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Guide de la Basilique St. Marc à Venise

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"^"^♦1 y a longtemps, qu'on se plaint do )manque d'un Guide spécial pour S.^ jMarc de Venise, lequel, sans trop dépasser les bornes ordinairement fixées à de tels ouvrages, ne soit pas superficiel, mais décrive exactement et en détail un des plus beaux monuments de Tart chrétien.

Quant aux anciens Guides, tels que le Stringa, la Venetia... par Sansovino, Meschinello, la Basilica Ducale, etc., ils sont devenus rares ; en outre, indépendamment de plusieurs inexactitudes et fautes, ces livres sont surannés, et les nombreuses vicissitudes subies par la Basilique de Venise les rendent presque inutiles.

Dans notre siècle ont traité de cette Basilique les Guides de Venise publiés par

Moschini, Quadri, Selvatico avec Lazari\ La Venezia e le sue lagune, etc. ; mais en général trop succinctement : plus encore, r édition de T ouvrage de M/^ Selvatico et Lazari est épuisée, et La Venezia^ etc. en trois gros volumes n' était qu'un souvenir et un présent de Venise aux Lotti qui s'y étaient portés en 1847 pour prendre part au fameux Congrès.

Le chev. Moroni dans son Lîzionario di Erudizione Storico - Ecclesiastîca a écrit beaucoup et bien sur Venise et sur sa cathédrale, mais c'est un ouvrage qui ne compte pas moins de cent-trois grands volumes.

En outre ces auteurs modernes ont presque toujours négligé les nombreuses inscriptions qui sous plusieurs rapports sont fort intéressantes.

Bref, ceux, qui se plaignent du manque d'un Guide pour S.^ Marc dé Venise, n'ont pas tort : c'est pourquoi j'avais, il y a une trentaine d'années, l'intention de suppléer à ce vide, en présumant un peu trop de mes forces; j'ajouterai, que quelques estimables personnes me poussaient de temps en temps à écrire ce Guide. Toutefois plusieurs motifs m' en ont jusqu'à présent empêché, quoique depuis un demi-siècle je me sois toujours occupé à étudier mon église, cette sublime merveille, ce monument si remarquable sous le triple rapport de la religion, de 1' art et de 1' histoire.

Or, la grandiose entreprise de M.^ le chev. Ferd. Ongania, qui avec un courage, je

dirai même avec une hardiesse, digne des plus grands éloges, a conçu et presque achevé son ouvrage San Marco^ qui sera sans contredit la principale des monographies jusqu'à présent publiées, me pousse à reprendre mon travail et à publier ce Guide.

Loin de moi toute idée d' entrer en concurrence avec le San Marco^ ce géant des travaux artistiques et littéraires ; ce serait bien ridicule de ma part.

Le magnifique ouvrage édité par M.'' Ongania qui, depuis 1878 y a dédié tous ses soins (les tables en chromolithographie et en héliotypie sont presque toutes publiées, et Ton a commencé l'impression du Texte illustratif, travail de seize ou dix-sept écrivains) est réservé aux Princes, aux collectionneurs riches , aux bibliothèques publiques, aux Instituts scientifiques etc., mais il ne peut servir de Guide pour visiter comme il faut la Basilique S.^ Marc. Personne pour un voyage en Italie n' emporterait avec soi seize gros et grands volumes. San Marco est un ouvrage vraiment précieux, mais pour être consulté et étudié à son aise ; c' est un ouvrage dont aucune grande bibliothèque, aucun Institut scientifique et littéraire ne devraient être dépourvus, et qui mérite d'orner la bibliothèque particulière des Princes et des riches.

