LES DEUX PETITES NICHES LATÉRALES
Je note d'abord, que par rapport aux dix autres niches du Sanctuaire je n'en décrirai que les Reliques principales.
Dans celle du côté de l'évangile un grand reliquaire d'argent, lourd et baroque, contient plusieurs Reliques, presque toutes de la Passion : au centre on voit deux gros morceaux de la Croix, et aux angles il y a vingt cellules carrées, chacune fermée par un petit volet à loquet ; sur douze on a gravé en latin barbare le titre de la Relique qui y est gardée. Cette niche contient aussi trois autres reliquaires, savoir, un moderne, qui par sa forme se rapproche un peu de la Crocetta (V.) avec neuf fragments de Reliques de la Passion : il y a aussi deux encollées dans des reliquaires modernes, d'argent et sur piédestal.
Anciennement il n'y avait pas de reliquaires à piédestal; les Reliques étaient, ou enchâssées dans des tableaux, ou renfermées dans de petites boîtes (on les appelait zy.okizioa^ puisqu'elles se portaient au cou et pendaient sur la poitrine) : quelquefois aussi des os de Saints étaient fixés à leurs extrémités dans des capsules d'argent : le Sanctuaire en contient quelques-uns.
Dans les encolpes de cette niche on garde de petits morceaux^ du tablier du Christ et du S.^ Suaire (é>c tou àyiou Xsvtlou) (éx. tyîç àytaç CtvSdvoç).
L'autre niche offre un beau reliquaire en argent doré, complètement byzantin, travaillé (à ce qu'il paraît) au IX.® siècle et présentant la forme d'un livre ; son couvercle, glissant de haut en bas dans deux cannelures latérales, peut se fermer à clé. Sur ce couvercle on voit au milieu en émail un crucifix fort endommagé, ayant ses mon.^ grecs, deux demifigures d'ange en haut et sur le sol la Vierge et S.^ Jean avec les mots que Jésus mourant leur adressa: 'HSoù ô uloç <70u (Voici ton fils) 'HSoù Y) [/.Yip (70U (Voici ta mère).
Dans les quatre bandes latérales du cou^ vercle il y a parmi des pierreries six médaillons émaillés avec des bustes de Saints ayant leurs noms en grec : ce sont le Précurseur, l'évangéliste Jean, les Apôtres Pierre, Paul, Thomas et le martyr Pantaléon : les trois bandes fixes sont ornées de pierres fines. Latéralement tout autour du reliquaire, qui est très-gros, dix médaillons ciselés contien-
nent les images des saints Grégoire de Nazianze, Basile, Nicolas, Eustache, Procope, George, Théodore, Démétrius, Nicétas et Jean Chrysostome. Sous les couvercle on voit trois gros morceaux de la Croix enchâssés dans une plaque d'argent d'une très-belle dorure.
Du temps de la République on exposait cette Relique sur les marches du maîtreautel pour Vadoration à la Messe du Vendredi Saint.
Cette niche renferme aussi deux encolpes, Tun anépigraphe, mais qui par un trou cruciforme laisse apercevoir un petit morceau de la Croix , et V autre avec ces mots : ccTZo Twv àytcav (jTûapyàvwv (des saints Langes).
^ La muraille du Sanctuaire du côté de rÉpître a trois niches dont la centrale contient dix-sept reliquaires, parmi lesquels je citerai les suivants : l,^^ Un os de S.^ Pantaléon, enchâssé en deux capsules dont une a un petit anneau ; on y lit : tou àytou IlavTsXsfAcovoç. 2.e Un doigt de S.^^ Marthe; son inscr. (ttîç àyiaç MàpS-a;) n'existe plus, 3.® Une dent molaire de S.^ Zénon, évêque de Vérone ; le reliquaire est moderne mais ogival.
