PARTIE I
a) HISTOIRE, ARCHITECTURE ET CONSTITUTION ANCIENNE ET MODERNE DE L'ÉGLISE ST. MARC
f^n 828 le doge Justinien Partecipazia ordonna Térection d'une église, où r on pût religieusement garder 1^ corps de TEvangéliste S/ Marc qu'on venait de transporter d'Alexandrie à Venise : la construction de cet édifice dura trois ans, et ne fut achevée que sous le dogat de Jean frère et successeur de Justinien.
Le Temple avait été bâti dans le style romano - chrétien, c'est-à-dire en forme de basilique (trois nefs aboutissant à autant d'autels et d'absides). Un incendie en 976 dé-
truisit presque en totalité rédifice sacré dont la partie supérieure était en bois ; aussitôt le doge Pierre Orseolo se mit à reparer les ravages du feu.
Au commencement de la seconde moitié du onzième siècle, Dominique Contarini changea le style de l'église, en y ajoutant les deux transsepts ; de cette façon elle prit la forme de croix grecque, et de basilique devint byzantine.
L'édifice fut achevé en 1071 sous le dogat de Dominique Selvo, et aussitôt après, sous ce doge et sous son successeur Vital Falier, on commença à incruster de marbres orientaux ses murailles en briques.
Pendant les deux siècles suivants il y eut à S.^ Marc une réaction antibyzantine , et on tâcha d'y faire disparaître, autant qu'il était possible, le caractère oriental: les formes ogivales se dressent sur les façades, couronnent les portes, et forment plusieurs fenêtres ; plus encore, au-dessus des coupoles, hémisphériques et tout-à-fait byzantines, on éleva sur de grands soubassements cylindriques de très-hauts dômes surmontés de lanternes.
Plus tard on ajouta à l'édifice primitif d'autres autels et chapelles dans le style lombardesque et dans celui de la renaissance: c'est pourquoi la cathédrale de Venise offre un assemblage de plusieurs styles architectoiiiques, assemblage curieux et bizarre si l'on veut, mais qui plaît, qui frappe, qui éblouit, parce que tous ces styles se fondent pour ainsi dire prodigieusement en un seul, et il en ré-
suite une des merveilles de Fart chrétien, devant laquelle les plus rigoureux théoriciens en esthétique sont contraints, bon gré mal gré, à s' incliner.
Je trouve convenable de marquer les dimensions de l'actuelle Basilique ; les voici :
Longueur totale M. 76.5
Largeur à la façade ...» 51.8 id. au transsept ...» 62.6 Hauteur du sol de la place . » 47.9
Périphérie » 330.6
Or il faut dire quelque chose sur la constitution ancienne et moderne de cette église.
Depuis son origine jusqu'à la chùte de la République vénitienne, S.^ Marc a été toujours la Chapelle du Doge ; dès 1797 jusqu'à 1808 sa condition était tout-à-fait anormale, car la Sérénissime n'existait plus, et S.^ Pierre de Castello continuait à être la cathédrale de Venise : ce fut au mois de décembre 1807 que le vice-roi Eugène décréta la translation du siège patriarchal à S.^ Marc : le décret n'était pas valable en droit canon; toutefois on lui donna exécution. Ce ne fut que quatorze ans plus tard, que Pie VII par sa Bulle Ecclesias qiiae (24 sept. 1821) sanctionna cette translation, en réglant la constitution des deux églises de S.^ Pierre et de S.t Marc.
La chapelle ducale dépendait entièrement du Doge, qui en avait le patronat, nommait les ecclésiastiques qui y officiaient, etc. C'était une de ces églises qu'on nomme ecclésiastiquement nullms diœcesis, puisque l'évêque,
dans le diocèse duquel elles sont enclavées, n'y exerce aucune autorité.
