‹ Guide de l'immigrant aÌ€ MadagascarChapitre 9 sur 114 · II · texte numérisé non relu

II

GllDE DE L'JMMIGRANT A MADAGASCAR.

Cl) Singes. — Il n'existe pas de singes à Madagascar, car les lémuriens dont nous allons parler ne sont pas des singes.

b) Lémuriens. — Madagascar est par excellence la patrie des lémuriens.

Cet ordre étrange de mammifères est pour ainsi dire localisé dans l'île. On n'en rencontre que quelques représentants égarés en Malaisie, à Ceylan et dans l'Afrique tropicale.

Appelés aussi faux singes ou singes à museau de renard, ils forment dans la série des êtres un ordre à part. Les trois principales familles que l'on rencontre à Madagascar sont celles des : babakoutes (imJris), des propithèques et des makis ou lémurs proprement dits. Dans le langage courant, on les comprend toutes les trois sous la dénomination de inaques.

Le babakoto (nom malgache de VIndris) est le plus grand des lémuriens'. Il se distingue par ses jambes hautes que terminent des mains énormes, ses bras petits et sa queue courte. Los babakoutes habitent exclusivement la grande foréL du versant Est. Ils y vivent en bandes de quatre ou cinq individus. Ils ont un cri à la fois violent et lamentable, que I on entend constamment en traversant la zone forestière.

Les propithèques se distinguent des babakoutes surtout par leur longue queue; ils ont les mêmes mœurs, et plusieurs de leurs espèces habitent, comme eux, les forêts du versant Est, tels que le propithèque à diadème, le propithèque d'Edwards et le propithèque soyeux, qu'on trouve auprès de Sahambava. D autres espèces h.ibilent le versant occidental et le sud del'ile; ce sont : le propitlièque de Terreaux (côtes Sud et Ouest), le propithèque de Decken (vallée du Manambolo), le propithèque de Coqucrel (nord de la Betsiboka), et le propithèque couronné (Bouéni). Ces propithèques vivent par groupe de sept à huit. Ils sont doux, tristes, ne supportent pas la captivité. Les jeunes se tiennent cramponnés aux flancs de leur mère, et y restent attachés malgré leurs bonds de près de dix mètres. Ce sont des animaux diurnes.

Les ava/iis ou makis à bourre semblent une réduction du propithèque ; mais, loni d'avoir son agilité, ils marchent au contraire avec lenteur. Ils habitent les forêts de l'Est. Ce sont des animaux essentiellement nocturnes.

Les babakoutes et les propithèques sont assez rares, tandis que les maques ou lémurs proprement dits abondent dans toutes les forêts. Au lieu d'être uniquement végétariens comme leurs congénères que nous venons de passer en revue, ils se nourissent aussi d'oeufs de petits oiseaux, de reptiles et d'insectes.

Ils se distinguent surtout des lémuriens précités par leur attitude horizontale, leurs doigts libres et non palmés à la base, leur museau fin et allongé, et leurs dents plus nombreuses. Ils vivent en familles.

Les principales espèces de maques sont : le vari, le mongous,le macaco, le

1. -M. Forsytli Major a découvert les ossements fossiles d'une espèce trois fois plus grande que l'Indris, le Mégaladapis. et 31. Guillaume Grandidicr a. cette année même, trouvé une partie du squelette d'une autre espèce encore beaucoup plus gigantesque et très curieuse par la forme de son fémur.

A M. M Al \.

lémiir nègre, le maki à ventre roux, le maki à mains blanches, le maki couronné, le maki-chat, l'aye-aye, Thapalémur, le lépilémur, le chirogale et le microcèbe.

Le vm^i {Lemur varius) est le plus grand de tous ; il a le pelage pie, parfois tacheté de roux; une de ses variétés ou plutôt races a même le pelage rouge; quelques naturalistes en avaient fait primitivement une espèce distincte.

Le monçjous est plus petit et généralement fauve, quelquefois avec des favoris roux. Quelques-uns ont la téle recouverte d'une calotte noire ; chez d'autres, cette calotte est blanche, rousse, grise. Ces teintes varient presque d'un individu à l'autre.

Chez le niacaco, le pelage du mâle est nettement différencié de celui de la femelle. Tandis que le màle est toujours entièrement noir, la femelle est rousse, teintée de gris, avec la téte entourée d'un collier également gris. Chez l'un et chez l'autre, les oreilles présentent une touffe de poils formant pinceau.