Le petite niche à g. renferme trois grands reliquaires, c'est-à-dire 1.®^ Un morceau du bras droit de S.^ Pantaléon ; anciennement il était très-richement gemmé , puisqu'on y compte cent-soixante-dix chatons dont la plus grande partie est vide : il y avait aussi autrefois cette inscr. : O* twv vo(7o6vTa)v EaTpoç
psotç. (Toi qui est le médecin des malades et qui répands des parfums, tu fais jaillir dans ta course des jets de santé précieuse aussi bien que Tor). 2.^ Deux morceaux du bras g, de S.^ Magnus ; ce reliquaire anépigraphe présente un nombre considérable de chatons, mais les pierres y manquent en grande partie. 3.® Un os de la jambe de S.^ George : on a gravé sur ce reliquaire très-incorrectement les deux inscr.^ suivantes : 1.® f f + Sancte S" Giorgi Ç Cavalir f o f ; 2.*^^ \ In tempo \ de f Miser \ Michil \ Tron \ Conte \ echapet f : (Saint George le cavalier. Du temps de Messire Michel Tron, comte et capitaine). Les patriciens, que la Sérénissime envoyait gouverner ses conquêtes en Orient, avaient le titre de Comtes et Capitaines, lorsqu'ils y exerçaient le double pouvoir civil et militaire.
Ces trois reliquaires, qu'il faudrait bien restaurer, sont en argent doré, et leur forme correspond à la Relique qu'ils contiennent.
Dans l'autre petite niche on garde la base de la Colonne à laquelle J. C. fut flagellé dans le prétoire de Pilate ; on la porta en 1559 de Jérusalem à Venise : le reliquaire n'a rien de remarquable.
Dans la niche centrale de la muraille opposée, où l'on garde dix-huit Reliques, trois méritent d'être remarquées; ce sont: 1.® Un encolpe avec l'inscr. suivante : èx. ty); àytaç ^(ovnç TTiÇ S-soTOJtou (De la sainte Ceinture de la Mère de Dieu) : 2.^ Un os de S.^ Christophe enchâssé en deux capsules, à une desquelles
est attaché un annelet; inscr. : -j- A'j^avov (sic) ToO àytou XpLGTOçdpou (Relique de S.' Christophe): 3.® Deux dents du saint évèque de Candie, Tite ; ce reliquaire, en cuivre doré et hexagone, offre la forme d'un fanal ; on le porta de Candie en 1669.
Trois grands reliquaires gardés dans la petite niche à dr., comme ceux de la niche opposée, sont d'argent doré, ont la forme correspondante à la Relique qu'ils renferment, et leur état réclame une bonne restauration.
Le premier contient un fragment d'os d'une jambe de l'ancien patron de Venise, Théodore : on le voit en ouvrant un trèspetit volet où l'on a gravé une croisette ; latéralement il y a : S. Teodori Mri : en haut un crucifix ciselé a les pieds cloués séparément. Le second renferme un os d'un des avant-bras de l'évangéliste Luc, qu'on voit à travers une ouverture quadrangulaire : ce reliquaire anépigraphe a la base carrée soutenue par quatre sirènes. Enfin le troisième à base ogivale offre la date MCCCCLXIII Marzoy et les inscr.^ suivantes : Ave Maria y Yesiis Chrs, et + Brachio Ç Sancte -f- Sergi + Marier Scutarensis : en effet il contient un des os d'avant-bras de S.^ Serge.
Il y a huit reliquaires dans l'autre niche latérale ; je note les trois suivants. Un ange, nu et pliant le genou dr., soutient de ses mains et sur sa tète trois plateaux, chacun avec un gros caillou brun et à peu près sphérique : on dit, qu'ils aient servi à lapider S.^ Etienne. Sous le genou plié de l'ange
on lit : Lapides tor7^entis Stephano dulces : le reliquaire, tout en argent, n'est pas antérieur au XY.« siècle. Une phalange de S.^= Marie Madeleine est gardée dans un reliquaire de vermeil, à tube en cristal de roche et surmonté d'une belle statuine de la Sainte. Enfin un cabochon d'améthyste, serti en bague, que tient un ange et à laquelle est attachée une chaînette, est gardé dans un reliquaire en forme d'ostensoir, d'argent doré, orné de cristal de roche et dont la base est hexagonale. On tient, que ce soit la bague qu'on avâit mise au doigt de S.* Marc lors de la translation de son corps d'Alexandrie à Venise.
Il ne reste à parler, que des deux grandes niches du vestibule. Celle à g. de celui qui sort contient vingt-cinq reliquaires, dont vingt-quatre ont été faits à Venise au commencement du XVII.^ siècle, tous en argent et portant gravé sur leur base carrée le titre de la Relique. Ces reliquaires gardent les Reliques, jadis possédées par le cardinal J. Fr. Commendone et puis données par le pape Clément VIII à Jean Dolfin, ambassadeur de Venise près du S.^ Siège. À leur arrivée à Venise, elles furent placées dans le tabernacle entre le maître-autel et la chapelle S.^ Clément. (V.) : en 1617 on les porta au Sanctuaire.