S.^ Marc comptait un clergé assez nombreux dont le chef était le Primicier, abbé mitré et crossé, enrichi de plusieurs privilèges. Parmi les nombreux prêtres attachés à réglise douze portaient le titre de chanoines sans Têtre eiFectivement. Par rapport à Tadministration de la chapelle ducale, elle était confiée aux Procurateurs de SJ Marc, à ceux particulièrement d'eux qu'on appelait Procitratori de Supra : c'étaient des personnages fort respectables, qui avaient bien mérité de la patrie et dont la dignité n'était inférieure qu'à celle de sa Sérénité le Doge. Leur nombre et leurs attributions varièrent dans le cours des siècles.
Primiciers et Procurateurs datent dès les premiers temps de la chapelle ducale, sans toutefois qu'on puisse en fixer exactement les premiers.
Quelques mots sur le rite patriarcMn, qui fut toujours en usage dans la chapelle ducale jusqu'à l'an 1807.
Sans aucun doute il était le gradense du patriarchat de Grade, c'est-à-dire le rite ancien du patriarchat d'Aquilée avec de légères modifications ; et il est certain aussi, qu'il tenait beaucoup du vieux rite romain appelé grégoiHen, Il est à noter, que le rite patriarchin a été en vigueur dans tout le diocèse de Venise jusqu'à 1456 ; le pape Calliste III. le restreignit alors à la seule chapelle du Doge ; de là son autre titre de Mar colin.
AS.* Marc dans lalithurgie on avait adopté la version de la Bible connue sous le nom &!Itala à préférence de la Vulgate, et même à présent on y chante quelques psaumes et cantiques mis en musique par d'anciens maîtres de chapelle sur cette version ; p. e. le Benedicttcs aux Ténèbres.
Les limites bornées d'un Guide ne me permettent pas de m'étendre sur ce sujet.
Actuellement , S.* Marc est la cathédrale de Venise ; son Evêque, Primat de la Dalmatie, a depuis 1451 le titre de Patriarche, et il exerce sa juridiction sur neuf évêques suffragants de la Vénétie ; ce sont ceux de Vérone, Padoue, Vicence, Trévise, Feltre et Bellune, Adrie, Chioggia, Concordia et Ceneda. Le chapitre est composé de douze chanoines, dont les dignitaires sont l'Archidiacre et l'Archiprêtre ; S.^ Marc est aussi paroisse, dont l'Archiprêtre est le curé actuel^ pendant que le chapitre en est Yhahitiiel.
h) MOSAÏQUES ET MOSAÏSTES.
Dans ce Guide je m'étendrai un peu diffusément sur les mos.% puisque sous ce rapport la Basilique S.^ Marc prime et n'a à craindre aucun rival, à cause principalement des époques variées auxquelles elles appartiennent, et qui y marquent l'histoire de cet art médioevaL Voici quelques remarques à ce sujet:
1.^) On voit à S.* Marc deux espèces de mos.% savoir, celles en verre (dorées ou co-
loriées) dont sont incrustées les coupoles, les murailles, etc. et celles en marbre pour le pavé ; les M.^ qui travaillaient à ces dernières étaient appelés mosaicisti per terra ; il y eut cependant des artistes qui se distinguèrent dans les deux espèces.
2. ®) En toute mos. il faut aussi distinguer deux artistes, c'est-à-dire, celui qui fesait le carton presque toujours colorié (le peintre ou cartonisté) , et celui qui l'exécutait (le mosaïste) : c' est précisément comme pour les broderies; y prennent part le dessinateur et la brodeuse. Quelques M.^ cependant étaient assez bons peintres pour se préparer d'euxmêmes les cartons.
3. ®) Une grande partie des mos.^ y ont été restaurées, et quelques-unes plusieurs fois; malheureusement on en a gâtées et altérées.
4. ®) Les M.s presque tous signaient en bas de leur travail leur nom, ou en toutes lettres, ou seulement avec son initiale; quelquefois ils y ajoutaient la date : quant au cart. il ne m'est jamais arrivé d'y trouver son nom. 11 y a peu de mois on a cru de placer sous les mos.% qui donnent sur les galeries, un petit carré portant les noms du M. et du cart. et la date relative.
