‹ Guide de l'immigrant aÌ€ MadagascarChapitre 10 sur 114 · ORNITHOLOGIE · texte numérisé non relu

ORNITHOLOGIE

Nous donnons avec quelque détail l'ornithologie de Madagascar en raison de l'intérêt tout particulier qu'elle présente, un grand nombre d'espèces étant absolument spéciales à l'île. Afm de fournir sur cette intéressante

question des renseignements aussi exacts que possible, nous n'avons cru pouvoir mieux faire que de traduire, avec l'aimable autorisation de l'auteur, les articles si précis et si documentés de M. James Sibree, missionnaire établi depuis longtemps à Madagascar et qui s'est fait un nom par ses savantes publications sur l'histoire naturelle de la grande i\e\

Exposé général et préliminaire. — L'histoire naturelle de Madagascar est très intéressante non seulement pour le zoologiste, mais encore pour le géologue et le géographe, ll^est vrai que la vie animale de cette île africaine est loin d'être aussi variée et aussi puissante que celle de certaines autres grandes îles du monde. Pourtant ses particularités et ses omissions ont leur signification, et les nombreux groupes spéciaux et distincts qu'elle renferme jettent une vive lumière sur la condition physique de l'île et de ses groupes environnants, à une période géologique antérieure.

Cet exposé, vrai pour les mammifères, les reptiles et les insectes de Madagascar, ne l'est pas moins pour les oiseaux de la Grande île.

La faune ornithologique de Madagascar, telle qu'on la connaît aujourd'hui, ne compte pas moins de deux cent quarante espèces, comprenant des oiseaux de mer, dont beaucoup de familles sont communes à d'autres pays. Parmi ces dernières, il y en a naturellement peu qui aient un intérêt spécial ou particulier. Sî l'on omet la plupart des oiseaux aquatiques et c6tiers, aussi bien que plusieurs autres doués d'un vol puissant et pour cela même dispersés un peu partout, c'est chez les oiseaux de terre, comprenant cent cinquante espèces, que l'on trouve quelques types originaux et distincts, qui, comme le fait remarquer M. A.-R. Wallace, témoignent clairement d'une liante antiquité, d'un isolement de longue durée, et non moins clairement d'une île continentale disparue (ou d'un archipel de vastes îles), sur laquelle tant de créatures si diverses et si bizarrement organisées avaient pu se développer graduellement dans une même faune, dont il ne reste plus, ici, que quelques rares spécimens.

Les voyageurs et naturalistes ont publié un grand nombre de listes des oiseaux de Madagascar. Flacourt, au onzième chapitre de son Histoire de Madagascar, énumérait cinquante-six oiseaux sous leur nom local. Au siècle suivant, Brisson donna la description de trente et une espèces qui furent envoyées à Réaumur par Poivre. En 1840, Sganzin publiait dans les Mémoires de la "Société d'histoire naturelle de Strasbourg les noms malgaches et français de quatre-vingt-quatre oiseaux. Mais ce fut en 1848 que parut, dans une Revue allemande, la première liste détaillée et méthodique des oiseaux de Madagascar, comprenant quatre-vingt-quatorze espèces; c'était l'œuvre du docteur iïartlaub. Quelques années après, en 1861, dans un ouvrage plus complet du même savant, cette liste fut augmentée de cin-

4. Nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui désireraient des détails plus nombreux et plus techniques sur l'ornithologie et en général sur la zoologie de Madagascar au savant ouvrage de M. Grandidier, véritable encyclopédie politique, naturelle et physique de notre France australe. C'est du reste en grande partie dans cet ouvrage que M. ,1. Sibree a pris les éléments du travail dont nous donnons ici la traduction.

AMM Al \.

qiianto-nouf espèces. D'autres furent publiées par Jules Verreaux, en 1805, par M. Graiididier, en I8()7, et par iMM. Sehle«>el et Pollen, dans leur remarquable ouvrage inlilulé : Recherches sur la faune de Madaijascar (1807), où ils donnent une description plus ou moins complète de cent quarantetrois espèces d'oiseaux de Madagascar, avec de nombreuses gravures. I^^n 1877, le docteur llartlaub publia une nouvelle édition, augmentée, de son livre sur «TOrnilbologie de Madagascar »; il \ donne la description de deux cent-quatorze espèces d'oiseaux que l'on trouve dans l'île. Mais l'étude la plus approfondie et la plus complète sur ces belles créatures (aussi bien que sur toute la vie animale de l'île) se trouve dans quatre volumes incomparables, dont trois de planches et un de texte, formant une partie du grand ouvrage, encore en préparation, de M. Grandidier sur Madagascar. Non seulement ces planches reproduisent avec vérité les formes extérieures et le plumage des oiseaux, mais elles donnent leur ostéologie complète. Quant aux oiseaux les plus curieux, leur organisme est aussi dessiné avec le plus grand soin.

C'est à des naturalistes français que l'on doit la découverte de la plupart des oiseaux malgaches : à Poivre et Sonnerat, à Dernier, à Goudot et à Rousseau, à Lantz, Humblot et Grandidier. Cependant des naturalistes anglais, Crossley, Edward Newton, Plant, Waters et Meller, et les voyageurs hollandais. Pollen, Yan Dam et Van der Henst, ont, avec quelques autres, fait aussi d'importantes collections.

