précieux pour le choix des variétés de canne, permettent également de reconnaître les portions de tige les plus riches en sucre.
La canne possède de longues racines, rampant dans la couche supérieure du
CULTURES
sol, ce qui explique les dégâts causés par les grands vents dans les plantations.
Les fleurs enfin, généralement infécondes, forment des épis gracieux et légers à l'extrémité des tiges.
La canne renferme en moyenne 18,5 pour 100 de sucre cristallisahle, mais il convient de rappeler que cette teneur en saccharose est loin d'être fixe; la variété, le climat et les procédés de culture exercent sur elle une influence marquée; on cite des cannes ne renfermant pas plus de 12,5 pour 100 de sucre et d'autres qui en contiennent jusqu'à 25 pour 100 (ces chiffres s'appliquent à la tige débarrassée de ses feuilles).
Climat. — La canne à sucre exige, pour donner de bons résultats, un chinât chaud et humide avec une période relativement sèche. Ces conditions sont remplies sur un grand nombre de points de Madagascar, mais il existe actuellement peu de plantations sérieuses en dehors de la côte.
Sol. — Elle demande un sol de bonne composition et riche en humus. Les terres argilo-siliceuses ou argilo-calcaires, situées dans le fond des vallées, lui conviennent particulièrement bien.
Multiplication. — La canne à sucre se multiplie par boutures; mais elle peut cependant se reproduire par graines.
Le bouturage est le seul procédé à préconiser pour établir do grandes plantations. Il a, du reste, l'incontestable avantage de reproduire la variété identique à elle-même; mais, pour les recherches à faire sur l'améHoration des variétés, la multiplication par graines est à conseiller. Le semis, accompagné d'une sélection attentive, donnera le moyen de créer de meilleures variétés, que le bouturage permettra de reproduire identiques à ellesmêmes.
Préparation du sol, choix des boutures, plantation. — Le terrain destiné à la canne à sucre doit être bien débarrassé de toute végétation spontanée et ameubli, soit à la bêche, soit à la charrue, sur une profondeur de 50 à 55 centimètres. On y incorpore ensuite, par un deuxième labour, les engrais nécessaires; puis, on termine les façons préparatoires par un ou deux hersages.
Les boutures, provenant de plants sains et vigoureux et de très bonne qualité, doivent être prélevées sur la partie médiane des tiges, car c'est en cet endroit que se trouvent, a l'aisselle des feuilles, les œilletons et les mamelons les mieux développés et les mieux conformés.
C'est une économie mal entendue et malheureusement trop générale que de se servir, comme bouture, de la partie supérieure des tiges; on croit faire ainsi une bonne opération, car cette partie de la tige est la moins riche en sucre, mais on oublie que d'une mauvaise bouture ne peut sortir une belle canne. Dans la multiplication des animaux, les éleveurs ne manquent jamais de choisir les reproducteurs avec un très grand soin. Pourquoi ne pas agir de la même façon avec les végétaux?
Les boutures, choisies comme il vient d'être dit, de 25 à 50 centimètres de longueur environ, sont généralement mises en terre dans de petites tranchées faites à la bêche, ou, plus rarement, dans des sillons de charrue tracés sur le champ, à 1 m. 20 ou 1 m. 50 d'intervalle.
Les trous, qui doivent être terminés au moins une quinzaine avant la plantation, sont creusés à 80 centimètres d'écart, suivant des lignes tracées à 1 m. 20 ou 1 m. 50 les unes des autres, ce qui en porte à 8 000 ou 9 000 le nombre par hectare ; on leur donne généralement de 20 à 25 centimètres de profondeur, 25 centimètres de large et 50 à 60 centimètres de long.
A Tamatave, on couche dans le sens de la longueur 5 boutures dans chaque trou. On les recouvre d'abord de 2 centimètres de terre seulement; puis, peu après, les nouvelles tiges ayant commencé à se développer, on rajoute une nouvelle couche de terre de 2 à 3 centimètres d'épaisseur, puis une troisième, etc., jusqu'à ce que les tranchées soient pleines.
Entretien. — L'entretien de la plantation consiste en sarclages, répétés assez fréquemment, pour protéger les cannes contre l'envahissement des mauvaises herbes, dont le développement est si rapide dans les pays tropicaux.
La canne fleurit pour la première fois quatorze à quinze mois après la plantation, en mai ou juin pour les environs de Tamatave; mais le moment de la récolte n'arrive que deux ou trois mois après, c'est-à-dire un an et demi environ après la mise en terre. La canne mure change beaucoup d'aspect et de consistance. La tige prend la couleur caractéristique de la variété à laquelle elle appartient: les feuilles se dessèchent; l'écorce devient sèche et cassante; enfin, le tissu intérieur paraît devenir moins aqueux. L'analyse de quelques cannes, prises comme échantillons, permet, seule, au planteur de ne pas se tromper et de procéder à la coupe au moment favorable. Ce procédé est simple et exact; aussi est-il à conseiller dans toutes les exploitations de quelque importance qui ont un petit laboratoire à leur disposition. Des analyses nombreuses, exécutées à Maurice et à la Réunion, ont montré que la teneur en saccharose allait en augmentant dans la canne à sucre jusqu'à dix-huit ou vingt mois, tandis que le sucre incristallisable, au contraire, suivait une marche inverse jusqu'à la même époque. Il est indispensable de ne pas dépasser ce point important ; car, à partir de ce moment, la proportion de glucose augmente, tandis que celle de saccharose diminue.
Les planteurs ayant une longue habitude de cette culture peuvent évidemment reconnaître avec facilité le moment précis de la coupe, mais les nouveaux colons devront toujours, pour plus de sûreté, avoir recours à l'analyse.
Récolte. — Les cannes coupées à ras de terre avec un sabre d'abatis ou une serpette, puis débarrassées de la flèche et des feuilles, sont mises en fagots et envoyées à l'usine.
Deux mois après la récolte, on peut enfouir les engrais et les feuilles dans des tranchées longitudinales, creusées entre les lignes de cannes, puis butter les souches pour faire une deuxième coupe, l'année suivante. Le rendement de la canne à sucre, qui, d'après M. Dybowski, peut monter jusqu'à 75 000 kilogrammes, est très variable; il dépend, en effet, de la variété, de la qualité du sol, des procédés de culture, etc.
D'après un planteur de la côte Est de Madagascar, on obtient par hectare, près de Tamatave, 60000 kilogrammes de cannes environ, produisant
f'I- ^- — 1- iîŒLF MADAGASCAR. — 2. AliATAGE DLN LŒi.F. — 3. BŒUF PORTEUR (SANS CoRNES).
i. CHEVAL DU CAP (INTRODUIT A MADAGASCAR). — 5. MOUTONS DE MADAGASCAR (a GROSSE QUEUE).
CL'LTI HKS.
157,6 barriques do vesou de 500 kilo^n-amiiios, soit 41 500 kiloj^rammcs de jus sucré, l ue barrique donnant en moyenne iO kilograninies de sucre, cela représente une moyenne de 5 504 kilogrammes de saccharose par hectare. D'après le même planteur, un hectare de cannes produiiait, y)r('s de Tamatave, 14 à 15 barricjues de rhum de 220 litres.
Le rendement des cannes vierges est supérieur à celui des repousses: celles-ci arrivent même, au bout de trois à quatre ans, à produire si peu qu'il est indispensable de recommencer une nouvelle plantation.
Pour avoir de bons résultats, il est nécessaire de soumettre les plantations de canne à un assolement, dans lequel on fait entrer des cultures de légumineuses améliorantes, telles que les lupins, Tambrevade, les pois mascates, etc.
