e SANCTUAIRE
On entre par la porte du Trésor, et aussitôt on trouve à g. une grille en fer doré qui donne accès à un petit vestibule (4. m.^ c.^) et ensuite à une petite chapelle sans fenêtres, dont la voûte est semi-cylindrique et les parois sont en beaux marbres. Une belle lampe ajourée de laiton offre les mots suivants entaillés: Ave Maria gratta plena Do7ninus tecum.
Latéralement on lit gravées en marbr©
ces deux inscr.s ; à g. : Pretiosissimo Christi sanguine, vero sanctissimae Criccis ligno^ purissirno Virginis lacté ac plerisq. aliis sanct. reliquiis an, Lni MDCXVII die XVII Aprilis loanne Cor^ielio Capserio 7nirahiliter adinventis illisq, coeteris hicjtcs ecclesiae Reliquiis adjunctis cunctisq. in hoc sancticario reposais ; et à dr. : Barbonus Maurocenus, idem loannes Cornélius^ Antonius Lando Prociiratores ducante inclyio serenissimo D, D, Joanne Bemho eodemmet anno die vero XX septemhris monumentu7n hoc erigi mandaverunt.
Vis-à-vis de Tautel sur deux tables en cuivre doré on lisait jadis le catalogue de toutes les Reliques : à présent elles sont fort endommagées.
Le petit autel est remarquable et pour son devant, monolithe d'albâtre or. d'une belle transparence, et pour deux bas-reliefs qui le surmontent. Le plus ancien est l'inférieur représentant N. S. debout au milieu des Apôtres ; le supérieur offre le Christ trèsjeune dans un grand cercle soutenu par deux anges ; au-dessous jaillissent d'un rocher conique quatre sources allusives aux âeuves du Paradis terrestre.
Sur l'autel il y a aussi un petit tabernacle de cuivre doré, qu'on tient toujours fermé et dont je parlerai bientôt.
Tout autour s'enfoncent dans les murailles onze niches, dont deux dans le vestibule ; on y garde les Reliques : le nombre total des reliquaires est de cent-neuf.
Dans le petit tabernacle il y a le Sang Précieux de N. S., Relique envoyée à Venise par le Doge H. Dandolo après la conquête de Constantinople : ce sont des fils de coton imbibés du Sang Divin.
Comme on ne la montre pas ordinairement, et qu'on ne l'expose sur le maîtreautel que deux fois par an (le 4.® vendredi du carême et le 3 mai), j'en vais décrire en détail le très-beau reliquaire, haut de cent.^ 41,5.
Sa partie la plus ancienne, byzantine, est un vase cylindrique en cristal de roche, relié en or, émaillé et fermé par un jaspe or. orné d'un petit crucifix, aux angles duquel on lit: ÏC XG BACIAEVC THC AOHI (Jésus- Christ roi de la gloire). Autour du vase il y a l'inscr. suivante : EXICMEXPICTONEMA CAPKOCMOV<ï>EPON (Toi, qui porte le sang de ma chair, tu as moi, le Christ).
Ce vase était anciennement renfermé dans un autre de vermeil qu'on garde au Trésor; on y lit : Aï[JLaTOç ^(OYicpdpou TSpTUvov Soj(^£iov è$ à}CYipàTou loyoïi TuXsupocç puévToç (Doux réservoir du Sang vivificateur qui coula du côté du Verbe incorruptible).
Ensuite on éleva le vase cristallin sur un magnifique piédestal de vermeil, en style ogival et gemmé ; il y a ces mots : Cristus régnât Cristus. Enfin on plaça le vase entre deux cristaux dans un ostensoir fixé au piédestal et orné de cinq chérubins, le tout en vermeil. Il offre des deux côtés et gravée en cercle cette inscr. : Iicdicis ecce tromcs hcdes
michi litre patronits Cuites censura facil et régit otra iura : ludicis ecce tronics.