Le 25.® reliquaire contient une petite partie du crâne de S.^ J. Baptiste, Relique envoyée à Venise par H. Dandolo dans une boîte de bois, et qui échappa en 1231 au grand
incendie : après elle fut placée dans un coffret d'argent qui actuellement est dans la niche opposée, et enfin dans un très-beau calice byzantin de jaspe d'orient monté en vermeil et orné de quelques pierres fines : on y lit deux inscr. grecques: la première, gravée autour de la patène qui s'élève un peu du bord du calice sur trois petits lions, est la suivante : IltaTwç xaS-apS^elç aoy^^oc zal
xoLVWVLa' Xç yàp sgtI (7apx.ix.(oç è(7(payp.£voç 0''v7U£p ^'ké'KZiç 'koii^oiç T£ GauTOv oLyviGOiç (Purifié fidèlement dans le corps et bien plus dans Fâme, approche en tremblant de la participation de Dieu, carie Christ, que tu vois, a été immolé corporellement : qu'il te soit donné de le recevoir après avoir été purifié) : cette inscr. est quadripartie par des médaillons émaillés, offrant les images du Christ appuyé à la croix, de la Vierge et des archanges Michel et Gabriel, chacune avec son titre en grec. L'autre inscr., gravée sur le pied du calice qu'un disque d'argent simple recouvre et ferme, est la suivante : 4- K6pi£, Po7i3'£t Bfxailzicù Tcj) èvSo^OTaTO) TTpoéSpw y.oà '7wapax.oi[JL6)[jL£v.... (-|- Seigneur, protège Basile, le très-glorieux prince qui repose tout près): il est donc probable, que ce calice ait appartenu à un des deux empereurs byzantins, nommés Basile.
La niche opposée contient onze reliquaires, et pas un ne doit rester sans illustration. Celui, qui d'abord frappe les yeux, est une
grande urne d'argent en partie doré, dont le poids surpasse cinq chilogrammes, travail vénitien. En bas un lion ailé et couronné tient un livre avec les mots : Pax tihi, Marce evangelista meus : sur l'urne il y a les armoiries de la famille Orseolo, le corne ducal sur un coussin, et plus haut une colombe aux ailes déployées et entourée de rayons dorés. Sur le devant ou lit : Femiir, tibia et fihitla 'partis dexterae S. Pétri Urseoli Lucis a monacis S. Michaelis Citxani Lud. XV, Gall. Reg, henevolentia dono data^ et in aedem D. Marci solemniter translata.
MDCCXXXIL VIL lanuarii; et au bord de la base il y a cette inscr. : Sen : dec: XXIIL Becemh : ad solemnia XIV. lan : confectum curante M. Antonio lustiniano D. Marci proc.
Il résulte de ces inscr.% que l'urne renferme trois os (fémur, tibia et péroné) du côté droit de S.^ Pierre Orseolo, et que ces Reliques, données par les moines de Cuxan, étaient arrivées à Venise où le 7 janvier 1733 {1732 more venetd) on les porta avec pompe à S.* Marc, et qu'on y célébra solennellement la fête du saint Doge le 14 du même mois.
Dans la même niche on garde les crânes de trois Saints, qui sont :
a) S.^ Jacques le Mineur ; sur une plaque d' argent il y a : Caput S. lacohi Minoris Apostoli : le reliquaire d'argent plaqué n'a rien de remarquable, b) Dans un grand reliquaire d'argent, dont la base ronde et ciseléô
est appuyée à six lionceaux, se dressent trois' anges portant un plateau avec une cloche de verre, sous laquelle il y a le crâne de S.^ Tite, mais sans l'occiput remplacé en 1841 par une plaque d'argent ayant cette inscr. explicative : Metropolitana. Jaclertina. a. Patynarchali, Venetiariim. Ecclesia, occipite. donata, JD. Sur le sommet un ange, portant une écharpe en bandoulière, tient un écriteau avec : S. Titi Episcopi e Creta, M,LC,LXX. Ce reliquaire, travaillé à Yenise en 1682, a le poids de presque quatre chilogrammes. c) Il faut considérer le reliquaire du crâne de S.* Isidore de Chios en deux parties, supérieure et inférieure. Celle-ci d'argent doré, en style ogival et travaillée au commencement du XV.^ siècle, est d'une finesse exquise ; les six aedicules du noeud présentent de saintes images : la partie supérieure est relativement moderne ; on y voit le Crâne du Saint sous une cloche de verre surmontée d'un ange montrant sur un écriteau cette épigraphe : S. ïsidori. M. ex, insiila, Scio. furtim, PanL' Resigario. MDCXXVII, En effet Pantaléon Resegari volait à Chios cette tête^ seul reste du corps de S.* Isidore.
