Corbeau
Arbres d'avenue. — Pépinières : Choix de remplacement et du sol. — Il est de toute nécessité, pour l'élevage des jeunes plants, de choisir un terrain aussi bon que possible et bien abrité des vents, surtout du vent d'Est qui est tout particulièrement préjudiciable. La proximité de Teau n'est pas moins importante ; les semis devant être exécutés vers la fin de la saison sèche, les arrosages sont de rigueur pour obtenir de prompts et bons résultats.
CULTURES
Un emplacement couvert d'arbres a Tavantage de fournir un ombrage naturel aux jeunes plantes ; mais, lorsque les pluies arrivent, les aibres constituent un grave inconvénient, car Teau ([ui s'égoutte de leur cime déracine souvent les végétaux qui sont })lacés dessous; aussi, comme il est facile d'ombrer artificiellement au moyen de paillassons ou de feuilles, il sera préférable d'établir la pépinière sur un terrain découvert.
Préparation du sol. — Le terrain choisi, il faut le défoncer soigneusement à une profondeur de 50 à 55 centimètres, le débarrasser complètement des racines, le fumer copieusement, avec du fumier très décomposé et le diviser en planches de 1 m. 10 à 1 m. '20 de large, séparées par des sentiers de 50 à 60 centimètres. Si le terrain est incliné, les planches sont tracées perpendiculairement à la ligne de plus grande pente, pour éviter le ravinement lors des grandes pluies.
Époque des semis. — Il est bon de semer au moins trois mois avant l'hivernage afin que les plants soient suffisamment forts et développés pour être mis en place au commencement de la saison des pluies.
Exécution et entretien des semis. — Les planches étant préparées d'avance, on trace, dans le sens de la longueur, des rayons distants de 10 à 15 centimètres et profonds de 1 à 5 centimètres suivant la grosseur des graines à enfouir, où les graines sont déposées et espacées de 5 à 4 centimètres (cela s'entend pour les semences d'un certain volume), afin de permettre aux jeunes plants de se développer sans que leurs racines s'enchevêtrent.
Dans de telles conditions, il sera possible, lors de la mise en panier, de les enlever avec une motte de terre, ce qui rendra la reprise plus prompte et plus facile. Les graines sont ensuites recouvertes de terre ou de terreau et on tasse légèrement la surface de la planche avec le dos d'un râteau.
Les soins à donner aux semis consistent surtout en arrosages, qui devront être faits avec un arrosoir à pomme fine et répétés au moins tous les deux jours; les binages et sarclages seront donnés toutes les fois que la nécessité s'en fera sentir, c'est-à-dire lorsque les mauvaises herbes envaliiront la surface du sol.
L'ombre ne devra jamais faire défaut aux jeunes plantes pendant les heures chaudes de la journée. Pour ombrer, on emploie généralement en Imerina des paillassons de zozoro, maintenus à 1 mètre au-dessus du sol au moins, à l'aide d'un léger bâti en bambou. Cette hauteur minimum de 1 mètre est nécessaire pour que la lumière ne fasse pas défaut aux semis, tout en les préservant de l'action directe du soleil.
Mise en tente [ou panier) des jeunes plants. — Dans les climats comme celui du Centre, où l'arrêt de la végétation correspond à la période sèche, il convient de transplanter les arbres pendant la saison pluvieuse et en motte. Pour arriver à ce résultat, dès que les petits arbres ont trois ou quatre feuilles, on les arrache, en leur conservant autant que possible une petite motte de terre, et on les repique dans des récipients ou paniers trénéralement appelés tentes, de 10 centimètres de large sur 15 à 20 de profondeur et fabriqués avec des feuilles de taretra ou de vakoa.
Pour procéder au repiquage, on maintient la jeune plante au milieu de la tente qu'on achève de remplir avec un mélange de bonne terre et de fumier très décomposé, que Ton appuie légèrement afin qu'il ne reste pas de vide dans le récipient. On arrose aussitôt après le repiquage, et on place les tentes côte à côte en les enterrant jusqu'aux bords dans une planche, où elles resteront jusqu'à la mise en place, qui devra être faite dès que les racines tapisseront les parois de la tente.