Mon Guide au contraire, un fort petit livre de poche, sans planches (excepté

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r ichnographie de 1' église) imprimé sansluxe, et à un prix modique, est fait exprès pour tous ceux qui visiteront S.^ Marc en artistes et en amateurs du beau, et non pas en êtres soi-mouvants, tels que ceux qui pendant leurs voyages se contentent de se promener au milieu des monuments de l'art, des enchantements de la nature et des progrès de l'industrie et de la civilisation pour pouvoir pompeusement dire : « j'ai vu... j' y ai été », mais qui n' en sont nullement touchés. Ces pauvres gens après de longs voyages retournent dans leur patrie aussi ignorants qu'ils en étaient partis.

Non, mon Guide n' est point pour eux ; il ne doit servir qu'à ceux qui aiment le beau et le sentent, et qui ont un âme susceptible d'être fortement impressionnée par les beautés sublimes de la religion et de l' art.

Par conséquent mon livre sera plus détaillé que les Guides ordinaires et, tout en évitant les polémiques, il sera tel que l'étranger puisse en trois heures environ connaître tout ce qu'il y a de beau et de poétique dans cette église.

J'ose dire d'avoir mis dans mon petit travail la plus scrupuleuse diligence pour être exact et véridique. C'est un devoir strict et rigoureux pour tout écrivain honnête et consciencieux : d'ailleurs, dans^ mon cas, cela m'était tout-à-fait indispensable, car autrement je m'exposerais à la critique la plus sévère. En effet le voyageur,^ mon Guide à la main et ses regards fixés.

sur la mosaïque, sur rinscription, sur le bas-relief, etc. dont il y a question, pourrait, à tout moment et sans appel, me convaincre d' erreur, si je ne m'étais pas toujours tenu scrupuleusement à la vérité.

Rien à ce monde n'est parfait, et Ton ne saurait pas prétendre, que S.^ Marc échappe à cette loi générale et absolue. Qu' on ne me croit donc pas un prôneur enthousiaste et aveugle de cette église : il s'en faut bien, et moi avec franchise je ferai remarquer les petites taches qui s'y trouvent au milieu d'une foule de beautés supérieures.

Il est des gens qui veulent fourrer par tout le patriotisme, et je ne serais pas surpris qu'on m'accusât de ce que, étant italien, j'ai préféré écrire en français, et qu'on me déclarât coupable de lèse patrie. Je dirai en premier lieu, que la littérature italienne y perd bien peu (si toutefois elle y perde quelque chose) à ce que j'écrive en une langue étrangère; secondement, qu'il s'agit d'un Guide, d'un livre dont doivent se servir les étrangers, et c'est pourquoi je devais choisir la langue le plus diffusément répandue.

On pourrait m' accuser de ne pas avoir suivi pour la visite et l'examen des différentes parties de 1' église un ordre plus facile et plus commode pour le visiteur : cette accusation aurait, à vrai dire, quelque apparence de vérité. J' avoue franchement d'abord, que ce qui m'a embarrassé

beaucoup dans mon petit travail a été le choix de cet ordre; après de longues réflexions j'ai préféré celui, que j'appellerais rationnel, au matériel ; je déclare ensuite, que je ne crois pas un grave inconvénient, si quelquefois le visiteur devra retourner sur ses pas, et repasser devant V objet déjà observé dans Tenceinte d'une église qui sous le rapport de la vastité ne prime pas.

Afin de remédier à cela et de venir en aide aux visiteurs de S.^ Marc, à la fin du livre il y aura une table alphabétique dans laquelle on trouvera indiquée la page où l'on parle de chaque partie de l'église, et de tout ce qui s'y trouve de plus intéressant.

Avant de finir cet avant-propos, je recommande vivement à tous ceux, qui auront la bonté de prendre mon Guide, de le parcourir d'abord, de lui donner du moins un coup d' oeil : cela leur facilitera de beaucoup la visite de S.* Marc, et ils garderont plus long-temps le souvenir de ce subhme monument.

Je leur recommande aussi d'éviter pour la visite de la Basilique les journées trop couvertes et brumeuses: il n'est pas indispensable, que le soleil brille en toute sa puissance ; peut-être le trop de lumière pourrait-il être nuisible ; mais les ténèbres ne sont certainement pas favorables pour visiter en détail et comme il faut une merveille artistique.