5. ®) Par rapport aux sujets représentés, les mos.s de S.^ Marc peuvent être partagées en trois classes, savoir: a) Celles en simple champ d'or : h) Celles qui offrent des ornements, mais pas de figures : telles y sont la variété, l'élégance et la finesse du dessin et de l'exécution, qu'elles seraient une mine inépui-
sable pour les dessinateurs : c) Les figurées : on peut subdiviser ces dernières en deux classes, selon qu'on y a représenté des faits de l'histoire sacrée, ou de simples images de Saints : quant à ces dernières, on les a placées par ci par là sans aucune règle préalablement fixée; elles servirent presque toujours à remplir des vides sous les petites arcades, sous les pendentifs, etc. ; souvent c'étaient les essais, les épreuves de l'habileté des artistes qui aspiraient à être maîtres M.^ de la chapelle ducale, tandis qu' ils n'y étaient qu'apprentis ou simples M.^ p^r terra.
Au contraire pour les mos.^ historiques on a suivi (sauf quelques exceptions) une règle fixe. En général on avait destiné l' intérieur de l'église aux faits du Nouveau Testament et le vestibule à l'histoire de l'Ancien depuis la Création jusqu'à Moïse. En efî'et dans l'église (comme on verra après) il y a en mos.^ toute la vie de la S.^^ Vierge depuis sa Conception jusqu'à sa mort, celle de N. S. et presque tous ses miracles ; la Pentecôte, le martyre des douze Apôtres, et les faits saillants de la vie des Saints auxquels on y avait dédié une chapelle ; ce sont les saints Pierre, Marc, Jean 1' Evangéliste^ Jean le Précurseur, Clément et Léonard.
6.^) Quelques-uns des faits représentés sont tirés des livres apocryphes. Ce titre ne doit pas mettre en défiance, parce que l'on sait qu'en théologie on le donne aux anciens livres sacrés qui n'ont pas été compris dans le canon de la Bible. Cependant, sous le rapport
simplement historique, ils ne sont pas indignes de foi, a^^ant été écrits par des auteurs très-anciens, et peut-être contemporains aux faits qu'ils racontent.
7. ®) Quant au pavé, il faut que le lecteur se souvienne, que dans le vestibule et dans toute l'église il est en mos. de marbre; je noterai les rares exceptions, et j'indiquerai aussi les endroits, où ce pavé, au lieu d'être tout en ornements, ramages, arabesques, etc., présente quelques figures d'animaux, probablement allégoriques.
8. ^) Le pavé à S.^ Marc est actuellement dans un état pitoyable. Il y a quelques années, on avait commencé à le renouveler, en en conservant toutefois l'ancien dessin, mais malheureusement on a suspendu ce travail qui, à vrai dire, avait été inauguré sous de mauvais auspices.
En effet, on commença par la nef qui donne passage à un plus grand nombre de personnes et dans laquelle le pavé est naturellement plus sujet à être endommagé. Pis encore, malgré que l'exécution ait été parfaite, quelques semaines après la fin du travail le pavé commençait à s'écailler et à se feuilleter en plusieurs endroits sous le frottement des pieds des passants : il paraît que les marbres, dont on s'est servi, étaient bien loin d'égaler en dureté les anciens.
9. ®) Je ne crois pas inutile de citer ici les noms des principaux M.^ qui ont travaillé à S.^ Marc, en les classifiant par siècles ; j'avertis, que je laisse de côté ceux du pavé.
Une tradition énonce, que le célèbre Père Gioacchino ait travaillé vers la fin du XIL^ siècle aux mos.^ de S.* Marc, mais elle est dénuée de solides fondements; il est probable aussi, que se soient trompés de mème^ ceux qui, en interprétant mal une inscription mutilée dans la chapelle S.^ Clément, soutiennent, qu'un Pierre ait commencé en 1101 à orner de mos.^ la chapelle ducale. (V. après.)