Madagascar possède un nombre considérable de genres et d'espèces d'oiseaux particuliers à l'île : trente-cinq genres et cent vingt-neuf espèces, divisés en cinquante-quatre familles. « Une étude minutieuse de la faune ornithologique malgache, dit M. Grandidier, amène à conclure qu'elle a un caractère très original et que, malgré la petite distance qui sépare Madagascar du continent africain, ses affinités sont beaucoup plus grandes avec l'Extrême-Orient qu'avec l'Afrique ; en effet, si, d'un côté, nous laissons tous les oiseaux au vol puissant, nous verrons qu'il y a deux fois plus d'espèces semblables à celles d'Orient qu'à celles d'Afrique. D'ailleurs, la plupart des genres caractéristiques de l'Afrique y manquent totalement.

« Tout le monde sait que Madagascar comprend trois régions, très distinctes entre elles par leur aspect physique, leur constitution géologique, leur végétation et leur climat. Ce sont :

1" La région de l'Est et du Nord-Ouest, qui est montagneuse, humide et couverte soit de bois, soit de plantes herbacées, plus ou moins grandes suivant les localités.

2** Le massif central, qui est très acccidenté et nu, presque entièrement dépourvu d'arbres et d'arbrisseaux (sauf de petits bouquets de bois, de place en place), et dont une mauvaise herbe grossière cache mal le sol argileux d'un rouge foncé.

5" La région de l'Ouest et du Sud, plate, aride et sablonneuse, avec, çà et là, de petits bois et des arbres clairsemés.

« Le centre de l'île ne contient que peu d'oiseaux, presque tous de haut vol, principalement des oiseaux de proie, des martinets, des hirondelles et

des échassiers. En effet, ces contrées ne peuvent donner asile à beaucoup d'animaux. Les oiseaux que l'on y rencontre le plus communément sont les crécerelles, les milans, les polyboroïdes, les effraies, les martinets, les martins-pêcheurs (ces deux dernières espèces se tenant le long des nombreux cours d'eau), les hirondelles, les corbeaux, les alouettes, les traquets, les cailles, les cardinaux, les aigrettes qu'on trouve dans les rizières, les oies et canards sauvages qui peuplent les marais et les lacs. On rencontre aussi, quoique plus rarement, des faucons, des perroquets, des mérops ou mangeurs d'abeilles, des huppes, des gobe-mouches, des perdrix, différents plongeurs au bord des lacs et le long des rivières, enfin des glaréoles, des bécasses et des mouettes.

« Les deux régions littorales sont, au contraire, très peuplées d'oiseaux de toutes sortes, et si la plupart de ceux-ci habitent indifféremment l'une ou l'autre, il n'en est pas moins un certain nombre qui sont cantonnés à peu près exclusivement dans chacune d'elles et qui leur donnent une physionomie particulière. Il y en a aussi qui occupent une aire encore moindre, et qui ne sortent jamais de limites très restreintes. On connaît aujourd'hui cinquante espèces propres à la région Est et au district du Nord-Ouest, qui est à peu près identique, et vingt-trois espèces appartenant à la région de l'Ouest. Nous considérons comme particulières à une contrée les espèces qu'on ne trouve que dans cette contrée ou qui, très communes dans l'une des deux, ne se rencontrent qu'exceptionnellement dans l'autre. Il sera sans doute nécessaire, dans la suite, d'apporter de nombreuses modifications à ces nombres, mais les caractères spéciaux des deux régions n'en ressortent pas moins d'une façon nette et précise.

« 11 est intéressant d'observer qu'un certain nombre d'espèces, qui sont d'habitudes sédentaires, subissent, sous l'influence des conditions physiques du milieu où elles vivent, certaines modifications. Car, comme nous l'avons déjà dit, les conditions biologiques sont très ditTérentes dans les deux régions de l'Est et du Nord-Ouest, d'une part, et celles de l'Ouest et du Sud d'autre part. Ces différences se manifestent chez les oiseaux de l'Ouest par une diminution de taille et une tendance à l'albinisme ou un plumage moins foncé. Les œufs mêmes de certains de ces oiseaux ont une couleur plus claire et moins vive et sont un peu plus petits que ceux de leurs congénères de l'Est*. »

Les noms des oiseaux en langue hova et en dialecte provincial sont généralement tirés d'une petite brochure in-quarto de huit pages publiée, il y a quelques années, par le Révérend W. Deans Cowan ; quant aux renseignements scientifiques qu'on y trouve, ils sont dus au naturaliste allemand, le docteur J. -M. Hildebrandt, dont la mort, survenue malheureusement en 1881, fut une perte pour la science et pour l'étude de Madagascar, surtout dans la comparaison de cette île avec l'Afrique. Quoi qu'il en soit, la liste de M. Cowan a été reconstituée suivant la classification naturelle. J'y ai ajouté des détails particuliers, tirés principalement de l'ouvrage de M. Grandidier. Dans la classification des oiseaux de Madagascar, faite aujourd'hui pour la

1- A. Milne-Edwards et A. Grandidier, Hist. natur. des oiseaux de Madagascar (p. 757 à 747), •1879.