Manioc. — On distingue en Imerina, ou, pour mieux dire, aux environs de Tananarive, trois variétés principales de manioc : le manioc malgache, le manioc bourbonnais, le manioc mozambique. La variété bourbonnais, dont les racines sont très blanches et de très bon goût, au dire des indigènes, est la meilleure des trois; viennent, ensuite, la variété malgache, de qualité un peu moins bonne, et enfin le manioc mozambique, caractérisé par ses feuilles légèrement tordues à la naissance du limbe.
Les terres assez légères, saines et substantielles, conviennent très bien au manioc. Il est inutile de songer à le cultiver dans des sols argileux, très humides ou marécageux, dans lesquels il ne fournit qu'un produit inférieur et peu abondant.
Le manioc peut être planté à peu près partout à Madagascar; mais il donne toujours de meilleurs résultats dans les sols sablonneux des régions côtières, dont le climat est franchement tropical. Le terrain destiné au manioc doit être soigneusement ameubli par des labours croisés, d'autant plus nombreux et plus profonds que le sol est plus compact ; l'avant-dernier sert à enfouir les engrais dont on dispose (fumier, cendres, poudre d'os, etc.).
On peut planter le manioc, aux environs de Tananarive, depuis la fin d août jusqu'au commencement du mois de mai de l'année suivante ; il est donc possible d'échelonner les plantations pour récolter des tubercules pendant presque toute l'année. Les boutures, de 15 à 25 centimètres de long au maximum, choisies avec soin sur des pieds sains et vigoureux, donnant des produits abondants et de bonne qualité, doivent, suivant le procédé malgache, être plantées obliquement à 60 centimètres les unes des autres, en ne laissant que 6 à 8 centimètres de tige hors de la terre. L'intervalle de* 60 centimètres peut être bon pour les terres médiocres des environs de Tananarive, mais il sera certainement avantageux de le porter à 1 mètre et même à 1 m. 25 dans les climats plus propices et dans les sols de meilleure qualité.
Le procédé malgache diffère sensiblement de celui usité à la Réunion, où l'on a l'habitude de planter le manioc comme la canne, c'est-à-dire de mettre les boutures (de 7 à 8 centimètres de longueur) horizontalement dans de petites fosses peu profondes où on les recouvre de 2 ou 5 centimè-
très de terre environ; ce procédé, mis à l'essai, il y a deux mois, à la station agricole de Nahanisana, semble, jusqu'à ce jour, donner les meilleurs résultats; les tiges paraissent, en effet, plus vigoureuses, mieux garnies de feuilles, et l'enracinement est plus puissant. Des essais sur l'influence de la grosseur des boutures, commencés en septembre dernier à Nahanisana, montrent qu'il y aura probablement avantage à prendre pour le bouturage des rameaux aussi gros que possible, mais il convient, pour se prononcer d'une façon certaine, d'attendre la fin des expériences actuellement en cours d'exécution.
Les soins d'entretien sont peu coûteux; ils se bornent à quelques binages et sarclages pour maintenir le sol dans un état de propreté convenable et pour diminuer, en saison sèche, les pertes d'eau par évaporation.
Le manioc n'est bon à arracher qu'au bout de quinze à dix -huit mois. Pour le récolter, on enlève avec soin les racines tuberculeuses, qu'on nettoie ensuite par un lavage à grande eau et qu'on envoie, soit à la ferme, soit à l'usine pour la préparation de l'amidon ou du tapioca.
Le manioc qui, cuit sous les cendres ou bouilli, constitue une nourriture assez agréable, même pour des Européens, peut également être employé dans l'alimentation du bétail.
Cotonnier {Landihnzo). — Le coton est une sorte de duvet végétal, qui entoure les graines d'un arbuste dont la culture pourra peut-être prendre, à Madagascar, un développement considérable. Le cotonnier existe dans presque toute l'île à l'état sauvage; les indigènes savent même le cultiver et en tirer un produit qui, malheureusement, est de qualité assez inférieure; mais l'emploi de variétés améliorées, d'amendements convenables et d'engrais appropriés ne manquera pas d'assurer aux planteurs des récoltes abondantes et de bonne qualité.
La réussite de cette culture paraît certaine sur un grand nombre de points de Madagascar ; mais il est impossible d'indiquer, dès aujourd'hui, d'une façon bien exacte, les régions où elle prendra une grande extension. Les parties très sèches de Madagascar, comme le Sud-Ouest, ne lui conviendront certainement pas; d'un autre côté, il est difficile de dire si les pluies presque continuelles de la côte Est n'empêcheront pas les fruits de mûrir convenablement.
Les contrées possédant une saison des pluies suffisamment longue, précédant une période de sécheresse permettant de faire la récolte dans de bonnes conditions, sont donc, pour le moment, les seules où l'on puisse conseiller de cultiver le coton, lorsqu'il sera possible de se procurer du fumier ou des engrais, ou d'établir les plantations dans des terres d'assez l)onne qualité pour ne pas nécessiter l'apport immédiat de matières fertilisantes.
Le sol destiné au coton, frais, profond et sain, c'est-à-dire sans humidité stagnante, doit être parfaitement ameubli et nettoyé, sur une profondeur de 55 centimètres, par plusieurs labours croisés, dont l'avant-dernier servira à enfouir le fumier. Ces façons sont complétées par des hersages; puis, les graines, soigneusement choisies sur des pieds sains et vigoureux, se faisant
CULTURES
remarquer par la supériorité de leurs produits, sont mises en tei re, près de Tananarive, au début de la saison des pluies, pour que la floraison ait lieu au commencement de la sécheresse. Il est bon, pour hâter la germination, de faire tremper les graines dans Teau pendant vingt-quatre heures avant le semis, atin d'éliminer toutes les semences légères, de mauvaise qualité, (pii viennent surnager à la surface du liquide.
Le cotonnier se sème directement en place, à la main, suivant des lignes tracées à 1 mètre les unes des autres, dans des poquets situés à 40 ou 60 centimètres d intervalle.
On met 4 à 5 graines par trou en terre légère el 10 à 15 dans les terres fortes. Dans ces conditions, on compte qu'il faut :
1° Dans le cas de terres légères, 15 kilogrammes de semence environ à l'hectare ;
2° Dans le cas de terres fortes, 40 à 45 kilogrammes.
La distance à laisser entre les plants varie avec la richesse du sol: c'est ainsi qu'il est nécessaire, pour l)ien utiliser les terrains pauvres, de rapprocher les pieds jusqu'à 45 centimètres, avec interligne de 1 mètre et qu'il y a avantage, au contraire, à porter les intervalles à 60 centimètres et les interlignes à 1 m. 25 dans les terres riches.
Soins (V entretien. — Pendant les trois premiers mois, on se contente de protéger les jeunes cotonniers contre l'envahissement des mauvaises herbes et de réduire progressivement le nombre des pieds à un par poquet, en commençant la suppression des plants les moins vigoureux dans le courant du premier mois. Cette sélection par degrés a pour but de conserver dans chaque trou le cotonnier le mieux venant. A trois mois, ou pour mieux dire lorsque les arbustes ont atteint 60 à 75 centimètres de haut, on procède à l'écimage de la tige principale pour en arrêter le développement et provoquer la pousse des branches latérales, qu'on taille, à leur tour, à 40 centimètres de longueur.
Les autres façons d'entretien se bornent, si le temps est sec, à quelques binages destinés à empêcher l'évaporation à la surface du sol.
Nous ne mentionnerons que pour mémoire les irrigations qui permettent de cultiver le coton dans les régions à climat très sec.
Récolte. — Le cotonnier entre en fleurs dans le courant du quatrième mois de végétation. Il est important de ne récolter que du coton bien mùr et parfaitement sec; on doit donc, quand il fait beau, ne commencer la cueillette des fruits ouverts aux trois quarts que vers dix heures du matin à cause de la rosée; mais, si le temps est pluvieux, il est indispensable de cueillir au fur et à mesure toutes les capsules qui commencent à s'entr ouvrir, car tout duvet souillé par l'eau de pluie perd une grande partie de sa valeur. On termine, dans ce cas, la maturation des fruits en les soumettant à une température de 15 à 18^.