Les trois niches du côté de l'autel contiennent exclusivement des Reliques de la Passion. Dans celle au milieu on garde les douze suivantes:
1. ® Terre imbibée du Sang deN. S. : on la transporta de Candie en 1669.
2. ^ Le Sang miraculeux du Christ: c'est le sang qui jaillit d'un crucifix blessé par des juifs à Bairout en 320; on eu parla au
Concile de Nicée. Le reliquaire est double: le premier est une fiole de verre avec des caractères couûques correspondant à : « Gloire à Dieu éternel » et très-élégamment enchâssée dans un reliquaire d'or à piédestal avec une très-longue chaînette du même métal; c'est un travail vénitien: sur une zone étroite on y a gravé: HIC EST SAN- GVIS XPi. Le second, en style byzantin mais probablement travaillé à Venise, est tout en argent ciselé avec quelque dorure, et présente la forme d'une église à base octogone et surmontée d'une coupole mauresque amovible et de quatre petites tours carrées dont chacune est couronnée d'une croisette. D'un côté il y a deux petites portes avec deux figures; ce sont la Force (*/) àvSpsia) et la Prudence (y) (ppov7i(7tç) : tout autour on remarque quatorze figures d'hommes et d'animaux. Le travail de ce reliquaire est d'une exquise élégance et finesse.
3. ^ Le doge Nie. Contarini avait donné dans un beau reliquaire de vermeil et de
cristal de roche une goutte du Sang miraculeux à sa paroisse ^S*.^ Maria Nova : \ovsqi\e cette église fut fermée, le reliquaire et la Kelique devinrent propriété d'un prêtre vénitien qui les remit à son Patriarche; ce Prélat en fit cadeau au Sanctuaire.
4.® Croix de l'impératrice Marie : sa partie centrale est un grand tableau rectangulaire, sur le cadre duquel on a gravé Tinscr. suivante : (en-haut) + ol CTaXaypl tou Twv ai[xàT6jv (à g.) Sd^av S-sïjctiv è(7TdXi^av
(à dr.) Coç y.OGiioç sgtI, Cfpè, tzIgtiç /.cd izo^oç ouTOiç dè xo<7[y-£î ^al ^oiGiliç Mapia. (Ô Croix, que les gouttes du Sang divin ont ornée de gloire divine et de puissance, est-ce que les pierreries et les perles t'orneront ? La foi et l'amour sont tes ornements, ô Croix. Ainsi t'orne aussi l'impératrice Marie) : il n'y a rien en bas. Plusieurs Maries occupèrent le trône de Byzance, et l'on ne saurait dire laquelle ait commandé ce reliquaire.
Dans le tableau sont enchâssées trois Croix, au milieu une grande à quatre traverses et deux petites en haut vers les angles : au pied de la première on voit deux figures ciselées et debout ; elles sont anépigraphes, mais on y a voulu sans doute représenter Constantin et Hélène. Jusqu' ici le reliquaire est toutà-fait byzantin.
Ce tableau s'élève sur un piédestal relativement moderne ; supérieurement entre deux petits anges, dont un tient un écriteau avec les mots : Hic est Criior Christi^ il y a un
petit disque (dont le style est byzantin) couronné d'une croix et ayant sur un côté le Christ bénissant et marqué par ses mon.^ grecs, et sur Tautre ces mots : E"j(^£tç [xè Xv' cci^j^oi (7ap/w6^ jxou cpépwv : c'est la même inscr. émaillée sur la fiole du Sang Précieux, mais écrite correctement. Derrière le tableau on lit : Ser^vatis ex média flamma divinitus cum saL ann, MCCXXX reliqua conflagrassent et in augudio^^em postea formam restitiUis, Moniinentmn. an7i, MDXVII. C'est une des Reliques que H. Dandolo envoya à Venise et qui échappa au feu. Tout le reliquaire est en argent doré.