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première fois en anglais, j'ai suivi la méthode conseillée; par M. R. Bowdhîr Sharpe, telle qu'il l'a adoptée pour son étude des oiseaux dans la nouvelle Histoire naturelle de Casse!, Quant à la nomenclature des genres et des espèces, je l'ai faite d'après M. Grandidier, qui est incontestablement la première autorité, en ce qui concerne l'ornithologie de Madagascar.

Dans les écrits de M. Cowan, les noms communs sous lesquels on connaît la plupart des oiseaux dans différentes parties du pays sont soigneusement enregistrés. Comme beaucoup de ces noms ont une signification, j'en donnerai la traduction. Ils dénotent fréquemment de la part des indigènes une grande facilité à saisir les traits saillants de ces animaux. Dans certains cas, un proverbe fait ressortir quelque particularité frappante d'un oiseau. Enfin, d'autres oiseaux se rattachent très intimement aux superstitions et aux croyances des indigènes.

Nous allons étudier séparément chacune des catégories dans lesquelles ks oiseaux de Madagascar sont classés. Les particularités intéressantes des espèces, des genres ou des familles, seront l'objet des remarques, comme nous l'avons énoncé plus haut.

1. Oiseaux rapaces. — Les oiseaux rapaces (appelés raptores par les anciens naturalistes et accipitres dans les plus récentes classifications) de Madagascar comprennent vingt-deux espèces, appartenant presque toutes aux familles des éperviers, des milans et des buses; on trouve encore quelques hiboux el deux variétés d'aigles, mais point de vautours.

1 . L'oiseau le plus commun de cette classe est le papango ou milan égyptien (Milvus œgijptiifs), gros oiseau que l'on trouve dans beaucoup départies du monde et qui habite toutes les régions de File. On peut le voir tout le jour planant gracieusement, faisant la chasse aux lézards et aux serpents, aux souris, aux rats et aux petits oiseaux qui forment sa principale nourriture, et fondant sans cesse sur ses proies. Vers la fin de la saison sèche, quand on brûle les grandes herbes qui tapissent les collines de l'intérieur, on voit le papango rasant dans un vol rapide ces herbes en feu, pour attraper les petits animaux qui fuient devant l'envahissement des flammes ou ceux qui se sont laissé surprendre et griller. J'ai eu l'occasion d'observer dans le voisinage d'Ambohimanga plusieurs centaines de ces milans planant dans les airs, où ils décrivaient mille courbes, à une immense hauteur, et je me demandais comment, si nombreux, ils pouvaient trouver à se nourrir.

Cet oiseau est un objet de terreur et d'exécration pour les Malgaches, habitants de la contrée. Il se précipite sur leurs poulets et leurs pigeons et ne s'effraye pas des cris, ni des malédictions. De ces habitudes vient son nom provincial de tsimalaho (celui qui ne demande pas), car il prend sans en demander la permission. On le voit constamment en compagnie de corbeaux au col blanc. Comme eux, il cherche sa pâture près des villages, surtout près de ceux où l'on tue des bœufs. Bien qu'il se nourrisse souvent aux dépens des basses-cours, il rend cependant beaucoup de services en détruisant la vermine. Le nom de papango, dit M. Grandidier, vient des mots papy (épier) et angona (assemblée), parce que ces oiseaux planent continuelle-

ment au-dessus des villages indigènes. M. Dahle croit pourtant que le mot appartient à un mot d'origine africaine, et qu'il se rapporte au nom souahili Jdpanga (oiseau de proie) et au nom zoulou pancja (ravir, dévaster), etc. Un autre de ses noms provinciaux est celui de paria-korovana (celui qui disperse les merles).

Plusieurs proverbes malgaches se rattachent au papango, par exemple : c< Avoir des serres de milan », c'est-à-dire ne pas prendre doucement, mais avidement. Et encore : « Un milan se précipite sur la mer; il se précipite aussi sur la terre habitée ». Et encore : « Le chat sauvage est frustré, car la volaille qu'il cherchait a été emportée par le milan ». Il semble que, parfois, il dérobe plus qu'il ne peut manger, car un autre proverbe dit : « Le milan a volé une tortue; mais, après tout, en s'en emparant, il n'a pas fait une fameuse prise ». Comme il se nourrit, à l'occasion, de sauterelles, une allusion y est faite en ces termes : « Ne pas aimer un essaim de sauterelles et avoir peur d'un milan ». Un des hainteny ou proverbes malgaches dit ceci : « Le milan est un voleur fieffé, le corl)eau est chassieux et l'ombrette brune (takatra) a le cou très long; tous sont espiègles et en désaccord ».

