PRESBYTÈRE
Nous voilà enfin au Presbytère. Ce qui frappe d'abord et avant d'y entrer c' est la magnifique balustrade qui le ferme antérieurement, excepté au milieu où aboutit un petit escalier de cinq marches disposées en demi-cône tronqué.
Au bas de la balustrade sont percées douze petites fenêtres pour éclairer et aérer la crypte, dont quatre seules à présent sont ouvertes.
Sur cette balustrade, formée de six grandes dalles carrées de marbre reliées entr'elles par des piliers, s'élèvent huit colonnes soutenant l'architrave ; le tout est en beaux marbres, presque tous orientaux et qui ça et là sont élégamment tessellés. Au milieu de l'architrave s'élève une grande et belle croix, partie en cuivre et partie en argent : c'est une de ces croix qu'on appelle recroisettées ; aux angles et aux extrémités des branches il n'y a pas moins de quinze croisettes. Elle est l'ouvrage de l'orfèvre vénitien Jacques Benato; sur
une tablette sous les pieds du Crucifix on trouve cette inscr.: MCCCLXXXXIIIL Facta fuit ah nohilihus Procuratoribus Petro Corno.rio et Michael Sténo, Jaeohus magistri Marci JBenato de Veneciis fecit.
Sur la partie antérieure de cette croix on voit le Crucifix et aux extrémités des branches quatre médaillons avec les emblèmes des évangélistes ; sur la postérieure S.* Marc occupe le centre, et les docteurs Augustin, Ambroise, Grégoire et Jérôme les extrémités.
À côté de la croix il y a quatorze belles statues, représentant la Yierge, S.* Marc et les douze Apôtres : au-devant de V architrave une inscr. gravée en lettres dorées en indique le temps et le sculpteur ; la voici: M.CCCLXXXXIIL Te7npore, excelsL Lui.
Dni, Anthonii, Veniero. Dei, gratta, diicis. Venetiarum. ac, Nohilium, viror. dnor. Pétri. Cornerio, et, Michaelis, Sténo, honorahilium. procuratoriim. jprefacte. Ecclesie. henedicte. Beatissimi. Mar^ci. Evangeliste. (en caractères plus petits) Jacohellus. et. Petrus. Paulus. fratres. de Venetiis. fecit. (sic) hoc. optes.
La coupole du presbytère, qui au n. et au s. s'appuie sur les deux voûtes correspondantes, à Te. et à To. est soutenue par deux arcades étroites à chacune desquelles servent de base deux colonnes. L'arcade occ. n'ofî're de figuré que trois médaillons ; dans le supérieur il y a N. S. bénissant à la latine et tenant de sa g. un livre : il faut remarquer la forme •de son nimbe ; c'est un disque concave, qui touche à la tête par sa partie convexe et
qui est orné de six petits ronds en or sur fond azuré; les deux autres médaillons contiennent deux archanges nimbés, le labarum dans leur dr. et une très-petite croix avec piédestal dans leur g. ; les noms et les titres sont en grec,, niais très-gâtés et en grande partie illisibles.
Sur le rebord extérieur de l'arcade on lit : Italiam, Libiam, Venetos, sicut leo, Marce, Doctrina, tumulo, reqicie, fremituq, tueris.
L'arcade or. magnifiquement ornée n'offre qu'un seul médaillon à son sommet avec le symbole du Christ, savoir, un agneau nimbé et tenant dans sa patte dr. une croix hastile.