Il n'y a rien de certain jusqu'à la moitié du XV.® siècle.
En 1458 travaillaient en mos. à S.^ Marc un Antoine et un Sylvestre, et un Pierre en 1482: on trouve à la même époque le nom de Marc avec le sobriquet dal 7mcsaico, un Alvise et un Lazarus B,: Michel Zambono en 1490 ornait de très-belles mos.^ figurées la chapelle dei Mascoli.
Le seizième siècle offre les M.^ suivants, que je vais citer en ordre à peu près chronologique ; les voici : Sebastiani Vincent, le prêtre Chrysogone, Marc Lucien Rizzo, trois Zuccato (François, Valère, et Arminius, fils de ce dernier), deux Bozza (Barthélémy et Phébus), le prêtre Albert Zio, Jean de Mio, natif de Vicence, deux Bianchini (Jean-Antoine et Dominique, surnommé le Rosso ou Rossetto)^ Dominique Santi, Jérôme Vinci, De Battista Laurent, Berto, Laurent Ceccato, J. A. Marini, J. Visentini, et Louis Gaëtano.
Pendant le dix-septième siècle on compte une vingtaine de M. % savoir : Jacques Pasterini, Pierre Lutterini, Roncato Ange, Dominique Caënazzo , Turresio François , J. B.
Paulati, Rosèi Paul, Pierre Lunna ou Luna,., Hector Locadello, deux Cigola (Jacques et Léonard) Jérôme Gaëtano, Louis Marini, le père Cyprien, Pierre Scutarini, Pierre Spagna, Marangon Joseph, Augustin da Ponte, Bronza Etienne, et J. M. Pizzato.
Déjà l'église S.^ Marc était complètement ornée de mos.s et au XVIIL® siècle il ne s'agissait que de faire quelques réparations aux anciennes ; c'est pourquoi on ne trouve pendant le cours de ce siècle que trois seuls maîtres M.^; ils sont Léopold dal Pozzo, Monaco Pierre, et Monaco Jacques.
Il y avait cependant quelques artistes secondaires, dont on se servait pour quelques petites réparations aux anciennes mos.^ et pour d'autres travaux faciles. Dans les archives de la Procitratia de Swpra on rencontre , parmi d'autres, cités les noms d'Antoine Comis, de Dominique Grassetti, etc.
Dans la première moitié du siècle courant ont travaillé à l'église S.^ Marc trois autres M.% qui sont Nicolas Pizzamano, Liboire Salandri, et Jean Moro.
J'espère, qu'il ne sera pas désagréable au lecteur de trouver ici un court catalogue des peintres qui ont dessiné, et quelquefois colo-^ rié, les cart.^ pour les mos.^ de la Basilique. Les voici :
Le Titien, Sansovino (Jacques Tatti), Pordenone (J. A. Licinio-Regillo), le Tintoretto (Jacques Robusti) et son fils Dominique, Palma Jacques dit il Vecchio, Jean Salviati ou Porta, le Bassano (Léandre da Ponte), le Ti-
zianello, petit-neveu du Titien, Palma Jacques (dit le Jetme), le Padovanino (Alexandre Varotari), l'Aliense (iVntoine Vasilachi de Milo), Verona Maphée, Vecehia Pierre, Rosa François, rAllemand Joseph Calimperg, Antoine Fumiani, Bologna Pierre, Rossi J. B., Antoine Zanchi, Sébastien Rizzi, Pilotto Jérôme, J. B. Piazzetta et J. B. Pittoni.
c) INSCRIPTIONS.
La plus grande difficulté qu'ait rencontrée Fauteur de ce Guide a été l'interprétation des inscriptions nombreuses qu'offre l'église S.^ Marc ; et pour cause. Il va sans dire, qu'elles sont pour la plupart en latin barbare et infime ; toutefois, quant à la langue, j'ai pu m'en tirer ; mais le terrible c'est, que les restaurateurs les ont gauchement malmenées. Quelques-unes ont disparu, plusieurs ont été mutilées ou estropiées ; on en a déplacées deux ou trois : à l'occasion je ne manquerai pas d'en faire la remarque.