On procède à la récolte en tirant légèrement la touffe de coton, avec la main droite, tout en maintenant la branche de la main gauche, si le duvet résiste un peu à la traction.
Tout coton taché ou mélangé de matières étrangères, tels que débris
de feuilles, etc., perd de son prix, il est donc très important de surveiller attentivement la cueillette et d'exiger la plus grande propreté de la part des ouvriers chargés de ce travail.
Reîidement. — En année moyenne, on compte, en Amérique, sur un rendement de 1 000 kilogrammes environ par hectare, graines et duvet réunis ; mais, dans une culture bien comprise, la production s'élève à 1 500 ou 1 700 kilogrammes, donnant environ 450 kilogrammes de coton nettoyé.
Le coton est ensuite séché sur des claies, dans des pièces closes, si l'atmosphère est humide, ou au soleil, si le temps le permet.
Il ne reste plus, dès lors, qu'à séparer les graines, soit à la main, soit à la machine, et à emballer le duvet pour l'envoyer à la filature.
Ananas (mananasy). — L'ananas croît spontanément dans les contrées tropicales de l'Amérique; la qualité incomparable de son fruit, la facilité de sa culture et le peu d'exigence de cette plante l'ont fait répandre un peu partout dans les pays tropicaux.
Climats. — Sa provenance indique suffisamment les climats qu'il préère; bien que fructifiant à d'assez fortes altitudes, l'ananas produit ses ruits les plus savoureux et les plus estimés dans les contrées basses de la zone torride.
Sols. — L'ananas est peu exigeant pour la qualité du sol et croît presque partout dans les endroits secs; cependant, ses terrains de prédilection sont les bonnes terres, de consistance moyenne, un peu siliceuses, saines et substantielles. Les argiles compactes et tous les sols très humides doivent être rejetés.
Préparation du sol. — 11 faut défoncer l'emplacement destiné à cette culture à 50 ou 35 centimètres de profondeur au moins, le débarrasser complètement des racines et des mauvaises herbes, puis le fumer copieusement avec du fumier très décomposé. Les cendres et les engrais calcaires sont à recommander et devront être incorporés au sol toutes les fois qu'on pourra s'en procurer.
Multiplication. — L'ananas se multiplie à l'aide des œilletons qui se développent en quantité à la base de la plante lorsque la première récolte a été faite. La couronne de feuilles qui surmonte le fruit peut également servir à la propagation de l'espèce, mais fournit, parait-il, des plants de qualité inférieure.
Œilletonnage. — Cette opération consiste à détacher les œilletons de la plante mère, à l'aide d'un instrument tranchant quelconque. Un ciseau de menuisier enjmanché d'un long manche rend de grands services, en ce qu'il permet d'éviter les piqûres qui sont très douloureuses.
Préparation des œilletons. — Une fois les œilletons détachés de la plante mère, on en rafraîchit la coupe de la base à l'aide d'un couteau bien tranchant et on enlève les feuilles inférieures sur une longueur de 2 ou 5 centimètres, afin de faciliter l'émission des racines.
Ainsi préparés, les œilletons sont laissés deux ou trois jours à l'ombre, avant d'être plantés, pour que les coupes se ressuient un peu.
CULTURES
Époque de la plantation. — Dans les climats comme celui de rimorina, qui présente une longue saison sèche, il faut planter les ananas au conunencement de la période pluvieuse, afin d'avoir la première fructification Tannée suivante.
Plantation. — Le sol étant préparé et nivelé, on trace à sa surface des lignes distantes de 1 m. '20, sur lesquelles on plante les œilletons, en les espaçant de 70 à 80 centimètres et en les disposant en quinconce.
Il faut enterrer les jeunes plants de faron que la hase des premières feuilles se trouve recouverte de 4 à 5 centimètres ; la terre doit être fortement appuyée contre la base des œilletons, afin qu'ils soient solidement fixés au sol.
Entretien. — Les soins d'entretien consistent en sarclages et binages, toutes les fois que les mauvaises herbes envahissent le sol. Pour utiliser le terrain, la première année, il n"y a pas d'inconvénient à planter des haricots entre les lignes d'ananas.
Récolte. — La première récolte a lieu de neuf à dix mois après la plantation, suivant les climats.
On coupe les fruits un peu avant maturité, en leur conservant une partie de la tige qui les porte; il est indispensable de les manier avec soin pour ne pas les meurtrir, car les meurtrissures entraînent rapidement la pourriture.
Après cette première récolte, il se développe un grand nombre d'œilletons à la base de chaque ananas ; on en conserve 5 ou 4 qui donnent chacun un fruit et l'on emploie les autres pour faire de nouvelles plantations.
Après trois ou quatre ans, les pieds s'affaiblissent et donnent de moins beaux produits; aussi est-il bon de les renouveler lorsqu'ils ont atteint cet âge.
Emploi. — Les fruits sont consommés à l'état frais sur place; ils peuvent être expédiés sur les marchés d'Europe oîi ils trouvent un débouché avantageux. On en fait aussi des conserves qui se vendent assez bien. Enfin, ils peuvent servir à fabriquer de l'eau-de-vie.
Arachide (voanjombazaha). — L'arachide, le « voanjombazaha » des Malgaches, est une plante herbacée de 50 à 40 centimètres de hauteur, qui appartient à la famille des Légumineuses. Son fruit est une petite gousse, qui renferme deux ou trois graines rougeàtres en forme de haricot, ne contenant pas moins de 45 pour 100 de leur poids d'huile. Extraite à froid, l'huile d'arachide est presque incolore et sans odeur désagréable; extraite à chaud, au contraire, elle présente une odeur détestable et n'est propre qu'à la fabrication du savon qui en absorbe une quantité énorme.
Le tourteau d'arachide, extrêmement riche en azote, constitue un aliment de première valeur pour les animaux. Il peut également être employé comme engrais et est capable de rendre, à ce titre, de très grands services. Les tiges vertes sont très estimées des animaux ; enfin, les ti^jes séchées, qui restent après la récolte des fruits, donnent un fourrage peu abondant, mais de bonne qualité.
Climat. — Après la fécondation de la fleur, le pétiole qui la porte se recourbe et enterre l'ovaire dans le sol, où se termine le développement du
fruit. Pour que ce fruit puisse bien mûrir sans pourrir, il est indispensable que cette phase de son évolution s'effectue à un moment où le terrain est très sec; aussi Tarachide ne vient-elle bien que dans les climats tropicaux qui ont une saison pluvieuse et une saison sèche bien tranchées.
Sol. — A cause de la particularité que présente la maturation du fruit, il faut à l'arachide des sols légers et très meubles, comme ceux des environs de Tamatave, pour que l'ovaire puisse facilement s'y enterrer; toutes les terres argileuses ou compactes doivent être rejetées.
Préparation du sol. — Il faut labourer le sol à une profondeur de 25 à 50 centimètres, en ayant soin de bien briser les mottes, le fumer, s'il n'est pas assez riche, avec du fumier décomposé et y incorporer des cendres, si la nature du terrain l'exige.
Epoque du semis. — La culture de Tarachide occupe le sol pendant cinq à six mois; c'est donc quatre mois ou quatre mois et demi avant la lin de la saison pluvieuse que le semis doit avoir lieu, pour que la fructification arrive au commencement de la saison sèche, condition indispensable pour les raisons indiquées plus haut.
On sème l'arachide dans des poquets, situés à 55 centimètres les uns des autres en tous sens. Les graines, au nombre de deux ou trois par trou, sont enterrées à 4 ou 5 centimètres de profondeur.