La coupole montre en haut dans un grand médaillon le Christ, tenant dans sa dr. un disque noir et dans sa g. un rouleau ; son nimbe est croisé. A propos du disque noir il est à noter, que M.s^ Aug. Molin {DelV wntica
immagme di Maria Venezia 1821,
2'iag. 119.) y a cru voir Vacaciay mais il s'est trompé ; 1."^ Parce que Vacacia était un sachet cylindrique aux extrémités un peu rebondies, et que 1' on supposait plein de sable ; 2.™ On ne trouve représentés avec Vacacia que les seuls empereurs d'Orient; 3.^^ C'était un emblème de la caducité des grandeurs mondaines et un avertissement aux puissants du siècle : en parlant de Vacacia^ le grec Codinos {De officiis VL 27.) disait : « Le roi.... « doit être humble, puisqu'il est mortel et ne « pas s'enorgueillir, etc. » D'autres crurent que c'était un globe, ou le monde, mais à tort, puisque c'est un disque plat et non pas une sphère ou un rond quelconque.
Quant à noi, j'avais été tenté d'abord d'y voir le fruit défendu, en m'appuyant au fait qu'à Trêves dans un reliquaire de la Croix N. S. tient cet emblème de la chùte d'Adam ; mais je suis revenu de mon idée. Je serais d'avis, que dans les premiers temps de l'église on eût pratiqué un trou dans le haut de la coupole pour donner passage à une chaîne soutenant une de ces couronnes que dans l'antiquité on suspendait sur les corps des martyrs: lorsqu'on éleva le baldaquin du maître-autel, on a dû nécessairement ôter la couronne et obstruer le trou.
Même la circonstance, que ce trou n'était pas précisément au centre de la calotte mais un peu vers l'orient, confirme mon opinion, parce qu'ainsi la couronne aurait verticalement plané sur l'endroit où était caché le corps de S.^ Marc. La Vierge et treize prophètes se tiennent debout tout autour dans le bassin au-dessus des fenêtres.
La Mère divine, avec ses mon.^ grecs et revêtue d'un manteau parsemé de petites croix, étend ses mains ; chacun des prophètes tient un écriteau avec un verset tiré de ses prophéties comme nous allons voir.
En commençant à la dr. de la Vierge et faisant le tour, on trouve :
David couronné ; inscr. : De fructit ventris tui 'ponam sicper sedem ticam ( Ps. 131. 16.).
2,^ Salomon, lui aussi couronné ; inscr. : Quae est ista quae ascendit sicut aitrora consurgens (Gant. VI. 9.).
3. ï« Malachie ; inscr. : Ecce mitto angelum 7neum ante faciem titam^ qui praeparabit viam tuam (III. 1.).
4. "^ Zacharie ; inscr. : Ecce vir, oriens nomen ejus (VI. 12.).
5. m Aggée ; inscr. : Ecce veniet desideratus cunctis gentibus (II. 8.).
6. "^ Sophonie ; inscr. : Querite Lominum omnes mansiceti terre (II. 3.).
7. "^ Jonas ; inscr. : Convertatur vir a via sua mala et ah iniquitate (III. 8.).
8. "^ Osée ; inscr. : In die tercia susitahit nos et vivemus (VI. 3.).
Q,^ Habacuch ; inscr. : Detcs ah Austro veniet, et Sanctus de monte Pharan ([II. 3.).
10. "^ Abdias ; inscr. : Ascendit Salvator in montem Syon, et erit regnum Domino (I. 21).
11. ^ Daniel; il a l'air très-jeune; inscr.: Cum venerit Sanctus Sanctorum cessahit unctio : ce texte n'existe pas à la lettre dans les écrits de Daniel, mais il est le résumé des derniers versets du IX.® ch. de son livre.
12. "^ Jérémie ; inscr. : Hic est, inquit, Dominus noster, et non exti„„ (Bar. III. 36.).
13. "^ Isaïe à côté de la Mère de Dieu : probablement on lui aura donné cette place à cause qu'on pourrait l'appeler le prophète de la S.^^ Vierge ; inscr. : Ecce Vîrgo concipiet et pariet Filium^ et vocahitur Eimnanuel (VIL 14.).