Fabrication des tentes. — Pour fabriquer une tente, on opère de la façon suivante : Découper deux morceaux de feuilles de taretra, longs de 50 à 55 centimètres et larges de 10 à 12, les disposer en croix de telle façon que les quatre ailes de la croix soient de même longueur, relever ces ailes et les maintenir dans la position verticale par un lien qui fait le tour de la tente.
Un ouvrier exercé peut arriver à fabriquer 15 à 16 tentes à l'heure ; le prix de revient n'en est donc pas bien élevé.
Plantation et entretien des jeunes arbres. — Pour réussir une plantation, il est nécessaire, il est même indispensable, d'ouvrir des trous de grandes dimensions, de 1 mètre de côté environ, afin que les racines de l'arbre puissent se développer facilement.il faut autant que possible faire ces trous longtemps avant la plantation, pour que la terre des couches inférieures s'aère bien. Lorsque l'époque de la mise en place est arrivée, on doit procéder au remplissage, en jetant d'abord dans le fond des gazons, qui, en se décomposant, fourniront un engrais à l arbre, et on les comble ensuite avec de la terre de la surface ; le sous-sol étant généralement de mauvaise qualité en hnerina, on peut avec avantage mélanger du fumier à toute la masse. Les os et les chiffons d'étoiîes, matières se déconqjosant lentement, constituent un excellent engrais pour les arbres, et, toutes les fois qu'il est possible de s'en procurer, on ne doit pas hésiter à les incorporer au sol.
11 faut, en remplissant les trous, tenir compte du tassement, et, pour un trou de 1 mètre de profondeur, maintenir la surface du terrain remué à environ 10 centimètres au-dessus du niveau du sol environnant; c'est au milieu de la butte ainsi formée, qui doit correspondre au centre du trou, qu'on plante le jeune arbre après l'avoir débarrassé de la tente, et en l'enfonçant de telle façon que sa motte se trouve recouverte d'environ 2 centimètres de terre.
Pendant la végétation, on tuteurera le jeune arbre pour lui permettre de résister au vent et l'on rognera, à 15 ou 20 centimètres de longueur, les bourgeons qui se développeront le long de la tige, et qui ne seront complètement retranchés que lorsque l'arbre aura atteint la hauteur à laquelle on veut le voir se ramifier. Si on les supprimait dès leur apparition, la tige s'allongerait rapidement; mais elle resterait presque toujours trop faible pour pouvoir se maintenir seule.
Époque de la plantation. — Il faut planter, autant que possible au commencement de la saison des pluies, mais on peut vraisemblablement, en se servant de plants préparés comme il est indiqué plus haut, continuer la plantation jusqu'à la fin de février. Toutefois, il ne serait pas prudent de
CULTUUES.
dépasser cette limite, la saison pluvieuse touchant alors à sa tin ; car il faut au moins un mois de pluies aux jeunes arbres pour acquérir un système radiculaire suffisant, qui leur permette de résister à la saison sèche.
Distance à observer entre les arbres cVareune. — La distance à observer entre les arbres varie avec le développement qu ils prennent. Pour le lilas « Mélia Azédarach », 8 à 10 mètres sulïisent ; le rotra, le camphrier, le jamrosa doivent être plantés à 10 ou 15 mètres; mais, en tout cas, il est bon de planter à moitié de la distance indicjuée. c est-à-dire à 4 mètres pour le lilas, et à 6 mètres pour les autres essences, et de supprimer un arbre sur deux, lorsqu'ils se gêneront.
Cultures diverses. — Outre les cultures que nous venons de passer en revue, il en est (juelques autres dont le succès ne paraît pas moins certain. Ainsi le pois du Cap, dont nous avons parlé au chapitre des « Produits végétaux », réussit sur la côte Sud-Ouest; mais, ne possédant pas de renseignements précis sur Tépoque qui convient pour les semis, les soins d'entretien, et la nature du terrain que réclame ce légume, nous nous bornons à le mentionner.
Le jute {Corchorus capsularis) paraît devoir également réussir. Cette plante textile, très cultivée aux Indes, a été mise à l essai, à la station agronomique de Nahanisana, sur une parcelle de 10 ares, sise en terre de rizière. Le semis a eu lieu le 15 décembre 1897, et la récolte le 15 avril 1898, dès lapparition des premières fleurs; cet essai a produit 820 kilogrammes de jute vert, correspondant à une production de 8200 kilogrammes par hectare et a permis de commencer une série d'expériences sur le rouissage et la décortication de cette tiliacée textile, dont les résultats pourront être communiqués prochainement.