Soijis d'entretien. — Pendant la végétation, on doit tenir le sol propre et meuble par des binages et des sarclages donnés en temps voulu ; enfin, au moment de la floraison, on butte les arachides pour ramener au pied de chaque plante un peu de terre friable, dans laquelle les fruits pourront facilement s'enterrer.
Récolte. — La récolte a lieu cinq ou six mois après le semis, lorsque les feuilles commencent à sécher et que les graines sont devenues rougeâtres. On arrache les pieds, qu'on secoue légèrement pour les débarrasser de la terre; les gousses sont ensuite séparées à la main, puis séchées au soleil et emballées pour être expédiées en Europe.
Maïs (katsaka, tsako ou tsakotsako). — La culture du maïs est d'une réussite assurée dans presque tout Madagascar; les régions exceptionnellement sèches du Sud-Ouest sont à peu près les seules où cette plante ne végète qu'avec difficulté.
Les Malgaches savent planter le maïs, mais leurs procédés culturaux sont certainement susceptibles d'être perfectionnés dans une très large mesure.
C'est une plante utile pour son grain qui peut, avec avantage, entrer dans l'alimentation de Thomme et des animaux, ainsi que pour les tiges et les feuilles qui constituent un fourrage vert très apprécié du bétail.
Cultivé en vue de la production du grain, le maïs peut être semé, aux environs de Tananarive, entre le 15 novembre et le 15 janvier, afin que les épis se forment à la fin de l'hivernage ou au commencement de la saison sèche, c'est-à-dire à une époque convenable pour la maturation du grain.
Sachant que le maïs occupe le sol à peu près pendant trois mois et demi, sachant, en outre, qu'il doit être récolté, autant que possible, par un temps
CULTURKS.
sec, et qu'il exige, d'autre part, une saison chaude et humide pour se développer avec vigueur, chacun sera en mesure de trouver, pour une région déterminée de Xladagascar, l'époque la plus convenahle pour les semailles, en se renseignant auprès des indigènes sur le régime météorologique.
Sur certains points de l'ile où la végétation ne sul)it (pi un arrêt insignifiant, comme sur la côte Est, par exemple, le maïs pourra vraisemhlahlement fournir, sur une même terre, plusieurs récoltes par an ; mais il est certain que, dans ces conditions, le sol ne tardera pas à s'épuiser et qu'à la troisième ou quatrième récolte, faite sans apport de matières fertilisantes, on n'obtiendra plus que des rendements insignifiants.
En Imerina et dans toutes les régions analogues, où le climat est caractérisé par l'existence d'une saison sèche très marquée, succédant à une période trop pluvieuse, le maïs est appelé à jouer un rôle important comme plante fourragère pendant la sécheresse. Il serait utile, dans ce but, de commencer à faire des semis de cette graminée, échelonnés pour les environs de Tananarive depuis le mois de février ( c'est-à-dire à peu près un mois et demi avant la fin de rhivernage), et de prolonger ces semailles successives autant que possible pendant la saison sèche, en utilisant, à la fin, les terres de rizières ayant conservé une humidité suffisante. Le maïs cultivé dans de telles conditions n'arrivera souvent pas à mûrir ses grains, à cause d'une température trop basse, mais il permettra généralement de se procurer, pendant la sécheresse, une masse considérable de fourrage vert. Aucune expérience n'a été faite dans ce sens, mais il est probable qu'un essai, exécuté avec soin, serait couronné de succès.
Le maïs, sous les tropiques, peut pousser dans presque toutes les terres, à condition qu'on les ameublisse et qu'on les fume copieusement. C'est, en effet, une plante très exigeante, surtout quand on la cultive pour son grain: le fumier de ferme, le sang, les débris de viande, les cendres, le calcaire, les matières fécales, etc., exercent toujours sur son rendement une influence considérable. L'emploi de ces matières fertilisantes peut même être considéré comme indispensable dans les terres pauvres de Tlmerina; il est, d'autre part, certain que le maïs, mis en assolement avec le riz, ne tarderait pas à épuiser les rizières du centre de Madagascar d'une manière complète, si on ne prenait le soin de les fumer convenablement ou d'y incorporer, lorsqu'il est possible, de fortes doses de calcaire pour faciliter l'assimilation des matières organiques acides qui y sont accumulées depuis un grand nombre d'années.
Préparation du sol. — Les terres qu'on destine au maïs doivent être préparées avec soin par deux labours à 25 centimètres de profondeur; il convient d'enfouir le fumier au deuxième labour, qu'on exécute environ quinze jours avant le semis. Ces façons culturales sont complétées par un ou deux hersages énergiques, qui égalisent la surface du sol et brisent les dernières mottes de terre.
Semis. — Le maïs est souvent semé à la volée, mais il semble préférable de faire les semis en poquets, c'est-à-dire de creuser un certain nombre de trous, dans chacun desquels on dépose quatre ou six graines, ou bien encore
d'avoir recours aux semailles en ligne, comme nous l'expliquerons plus loin.
1° Semis en poquets. — On commence par tracer sur le champ des lignes espacées de 60 à 90 centimètres, suivant la richesse des terres ; les trous ou poquets, de 4 à 5 centimètres de profondeur, sont faits, le long de ces lignes, à 60 centimètres les uns des autres environ, et on dépose dans chacun d'eux cinq à six grains, qu'on recouvre de 3 ou 4 centimètres de terre.
2° Semis en ligne. — Le semis en ligne s'exécute en même temps que le dernier labour, qui doit travailler la terre à 25 centimètres de profondeur.
Le semeur suit le laboureur, et dépose de 60 en 60 centimètres, sur la bande de terre retournée par la charrue, trois ou quatre grains de mais qui seront recouverts par la bande suivante. Il est important que les semences ne soient pas enfouies à plus de 4 ou 5 centimètres de profondeur; c'est pourquoi il est indispensable de déposer les graines sur le flanc du prisme de terre retourné, et non dans le fond de la raie. Les lignes de semis comme dans le cas précédent seront répétées à 60 ou même 80 centimètres d'intervalle.
Le mais germe assez rapidement, surtout pendant l'hivernage: aux environs de Tananarive, une durée de six jours est suffisante en décembre pour faire apparaître tous les jeunes plants.
Soins (Tenlretien. — Les soins d'entretien se composent d'un sarclage exécuté peu de temps après la levée, d'un binage fait lorsque le mais atteint 50 à 60 centimètres de haut et d'un léger buttage exécuté lors du deuxième nettoyage ; On profite de la première façon d'entretien pour ne conserver que trois ou quatre plants bien vigoureux par poquet.
Pendant toute la durée de la végétation, on supprime avec soin les rejetons qui sortent sur la tige au niveau du sol; ces rejets épuisent la plante sans nécessité, il est donc préférable de les enlever et de les utiliser comme fourrage. On coupe de même toutes les branches stériles, c'est-à-dire ne portant pas d'épis.
Après la fécondation, quand la houppe soyeuse qui termine les épis femelles est devenue rouge et qu'elle commence à se flétrir, on écime les pieds de maïs pour achever la maturation, en enlevant les inflorescences mâles désormais inutiles. Ces inflorescences ne sont, du reste, pas perdues pour le planteur, qui peut les donner comme fourrage vert à ses animaux. Enfin, il convient de rappeler que, dans certaines terres se salissant facilement, un troisième et même un quatrième binage sont parfois nécessaires.
Récolte. — La maturité s'annonce par le dessèchement des feuilles, qui deviennent jaunes et cassantes, par les spathes (on appelle ainsi les enveloppes des épis) qui se dessèchent, deviennent blanches et parcheminées, par
le durcissement des grains, etc Le maïs, ne s'égrenant pas, peut être
cueilli assez longtemps après la maturité.