On a représenté dans les pendentifs les emblèmes des Evangélistes ; en celui au n. e. on voit le Lion ayant sur sa tète ces mots : Quaeque suh ohscuris : au s. e. il y a un Ango
tenant dans ses mains un livre fermé ; Tinscr. qui fait suite à la première est la suivante : De Cristo dicta figuris : suit T Aigle qui serre dans ses griffes un livre ouvert ; continue r inscr. : His aperire daticr : le dernier est le Boeuf (n. o.) qui, lui aussi, tient dans ses pattes un livre ouvert sur lequel on lit : Ficit in diehus Herodis régis Judée sacerdos (Ev. S.^ Luc. 1. 5.): Finscr. au-dessus est celle-ci : Et iîi his Beus ipse notatur. Ces quatre animaux emblématiques sont hexaptères ; il faut cependant remarquer que dans chacun les trois paires d'ailes sont superposées Tune à l'autre.
Dans la grande demi-calotte à Te. il y a N. S. très-richement habillé et assis majestueusement sur un trône magnifique ; il bénit à la latine en tenant dans sa g. un livre relié ; on y voit les deux mon.^ grecs, et en bas à g. on lit: MCCCCCVI. Petrus F.
Le rebord offre ces deux hexamètres :
Stem rex cunctoricm, caro fâches amore reoritm : Ne desperetis venie, dum tempics habetis.
Plus bas dans la demi-zone entrecoupée par trois fenêtres aux embrasures ornées d'élégantes mos.^ on a représenté debout quatre Saints patrons de Venise. Le premier à g. est Nicolas qui bénit à la latine ; ensuite S.^ Pierre, bénissant avec le pouce, l'index et le petit doigt étendus, , donne un livre à S.^ Marc qui est à sa g.j l'Evangéliste le remet à S.^ Hermagoras qui tend ses mains pour le recevoir : c'est la double mis-
sion donnée par le prince des apôtres à Marc et à Hermagoras.
Au-dessus tout autour on lit cette longue inscr. : Quatuor hos jure fuit huic praeponere cure, Cor'porihus quorum praecellit hoiior Venetorum : His viget, his crescit, terraq, mariq, nitescit : Integer et tutus sit ah his nunquam derelictus.
Sous les trois fenêtres trois demi-calottes en mos. d'or (la centrale présente une croix latine blanche) servent de couronnement aux enfoncements de Fabside principale, dont celui du milieu contient un autel magnifique sur lequel il y a une petite fenêtre ; jusqu 'aux premières années du siècle présent on y gardait la S.*^ Eucharistie.
L'autel, élevé du sol de cinq marches et tout autour fermé par une basse balustrade de beaux marbres, est couronné d'un baldaquin quadrilatère que soutiennent six colonnes, deux en vert antique, deux en africain et deux en albâtre or. : ces deux dernières, dont le fût est long m.^ 2.35, étaient jadis les plus grands monolithes alabastrins que l'on connût ; maintenant à S.^ Paul de Rome il y^ a de semblables colonnes (don du Pacha d'Egypte) qui leur sont de beaucoup supérieures.
Sur ce baldaquin s'étendait une espèce de dôme ou de calotte cannelée en cuivre doré : un beau matin (il y aura presqu'un demisiècle) elle disparut. On disait alors, qu'on
allait la redorer jo ne sais pas qu'on
l'ait redorée, mais je sais très-bien qu'on ne l'a point redonnée.
Il m'est nécessaire de faire à ce propos une courte digression.
M." les Marguilliers de S.^ Marc ont été toujours de très-honorables et de très-honnêtes personnages ; mais il y a à noter, que jadis leur nombre était presque double de l'actuel, qu'ils étaient pour la plupart des patriciens, et qu'on les considérait tout bonnement comme les successeurs des Prociiratori de Supra; c'est pourquoi l'on tenait beaucoup à la dignité de Fabbricieri de la Basilique. Par malheur il y en eut parmi eux quelqu'un qui péchait par trop de bonne foi, ou qui croyait qu'il s'agissait, non pas d'une charge, mais d'une sinécure. Voilà pourquoi on pouvait faire de bons tours d'escamotage.