Un autre oiseau rapace très répandu est la petite hitsikitsika, ou crécerelle, qui est vive et tapageuse. On la trouve à peu près dans tous les villages de rimerina, perchée souvent sur le pignon des cases ou même sur la pointe des paratonnerres. C'est un oiseau qui n'est pas craintif et qui se laisse approcher de très près, fixant avec des yeux effrontés et perçants. Il a des habitudes très sédentaires; parfois, après un bruyant caquetage avec sa femelle, le màle prend son vol et parcourt à tirc-d'aile quelques centaines de mètres, puis il revient à sa première position. Son nom, qui, avec des variations insignifiantes, est pratiquement le même sur toute la surface de l'ile, est une imitation de son cri plaintif. Un verbe malgache mihitikitika (se pavaner, faire le fanfaron) est probablement tiré du nom de l'oiseau; peut-être aussi est-ce l'inverse. Plusieurs proverbes indigènes ont trait à la vivacité de la crécerelle, à son vol inquiet, à seshabitudes de planer fréquemment, se tenant en équilibre presque sans mouvement ou parfois avec un frissonnement d'ailes que les Malgaches dans leur idiome appellent danse (mandihy), par exemple : « La crécerelle vit en dansant comme la petite grèbe dans l'eau ». « La crécerelle ne quitte pas le précipice où elle se perche ». Et : « La crécerelle ne voltige pas sans raison, car sa proie est au-dessous ». Et encore : « Danse, ô crécerelle, afin que nous puissions apprendre aussi à danser au temps de la moisson ». Il lui arrive quelquefois de suivre le faucon voleur et même de s'approprier la proie qu'il avait enlevée; c'est pourquoi le proverbe suivant est appliqué à celui qui, étant regardé comme un bienfaiteur, s'est changé en ennemi : « On croyait qu'il bonorait la crécerelle (c'est-à-dire qu'il protégeait les oiseaux), mais le voici devenu un faucon (voromalierij) qui ravit les poulets ». Parmi quelques tribus ou plutôt parmi certaines familles, la crécerelle est un oiseau sacré qu'il est défendu de tuer. M. Pollen dit à ce sujet : « Etant un jour à la chasse aux environs d'Anorontsangana, je tuai une de ces crécerelles. Et voilà qu'un paysan vint à ma rencontre en disant que en tuant un oiseau

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sacré, j'avais selon lui commis un sacrilège. Mais je no consentis à lin' céder que le bec de la crécerelle, qui avait été abîmé par le plond). Le brave homme, qu'accompagnait un esclave portant une charge de cannes à sucre, heureux de pouvoir emporter une parcelle de l'oiseau sacré, me témoigna sa profonde gratitude en m'ofl'rant la moitié de sa charge. J'ai cependant fait la remarque que l'oiseau n'est pas sacré chez les Antankaranas, les Betsimisarakas et d'autres tribus. »

Un autre oiseau de proie, digne d'observation, c'est le voromahery, ou petit faucon (Falco minor), moins commun pourtant que les deux dont nous venons de parler. C'est un petit oiseau très courageux qui a dès longtemps attiré l'attention des Malgaches par ses allures vives et sa hardiesse. Son nom indigène qui signifie « oiseau puissant » est aussi celui de la tribu des Hovas qui habitent à l'intérieur et aux alentours de la capitale. C'est à cause de sa force et de son courage, que le faucon a été adopté comme un emblème par le gouvernement central, et que son image a été gravée sur les sceaux officiels. De grandes figures, en métal, d'un oiseau que le peuple suppose être le voromahery sont fixées sur les portes cochères et sur le faîte des toits des deux plus grands palais royaux. Ces figures ont une huppe de sept plumes, tout à fait semblable à celle qui surmonte la couronne des reines malgaches. Un des proverbes ayant trait à ce faucon a déjà été cité dans le paragraphe précédent en parlant de la crécerelle. Un autre dit : « Le faucon dépose ses œufs sur le rocher abrupt et il pousse un cri, lorsque son petit sort de sa coquille ».

Beaucoup d'éperviers malgaches sont de superbes oiseaux, marqués sur la poitrine, le ventre et la queue de barres horizontales, alternativement blanches et sombres ; mais celui qui est peut-être le plus beau de tous est le polyboroïde rayé, qui est d'une couleur gris perle, zébrée de noir; sur les plumes de la queue, sont de larges bandes d'un blanc pur et d'un noir luisant. Cet oiseau est très haut sur pattes et, avec sa huppe de plumes sur la tête et le cou, il ressemble à l'oiseau-secrétaire, bien qu'en réalité il en diffère beaucoup comme structure interne. Il a un cri perçant qui lui a fait donner son nom fihinka^ de hiaka (cri de défi); il est encore appelé fisiopnty (littéralement, le siffleur de la mort) ; dans quelques provinces, on l'appelle voronaomby ou oiseau des bœufs.

Le Baza de Madagascar est appelé endrina (rustique), à cause de son air stupide et gauche. On donne aussi ce nom à la buse aux ailes courtes, qu'on appelle encore hevorotra (au gros ventre) et bobaka (gonflée), à cause de sa lourde apparence. M. Pollen dit cependant de ces oiseaux : « Leur vol est majestueux; ils sont presque toujours en mouvement, s'élevant à de grandes hauteurs dans les airs, jetant des cris perçants et décrivant des courbes ». Le laneret à queue fourchue a une antipathie toute naturelle contre cette buse, qui lui donne la chasse dès qu'elle l'aperçoit. Beririnina (beaucoup en hiver) est un autre de ses noms.