La récolte se fait en arrachant les épis qu'on met ensuite sécher en les suspendant sous des hangars bien aérés, ou en les étendant sur des nattes en plein soleil, si le temps le permet. Cette dessiccation, qui a pour but d'assurer la conservation de l'axe central des épis qui conserve longtemps une forte dose d'humidité, peut être précédée de l'enlèvement total ou partiel des
CULTURES
feuilles enveloppant les fruits; il est même bon, lorsque le temps oblige à avoir recours à la dessiccation sous hangar, de laisser, adhérentes à chaque épi, quelques feuilles des spathes, qui permettront de les suspendre. On peut égrener le maïs à la main, mais cette opération est longue et pénible; il est préférable d avoir recours aux égrenoirs mécaniques qu'on construit actuellement en Europe à très bas prix.
Les tiges de maïs peuvent servir de litière; les rafles, ou axes d épi, peuvent être utilisées comme combustible.
La production du maïs par hectare est extrêmement variable; on ne possède encore aucun renseignement précis sur le rendement de cette graminée à Madagascar.
Tabac. — La culture du tabac pourra prendre un grand développement à Madagascar, il est même probable qu'elle donnera dans presque toute 1 île des résultats satisfaisants; néanmoins, l'imerinaet le Betsileo paraissent être, jusqu'à présent, les régions où cette industrie a le plus de chances de s'étendre. Le climat et la nature des terres exercent sur le goût etsurl'odeur des tabacs une influence marquée, qui permet aux connaisseurs d'en indiquer les lieux de provenance; il est donc certain que, dans un pays comme Madagascar, où le sol et le climat présentent, d'une région à l'autre, des différences si considérables, on produira un assez grand nombre de variétés de tabac dont il sera possible d'améliorer les qualités en perfectionnant les travaux de manipulation ou en choisissant judicieusement les engrais. L'Europe consomme annuellement 502 900 000 kilogrammes de tabac, dont 202 millions viennent de l'étranger. La France, dont la consommation monte tous les ans à plus de 55 millions de kilogrammes, ne produit elle-même que 25 millions de kilogrammes, et demande, surtout à l'Amérique, les 8 millions de kilogrammes qui lui manquent, pour améliorer par des mélanges appropriés le tabac européen qui ne présente jamais un parfum aussi fin et aussi délicat que celui produit dans les pays chauds.
Les planteurs de Madagascar trouveront donc sui' le marché européen, et en particulier sur le marché français, un débouché avantageux pour le tabac, s ils arrivent à le produire d'assez bonne qualité.
Nous avons vu que les Malgaches connaissent déjà cette culture; ils n'ignorent même pas comment on prépare les cigares; mais, d'une façon générale, ils préfèrent mâcher le tabac après l'avoir réduit en poudre et l'avoir mélangé à une certaine quantité de cendres de bois, surtout de tige de manioc. Ils commencent à donner un peu plus de soin à cette culture ; ils connaissent l heureux eftet des engrais potassiques (cendres) sur le tabac ; mais il est incontestable que l'introduction de nouvelles variétés, le choix des engrais, etc., pourront améliorer les produits actuels d'une façon très sensible. Le service de l'agriculture s'occupe actuellement des améliorations à apporter à la culture du tabac, et il est permis d'espérer que les études et les expériences entreprises, tant à la station d'essais de Tananarive qu'à celle de Tamatave, permettront d'indiquer prochainement les perfectionnements à apporter à cette culture.
Terrains convenables à la culture. — Le tabac peut venir sur tous les terrains, pourvu qu'ils soient assez profonds, parfaitement ameublis et bien fumés. Les terres légères, riches en potasse, en pente douce et bien drainées, sont cependant les meilleures.
Engrais. — Les feuilles de tabac sont très riches en matières minérales et surtout en potassium ; aussi est-il souvent nécessaire d'incorporer au sol des engrais minéraux pour arriver à de bons résultats. La potasse est particulièrement indispensable pour la production du tabac à fumer; on a constaté, en effet, que tout tabac récolté sur un sol privé de potassium brûlait mal.
De récentes analyses ont montré que les terres de Madagascar sont parfois très pauvres en potasse: Fadjonction des cendres végétales, d'un usage déjà si répandu chez les indigènes, permettra d'y remédier sans peine; l'emploi d'engrais azotés, comme le fumier de ferme, sera toujours utile, sauf au début, sur les terres riches en humus, mais il sera nécessaire, dans ce cas, de n'employer qu'un fumier parfaitement déconiposé et de l'incorporer à la terre plusieurs mois avant la plantation. Le fumier frais a le grave inconvénient de communiquer de l'àcreté aux feuilles; son emploi peut donc être nuisible pour le tabac à fumer, mais il n'y a pas lieu de tenir compte de cette précaution pour le tabac à priser.
Les engrais phosphatés et calcaires exercent également la plus heureuse influence sur la végétation du tabac; on ne saurait donc trop recommander d'incorporer au sol de la poudre d'os parfaitement pulvérisée, toutes les fois qu'il sera possible de s'en procurer à un prix raisonnable.
Préparation du sol. — Pour réussir, il est indispensable d'ameublir le sol par plusieurs labours à 50 centimètres, dont le premier devra être exécuté au moins trois mois avant la plantation. Le nombre de ces façons culturales doit être proportionnel à la ténacité des terres. Le fumier très bien décomposé sera incorporé au sol par l'avant-dernier ; les cendres seront enfouies en dernier lieu, quinze jours environ avant la plantation. La préparation du sol se terminera par un ou deux hersages, qui auront pour but d'en égaliser la surface et de briser les dernières mottes.
Époque de la plantation et pépinière. — L'eau est nécessaire au début de la croissance du tabac, mais elle devient |)lutôt nuisible lorsque les feuilles ont atteint leur développement normal.
Les semis pourront vraisemblablement avoir lieu à deux époques différentes, soit dans le courant de la saison des pluies, pour récolter les feuilles au début de la saison sèche, soit pendant la période de sécheresse pour procéder à la récolte, tout à fait au commencement de l'hivernage; l'expérience, seule, permettra de choisir entre ces deux saisons.
Le tabac se sème en pépinières, qu'on peut installer dans un coin de jardin ; il est cependant préférable de faire le semis en caisses remplies de bonne terre légère et bien drainée, afin de pouvoir mettre les jeunes plants de tabac, qui sont si délicats au début, sous un hangar, à Tabri des grandes pluies pendant l'hivernage ou pour les préserver d'une dessiccation trop rapide pendant la saison sèche. Les caisses à semis, dont le fond est, au préa-
CULTURES
lal)le, ptM'cé (Fun assez grand nombre de trous, doivent être peu jdoCondes ('20 centimètres de hauteur environ); on connnence par couvrir cluKjue trou d'une petite pierre et l'on garnit tout le fond de la caisse d une couche de graviers ou de petits cailloux de 7 à 8 centimètres de hauteur ; puis on finit de les remplir avec de la terre line, tamisée, mélangée à une certaine proportion de sable, si on la juge trop compacte.
Les graines se sèment à la volée, après les avoir mélangées à douze ou cpiinze ibis leur volume de sable lin et bien sec pour en rendre Tépandage réiiulier. Les semences sont ensuite recouvertes d'une couche de terre tamisée de 5 millimètres d'épaisseur environ. Les arrosages devront être faits avec des arrosoirs à pommes très fines, afin d'éviter le déchaussement des jeunes plants. On compte qu'une pépinière de 40 mètres carrés environ suffit pour la plantation d'un hectare.