Dieu merci c'est du passé ! Depuis bien longtemps les Fabriciers de S.^ Marc (dont le nombre est restreint à ciJiq) joignent a l'honnêteté de leurs prédécesseurs une très-louable activité, un zèle très-ardent pour l'administration des biens de l'église S.^ Marc, et ils sont bien secondés par les employés subalternes qu'ils n'ont pas aveuglément choisis. Je suis actuellement fabricier de S.^ Marc ; mais je parle franchement et sans crainte qu'on ne m'accuse de m'ériger en juge de ma cause, vu que ma nomination à cette charge est tout-à-fait récente, et ne date que du 17 mai a. c.
Le devant-autel est orné de trois grands rectangles de jaspe sanguin encadrés en cipolin. Trois niches forment le rétable ; la centrale est couronnée d'un beau fronton
soutenu par deux colonnettes de rouge antique ; la petite porte du tabernacle en bronze doré (où Ton voit en bas-relief la Résurrection et de petits anges portant les istrument de la Passion) est un des meilleurs ouvrages de Sansovino, à qui elle fut payée quatre-vingt-cinq ducats. Supérieurement à la custode il y a le Père Eternel avec un nimbe triangulaire, et aux côtés deux anges sortent de deux petites portes entr'ouvertes; ils sont dans l'attitude de la vénération et de la prière. Dans les niches latérales deux statuettes en marbre représentent les saints François d'Assise et Bernardin.
Aux côtés de cette chapelle (qui à présent porte le titre de la Croix) quatre grandes et belles colonnes de vert antique servent de base à deux petites niches.
Dans l'enfoncement à dr. il y a une fenêtre avec grille dorée ; à présent elle est murée par derrière, mais du temps de la Sérénissime le Doge y entendait quelquefois incognito la Messe.
Le troisième enfoncement offre, là où il y avait une fenêtre, quant à Tapparence pareille à la précédente et actuellement incrustée de cipolin, un buste en bronze du pape Grégoire XVI. don du commandeur Scarella. On ne pouvait plus mal le placer ; une console antiartistique soutient ce buste dont la tête coupe la traverse supérieure de la fausse fenêtre; au-dessous on lit: Gregorio. XVL PontificL maœimo. A. MJDCCCXLIIL
Le chambranle de la porte qui donne accès à la sacristie, tout en marbre blanc, est
très-bien orné et très-bien sculpté, quoique, à mon avis, le feston qui le domine, soutenu par deux petits anges, soit un peu lourd.
Le vantail est un magnifique ouvrage de fusion en bronze ; sa forme est un peu courbe. J, Sansovino en 1556 en fut l'inventeur, et un nommé Thomas en fit le modèle, mais la fusion fut exécutée par plusieurs artistes, parmi lesquels on cite Pierre délie Campane (aux cloches), Tagliapietra et Zotto.
Il est partagé en deux rectangles, tous en bas-reliefs d'une finesse exquise et joliment encadrés. Le supérieur représente la Résurrection, et sur les bords du sépulcre on lit : jD^o, Marco Federicus Contarini D, Marci Prociirator — Sancto ejus aerario praefectus erigi citravit; et en bas : Ojpus Jacohi Sansovini F, Dans le rectangle inférieur on voit la Sépulture de N. S.
Dans les, cadres il y a plusieurs anges, les quatre Evangélistes, trois prophètes et six tètes d'artistes ; ces dernières font saillie : trois d'elles sont, à ce qu'on dit, les portraits de Sansovino, du Titien et de Pierre l'Arétin.
À côté du maître-autel les stalles des chanoines (huit à dr. et huit à g.) n'offrent rien de remarquable; elles appartenaient jadis à un couvent de chartreux dans une île des lagunes d'où elles furent transportées à S.*^ Marc, lorsque cette église fut déclarée cathédrale.