La façon vorace dont ils déchirent leur proie est indiquée dans les noms donnés aux éperviers malgaches ; ainsi, on trouve les mots firasa ou fandrasa (le dépeceur ou le diviseur), soit sous ces simples formes, soit com-

binés avec d'autres mots. Quels qu'ils soient, ces mots sont tirés de la racine rasa qui exprime l'action de dépecer et de partager un bœuf ou un autre animal. C'est le nom de l'épervier de Madagascar, appelé encore vandraokiho (mangeur de cailles). On connaît également, sous ces noms, des oiseaux Irès voisins : « l'épervier de Morell et l'épervier de Lady Frances ». Ce dernier, qui se nourrit surtout de fody ou cardinaux, est qualifié de pariafody (qui met en fuite les cardinaux) et à'ampamakalohanikibo (qui brise la tète des cailles). On le rencontre presque toujours en couples, màle et femelle ensemble. Fandrasalambo (le boucher des sangliers) est le nom donné à une autre espèce de grand épervier, qui est aussi (comme Fandrasa) un des noms provinciaux du petit faucon ou voromahery mentionné plus haut. Il existe un grand vautour qu'on a\)\)e\\e fandrasangara, nom obscur en ce qui regarde la dernière partie du mot, mais assez clair dans sa première partie; peut-être ce nom a-t-il trait à la couleur de l'oiseau, et est-il tiré de la racine mjara (de couleurs mélangées).

D'autres oiseaux de proie sont connus sous le nom de hindry ou fanindi^y, mots qui ont pour racine « tsindry » (serrer) ou « hindry » (écraser), sans doute à cause de la violence avec laquelle ils poursuivent leur proie et fondent sur elle. Ces noms sont ceux de la buse court-ailée et aussi du baza de Madagascar (tous deux mentionnés plus haut).

Les longues plumes que les faucons concolores possèdent aux ailes et qui dépassent même la queue leur ont valu le nom de lavelatra (aux longues ailes). Ces oiseaux ne font leur apparition à Madagascar qu'à la saison des pluies; ils viennent à cette époque de l'Afrique, faisant la chasse aux nuées de sauterelles qui traversent fréquemment le canal de Mozambique; ces insectes forment, en effet, leur principale nourriture. Leur vol est rapide comme celui d'une hirondelle, et on peut les voir faire la chasse aux sauterelles, comme l'hirondelle la fait aux moucherons. Le nom sakalave de cet oiseau est tsiasara (qu'on ne trouve pas pendant la saison sèche); un autre nom provincial est fandrantsambary (qui élague) ou (qui nettoie le riz), parce qu'il se nourrit de sauterelles, la plaie des rizières.

On voit que le groupe des oiseaux rapaces offre un bon nombre d'exemples de l'aptitude qu'ont les Malgaches à donner aux êtres vivant dans leur pays des noms significatifs et tout à fait appropriés. Quelques-uns de ces noms cependant, comme pompa, rehilay tinoro, etc., sont encore obscurs. Pour les expliquer, il nous faudrait avoir une connaissance plus approfondie des dialectes provinciaux.

2. Les aigles sont représentés à Madagascar par deux, si ce n'est trois espèces, dont la plus commune est Yankoay ou hanka, l'aigle pécheur ou aigle de mer, que l'on trouve tout le long de la côte Ouest et sur les nombreuses petites îles qui s'étendent dans le Nord-Ouest en face de la terre ferme. Le capitaine Owen donne un aperçu pittoresque des habitudes de ce gros et superbe oiseau, qui se tient aux aguets sur un arbre ou sur un rocher au bord de l'eau, et qui se précipite sur les poissons avec la rapidité de l'éclair. Il a la faculté de s'arrêter instantanément dans son vol descendant. M. Grandidier dit que l'on trouve ces pygargues par couples isolés dans

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la plupart dos innombrables petites baies de la cote Nord-Ouest, où ils s'établissent en maîtres et ne soulfrent pas ([u'un autre ai<,dc vienne roder sur leur propriété exclusive ; aussitôt que les petits sont devenus assez forts pour se pourvoir eux-mêmes, le père et la mère les chassent avec persistance de leur aire et même de leur voisinage. Leur principale noui riture consiste en poissons qu'ils attrapent adroitement au moment où ils apparaissent à la surface de Teau. Resserrant les ailes, ils se précipitent impétueusement su?leur proie. Quand celle-ci est trop volumineuse pour qu'ils puissent l'emporter entre leurs serres, ils lui brisent la tête à coups de bec et la traînent à la remorque, leurs ailes servant de nageoires. Le nom sakalave à'ankoay, appliqué à cet aigle, semble être une imitation de son cri « hoai, hoai ». Cet oiseau est particulier à l'île, quoiqu'il se rapproche beaucoup des espèces africaines.

Un autre aigle appelé « aigle aux pattes nues ou aigle coureur » a été classé à part dans l'ouvrage de M. Bowdler Sharpe ; il est très rare, on n'en connaît que peu de spécimens; le premier a été tué par M. Crossley dans la vallée du Mangoro. II est remarquable par la ténuité de ses ailes et la longueur démesurée de sa queue. Quant à l'autre espèce, l'aigle à huppe ou aigle-épervier, M. Grandidier doute de son existence à Madagascar; MM. Pollen et Yan Dam prétendent cependant l avoir vu une fois, sur la côte Nord-Ouest, en face de Nosy Faly, mais ils n'ont pu s'en emparer.