Quant aux heures les plus oi)portunes pour la visite de S.* Marc, je conseille aux

étrangers de choisir l'après-midi, et cela pour deux raisons : I.''^ Ordinairement alors il n'y a plus de services religieux. Sans alléguer aucun argument tiré de la religion, tout le monde doit comprendre, qu'on peut mieux voir en détail et apprécier les beautés d'une église après que les cérémonies religieuses y ont été célébrées, que pendant les divins offices. Ce n'est pas le prêtre qui parle en moi, et je veux bien croire, que les voyageurs acatholiques et même incrédules aient été bien élevés, et que par conséquent ils soient incapables de manquer aux convenances sociales les plus élémentaires. 11.^^ La lumière après le midi jusqu'au coucher du soleil est plus favorable au visiteur à cause de la grande fenêtre qui à l'ouest donne sur la place S.^ Marc.

Pour mieux voir et examiner quelques mosaïques et leurs relatives inscriptions (celles, p. e, des six grandes tribunes) il est nécessaire de monter aux galeries. Des intérieures on voit presque à vol d'oiseau toute r église, et on admire de près les mosaïques dont on peut aussi saisir l'artifice ; des extérieures on jouit du magnifique panorama de la Piazza, de la Piazzetta et du Molo, etc. et on peut palper les quatre célèbres Chevaux.

Pour économiser l'espace j'ai adopté quelquefois des abréviations, mais je trouve inutile de les expliquer en détail, car, ou il s'agit des points cardinaux, ou elles sont telles que tout le monde peut aisément les

comprendre. Je dirai seulement, que j'ai écrit mon, au lieu de monogramme, et que cart, signifie carton, et aussi cartoniste, c'est-à-dire le peintre auteur du carton, dessin presque toujours colorié sur lequel le mosaïste devait travailler : en outre M. correspond à mosaïste, et mos.. à mosaïque: j'ajoute enfin, que à dr. et à g, indiquent la droite et la gauche du spectateur.

Quant à la division de mon petit ou-^ vrage, je commencerai par des Observations Générales : avec la plus grande concision possible j'y résumerai tout ce qui est utile à savoir sur l'architecture, sur l'histoire et sur la constitution ancienne et moderne de S.^ Marc, ainsi que sur les mosaïques, les inscriptions, etc. : cela facilitera l'usage de mon Guidée.

Je parlerai ensuite des trois façades de l'église. La troisième partie de l'ouvrage sera dédiée au vestibule.

Dans la quatrième je décrirai l' intérieur de la Basilique, et dans la partie suivante on traitera des chapelles fermées; sous cet appellatif je comprends celles qui ne sont pas ouvertes à toutes les heures de la journée; ce sont la Sacristie, S.^ Isidore^ le Baptistère, la S.^^ Vierge delta Scarpa (ch. Zen.), la Crypte et le Sanctuaire. La sixième partie est consacrée au Trésor, et la dernière sera un Appendice, où je parlerai succinctement du clocher, de la Loggetta, de la Chapelle musicale, etc.

J'aurai souvent à me récrier contre les restaurateurs ; or, je déclare d'avance, que je n'accuse point les artistes, qui ne sont pas tenus de se connaître en poésie, en épigraphie, etc. ni de savoir le grec et le latin ; mais ceux qui auraient dû présider aux restaurations et qui, par ignorance ou par une négligence coupable, n'ont pas veillé sur les artistes et à leurs travaux.

Je finis en réclamant l'attention de l'étranger sur le fait, que la Basilique, selon l'ancien usage, EST TOURNÉE VERS L'ORIENT.

Cette notion est indispensable à celui qui visitera S.* Marc, mon Guide en main, et il ne doit pas l'oublier : autrement il serait embarrassé, puisque dans ce petit ouvrage j'ai presque toujours adopté le système de l'Oinentation pour indiquer les différentes parties de la Basilique vénitienne*

L'Auteur

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