Je ferai tout mon possible pour déchiffrer et interpréter ces pauvres victimes des soidisants restaurauteurs ; mais, s'il me fallait quelquefois échouer dans mes efforts,je compte sur la bonté du lecteur, et je le prie de vouloir bien me pardonner : ad impossihile nemo tenetzcr.
A présent je vais noter quelque chose relativement à ces inscr.s :
1."^) Il y en a de quatre espèces, savoir : a) historiques pour expliquer les faits repré-
sente sen mos.; elles ont été presque toujours tirées de la Bible, quelquefois avec de légères variantes ; h) morales et exhortatives ; on les lit souvent sur des écriteaux que tiennent les images des Saints ; les prophètes montrent d'ordinaire un verset de leurs prophéties approprié et relatif aux circonstances ; c) déprécatives et invocatoires ; d) celles simplement explicatives des images près desquelles on les a placées.
2. "^) Il n'est pas rare, que Tinscr. soit un petit résumé de deux ou plusieurs versets des livres sacrés.
3. "^) Les inscr.s sont en général latines, et en grande partie en vers léonins ; on y remarque de nombreuses fautes de prosodie et d'orthographe, ce qui ne doit pas surprendre, si l'on tient compte de leur époque : par rapports aux rimes, on verra comment ces pauvres poètes se contentaient de bien peu, souvent de la seule lettre finale.
4. "^) Je traduirai les inscr.^ qui ne sont pas en latin, et celles aussi qui, quoique latines, sont d'une interprétation difficile.
5. "^) Vu, que mon petit livre n'est qu'un vadé-mécum pour le visiteur de S.* Marc, j'ai préféré copier les épigraphes en entier et sans abréviations, en en conservant toutefois pour la vérité historique les fautes d'orthographe, et de les ponctuer selon le sens, d'autant plus que je les copierai communément en minuscules.
6. ^1) Je noterai aussi les images et les figures anépigraphes, et j'aurai soin de placer
entre deux parenthèses après les mots mal écrits les mots correspondants, tels qu' ou aurait dû les y signer : quelquefois cependant j'écrirai entre parenthèses certains mots remarquables pour leur orthographe curieuse, ou pour quelque autre motif.
d) MARBRES.
J'ai dit que sous le rapport des mos.^ S.^ Marc « prime, et n'a à craindre aucun « rival » ; je pourrais en dire autant pour les marbres. Je parlerai donc d'abord en général et succinctement des marbres qui décorent cette église ; je dirai ensuite des marbres mêmes travaillés et sculptés, c'est-à-dire, des statues, des bas-reliefs, des colonnes et de leurs chapiteaux.
Les murailles de la Basilique, là où elles ne brillent pas par le reflet des mos.% sont incrustées de marbres fins et d'un grand prix, presque tous orientaux ; ceux-ci sont le porphyre, la serpentine, ]e vert antique, l'albâtre, le pentélique, l'africain, le parien, le blanc et noir, le jaune, le rouge, le jaspe, le parangon, le lapis-lazuli, l'agate, etc. et en plus grande quantité le g^^ec, ou cipolin ; ces marbres actuellement sont plus précieux qu'autrefois à cause de leur rareté, puisque leurs carrières, ou sont épuisées, ou il est bien difficile de les exploiter. Quant aux marbres occidentaux, on trouve à S.^ Marc le jaspe de Sicile, le saccaroïde (statuaire) de Carrare, le granité, le bardiglio, la iumachelle,
et surtout le brocatelle véronais, beau calcaire ammonitifère d'une teinte rouge vineuse à taches blanches ou jaunâtres de forme spirale ; ce sont les restes des ammonites fossilisées.