5.<^ Croix de l'impératrice Irène. Ce reliquaire est, comme le précédent, d' argent doré, et en partie byzantin, en partie vénitien. Deux morceaux de la vraie Croix (les plus gros qui existent dans la Chrétienté) sont enchâssés dans une croix qui présente antérieurement à ses extrémités une longue inscr. grecque, dont voici la traduction :
« Je dédie aussi à Toi cette offrande di- « vine qui sera la dernière, car je suis au « bord du tombeau : c'est le Bois de la vie sur « lequel Tu as recommandé au Père ton « Esprit, en étant à la fin des peines que Tu « a supportées patiemment.
« Puisque Tu as mis fin aux afflictions « auxquelles j'avais été condamnée, et m' as <c toujours confortée à les endurer avec pa- « tience, j'offre à Toi ce dernier don, en me « trouvant, moi aussi, près de la mort et à « bout de mes souffrances.
« Moi, ta servante, Y impératrice Irène « Dueéna, jadis brillante d'or et à présent « en haillons, actuellement accoutrée de vieil- « les hardes et autrefois habillée de bysse^ « j'ai préféré à la pourpre les guenilles.
« Après avoir jeté le manteau impérial,, « j'ai pris le sac noir, car telle était Ta vo- « lonté. Or accorde-moi le repos parmi lefi « Bienheureux et la joie perpétuelle avec les « élus. »
Cette Irène, de la famille des Ducas, veuve d'Alexis Comnène et maltraitée par son ûls l'empereur Jean, avait pris le voile : les Grecs la comptent parmi les Saintes.
Un beau piédestal (XVI.® siècle) soutient une grande croix fermée antérieurement et postérieurement par des cristaux, à travers lesquels on voit la Relique.
6.® Croix de Henri II. Sur un beau piédestal triangulaire en vermeil et représentant trois minimaux monstrueux (travail du commencement du siècle XVII.®) s'élève un reliquaire, où entre deux cristaux il y a une grande Relique de la Croix, à deux bras et enchâssée en or. On lit tout autour sur le bord antérieur : -|- Condidit, oc. singnum. Gerardi, dextera. dingnum Quod, jusit* mondus. rex, franciis. dux, que. secondus, -f- Grecorum. dictiis. Henricits. ut. oc. hene-^ dictus -|- Bello. seciirits. semper. maneat. quasi, murus. Amen. (La main de Gérard a fait ce beau travail par ordre du bon roi français et deuxième empereur des Grecs» nommé Henri, afin que sous sa protection il
soit toujours sùr en guerre comme une muraille. Ainsi soit-il). Ce Henri flammand occupa le trône de l'empire d'Orient de 1206 à 1216. Un petit crucifix y est encloué sur la croix ; son seul pied droit est percé, mais le clou est fixé de façon à serrer aussi le gauche entre la jambe droite et la croix. Dans l'intérieur quatre figurines en or massif représentent la Vierge, S.^ Jean et deux des Maries myrrhojphores, À Tintersection de la traverse supérieure il y a sur le devant ciselé un oiseau et au-dessous le titre I.N.R.I. Postérieurement, à l'intersection des traverses, deux disques offrent le Christ et l'Agneau mystique.
7. ® La Crocetta. C'est un petit, mais trèsjoli, reliquaire en vermeil et orné de perles, travaillé en style ogival vers la fin du siècle XV.® La Relique, placée dans une croix de cristal de roche , offre les mots suivants :
Ecce -j- Lignum Crucis Cristi. On y voit en haut deux Saints, et deux anges en bas. Sur le piédestal il y a aussi deux Saints, dont celui sur le devant serre dans sa g. trois clous et l'autre porte un écriteau carré où on lit: INRL
8. ® Les Epines. Un très-beau reliquaire d'argent doré et en style ogival, ayant la forme d'un ostensoir, contient dans un cylindre de cristal de roche deux Epines : ce sont celles données par Louis IX, lorsqu'il racheta la Couronne de N. S. qu'il avait mise en gage à Venise : sa base octogone offre quatre médaillons.