5. On connaît six ou sept espèces de hiboux à Madagascar, la plupart peu communes. Deux cependant, le scops et l'efl'raye ou chat-huant, se rencontrent en assez grande abondance ; ce dernier est identique à l'oiseau du même nom qui est bien connu sur presque toute la terre. De même que chez la plupart des autres peuples, le chat-huant est considéré par les Malgaches comme un oiseau de mauvais augure; ils l'appellent vorondolo (oiseau esprit), croyant qu'il est possédé parles esprits des méchants, et, quand ils l'entendent, pendant la nuit, jeter son cri triste, ils s'imaginent que le malheur va tomber sur quelqu'un. Beaucoup de légendes et d'histoires attribuées aux chats-huants sont l'écho des terreurs populaires et du dégoût éprouvé pour cet oiseau.

Le hibou aux longues oreilles de Madagascar est qualifié de vorombozaka (oiseau des herbes sèches), parce qu'ils se cachent dans les roseaux et les grandes herbes qui croissent en si grande abondance sur les plateaux de rimerina. Un autre nom provincial donné au premier de ces oiseaux est vorononkona, ou vorononkina, tiré sans doute du mot onkenina qui veut dire « court et vigoureux ». Les noms de torotoroka et de hanka donnés à ces hiboux malsraches semblent être une imitation de leur cri. M. Grandidier pense que le nom provincial a^o7'o/»:o du scops signifie : « Je vais parler », et qu'en entendant ce cri quelques Malgaches le considèrent comme une menace. Comme les hiboux qui se trouvent dans les autres parties du monde, les espèces malgaches sont vraiment d'une utilité publique, en détruisant une quantité de rats, de souris et d'autres animaux nuisibles; mais leurs habitudes nocturnes, leurs grands yeux fixes, enfin leur cri si lugubre, tout contribue à en faire des objets de terreur. L'opinion populaire sur les

habitudes de l'oiseau est exprimée dans les proverbes suivants, dont la plupart se rapportent probablement au chat-huant et à quelques scops : « N'agissez pas comme le hibou, c'est-à-dire, ne soyez pas maussade dans la maison d'une autre personne ». « Ne faites pas comme le chat se moquant d'un hibou, c'est-à-dire comme celui qui se traîne et qui tourne en ridicule celui qui passe vite. » « Tomber dans le chagrin et l'abattement, sans qu'aucun malheur soit arrivé, comme le hibou. » « L ombrette sait faire un nid, mais le hibou ne sait que se glorifier et prendre des airs importants. » « Quand vous apercevez un hibou qui se montre pendant le jour, précipitezvous dessus. »

Nos observations sur les rapaces peuvent se terminer par une fable malgache ayant trait au hibou et aux autres oiseaux ; la voici : « Un jour, il y a de cela bien longtemps, tous les oiseaux de l'air s'étaient assemblés avec l'intention de choisirparmi eux un chef et roi. Mais le hibou, paraît-il, ne vint pas au rendez-vous, parce que sa femelle était justement en train de couver. Aussi, tous les oiseaux décidèrent-ils, d'un commun accord, que celui qui verrait le hibou et ne le tuerait pas serait expulsé de la communauté et considéré comme un ennemi. C'est pourquoi le hibou ne circule point pendant le jour, mais seulement la nuit. Si des oiseaux l'apercevaient, il est certain qu'ils se précipiteraient sur lui pour le tuer.

« On dit aussi que le faucon voulait être roi et qu'il s'était nommé luimême, mais les autres ne voulurent point l'agréer. Alors, il quitta tous ses compagnons et devint leur ennemi. Et, quand le faucon voit un autre oiseau, il lui donne la chasse, parce qu'il est son ennemi. Quant aux autres oiseaux, ils choisirent un des leurs pour roi. La faveur tomba sur le laneret à queue fourchue, à cause de sa bonne conduite, de sa longue huppe et un peu aussi pour sa voix très étendue. Et c'est la raison pour laquelle ce laneret est considéré par le peuple comme le roi des oiseaux. »

II. Grimpeurs. — La seconde grande division des oiseaux comprend, suivant la classification de M. Bowdler Sharpe, ceux qui ont été désignés sous le nom de picariœ, parce qu'ils ont certaines habitudes les faisant ressembler aux piverts. Cet ordre se divise en deux sous-ordres, celui des grimpeurs et celui des oiseaux à large bec. Sur les sept familles dont se composent les grimpeurs, deux seulement sont représentées à Madagascar : ce sont les perroquets et les coucous. Quant aux autres, les melliphages, les piverts, les toucans, etc., ils sont inconnus dans l'île

L II y a deux espèces de perroquets et une espèce de perruches qui habitent les bois et les plantations dans presque toutes les parties de Madagascar, où ils sont communs.

1. — Ces perroquets, dont l'un est de couleur gris sombre et l'autre de couleur ardoise noirâtre, ont un plumage foncé, sans aucune des nuances vives qui caractérisent la plupart des autres espèces qui habitent d'autres parties des tropiques. Mais ce sont tous deux d'intelligents oiseaux, comme leurs congénères. On peut leur apprendre sans difficulté à répéter quelques mots et à siffler un air. C'est pourquoi les Malgaches en prennent souvent

ANIMAUX

chez eux et leur témoignent beaucoup d'afiection. Des espèces très voisines se trouvent aussi aux Comores et aux Seychelles.