Chez le lémur nègre, dont le mâle est encore plus noir {Lemur niger- 7'inius), ce pinceau n'existe pas. La femelle est également rousse. Cette variété a les yeux d'un vert bleuâtre, tandis que les autres maques les ont généralement brun clair.

La différence de pelage suivant le sexe se retrouve aussi chez le maki à ventre roux et chez le maki à mains blanches. Le maki couronné, dont le front est orné d'une sorle de couronne orangée, est un des plus petits. Le makichat (I^mw?' catta) a le pelage gris, les oreilles droites et la queue annelée de ce félin ; il est très joli et se rencontre dans les régions dénudées du Sud et du Sud-Ouest.

L'aye-aye {Cheiromys madagascainensis) est la plus curieuse de toutes les maques; il est ainsi appelé à cause de son cri. Il habite les forêts du versant Est. C'est un animal nocturne, allant par couples, ne produisant qu'un petit par portée, et faisant son nid dans les cavités des vieux troncs. 11 se nourrit de larves de certains insectes qui creusent les troncs pourris. A l'aide de ses incisives qui sont grandes et pointues, il arrache l'écorce des arbres et met au jour les galeries de ces larves, il les en extrait au moyen de son troisième doigt, très grêle, filiforme et terminé par une griffe. On prétend qu'il frappe de ses doigts de devant l'écorce des arbres et ensuite écoute s'il entend le mouvement des insectes, de manière à s'épargner un travail inutile. 11 ne s'enfuit pas à la vue de l'homme, car les Malgaches, en ayant toujours eu une terreur superstitieuse, ne les ont jamais molestés. Les indigènes croient en effet que l'aye-aye a le pouvoir de faire mourir quiconque cherche à le prendre ou à lui faire du mal. Ils racontent aussi que, quand un voyageur s'endort dans la forêt, Laye-aye lui apporte un oreiller. Si l'oreiller est pour la tête, le dormeur deviendra riche; si, au contraire, il est pour les pieds, il succombera bientôt ou tout au moins sera ensorcelé.

Les hapalcmurs, les lëlipémurs, les chirogales et les microcèhes sont des maques nocturnes, moins intelligentes, moins grandes et ayant quatre mamelles au lieu de deux.

Les liapalémurs habitent les forêts de bambous et se nourrissent de

pousses tendres. Les chirogales et les microcèbes vivent d'insectes et de petits oiseaux \

Tandis que les babakoutes et les propithèques meurent rapidement en captivité, les maques, au contraire, vivent très bien auprès de l'homme, pourvu qu'elles trouvent une température et une alimentation convenables. Plusieurs espèces s'apprivoisent très bien. Doux et caressants, ces animaux vivent en liberté dans les appartements, se blottissant sous les couvertures du lit, sautant avec une extrême agilité sur tous les meubles sans jamais rien briser, très propres, très gentils avec leur petite tète à museau pointu, leurs yeux curieux et étonnés, leur fourrure soveuse, leur petite main froide. Quelquefois même, ils reproduisent en captivité.

A Tétat sauvage, dans les forêts, les lémurs vivent en troupe, chacune ayant pour ainsi dire son domaine : lorsqu'il s'y présente une maque étrangère, tous s'empressent de courir sus à l'intrus. M. Humblot a souvent mis à profit ce sentiment de la propriété; il attachait une maque provenant d'une autre partie de la forêt et il était sûr de voir accourir aussitôt les propriétaires légitimes du lieu et se précipiter sur le nouveau venu sans se préoccuper du chasseur, qui pouvait alors à l'aide d'un lacet en prendre tant qu'il voulait.

c) Chauves-souris. — L) plupart des espèces existant à Madagascar diffèrent peu des chauves-souris d'Afrique. Deux cependant méritent d'être signalées; l'une d'elles, décrite par MM. Milne Edwards et Grandidier, a l'extrémité des doigts garnie de pelottes charnues, l'autre d'une taille considérable (Pler^opus Edwardsii) rappelle la roussette de l'Inde et se nourrit de fruits sauvages.

d) Carnassiers. — Les principaux carnassiers sont : le [osa, les galidies, les galidlctis,\e fanaloka et deux civettes.