Au-dessus il y a six statues de terre cuite bronzée sur autant de consoles ornées de dorures trois de chaque côté : ce sont, au n.
la Vierge couronnée^ entre S.^ Bernard et S.^ Nicolas, et au s. TEvangéliste Marc, ayant à sa dr. S/^ Marguerite d'Antioche qui foule aux pieds le diable tentateur, et à sa g. S.^ Paul : l'Evangéliste caresse de sa g. un petit lion grimpant.
Deux sont les orgues, couronnées d'un grand lion ailé ; chacun de leurs parapets est composé de sept quadrilatères en marbre, percés à jour et travaillés en 1554 par Jacques de Victor et Simplicio Moro. On ignore le nom de l'artiste qui construisit l'orgue mér. pendant que l'autre a été construit par un vénitien, nommé Urbain, qui y laissa écrit : Opus hoc rarissimicm Urhamts Venetus F, : jadis lui servaient de volets deux grands tableaux peints sur les deux faces par Fr. Tacconi; inscr. : 0. Francisci Tachoni Cremon. Pict, 1490, Maii 24; cet artiste y peignit la Nativité de J. C, l'Adoration des Mages, la Résurrection et l'Ascension. Les anciens volets de l'orgue au s., peints (à ce qu'on dit) par Gentile Bellini, représentent quatre Saints, Marc, Théodore, Jérôme et François. Ces huit tableaux se trouvent actuellement dans un des locaux supérieurs de l'église, et précisément au n.
Sous l'arcade sept, se dresse le trône patriarchal. A la vérité, il serait bien mieux sous le sommet de cette arcade que d'un côté ; mais on prétend, qu'alors dans les grandes solennités pontificales on y serait gêné et à l'étroit.
En retournant vers l'entrée du Presbytère, on voit six loges, trois de chaque côté ; les
quatre supérieures ont leurs parapets en marbre élégamment percés à jour ; chacune des inférieures a trois bas-reliefs en bronze, travail très-estimé de J. Sansovino qui les marqua tous de son nom : on les lui paya cent ducats la pièce. Il y représenta le Saint qui baptise, quatre de ses miracles et son martyre. Ces deux tribunes sont à Tusage du Gouvernement, celle au n. pour la famille royale, et r autre pour le Préfet de la province : des deux supérieures la sept, sert de petit oratoire au patriarche, et F opposée aux marguilliers.
Quant aux deux autres, on ne peut monter à la sept., n'y ayant pas moyen de communication, car on n'a pas justement voulu rétrécir la loge royale en y ménageant un escalier, quelque petit qu'il fût; de l'autre assistent souvent aux principales solennités quelques étrangers haut-placés.
Latéralement à ces loges dans deux niches, dont chacune s'élève sur deux colonnes en cîpolin, qui servent de base à deux autres colonnes en marbre gris auxquelles s'appuie l'arcade occ. de la coupole, on voit deux anges en mos. : ils sont surmontés d'un petit fronton un peu lourd, soutenu par deux colonnettes rouges, et tiennent de leurs mains une haute et grosse croix. Celui au n. habillé en azur montre à ses pieds ces mots : Marc. L, R, (Marc Lucien Rizzo), et sous l'autre habillé en vert on lit: Vincenthts Antonius F, (c'est le M. Bianchini). Ces mos.s furent exécutées en 1517 par les susdits artistes en essai de leur habileté.
Au plan inférieur, sous ces loges, il y a six belles marqueteries ^n bois ; au n. et à g, on a représenté la Prudence sous le symbole d'une femme qui tient dans sa dr. un serpent vif (on y lit ces six initiales P, S. S. - S. S. C.) ; au milieu une autre femme, versant de l'eau dans un bassin, est l'emlDlème de la Tempérance, et à dr. l'Espérance est symbolisée par une femme qui prie. Au milieu du côté opposé une femme, tenant un calice et une patène, indique la Foi (on y a marqué un N et un P) ; d'un côté la Fortitude a pour symbole un homme qui se tient serré à une colonne, et de l'autre une femme avec deux enfants représente la Charité.