On rencontre h's j)ei'i ()(piets gris, sauf pendant la saison des amouis, en petites compagnies de six à huit indivichis. lis se noui riss(;nt de ri/, (h» graines, de racines et de fruits sauvages, lu proverbe malgache, dont la morale est de blâmer les caractères trop facilement changeants, parle d'un })erroquct qui cherche des fruits dans la foret et qui, y trouvant le morceau convoité, s'éloigne, un instant après, pour en chercher un autre ailleurs. Ces oiseaux volent très haut, mais, lorsqu'un d'eux est tué ou blessé, ses compagnons viennent, avec des cris aigus, narguer le chasseur, comme pour sauver leur camarade. Ce perroquet, dit M. Grandidier, est fady ou sacré pour la famille royale de la province de Fiherenana. Il raconte, à ce propos, une anecdote sur l'origine de cette vénération; la voici : « Lahimeriza, roi du Fiherenana, m'apprit qu'un jour un de ses ancêtres, qui se promenait seul à travers ses plantations de manioc à quelque distance du village royal, se trouva tout à coup en présence d'une bande de voleurs venus en maraude du pays Bara. Ces maraudeurs ne reconnurent point le roi qui, d'ailleurs, ne portait aucun des signes ou habits distinctifs de son rang, mais, apercevant sa chaîne d'or qui brillait au milieu de ses cheveux enduits de graisse et d'argile blanche, ils sautèrent sur lui, à Timproviste, et le frappèrent à coups de sagaie. Puis, s'emparant de l'objet convoité, ils jetèrent le corps dans un fossé boueux et prirent la fuite. Combien de temps resta-t-il en cet état? nul ne peut le dire. 11 nétait pas mort, il est vrai, mais criblé de blessures profondes. Aussi, quand il eut repris ses sens, voyant qu'une épaisse obscurité l'environnait de toutes parts, et sentant la terre peser lourdement sur sa poitrine, il se crut dans l'autre monde. Il ne savait que l'aire dans une telle détresse, quand, tout à coup, il lui sembla entendre des cris aigus, comme si une troupe de perroquets passait au-dessus de sa tète. 11 prêta une oreille attentive, les cris se rapprochaient davantage. Plus de doute, une troupe babillarde et inquiète de ces oiseaux était perchée sur un arbre voisin. « Mais il n'y a pas de perroquets dans l'autre monde, pensa notre héros, je ne suis donc pas mort! » Il reprit courage et, se dégageant péniblement du lit de boue qui le recouvrait, il aperçut la lumière étincelante du soleil, dont les perroquets saluaient gaiement la venue, sur les arbres d'alentour. Le cœur plein d'espoir, il se dirigea, malgré ses souffrances, vers son village. Aussitôt arrivé, il se fît donner les soins nécessaires et prit une nourriture fortifiante, qui le ranima tout à fait. Par reconnaissance pour les oiseaux, dont les cris l'avaient tiré de sa torpeur et lui avaient donné le courage de sortir de sa tombe, il jura solennellement que ni lui, ni ses descendants, jusqu'à la dernière génération, ne tueraient jamais de perroquets. »

Le perroquet gris est d'un tiers plus gros que le noir. Généralement, les deux espèces se tiennent plus souvent à terre et moins sur les arbres que la plupart de leurs congénères; ils se servent aussi beaucoup moins de leurs pattes pour porter leur nourriture au bec. Ces oiseaux ont beaucoup de noms dans les dialectes provinciaux; le plus commun est celui de bolokij, sous lequel ils sont bien connus chez les iïovas et les Betsileos ; il y en a qui

leur ont été donnés par imitation de leur cri agaçant, d autres ont une signification obscure, sauf en ce qui a trait à leur taille respective, comme koerabe et koerakehj (c'est-à-dire le grand koera et le petit koera).

Il y a environ cinq ans, plusieurs journaux de Londres ont mentionné la mort du plus vieil habitant du jardin zoologique de Régent s park, un perroquet noir de Madagascar, qui était pensionnaire de ce jardin depuis le mois de mai 1850, c'est-à-dire deux ans seulement après son ouverture et qui y avait, par conséquent, vécu cinquante-quatre ans. Toutefois, on ignorait à quel âge il y était arrivé; il était déjà adulte, mais on ne savait rien de plus précis. Selon toute apparence, il est mort de vieillesse.

Les perruches de Madagascar sont de petits oiseaux éveillés, aux couleurs vives, que Ton trouve par bandes nombreuses, sur la lisière des bois et près des districts cultivés, dans toutes les parties de Tîle. Elles vont souvent en troupes d'une centaine et causent parfois des dommages considérables aux moissons de riz. Elles sont excellentes à manger, et on en prend des quantités avec une espèce de glu. Elles ont la téte, le corps et les ailes d'un vert brillant. L'oiseau màle se distingue par des nuances plus vives sous le cou et la poitrine et par la téte d'un blanc grisâtre. On en expédie beaucoup de vivantes à Maurice et à la Réunion, quelquefois aussi en Europe. Les deux sexes de cette perruche montrent une grande alîection l'un pour l'autre. Ils se tiennent par couples, se serrant l'un près de l'autre sur le même perchoir, ce qui leur a fait donner le nom d* « oiseaux d'amour » (agapornis).