Le cinquième reliquaire contient un tibia de S.^ Sabbas, moine cappadocien : l'os est placé dans un haut tube de verre sur un piédestal d'argent ; inscr. : S. Sahhae Abb. Creta, MDCLXX,
Le double reliquaire d'argent doré, qui garde deux phalanges, une de S.^ Julien et l'autre de S.^ Florien martyrs , est remar-
quable par sa forme : ce sont yraiment deux reliquaires à tube de cristal de roche qui s'élèvent sur une base ogivale très-ornée et assez élégante.
Voici un des plus beaux, et peut-être des plus curieux, parmi les reliquaires du Sanctuaire ; c'est un travail ogival du XIII.^ siècle, et sa forme est à peu près celle d'un cône tronqué, renversé et un peu aplati, à qui servent de base quatre petites branches feuillues : en bas il y a des deux côtés en émail l'inscr. suivante : + Istict, est. brachram, glorioxisimi. martiris, Sanctî. Georgii, Le cône a deux faces triparties de haut en bas : chacune des moyennes olfre, parmi de jolis ramages et des fleurs polichromes, en émail quatre petits bustes de Saints, et chacune des latérales quatre saintes images émaillées et anonymes: de côté se détachent à dr. et à g. quatre petites branches portant autant de statuines : malheureusement six émaux et six statuines ont disparu. En haut le cône ouvert est fermé par une sémi-ellipsoïde de cristal de roche sur laquelle on voit la statuette du saint cavalier qui va transpercer de sa lance le dragon infernal. Ce reliquaire renferme l'os entier d'un des bras de S.^ George ; on y a écrit à l'encre : -|- tou Tupw- TO[i.àpTupoç yswpyLOu : Tos est enchâssé dans un mince cylindre d'argent avec cette inscr.: -f- rsopytou Xt[7.^aov (sic) à3-XriT0u (péptov TutdTtv 7ràvo7r>.ov toOç évavTtouç TpsTuo^. (En portant la Relique de George le Guerrier, la Foi armée de toutes pièces, je mets en déroute les ennemis).
Une cote de S.^ Etienne est gardée dans un magnifique reliquaire de vermeil , hexagone, ogival et couronné de la statuine du Saint ; le tuhe de cristal de roche est un peu gâté et lézardé. T/os, enchâssé en deux capsules, a à son milieu une bandelette avec un anneau : sur une des capsules on lit, d' un côté: ToO -pfoTO'AipTupo;, et de l'autre: 'aytou
On voit le pouce droit de S.^ Marc (il est si bien conservé, que l' ongle est intact) à travers un tube de cristal de roche dans un très-beau reliquaire d'argent doré, ogival et surmonté d'une fleur épanouie, sous laquelle il y a: Delà late delà Vergene Mayna (Du lait de la Yiei-ge Marie). Cette Relique, actuellement au fond de la première niche, ( V. p. 253) a été remplacée dans ce reliquaire par le Doigt du saint Patron de Venise.
Une autre Relique de S.^ Marc occupe un reliquaire, qui autrefois n'était pas le sien, car il offre Finscr. suivante : -|- Questo, e. el. dente, d. San. Zuane. Batista (Celle-ci est la dent de S.^ .Tean Baptiste) : ce reliquaire d'argent dore est petit, mais fort élégant, à tube en cristal de roche un peu lézardé ; sa base octogone a des images émaillées.
Enfin le onzième reliquaire contient les cendres des Reliques brûlées en 1231 r c'est une longue boite, où auparavant on avait mis la Relique du Précurseur, échappée au feu (V. p. 258). Sur le couvercle le Saint ciselé tient un écriteau avec ces mots : Ms- Ty.vo£ÎT£ r."-'*"//.: yàp % ^aGiAsia tcov ojpavojv
(Faites pénitence, car le royaume des Cieiix s'est approché : S.^ Math. IIL 2.) : latéralement à rimage on lit en grec le nom et le titre du Saint.
N. B. Pour visiter le Sanctuaire il faut une permission spéciale: s'adresser à la Sacristie.
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