L emploi des caisses, très pratique en petite culture et pour les essais, est à peu près impossible pour les plantations importantes; il est indispensable, dans ce cas, d'avoir recours aux pépinières en plein air qu'on abritera avec de légers paillis de joncs (zozoro, herana, etc.), et qu'on divisera en planches de 1 mètre de large; le sol devra être parfaitement ameubli, et il pourra même être nécessaire d'y incorporer du sable pour le rendre suffisamment léger. Le semis et l'entretien des jeunes plants en pépinières de plein air se font exactement comme on Ta indiqué précédemment.
Repiquage. — Le repiquage, c'est-à-dire la mise en place, a lieu lorsque lesjeunes plants ont de quatre à six feuilles.
La terre des boîtes à semis ou de la pépinière sera légèrement arrosée avant l'arrachage, qui doit être fait avec grandes précautions pour ne pas endommager les racines.
Les plants seront mis en place à 50 centimètres environ les uns des autres en tous sens. On peut avec avantage ménager de place en place de petits sentiers de 80 centimètres de large pour la commodité d'exécution des façons d'entretien.
Soins pendant la croissance. — Si la mise en placé se fait pendant la saison sèche, des arrosages seront nécessaires de temps à autre pour faciliter la reprise et activer la végétation. On aura soin également de remplacer, au bout d'une quinzaine de jours, les plants qui n'auraient pas repris. Après la reprise, on binera fréquemment la plantation, surtout pendant la saison sèche, afin d'éviter autant que possible les déperditions d'eau par évaporation. Pendant la saison des pluies, les sarclages (pour l'enlèvement des mauvaises herbes) seront surtout indispensables.
Lorsque les plants auront 25 ou 50 centimètres de haut, on réunira un peu de terre autour de chacun d'eux (buttage), sur une hauteur maxima de 10 centimètres.
De nombreux insectes attaquent parfois le tabac pendant sa croissance ; il pourra donc être utile de charger quelques enfants de débarrasser la plantation de ces dangereux ennemis.
L'écimage du tabac est connu de quelques planteurs malgaches; cette opération consiste à couper les plants de tabac à une certaine hauteur pour
favoriser le développement des feuilles. La hauteur à laquelle s'effectue cet écimage exerce une grande influence sur la force ou la richesse en nicotine des feuilles ; un écimage court donne lieu à un tahac fort, un écimage long diminue la teneur en nicotine et fournit un tabac doux; en écimant au-dessus de la dixième feuille, on obtient un tabac fort; au-dessus de la quatorzième, un tabac de force moyenne ; enfin, la section de la tige principale au-dessus de la dix-septième ou dix-huitième feuille donne le tabac doux.
L'écimage a pour conséquence de provoquer le développement de rameaux secondaires à l'aisselle des feuilles inférieures. Ces rejets doivent être supprimés dès leur apparition.
Récolte. — Les feuilles de tabac sont mures, c'est-à-dire bonnes à récolter, lorsqu'elles commencent à se boursoufler et à se couvrir de marbrures d'un jaune vcrdàtre ; le plant tout entier prend en même temps une couleur jaunâtre et répand une odeur assez forte. Il est préférable, contrairement aux habitudes des indigènes qui coupent la plante entière d'un seul coup, de procéder à cette récolte progressivement, c'est-à-dire en cueillant les feuilles an fur et à mesure qu'elles arrivent à matui ité complète. L'ordre d'apparition des feuilles réglera l'ordre de la récolte ; celle-ci se fera donc de bas en haut. Les feuilles, qui doivent être enlevées avec soin sans les briser ni les froisser, sont ensuite réunies par petits paquets de dix à quinze et emportées à la ferme.
Préparation. — Dès [leur arrivée à la ferme, les feuilles doivent être déposées sur des claies, jusqu'à ce qu'elles soient amollies ou fanées. On les porte ensuite au séchoir, c'est-à-dire sous un hangar construit dans ce but ou, dans les petites exploitations, dans un grenier ou toute autre pièce bien aérée.
Les feuilles, préalablement perforées à la base de la nervure centrale, y sont enfilées sur des cordelettes ou sur des baguettes ([ui permettent de les suspendre et de les faire sécher dans de bonnes conditions, c'est-à-dire en laissant entre chaque feuille 5 à 6 centimètres d'intervalle.
La dessiccation du tabac doit être surveillée avec soin pour éviter la moisissure; elle est terminée lorsque les feuilles ont pris une belle coloration brune et lorsque la côte ou nervure centrale est devenue molle. Lorsque ce point est atteint, on procède au désenfilage; ensuite, on forme des paquets de 70 à 80 feuilles, qui sont mis en tas de 1 mètre de haut environ, puis recouverts de paille et chargés de poids pour provoquer et maintenir une fermentation lente qui contribue h relever les qualités du tabac.
Il est inqiortant de s'assurer fréquemment, surtout au début, que la masse ne s'échauffe pas ; au moindre échauffement, il est nécessaire d'ouvrir le tas de feuilles pour l'aérer un peu et continuer ensuite la fermentation dans de bonnes conditions. Il est à peu près impossible, à l'heure actuelle, de fixer la durée de cette fermentation qui varie d'un pays à l'autre; toutefois, les études entreprises par le service de l'agriculture fourniront prochainement des indications précises sur ce point important.
Rendement. — Le rendement varie beaucoup suivant la qualité des terres et les soins culturaux. Dans de très bonnes conditions, on obtient aisément
CULTURES
5 500 kil()«(ramnies de tabac à l'hectare; au contraire, si la plantation est mal laite, le rendement peut s'abaisser jusqu'à 1 000 kilogrammes. Ce qui a été dit de l'écimage, pour la production du tabac doux ou du tabac fort, suffit pour faire comprendre quelle influence cette opération peut avoir sur le rendement. On peut prendre comme moyenne, en Europe, 2 îjOO kilogrammes par hectare pour une plantation soignée.
Les renseignements fournis par les indigènes sur le rendement du tabac sont si peu précis et si diflerents les uns des autres qu'il est impossible, jusqu'à ce jour, d'évaluer la production d'une contenance d'un hectare à Madagascar. On est cependant en droit de penser que, en prenant comme base une production de 2 500 kilogrammes, on ne s'éloigne pas trop de la vérité.
Devis approximatif des frais cF exploitation d\ine plantation d'un hectare aux environs de Tananarive.
Salaire par jour et par homme » 50
Défoncement à 0™40 150 '»
Deux labours à O^ôO 150 »
Épandage des engrais et enfouissement 50 »
Hersages 10 »
Mise en place 100 »
Frais d'insUdIation de pépinière 50 ))
liuttage iO »
Binage et sarclage 50 »
Ecimage et ébourgeonnements 50 »
Récolte et transport 50 »
Manipulation des feuilles et emballage 100 »
Frais divers imprévus 25 »
Total des dépenses : 805 francs.
Rendement : 2 500 kilogrammes de tabac à raison de 70 francs les 100 kilogrammes sur le marché d'Europe, prix qui est à peu près la moyenne de ceux offerts par la régie, donnent un revenu de 1 750 francs.
Sans les frais de transport, le bénéfice net par hectare serait donc de 945 francs. Si l'on tient compte des frais de transport actuels, c'est-à-dire si l'on est obligé de faire transporter le tabac à dos d'homme jusqu'à Tamatave et si l'on fait rentrer aussi dans ce devis le fret jusqu'à Marseille, le bénéfice net ne s'élève plus qu'à 945 — 905 = 40 francs.
Ces quelques chiffres suffisent pour montrer l'importance considérable qu'il convient d'attacher à l'amélioration des moyens de transport dans l'intérieur de Madagascar. Il esta peu près certain que, au début, les petits planteurs de tabac pourront trouver à Madagascar, auprès des indigènes, le placement avantageux de leurs produits, mais ce débouché n'est pas assez important pour justifier l'installation en Imerina de grandes plantations.