Un des noms indigènes de cette perruche, karaoka, lui vient probablement de son cri, tandis qu'un autre, masesij, signifie « dégénéré » ou « devenu petit », parce qu'apparemment elle est considérée comme une espèce de perroquet dégénérée. Cette dernière idée paraît aussi dans la terminaison de son nom hova sarivazo ou sarivaza ; vaza étant un nom également donné aux perroquets, et qui a probablement une signification identique à la racine : vaza (qui a la voix forte, bruyante).

2. — La seconde famille du premier sous-ordre des Picariœy celle des coucous, ne compte pas moins de quatorze espèces et variétés à Madagascar. Douze appartiennent à un genre particulier à l'ile et font partie de ces nombreux oiseaux qui donnent un caractère distinctif et spécial à sa faune ornithologique ; ce sont les coiias (du nom indigène koa qu'on prononce koua), oiseaux au riche plumage. Ils se font remarquer par leurs ailes courtes et arrondies, leurs plumes barbelées, leur queue longue et rude, les grandes écailles qui recouvrent leurs pattes, et un cercle de chair nue et colorée autour des yeux. Ces douze espèces et variétés, dit M. Grandidier qui en a découvert quatre, ont des habitudes tout à fait sédentaires; elles sont confinées pour la plupart dans un district, en dehors duquel on ne les trouve jamais. Quant à celles qui habitent les forets humides de l'Est de l ile, elles sont très distinctes de celles qui habitent les plaines sèches et sablonneuses de l'Ouest. L'évidence en est frappante dans une carte que M. Grandidier donne de la distribution des différentes espèces, qui dilfèrcnt l'une de l'autre, non seulement par les couleurs du plumage, mais encore par les proportions des différentes parties du corps.

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Cinq espaces do couas, appartenant vraiment à la classe des grinnpeurs, habitent les grandes forêts ou, au moins, les régions boisées; c'est là qu'on peut les voir sautant de branche en branche à la recherche de leur nourriture, qui consiste en insectes et spécialement en mollusques terrestres; dans leurs estomacs se trouve, d'ordinaire, une certaine quantité de matière gélatineuse fétide, qui est produite par les limaces et les escargots dont ces oiseaux sont très friands. Les sept autres espèces, au contraire, qui perchent rarement et vivent dans les plaines, courent principalement à terre, d'après M. Grandidier. Ces couas se nourrissent surtout de vers, d'insectes et, à certaines saisons, de graines.

Tous les couas, indistinctement, qu'ils soient grimpeurs ou coureurs, pillent sans merci les nids des autres oiseaux à l'époque de l'incubation et s'attaquent même quelquefois à de petits oiseaux adultes. Ils sont insociables, ne vivent point en troupes, car on les rencontre presque toujours seuls, sauf à la saison des couvées. 11 n'existe aucune différence de couleur entre les deux sexes. Leur vol est lourd et gauche; par le fait, les couas ne font guère usage de leurs ailes qu'en cas de nécessité.

Les couas grimpeurs vont d'arbre en arbre, relevant la queue et remplissant la solitude des forêts de leur petit cri aigu. Leurs habitudes ressemblent à celles de la pie; cependant, malgré leur timidité, ils n'évitent pas, comme cet oiseau, la société de l'homme. Ils font leur nid sur les grands arbres.

Les couas coureurs passent la plus grande partie de leur existence sur la terre, volant très rarement. Ils sont plus méfiants que leurs congénères grimpeurs et ne font presque jamais entendre leur cri. Leurs queues, qui sont moins fournies que celles des grimpeurs, balayent la terre, ce qui fait qu'elles s'usent sans cesse.

Le coua huppé est la seule espèce du genre qui se trouve dans toute l'île de Madagascar, au moins là où il y a des bois. 11 a différents noms dont l'un, tivoka, dit M. Grandidier, signifie « à crête » ou « à huppe » et se rapporte à son apparence, tandis que d'autres, comme amhosanga (celui qui grimpe), et antisoma (celui qui aime à jouer), se rapportent à ses habitudes.

Le coua bleu est très commun sur les côtes Est et Nord-Ouest. Quand il est blessé, il se sert de son bec, comme le perroquet, pour grimper sur les arbres. Son cri ressemble aux mots marilia et teso, qui sont deux de ses noms provinciaux.

Le coua de Verreaux est très rare; on ne le trouve qu'à l'extrême pointe Sud de l'île, d'où M. Grandidier a rapporté les seuls exemplaires connus jusqu'à ce jour. Le coua de Serres est rare aussi; il n'habite que certaines parties de la côte Nord-Est, de même que le coua de Delalande. Ce dernier oiseau va de roche en roche, cherchant les achatines et autres gros coquillages terrestres, qui forment sa principale nourriture; il prend ces mollusques dans son bec, et brise leur coquille en la frappant contre une pierre. C'est de cette habitude que lui viennent ses noms de famakisifotra (briseur d'escargots) et famakiakora (briseur de coquilles).

Les deux autres espèces de coucous que l'on trouve à Madagascar, le

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