Le fosa (Cryptoprocla ferox) est le plus grand et le plus puissant carnassier malgache. On l'appelle quelquefois « lion de Madagascar», mais il n'a rien du lion. C'est un grand chat fort singulier, plantigrade comme les ours, alors que tous les autres félins sont digitigrades. Il est absolument particulier à Madagascar et n'a de semblable ni d'allié dans aucune autre partie du monde. Le nom de cryptoprocta lui vient de glandes cachées à la base de sa queue; quant au qualiticatif de ferox, il ne le mérite que pour les poules et autres volatiles de basse-cour, mais il n'attaque jamais l'homme .

Les galidies et les galidictis rappellent les mangoustes. Ces carnassiers sont aussi spéciaux à Madagascar.

La fossane (Viverra fossa) se rapproche des gcnettes.

1. Ces animaux, dont l'une des espèces est plus petite qu'un rat. construisent leurs nids dans les arbres et souvent au milieu des feuilles de e ravinalas ». Pendant la saison sèche, ils ne trouvent guère de nourriture et risqueraient fort de mourir de faim, s'ils n'étaient sujets à une sorte d'engourdissement comparable au sommeil hibernal des marmottes et des loirs. Ils vivent alors, comme ]'a constaté le premier M. A. Grandidier, aux dépens d'une provision de graisse qui s'est accumulée dans leur queue pendant la saison d'été, transformant ccl appendice en une sorte d'énorme saucisson, qui diminue peu à peu et n'a plus que ses dimensions ordinaires quand celte période de torpeur est passée. C'est la bosse graisseuse du chameau transportée dans la région caudale et servant au même usage (A. Milne Edwards.)

A.MMAIX.

On rencontre une vraie civette {Viverra Schlccjeli) qui, comme le fait remarquer M. Aallace, semMeiait être d'origine africaine, la lamille des civettes étant plus abondante sur le continent africain qu'en Asie.

Enfin, le fanaloha (Eupleres Goudoti) est un carnassier particulier de taille moyenne, à queue loullue; sa dentition trop faible ne lui permettant pas de se nourrir de mammifères ni d'oiseaux, il est réduit aux vers et insectes.

e) Insectivores. — Les insectivores comprennent une ou deux musaraignes, deux genres de bérissons et six genres de centétidés. Des musaraignes, il n'y a rien à dire, ces insectivores se retrouvant sur tous les continents.

Les hérissons présentent, surtout dans leur dentition, des différences importantes avec les espèces du continent.

Les centétidés, dont il existe deux sous-familles, l'une à piquants comme les hérissons et l'autre à pelage doux et soyeux, n'existent nulle part ailleurs sur le globe, excepté dans les deux grandes îles de Cuba et de Haïti. Les genres les plus remarquables sont les : Centetes, Ilemicentetes, Oryzoryctes, Géogales et Microgales. Les Oryzoryctes, qui sont les premiers centétidés à poils soyeux qu'on ait trouvés et dont on doit la découverte à M. Grandidier, vivent sous terre comme les taupes ; les géogales et les microgales, qui appartiennent à la même sous-famille et qui ont été décrits par MM. Milne Edwards et Grandidier, habitent à la surface du sol.

f) Ruminants. — Il sera parlé aux animaux domestiques des bœufs à bosse et des bœufs sans bosse.

Les bœufs sauvages que I on rencontre dans certaines parties de l'île sont, croit-on, des bétes ayant échappé autrefois à la domesticité.

g) Porcins. — On n'en trouve qu'une espèce, le Potaniochœrus. Ce sanglier, assez semblable à celui d'Afrique, mais cependant d'espèce différente et qui a été décrit par M. Grandidier, porte une sorte de masque ; il est couvert de soies dures et jaunes. Il est commun dans toutes les forêts de l'île.

h) Rongeurs. — En exceptant les espèces apportées d'Europe par les navires, rats, souris qui pullulent dans la plupart des villages, on en compte très peu à Madagascar, quatre genres seulement. Aussi a-t-on cru longtemps que la Grande île ne possédait aucun rongeur.

C'est M. Grandidier qui, le premier, a découvert et décrit une sorte de gros muridé, très remarquable [Hypogeomys anlimena), qui vit dans des galeries souterraines sur la côte Ouest. M. Forsyth Major et M. Guillaume Grandidier ont trouvé récemment plusieurs espèces intéressantes.

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