Les plantations de tabac auraient donc, à l'heure actuelle, un grand intérêt à se rapprocher le plus possible du port d'exportation. Il est vraisemblable, d'ailleurs, qu'on arrivera à faire réussir cette culture sur les côtes en choisissant convenablement l'époque des semis; mais il sera prudent, toutefois, de commencer par faire (juelques essais sur des superficies
limitées avant d'entreprendre des plantations de grande étendue. Ces essais seront faits prochainement à la station agricole de Tamatave.
Arrow-root. — L*arrow-root est une sorte de poudre blanche, brillante, insipide et inodore, dont on fait, pour les malades, les convalescents et les enfants, un aliment léger et réconfortant. On Textrait principalement des rhizomes du Maranta arinidinacea, mais on tire également de quelques cannas. Canna edulis, Canna coccinea et du Tacca pinnatifida (^c tavolo » des Malgaches) une poudre analogue, communément désignée sous le même nom.
Les principaux centres de production de l arrow-root sont : Saint-Vincent, Natal, les Bermudes, les hides et l'Australie ; mais on pourra peut-être, dans une certaine mesure, entreprendre cette culture avec profit à Madagascar.
La production de Tarrow-root n'a pas pris l'extension que l'on espérait au début, probablement à cause de la fabrication constamment croissante de la fécule de pomme de terre ; c est ainsi qu'aux Bermudes, d'où provient cependant la fécule la plus estimée, cette culture a presque complètement disparu aujourd'hui, pour faire place à des plantations plus lucratives ; néanmoins, l'Angleterre importe encore, à Theure actuelle, pour plus de 1 250 000 francs d'arrovv-root par an.
Le Maranta arundinacea peut pousser depuis le bord de la mer jusqu'à une assez forte altitude, mais les rendements sont toujours plus abondants dans le voisinage des côtes, jusqu'à 150 ou 200 mètres d élévation.
Les rhizomes, dont on extrait l'arrow-root, prennent surtout un grand développement dans les sols légers et bien drainés ; les terres argileuses et trop humides ne leur conviennent pas du tout.
L'arrow-root se plante à Taide de morceaux du rhizome ou par rejetons, au début de l'hivernage, en terre profondément labourée et copieusement fumée, à 70 centimètres les uns des autres, en tous sens.
Les soins d'entretien consistent à maintenir le sol exempt de mauvaises herbes. La récolte, qui doit avoir lieu quand les feuilles commencent à se flétrir, c'est-à-dire dix à onze mois après la mise en place, se fait en arrachant avec soin les rhizomes, qu'on lave ensuite à grande eau.
Le Maranta arundinacea souffre peu de la sécheresse et de l'humidité; mais le rendement en fécule est toujours proportionnel à la qualité du sol et à la quantité de fumier incorporée.
Gingembre. — Le gingembre du commerce, rhizome desséché du zingiber officinal, est cultivé dans un grand nombre de pays chauds pour les usages locaux ; mais il est peu de colonies dans lesquelles on se livre à cette culture en vue de l'exportation.
La culture de ce condiment, qui tend à prendre de l'extension dans l'île de la Trinité, est surtout développée à la Jamaïque qui en exporte tous les ans pour plusieurs centaines de mille francs.
Le gingembre est connu des Malgaches, mais n'a pas encore été cultivé sur une grande échelle à Madagascar. Les sols riches, humifères et humides.
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mais sains, convionnont à cette culture, (jiii peut être faite depuis le honi rie la mer jusqu'à 1 500 uiètres d'altitude.
Le gin<^einbre se j)roduit par fragments de rhizomes plantés en terrain bien ameubli et bien fumé, à 40 centimètres les uns des autres environ.
Les soins d'entretien se bornent à (piehpies binages et sarclages pour maintenir le sol propre.
Lors de la récolte, c'est-à-dire neuf à dix mois plus tard, les rhizomes sont déterrés et soigneusement nettoyés, puis écliaudés, desséchés et emballés pour être livrés au commerce.
Un bon gingembre doit être frais, dense, sec, peu cassant et de couleur rouge grisâtre à l'extérieur.
Le rendement, qui est très variable, atteint assez fréquemment 5000 kilogrammes par hectare.
Céréales. — Le terme « céréale » sert à désigner un certain nombre de plantes dont le grain est employé pour l'alimentation de l'homme ou des animaux. Parmi les céréales les plus importantes, il convient de citer le blé, le riz, le maïs y le seigle , Y orge, Vavoine, le sarrasin.
Les graines de céréales, riches en matières azotées et en matières minérales, constituent, pour la plupart, des aliments excellents, indispensables à l'homme ; mais leur composition, en leur donnant une puissance nutritive considérable, les rend exigeantes sous le rapport du sol et ne permet pas de les cultiver avec profit dans des terres pauvres.
Le blé, l'orge, le seigle et le sarrasin sont les céréales les plus commune ment cultivées en Europe et, par suite, celles qui intéressent surtout les Européens fixés dans les pays tropicaux.
On ne saurait, sauf dans des cas tout à fait exceptionnels, conseiller d'établir à Madagascar une exploitation agricole basée sur la culture du froment; ce serait une folie que de vouloir essayer de lutter, sur la côte Est par exemple, contre le climat et la concurrence européenne ou étrangère; il vaut mieux réserver les terres de ces régions aux riches cultures réellement tropicales du café, du cacao, de la vanille, etc. X Madagascar, la production du blé ne peut se comprendre que dans la région centrale, où les produits européens arrivent grevés de frais de transport considérables, et dont le climat justifie, dans une certaine mesure, les essais d'acclimatation de plantes européennes.
La composition chimique des hautes terres de Madagascar, presque toutes extrêmement pauvres en principes fertilisants, constituera, croyons-nous, l'obstacle le plus important pour la culture du froment. On pourra vraisemblablement trouver des variétés adaptées au climat mi-tropical, mi-européen de rimerina et du Betsileo, mais la plus grosse difficulté, à l'heure actuelle, sera, dans un grand nombre de cas, de trouver les engrais phosphatés, par exemple, indispensables à la formation des grains. Il sera possible peut-être, sur certains points privilégiés sous le rapport de la nature du sol, de se livrer à cette culture, de même qu'on pourra parfois, aux environs immédiats des grands centres, comme Tananarive, trouver à bon compte les prin-
cipes fertilisants nécessaires pour une petite étendue de terrain ; mais en aucun cas Ton ne saurait conseiller, à I heure actuelle, de cultiver le blé sur de grandes surfaces.
L'orge et le seigle sont deux céréales moins exigeantes que le blé et préférables, par conséquent, pour les terres pauvres de l'Imerina; elles nécessiteront, néanmoins, dans les sols médiocres, Tapport d'une quantité assez importante d'engrais azotés et minéraux, ce qui y rendra leur culture assez difficile.
Reste le sarrasin, la céréale des pays pauvres comme la Sologne et la Bretagne, dont l'emploi à Madagascar pourra, selon toute probabilité, rendre service aux colons et aux indigènes comme culture vivrière, pour laquelle il suffira généralement d'incorporer au sol une petite quantité de fumier et de cendres.
Le maïs et le riz peuvent être considérés comme les céréales tropicales par excellence, pouvant réussir à peu près partout à Madagascar. Sur la côte, le maïs pourrait avantageusement être cultivé comme à la Réunion, en assolement avec le manioc, les lupins, les pois mascates et la canne à sucre.
On pourrait même, dans une certaine mesure, l'employer comme culture intercalaire dans les caféières et les plantations de cacaoyers, de cocotiers ou de girofliers, atln de diminuer les premières dépenses d'installation, mais à la condition toutefois de restituer au sol, par des fumures appropriées, ce qu'on lui aura enlevé de cette façon; en Imerina, sa production devient difficile, sinon impossible, quand on ne peut disposer d'une masse considérable de fumier.