Il est également probable que la canaigre, si riche en tanin, réussira en Imerina. La culture de cette plante, qui croît au Mexique et dans l'Amérique du Nord, est actuellement à Fessai au Jardin de Xahanisana.
Enfin, le quinquina, le caoutchouc (céara), etc., semblent aussi devoir prospérer dans notre nouvelle colonie.
Toutefois, ces plantes sont d'une introduction trop récente, pour qu'il soit possible de donner des renseignements précis sur l'avenir qui leur est réservé à Madagascar.
La station agronomique de Nahanisana. — La station agronomique de Nahanisana est située à une demi-heure environ au nord de Tananarive, un peu à l'est de la route d'Ambohimanga, près d'un tout petit village auquel elle doit son nom et à peu de distance de l'hôpital militaire d isoavinandriana.
Elle a été installée dans une ancienne propriété de l'ex-premier ministre Rainilaiarivony et est reliée aujourd'hui à Tananarive par une route qui permet aux voitures d'y accéder avec facilité. Agrandie par d'importantes acquisitions de terrain en 1897, elle comprend, à l'heure actuelle, près de 15 hectares de terre, dont une partie est en rizière.
Le sol de iNahanisana, auquel on fait le reproche d'être de qualité assez
médiocre, n'est ni pire ni meilleur que la plupart des terrains de l'Imerina. Il n'est pas inutile, d'ailleurs, de faire remarquer, à ce propos, qu'une expérience agricole n'a aucune valeur réelle si elle n'a pas été exécutée dans des conditions normales et qu'elle ne peut être généralisée, si elle a été faite sur un sol de qualité exceptionnelle; on obtiendrait, dans de telles conditions, des résultats plus beaux et plus rapides, mais auxquels les colons ne pourraient se fier.
Il existe à la station agronomique des parcelles de terre de bonne qualité, qui sont réservées aux plantes dont il est difficile de se procurer des graines ou dont la culture est encore peu connue (Ex. : Canaigrc ou Rinnex hymenosepalus) et qu'il est nécessaire de placer au début dans des conditions aussi bonnes que possible.
La station agronomique de Tananarive, dont l'installation avait été décidée en principe au commencement de 1896, n'a été créée que peu de temps après l'arrivée de M. le général Gallieni, gouverneur général de Madagascar, par arrêté du 12 février 1897.
Cet établissement, dont le principal but est de renseigner les cobms sur toutes les questions relatives à l'agriculture et d'apprendre à connaître les ressources agricoles de Madagascar, en centralisant tous les renseignements agronomiques recueillis dans l'île, a également pour mission de rechercher les améliorations à apporter aux systèmes de culture actuellement en usage et d'introduire dans la colonie toutes les plantes pouvant intéresser à un titre quelconque le colon ou l indigène (plantes médicinales, industrielles, potagères, ornementales, etc.).
Pour éviter aux colons des pertes de temps et de longues recherches inutiles, le service de l'agriculture a installé à la station agronomique de Tananarive d'importantes pépinières et des plantations permettant de fournir aux Européens et aux indigènes des plants, des graines ou des boutures.
Le directeur de cet établissement se propose de former de bons surveillants indigènes pour les grandes exploitations et de dresser des jardiniers et des ouvriers de ferme.
Enfin, les méthodes d'élevage et les améliorations du bétail si intimement liées, surtout dans le Centre, à toutes les questions se rattachant aux cultures et aux plantations y sont également étudiées.
La station d'essais agricoles est placée sous la direction de l'inspecteur de l'agriculture et comprend, en outre, comme personnel : 1 chef jardinier, 5 surveillants, 20 jardiniers indigènes et 40 à 50 prestataires.
La main-d'œuvre fournie par les prestataires, qui est très économique* et bonne pour les gros travaux, mais qui est inhabile et paresseuse, a rendu et rendra encore d'importants services pour l'exécution des travaux d'aménagement, tels que terrassement, transport de terre, défrichement, etc., mais elle sera peu à peu réduite dans une notable proportion et remplacée par un nombre suffisant d'ouvriers indigènes engagés pour plusieurs années.
Il existe à Nalianisana deux champs d'expérience, dont l'un, installé en