Il y a dans la chrétienté des temples qui en sculptures sont supérieurs à la cathédrale de Venise ; cependant les statues ne font pas défaut dans cette église, et (ce qui plus est) dans la presque totalité elles sont dignes d'être hautement estimées comme d'admirables spécimens de l'art italien au moyenàge. On y compte plus de cent statues de ronde bosse, dont un tiers s'élève sur les façades ; il faut noter, que dans ce nombre je n'ai pas compris les bustes, les haut-reliefs, les statuettes et les statuines ; les bas-reliefs aussi sont nombreux à S.^ Marc. Il vas sans dire, que je ne parle pas ici des statues et des bas-reliefs en bronze, dont le nombre est assez grand et le travail exquis, comme on verra dans la suite.
Quant aux colonnes, leur nombre est trèsconsidérable. Fidèle Onofri le porte jusqu'à 2643; mais il doit avoir compris dans ce compte non seulement les trois-cents colonnettes, qui selon Bernard Justinien soutiennent le pavé de l'église, mais aussi les trois-centvingt-quatre, qui sont sculptées sur les quatre colonnes historiées du baldaquin du maître autel, et dont la hauteur ne dépasse pas dix-neuf centimètres. D'autres en donnent un nombre bien inférieur. Cette diversité dépend du minimum qu'on s'est proposé par rapport
à la hauteur des colonnes, dont les plus grandes atteignent m. 6.30. Moi, en le fixant à cinquante centimètres, j'en ai compté presque deux mille, dont à peu près deux cinquièmes sont grandes ou moyennes. Elles ont pour la plupart le fût cylindrique, et sont monolithes ; il y en a quatre toutes historiées en bas-reliefs, et onze cannelées spiralement.
Après la beauté du marbre ce que les colonnes de cette église offrent de plus remarquable est la forme des chapiteaux. Seulement un petit nombre de modernes suivent les règles vitruviennes , pendant que les autres présentent des formes extrêmement variées, bizarres si l'on veut, mais très-intéressantes.
Il y en a d'hémisphériques (ou à peu près), qui vers le tailloir tendent à prendre la forme carrée, et quelquefois aussi rectangulaire, en s'évasant ; quelques-uns ont sur leurs flancs une petite volute ionique ; d'autres présentent antérieurement une bosse ronde percée à jour; quelques chapiteaux ressemblent à une corbeille élégamment travaillée et cannelée ; une pyramide quadrangulaire, tronquée et renversée, souvent surmontée d'un cube, forme le chapiteau de plusieurs colonnes; tantôt il manque d'ornements, et tantôt on y voit en bas-relief des animaux, des fleurs-de-lis, des entre-lacs, des grosses têtes, etc.
Dans le San Marco du chev. Ongania on peut voir en héliotypie exactement représentés tous ces chapiteaux.
Il est à noter, que dans l'intérieur de la
Basilique jusqu'à sa mi -hauteur tous les chapiteaux sont dorés à rexception de ceux qui soutiennent les plans des deux chaires.
Six seules colonnes à S.^ Marc ont pour base un animal accroupi; dans plusieurs quatre ou six feuilles ou palmettes s'étendent du tore inférieur aux angles du plinthe carré ou hexagonal ; quelquefois de petits animaux remplacent ces feuilles.
e) COUPOLES.
La Basilique a cinq grandes coupoles à base circulaire, qui à l'intérieur sont parfaitement hémisphériques , mais qui extérieurement offrent la forme occidentale trèsprononcée. En effet, en s'appuyant sur un grand cylindre en maçonnerie, elles enveloppent la coupole intérieure byzantine, et sur le plan de son diamètre s'élèvent de deux rayons et demi.
A propos de ces cinq coupoles je trouve convenable d'avertir le lecteur :
1. ^^) Que les deux plus grandes sont roccidentale et la centrale, qui est la plus haute des cinq ; leur diamètre extérieur est de m. 12.50, pendant que celui des trois autres n'est que de m» 10.50.
2. "^) Que chacune des coupoles est surmontée d'une lanterne qui sert de base à une grande croix recroisettée à six branches avec de grosses boules en plomb à ses extré*mités et une girouette.