On rencontre le maïs à peu près partout dans le centre de Madagascar; on peut même voir à Tananarive des pieds de cette céréale atteignant plus de 2 m. 50 de hauteur; mais les quelques dizaines de plants que Ton voit éparpillés autour de chaque case ne constituent pas de véritables essais de culture, et il serait dangereux d'en déduire qu'il est possible de se livrer, même aux environs de Tananarive, à la production du maïs sur une grande échelle. Le maïs fourrager pourra vraisemblablement être cultivé dans les rizières convenablement drainées aussitôt après la récolte du riz, mais le maïs pour la production du grain, qui est beaucoup plus exigeant et est cultivable seulement pendant la saison pluvieuse, ne peut pousser ici que dans des sols parfaitement engraissés et fumés, comme l'avaient, d'ailleurs, fait prévoir quelques analyses de terre et comme Font démontré les expériences faites durant le dernier hivernage à la station agronomique de >'ahanisana.
n est possible, il faut espérer même que certains points du haut pays conviendront par la nature de leur sol à la culture du maïs, sans Tapport d'une dose énorme de fumier, mais ces points sont encore peu ou pas connus.
Le riz, qui constitue la base de l'alimentation des peuplades de Madagascar, est généralement cultivé avec soin. Cette culture est à conseiller à tous les colons agricoles pour nourrir leurs ouvriers et diminuer par suite, dans une proportion sensible, le prix de revient de la main-d'œuvre. Les indigènes cultivent généralement assez bien leurs rizières, surtout dans le centre de l'île; ils les fertilisent chaque fois qu'ils le peuvent avec des cendres ou du
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fumier, mais le |)rin( ij)al [)ro<^rès à aecomplir' dans ce sens sera le cliaula^e, qui provoquera la nitrification et rassimilation des matières or<raniques accumulées depuis un grand nombre d'années dans les terres à riz. La sélection des semences permettra également d'obtenir un grain plus abondant et de meilleure qualité.
L'avoine a été expérimentée àNahanisana; il est probable que, comme les autres céréales, elle exigera des terres profondes et substantielles, et sa culture sera forcément peu importante à Madagascar.
Le maïs cultivé pour son grain peut se semer en Imerina depuis le commencement de la saison des pluies (fin novembre) jusqu'au conunencement de janvier; comme plante fourragère, il sera possible de reculer les semis jusqu'au 8 ou 10 février, en terre ordinaire.
Le sarrasin met environ deux mois et demi à trois mois pour se développer complètement. Une parcelle cultivée en sarrasin à Nahanisana a été semée le ^2'2 décembre 1897 et a été bonne à récolter le 8 mars 1898. La chaleur et I humidité favorisent beaucoup le développement de cette plante, et les pluies ne semblent pas lui nuire d'une façon bien sensible au moment de la maturation ; on pourra donc probablement, sans inconvénient, semer cette céréale depuis le commencement de décembre jusqu'au 15 janvier, afin que le grain se forme au plus tard au commencement de la saison sèche. ^ Le froment, le seigle, l'orge et l'avoine sont des céréales sujettes à la verse; il importe que la formation de leur grain n'ait pas lieu pendant les grandes pluies; le mieux sera donc de procéder aux semailles de telle sorte que l épiage et la maturation se produisent à la fin de l'hivernage ou au commencement de la saison sèche; pour les environs de Tananarive, il faudra donc semer le blé, le seigle, l'orge entre le 15 décembre et le l*"" janvier et l'avoine à peu près entre les 15 et 20 décembre.
Les essais faits à Nahanisana n'étant pas encore terminés, les époques précises des semis ne peuvent être indiquées d'une manière sûre dès maintenant et il ne faut voir, dans les indications précédentes, que des probabilités que l'expérience doit contrôler.
Mûrier. — Le mûrier, qui a été introduit seulement depuis trente à quarante ans à Madagascar, n'a encore été propagé que dans certaines régions. Malgré une culture défectueuse, les résultats obtenus permettent d'espérer que Ton pourra facilement, sur certains points, notamment en Imerina, constituer d'importantes mûraies et développer ainsi, en l'améliorant, findustrie séricicole. C'est à ce point de vue que nous allons étudier la culture et la multiplication de cet arbre.
La multiplication du mûrier s'obtient de différentes façons . on peut procéder par semis, greffes, marcottages ou boutures.
Ces diverses opérations peuvent être faites en suivant les prescriptions de la décision 200, qui a réglé le fonctionnement des pépinières locales; mais, comme il s'agit ici d'une culture ayant un caractère spécial, les indications ci-après pourront être suivies avec utilité.
Se?nis. — D'une façon générale, on obtient par les semis des sujets plus
vigoureux, cVune plus longue durée, qui s'enracinent plus profondément, qui résistent plus facilement aux grandes sécheresses que] ceux obtenus par les autres procédés de multiplication, et, bien que le bouturage paraisse donner des résultats plus immédiats, on ne saurait trop insister sur la préférence à donner aux semis, toutes les fois qu'il sera possible de se procurer des graines, que, le plus souvent, on pourra obtenir sur place.
Lorsque les fruits sont murs, on les récolte sur les arbres qui n'ont pas été dépouillés de leurs feuilles, et on les réunit dans un vase, où on les laisse fermenter pendant deux ou trois jours. On les écrase ensuite dans un autre vase rempli d"cau, et, par des lavages successifs, les semences sont séparées de la pulpe. Toutes les mauvaises graines restent à la surface de l'eau, tandis que les bonnes sont précipitées au fond du récipient.
On peut, d'ailleurs, lorsque les mûres sont récoltées, les laisser simplement sécher à l'ombre, et on les écrase ensuite sans les mouiller. De cette façon, on recueille très facilement les graines.
Si, pour une raison quelconque, les semis ne peuvent être faits immédiatement après la récolte, il est indispensable, pour que les graines conservent leurs facultés germinatives, de les mélanger avec du sable bien sec et de les conserver ainsi dans un lieu privé de lumière et d'humidité. Mais il est très préférable de semer dès que la récolte est faite ; on évitera ainsi de nombreux insuccès.
Les semis devront être faits en se conformant aux instructions de la décision 200. Les graines devront être répandues dans la proportion de 250 grammes par are.
Dès que les jeunes plants ont développé quatre feuilles, ils doivent être eclaircis, de façon à laisser entre eux un intervalle de 3 à 4 centimètres. L'année suivante, ils ont, selon la richesse du sol, de 50 à 50 centimètres de hauteur. Si l'intention du propriétaire est de faire de ces jeunes plants des « porte-greffes », il est indispensable de les repiquer dans une pépinièr'. d'attente, en les espaçant de 80 centimètres les uns des autres.
Au cours de la troisième année, on leur donne le nom de « sauvageons », et ils sont susceptibles d'être greffés par le procédé ordinaire, notamment en écusson et en flûte de faune.
Le procédé de multiplication par la greffe sur sauvageon a le grand avantage de permettre le choix de bonnes variétés, tout en assurant au végétal, ainsi obtenu, une longue existence et le maximum de rendement possible. Malheureusement, le greffage n'est pas à la portée de tout le monde : il nécessite l'intervention d'un spécialiste, et le plus souvent donc, en l'état actuel de l'organisation, on devra l'abandonner et se borner à transplanter les sauvageons sur le lieu où ils doivent prendre leur complet développement.
Les arbres obtenus par ce procédé se rapprochent, par leurs caractères, du type primitif. Leurs feuilles sont généralement petites, mais très favoraoles, cependant, à la nutrition, et, par rapport aux feuilles des variétés dérivées du mûrier blanc, elles donnent à poids égal une soie plus abondante et plus belle. Le procédé de multiplication par voie de semis est donc recommandable.