Ces marqueteries, récemment restaurées, datent de l'an 1536 ; on les a donc à tort attribuées à Sehastiano ScMavone Converso (frère lai), car ce bon moine et habile artiste mourut dans les premières années du XVI.^ siècle (13 sept. 1505).
Sous la grande architrave du presbytère il y a six autres pièces de marqueterie, trois de chaque côté ; les latérales n'ont que des ornements, et au milieu des deux centrales il y a une tête de lion ailé parmi des ramages et des feuillages.
Avant de passer à l'autel, il ne reste à parler que des deux balustrades latérales, chacune formée de quatre petits pilastres et de neuf colonnettes en très-beaux marbres. Elles portent huit statuines en bronze (quatre d' un côté et quatre de l' autre) représentant les évangélistes et les anciens
Docteurs de Téglise ; ces Saints sont assis et tiennent un livre : les Evangélistes sont placés vers l'autel, et les Docteurs vers les murailles. A la base carrée de chacun des premiers on lit : Jacobus-Sansovimcs-Floren^ timiS' Faciehat; mais à la base de chacun des seconds il n'y a que la date M.D.C.XIIII : on sait, qu'ils ont été exécutés par Gabriel Orlandini et par J. B. Nicolini au prix de deuxcent-dix ducats.
Jusqu'à 1810 les quatre Evangélistes étaient placés sur deux petites balustrades tout-à-fait semblables aux actuelles et qui s'élevaient devant l'autel, en ne laissant entre elles d'espace que pour le prêtre célébrant et pour son ministre.
Il reste à parler du maitre-autel et de la célèbre Pala d'oro. Sur le premier s'élève un magnifique baldaquin de vert antique dont les arcades sont en plein-cintre ; supérieurement aux angles il y a les statuines des Evangélistes, qui sont assis et tiennent un livre : devant et derrière au milieu on voit le Rédempteur qui bénit à la latine. 11 est à noter, que le Christ sur le devant est couronné d'un nimbe formé de trois disques superposés l'un à l'autre et dont le diamètre diminue du supérieur à l'inférieur. Au-dessous du baldaquin, au point d'intersection des deux arêtes diagonales, un médaillon doré offre en bas-relief l'Agneau mystique.
Le baldaquin est soutenu par quatre colonnes en cipolin qui sont vraiment remarquables ; chaque colonne est divisée en neuf
zones de la hauteur de m.* 0.285, surmontées d'autant de petites, hautes cinq centimètres et toutes remplies d'inscr.^ en latin. Chacune des grandes zones offre neuf arcades triples en plein - cintre sur autant de colonnettes dont la base correspond perpendiculairement au sommet de la petite arcade inférieure ; la demi-calotte sous ces arcades présente presque en toutes la forme d'une coquille. Dans chaque niche on voit en haut-relief une ou plusieurs figurines qui sont relatives à la vie de N. S. et de Marie, depuis quand Joachim et sa femme étaient désolés à cause do leur mariage stérile, jusqu'à l'Ascension.
Il reste encore ça et là quelques traces de l'ancienne dorure de ces admirables colonnes , dont la partie inférieure a souffert par les frottements inévitables.
Ces colonnes ont été certainement sculptées par des Italiens, et probablement par des Vénitiens ; quant à l'époque, on pourrait leur assigner le Xl.e ou tout au plus le XII.® siècle.
Devant en parler en détail, je me conten* terai d'en citer les inscr.^ et je suivrai l'ordre chronologique : dans toutes il faut commencer à la base et monter vers les chapiteauxe
Voilà les neuf inscr.^^ gravées sur la colonne au n. e. :